Ryôkiteki na Kanojo | 猟奇的な彼女

Par , le 30 août 2017

Bien que le scénariste Sakamoto Yûji (Mother, Soredemo, Ikite Yuku) soit surtout réputé pour ses drames, il a à son actif plusieurs comédies, dont la plutôt méconnue Ryôkiteki na Kanojo, remake du beaucoup plus populaire film sud-coréen My Sassy Girl datant de 2001 et s’inspirant lui-même d’un roman. La série nous intéressant ce jour comporte onze épisodes diffusés sur TBS entre avril et juin 2008. Comme souvent, le premier dure un quart d’heure de plus que les quarante-cinq minutes habituelles. Aucun spoiler.

Alors qu’il rentre chez lui après une dure journée, le chercheur en biologie marine Masaki Saburô aperçoit sur les quais du train une femme au tempérament volcanique à deux doigts de se faire percuter. Totalement éméchée, elle ne sait plus trop ce qu’elle fabrique et s’évanouit dans les bras du gentillet professeur qui n’a pas d’autre choix que de la ramener à bon port. Suite à un concours de circonstances, tous deux finissent par perpétuellement se croiser et commencer une relation qui ne s’annonce pas de tout repos.

Ce n’est un secret pour personne, le pays du Matin-Calme aime les histoires d’amour et apprécie les inclure dans la grande majorité de ses productions. Le Japon, lui, est plus avare en la matière. S’il n’est pas trop compliqué de fournir une poignée d’exemples, il s’avère tout de même assez rare de voir l’archipel nippon utiliser un autre univers que le sien. C’est avec une certaine curiosité que j’ai lancé ce Ryôkiteki na Kanojo, cela malgré ma frilosité envers le genre très codifié des comédies romantiques. Pour information, je n’ai jamais souhaité visionner le film sud-coréen, par manque d’intérêt ; et maintenant que j’ai testé la version japonaise, je suis convaincue de ne pas l’essayer. Je serai bien incapable de préciser si cette transposition se veut fidèle à l’esprit d’origine ou si, au contraire, elle prend de grandes libertés. En tout cas, il se révèle évident que multiplier le temps d’antenne par dix impose de sérieux ajustements, avec donc une histoire plus approfondie et maintes intrigues secondaires. Justement, la série accuse de nombreux problèmes dès son deuxième tiers, car elle s’éternise dans des détails, avance au rythme d’un escargot neurasthénique et donne l’impression de ne rien raconter. De toute manière, l’intégralité de cette production semble avoir été écrite par diverses personnes ne s’étant jamais concertées au préalable tant le ton passe d’un registre à un autre. Résultat, l’audience ne sait plus si elle est supposée rire ou s’émouvoir et s’agace presque devant ce qui s’apparente à une bien mièvre mascarade. L’humour voulu comme cocasse et truculent souffre surtout d’une grande lourdeur. L’absence de direction de la plupart des acteurs cabotinant à outrance, la réalisation volontairement exagérée et la musique vite épuisante de Kôno Shin (Byakuyakô) finissent par définitivement rendre le visionnage fort laborieux. Même les ridiculement drôles décorations marines et les références parodiques et clins d’œil à la culture populaire japonaise (les jidaigeki, Galileo, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, etc.) ne permettent pas d’occulter toutes ces lacunes, surtout que l’élément phare, le fameux couple, déçoit.

