Outlander (saison 2)

Par , le 20 septembre 2017

Alors qu’Outlander occupe actuellement l’antenne pour la troisième année consécutive, sautons dans notre machine à remonter le temps et repartons du côté de sa deuxième saison. Celle-ci se compose de treize épisodes diffusés sur Starz entre avril et juillet 2016 ; à noter que le dernier dispose de trente minutes additionnelles à l’heure habituelle. Aucun spoiler.

Nous avions précédemment quitté Claire et Jaime alors qu’ils embarquaient à bord d’un voilier en direction de la France. Contre toute attente, ces aventures inédites ne reprennent pas où nous nous étions arrêtés, mais proposent un bond dans le futur. Claire est propulsée malgré elle à Craig na Dun, en 1948. Que s’est-il passé ? L’audience comprend très vite que plusieurs mois viennent de s’écouler et que ce voyage n’est qu’un simple aller, que la jeune femme ne peut revenir sur ses pas. Elle doit demeurer près de son premier mari, Frank, qui ne l’a jamais oubliée. Effondrée et enceinte de son amant, elle accepte de faire le deuil de son incroyable expérience. Elle n’a pas d’autre choix, de toute manière. Après cet étonnant flashforward dévastateur, le scénario opère une marche arrière et nous ramène au XVIIIè siècle, au Havre. Le début laisse donc plutôt bouche bée en plus de briser le cœur, car le destin de Claire et celui de la tristement célèbre bataille de Culloden paraissent gravés dans le marbre. Peu importe ce qui se déroulera, l’Histoire ne changera pas et les héros seront séparés. Cette approche narrative surprend d’autant qu’elle ne se trouve pas dans le cycle littéraire, l’auteure ne révélant très abstraitement cet élément qu’en fin de parcours. Elle a pour mérite notable de favoriser une dimension tragique, presque fataliste, et cette sensation que les jours de bonheur sont comptés. L’interprétation au diapason des acteurs transcende cette palette d’émotions à fleur de peau. Outlander continue en vérité de jouer avec sa ligne spatiotemporelle, d’alterner passé et présent, notamment lors de son ultime épisode choyant les parallèles métaphoriques. Ainsi, sur sa construction et sa forme, cette saison ne déçoit pas du tout, tant s’en faut. Outre la musique envoûtante de Bear McCreary et les paysages des Highlands semblables à des cartes postales, elle se permet d’ajouter à son arc une touche parisienne. L’action se déroule en effet en France pour la première partie et illustre des décors stupéfiants, mais surtout des costumes, dont la fameuse robe rouge, en mettant plein la vue. De nombreux dialogues se tiennent en français, d’ailleurs. Les scènes intérieures sont privilégiées aux extérieures, probablement pour des questions de budget et d’authenticité – Paris ne ressemblant plus à ce qu’elle a été, le tournage a dû prendre ses quartiers à Prague –, ce qui n’atténue en rien ce soin du détail. Ce travail d’orfèvre fascine autant qu’il ravit et empêche parfois de se montrer trop critique sur le reste, que la caméra se pose à Versailles ou en Écosse.

Parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix et que de douleurs souvenirs sont encore vivaces, Jaime et Claire s’installent à Paris. Le jeune homme s’approprie le négoce de vins d’un de ses oncles et essaye, avec son épouse, de se rapprocher de Charles Stuart, un prétendant au trône. Le but est simple : tuer la rébellion jacobite et, par conséquent, éviter le massacre de Culloden. En revanche, la route s’annonce sinueuse. Modifier le cours de l’Histoire ne se veut pas aussi facile que ça d’autant que les manipulations au sein de cette haute société parisienne dissolue sont reines, bien que l’écriture demeure très superficielle en la matière et se contente de rebondissements conventionnels. Il ne suffit pas de parler de conspirations, il importe de les mettre en scène, de créer une atmosphère létale, et non pas de combler le vide narratif par des atermoiements caricaturaux. La première partie de la saison se focalise ainsi sur ce microcosme en ébullition. C’est l’occasion de rencontrer le roi Louis XV (Lionel Lingelser), le perfide comte de Saint-Germain (Stanley Weber – Borgia), Louise de Rohan aux mœurs débridées (Claire Sermonne) ou encore Maître Raymond, l’apothicaire aux multiples talents (Dominique Pinon – Métal Hurlant Chronicles). Claire se fait quelques amis, mais surtout des ennemis. Les Fraser se retrouvent vite à mener un jeu dangereux et doivent surmonter de terribles obstacles personnels. Or, en dépit d’enjeux de grande envergure palpables, le récit manque de vigueur et s’oublie dans des circonvolutions parfois rébarbatives. Plus de nuances et de densité auraient permis de rendre ce parcours tumultueux plus digeste, sans compter que la narration de Claire accentue un aspect didactique souvent étouffant. Certes, le faste esthétique empêche de trop s’ennuyer, mais tout de même, une vraie complexité fait défaut à cet ensemble un peu falot se voulant en plus exagérément dramatique. Encore une fois, Outlander ne lésine pas sur les débordements excessifs et néglige le pouvoir de la subtilité et de la subjectivité. Les viols persistent, tout comme les coups du sort et les situations préfabriquées. Pire, des moments insupportables tels que celui dirigeant le couple vers une tragique perte sont montrés à l’écran, de manière totalement gratuite. Cette litanie mélodramatique provient des livres, mais personne n’oblige qui que ce soit à l’illustrer aussi crûment à la télévision. Sans être dénuée de qualité, cette première partie souffre de son contenu guère palpitant bien que par la même occasion, elle reflète le surplace des protagonistes qui tentent vainement de renverser des montagnes. C’est pourquoi ils rebroussent chemin, vers la verdoyante Lallybroch.

