Doctor Who (saison 9)

Par , le 6 septembre 2017

Tous les regards ont beau se diriger vers la future identité du Docteur annoncée récemment par la BBC, Peter Capaldi et Twelve n’ont pas encore dit leur dernier mot. Reprenons le TARDIS si vous le voulez bien et discutons de la neuvième saison de Doctor Who, constituée de douze épisodes diffusés sur BBC One entre septembre et décembre 2015. Aucun spoiler.

Un garçon se retrouve piégé dans une sorte de champ de mines où les bombes sont remplacées par des mains dotées d’un œil. C’est sur cette séquence plutôt inquiétante et intrigante que la série marque son retour à l’antenne. Elle ne se contente pas d’épater par sa forme soignée, elle lance un nom synonyme de chagrin, de perte et de tragédies : celui de Davros, le créateur des Daleks, les ennemis immémoriaux des Seigneurs du Temps. Si l’audience ne s’en doute alors pas, ces premiers pas symbolisent un fil conducteur de ce chapitre inédit. Le protagoniste phare se voit à plusieurs reprises pris entre deux feux, partagé entre ce qui est éthiquement condamnable, ce que lui hurle son cœur et ce qu’attend la logique. Doit-on tuer dans l’œuf un individu que l’on sait devenir coupable de maintes souffrances ? Peut-on violer toutes les lois physiques pour sauver un ami, quitte à favoriser des paradoxes, voire annihiler l’Univers ? En dépit de son approche plutôt acariâtre, de ses bougonneries et de sa rudesse envers autrui, Twelve ne se départ jamais de sa compassion, de ses désirs de paix et d’une humanité finalement troublante. Beaucoup semblent n’avoir guère apprécié cette douzième mouture lors de la saison précédente, mais celle-ci permet probablement de lever des leviers. Son interprète, Peter Capaldi, a l’opportunité d’y confirmer l’étendue de son talent. Le Docteur fascine par ses monologues comme celui du 9×08, The Zygon Inversion, bouleverse par sa pugnacité dans le magnifique 9×11, Heaven Sent. Dommage que le personnage en tant que tel n’évolue que peu, car l’écriture se contente une fois de plus de répéter ses réflexions sur l’immortalité, sa crainte de finir seul et sa tendance à la fuite ; pire, elle compte presque paresseusement sur le capital émotionnel de l’acteur et non pas sur ses pouvoirs à elle. Il n’empêche que cette incarnation du héros plus mature, plus grave, plaît et donne envie de la suivre malgré une qualité d’ensemble aléatoire et un rythme souvent délayé.

La délicieuse Missy (Michelle Gomez), qui n’est évidemment pas morte, choisit comme d’habitude de jouer les trouble-fêtes et se rappelle au bon souvenir de Clara occupée à ses activités d’institutrice. Elle veut entrer en contact avec le Docteur parce que d’après elle, il serait sur le point de trépasser pour de bon. Pour preuve, elle porte sur elle un étrange disque contenant le testament du voyageur spatiotemporel. La question d’un hybride est aussi vaguement lancée… Contre toute attente, cette saison ne se borne pas à un arc feuilletonnant tarabiscoté, bien que le scénariste ne puisse s’abstenir, pour la énième fois, de multiplier les idées, de titiller la curiosité de l’audience et de ne jamais répondre à grand-chose. Les tics de Steven Moffat ne sont tristement pas méconnus et s’ils s’avèrent peut-être moins horripilants que par le passé, ils persistent. Pourtant, les annonces ne manquent pas, notamment sur la conclusion avec la mention de Gallifrey et, donc, de cette intrigue autour d’un être métissé finissant vite en eau de boudin. Au cours de cette année, tout se recycle, les enjeux peinent à s’installer et induisent le sentiment d’une stagnation par moments gênante, surtout qu’aucun évènement ne paraît inscrit dans la roche. Les points supposés fixes sont détournés, les portes laissées toujours entrouvertes. Le dernier épisode l’illustre trop bien avec Clara, personne qui aurait mérité de se borner à l’aventure précédente ou mieux, au bonus de Noël. Tout ça pour ça, finalement ? Ne le nions pas, l’émotion transpire à travers plusieurs magnifiques passages, probablement grâce au talent et à l’alchimie des comédiens, mais tout de même, plus d’audace et de changements offriraient davantage de coffre à une série se contentant souvent de resservir une même formule. Le classicisme n’est en rien une tare, bien au contraire, mais transformer un tournevis sonique en lunettes ou fournir à son héros une guitare électrique ne suffisent pas. Quoi qu’il en soit, plus que jamais, c’est la relation liant le Docteur à sa fidèle comparse qui occupe le devant de la scène.