Pour convaincre et divertir, une comédie romantique capitalise habituellement sur sa pièce maîtresse. En l’occurrence, Ryôkiteki na Kanojo n’est pas en mesure de compter sur elle parce qu’aucune alchimie n’existe entre les deux principaux interprètes et que les personnages en eux-mêmes se montrent insipides. Malgré leurs chamailleries, ils tombent amoureux et si leurs sentiments se développent assez correctement et logiquement, les émotions, elles, se limitent au strict minimum. Le Johnny’s Kusanagi Tsuyoshi (Ninkyô Helper) endosse le rôle de Masaki Saburô, un professeur universitaire assez niais et très naïf. Son altruisme n’est nullement une tare sauf qu’il en devient ici passif, incolore et profondément ennuyant. L’acteur essaye d’injecter un semblant de loufoquerie, mais patine d’emblée. Saburô pense devoir s’occuper d’une femme ivre pestant sur tout et n’importe quoi alors qu’elle attend le train. Bon samaritain, il tente de la mettre en lieu sûr, mais des quiproquos en amenant d’autres, il se retrouve nez à nez avec la police et beaucoup d’embarras. Cette Takami Riko à la langue bien pendue ne lui cause décidément que des malheurs. Et le calvaire ne s’arrête pas là puisqu’elle déménage en face de chez lui et n’hésite pas à débarquer dans son logement à n’importe quelle heure de la nuit, mais également sur son lieu de travail ! La jeune femme bouleverse le quotidien monotone de Saburô qui n’en a pas fini de voir de toutes les couleurs. La série s’amuse de ces suites d’évènements allant crescendo et de moult malentendus s’accumulant jusqu’à placer son protagoniste dans d’incroyables situations très inconfortables. Comble de malchance, il essaye de conquérir un amour d’adolescence, la douce et affable Asakura Minami (Matsushita Nao – Gegege no Nyôbô), qui se méprend toujours sur ce qui se passe. Tout le sel de Ryôkiteki na Kanojo repose sur le caractère tempétueux de Riko qui martyrise Saburô, mais aussi sur ce qui l’amène à se comporter de la sorte. Car son impertinence cache des meurtrissures.

Tout au long de ses épisodes, le drama illustre les humiliants déboires du candide biologiste tombant systématiquement dans le panneau. Il a beau se plaindre, il accepte d’obéir au doigt et à l’œil de sa nouvelle voisine bien envahissante. Riko manque tout de même d’une réelle espièglerie et se contente surtout de donner des ordres et d’arriver au mauvais moment. L’idéal aurait été de la rendre plus piquante et attachante. Là, elle ressemble surtout à une vraie enquiquineuse assez égocentrique. Tanaka Rena (Link) fait ce qu’elle peut, mais paraît surtout entravée par un script guère inventif et un partenaire peu inspiré. Les situations humoristiques sont tellement convenues et répétitives qu’elles n’entretiennent pas la comédie ; et déjà que l’aspect romantique bat de l’aile, la recette ne prend pas. Mais surtout, probablement afin de densifier son héroïne, le scénario choisit d’expliquer son attitude décomplexée par des ressorts mélodramatiques et un passé mystérieux que Saburô cherche à découvrir. En soi, le procédé demeure tolérable sauf qu’une fois de plus, la production rate le coche avec des séquences insérées de manière disparate, sans véritable cohérence d’ensemble. S’y ajoutent des thématiques pourtant universelles comme le deuil, les maladies, la crainte de l’échec, la peur du futur, etc. Or, à peine le téléspectateur commence à entrer dans le récit qu’un personnage ruine la scène avec une blague. Au bout du compte, si Ryôkiteki na Kanojo ne sombre pas totalement à l’eau, c’est parce qu’elle a le charme et le talent de Tanihara Shôsuke, parfait en Kazushima Kensaku, un collègue grandiloquent de Saburô. Désespéré à l’idée de finir seul, il s’imagine un tas de choses, rêve de dénicher la princesse de sa vie et plaît pour son énergie communicative. Les autres figures se contentent de la place de faire-valoir, bien que l’original professeur joué par Kamikawa Takaya (Warui Yatsura) ne soit pas dénué d’intérêt. Afin de ne pas changer la donne, la fiction ne tire pas non plus suffisamment profit de ses divers invités tels que Kanjiya Shihori, Sasaki Kuranosuke, Karina et Daitô Shunsuke.

Pour résumer, en dehors de rares jolis moments, avec sa relation sadomasochiste bien fade et ses principaux personnages presque insignifiants, la comédie romantique Ryôkiteki na Kanojo n’est ni drôle ni touchante. Les indécrottables fleurs bleues trouveront peut-être leur compte à condition de faire fi de l’humour répétitif et du théâtralisme permanent, mais avouons que cette série manque vraiment de subtilité, de tendresse et de papillons dans le ventre. Au lieu de réellement explorer le voyage sentimental de son couple phare, elle choisit de multiplier les péripéties rocambolesques sans queue ni tête. Et quand l’émotion réussit enfin à péniblement se frayer un chemin, elle est gâchée par des poncifs mélodramatiques à souhait et l’irruption inopinée de gags ineptes. En bref, si cette version japonaise reste si méconnue, c’est probablement parce qu’elle le mérite.


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