Le paragraphe parisien n’ayant pas obtenu le succès escompté, Claire et Jaime changent de fusil d’épaule. De retour en Écosse, la série reprend également de ses couleurs, qu’elle conserve jusqu’à ses derniers instants. En entrant davantage dans l’action, en pleine guerre, les épisodes induisent un véritable sentiment d’urgence et de férocité. La bataille de Culloden s’approche jour après jour et tous les efforts d’avortement échouent les uns à la suite des autres. La situation s’annonce désespérée, mais le couple ne lâche rien, plus uni que jamais malgré les circonstances. Effectivement, les conséquences de torture physique comme psychologique de Jack Randall sur Jaime ne sont pas du tout occultées, bien que le traitement soit encore une fois assez artificiel. Meurtri, traumatisé, il voit son tortionnaire partout. L’ombre vivace de ce vil individu que tous croient mort surplombe les personnages, lui qui les poursuit jour et nuit. Contre toute attente, Outlander s’avère bien plus chaste cette année et limite les scènes de sexe, ce qui ne se révèle pas du tout handicapant si ce n’est que les passages plus romantiques et de complicité se réduisent également à peau de chagrin. Tous les regards se portent vers la rébellion jacobite, avec un pleutre Charles Stuart solidement campé par Andrew Gower. Jaime fraye parmi les dirigeants tandis que Claire organise les secours. Le compte à rebours est lancé et s’agitent autour des figures aux motivations parfois brumeuses, changeantes ou dérangeantes. Le fier et brutal Dougal dispose pour le coup d’une réelle exploration, tout comme le sympathique et fidèle Murtagh, déjà bien exploité à Paris. Sinon, l’adorable enfant qu’est l’amusant Fergus (Romann Berrux) dépeint les protagonistes sous un jour inédit du plus bel effet. La série soigne sans conteste sa galerie non manichéenne, en dehors peut-être d’un trop régulièrement ridicule duc de Sandringham. Elle est en tout cas une fois de plus sur tous les fronts et ne se limite pas à un unique genre. Historique, avec des pointes de fantastique, romantique, sociale, elle possède toujours pour dénominateur commun son souffle émotionnel. Les dilemmes de Claire perdurent et densifient ce personnage sublimé par le jeu d’une incroyable sensibilité de son interprète, Caitriona Balfe. La jeune femme est partagée entre ses désirs, ses craintes et son sens du devoir envers Frank. Dès le départ, les téléspectateurs connaissent son futur déchirement et la voir d’emblée si hagarde et anéantie brise le cœur. Le dernier épisode ose en prime un grand bouleversement, très frustrant, et amène à l’antenne le sympathique Roger (Richard Rankin) ainsi que Brianna (Sophie Skelton) au physique extrêmement décevant compte tenu de son héritage. Bref, rien ne sera jamais comme avant pour les héros, décidément haïs par les lois du destin.

Pour conclure, la deuxième saison d’Outlander ne s’avère pas aussi homogène et réussie que la précédente, la faute notamment à une entrée en matière plutôt fade et traînante. Même si, à la réflexion, le scénario dans son ensemble se disperse et se borne trop souvent à du remplissage redondant, assez vide en dehors d’un mélodrame gratuit. Le fil rouge passe de temps en temps en arrière-plan avant de finir par revêtir une importance capitale : défendre l’Écosse et ses habitants envers et contre tout. L’adaptation à l’écran de la saga littéraire continue malgré tout de séduire grâce à son esthétique léchée, son ambiance écossaise si subjuguante, ses moments d’éclat émotionnel et quelques-uns de ses attachants personnages. Les écueils des romans commencent ainsi à malheureusement prendre le dessus sur les qualités, ce qui n’est pas très étonnant quand on a déjà peiné à la lecture, et l’épilogue, avec ce bond temporel conséquent, laisse craindre le pire pour la suite…


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