Twelve aime sincèrement Clara. Toute ambiguïté a heureusement disparu entre eux depuis que le Seigneur du Temps s’est métamorphosé, seule prime une grande et belle tendresse. Dès qu’elle se trouve en danger, il réagit viscéralement et montre une colère assez inhabituelle, parfois dangereuse pour le bien de l’Univers. La jeune femme, elle, a fait le deuil de son compagnon et redémarre le cours de sa vie d’institutrice parcourant l’espace-temps sur ses loisirs. Énergique, astucieuse, perspicace et plutôt insouciante, elle commence à faire de l’ombre à son maître en la matière et se surprend à imaginer endosser son costume, pensant presque pouvoir le surpasser. Tout du moins, c’est ce que la fiction tente de faire croire, car à l’écran, Clara est trop passive dans ses actions. En seconde moitié de chapitre, elle prend de plus en plus de risques, quitte à flirter avec des attitudes inconsciemment suicidaires. Le duo poursuit ses pérégrinations s’étalant souvent sur deux épisodes, avec un résultat à double tranchant. L’histoire peut ainsi approfondir ses propos, mais pour le coup, le rythme perd ici surtout en intensité. Sleep No More scénarisé par Mark Gatiss est le seul vrai récit indépendant et se révèle d’ailleurs mauvais avec son montage façon found footage. Ne le nions pas, dans l’ensemble le visionnage demeure correct à défaut de se montrer mémorable. Toutes les habitudes de Doctor Who répondent à l’appel avec un huis clos claustrophobique sous les mers, maintes références plus ou moins évidentes à son propre univers, des parallèles politiques avec notre actualité contemporaine ou encore un retour à une période historique phare, à savoir celle des Vikings. À ce sujet, la fiction introduit un personnage susceptible de devenir récurrent, Ashildr, jouée par Maisie Williams (Game of Thrones). La production aurait pu la rendre plus attachante et évolutive, mais elle a au moins le mérite de l’associer au Docteur de manière quelque peu originale, avec un certain ascendant de sa part et non pas l’inverse. Bref, le moteur ronronne tranquillement avant de s’emballer en fin de course, surtout grâce au splendide et intimiste Heaven Sent voué à rester dans les annales, plaçant son héros seul au monde pour ce qui ressemble à l’éternité. Plus que jamais, l’ensemble séduit par sa photographie envoûtante et sa mise en scène étudiée.

En résumé, quand bien même la neuvième saison de Doctor Who se réveille lors de son superbe et dernier quart, elle délivre surtout jusque-là un divertissement standard souffrant de temps à autre du principe du double épisode. Ce n’est déjà pas si mal, mais au regard de ce que la série a jadis offert, la pilule a toujours beaucoup de peine à passer. En dehors de quelques indécrottables tours de passe-passe, d’un arc insipide sur ce fameux hybride et de tentatives d’illusion, les scénarios se contentent d’une formule plus posée qu’à l’accoutumée avec ce showrunner. Mais ils oublient au passage de laisser un souvenir vivace, car tout y respire un sentiment de déjà-vu et de quelques longueurs décousues. La production semble parfois dire tout et son contraire, comme si elle ne savait pas ce qu’elle désirait dessiner ou oser se mettre à dos son audience avec des mesures définitives. Malgré tout, l’épilogue et son acteur phare lui permettent de repartir la tête haute et de tempérer ses critiques. Et les détracteurs de Steven Moffat – comme moi ! – se consolent en se répétant que son règne touche heureusement bientôt à sa fin.


3 Comments

  1. Caroline
    Shermane• 13 septembre 2017 at 9:11

    Ça y est, je peux enfin commenter un peu sur cette belle série :)
    Je suis en tout cas d’accord avec tout ce que tu dis, notamment la fâcheuse habitude de Moffat d’ouvrir plein de portes sans les refermer. Si c’est un conteur habile, je trouve qu’il n’a pas su faire renaître le Whoniverse et que les épisodes sont beaucoup trop indépendants – malgré les quelques fils conducteurs.
    Quant au Docteur lui-même, je l’ai trouvé dans cette 9e saison beaucoup trop humain, il lui manquait, à lui comme à la série, cette touche de folie qui les caractérisaient. Heureusement, le jeu de Capaldi est époustouflant.
    Je croise les doigts pour assister à une vraie renaissance, de nouvelles bases, etc. avec le 13e Docteur.

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    • Caroline
      Caroline• 13 septembre 2017 at 18:24

      Tiens, je n’ai pas trouvé le Docteur trop humain cette saison – en tout cas, pas plus que dans les précédentes écrites par Moffat. Côté touche de folie, même si elle est à mon sens mal dosée et parfois irritante, j’ai bien aimé l’insertion des talents musicaux de Capaldi qui paraît, en plus, presque incongrue dans le paysage. Cela dit, on est loin d’un Nine ^^;;.

      Je suis assez optimiste concernant la nouvelle mouture, parce que le showrunner change enfin et que la féminisation du rôle devrait rafraîchir une série se montrant de plus en plus convenue. Du moins, c’est surtout ce que je me plais à penser :D.

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      • Caroline
        Shermane• 14 septembre 2017 at 16:16

        Peut-être que je confonds avec la saison suivante. Je l’ai trouvé moins imprévisible dans ses réactions, aussi. De mon côté, la guitare et les lunettes m’ont agacée ^^ »
        Et je pense comme toi pour le renouveau. C’est loin, Noël !

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