Taiyô to Umi no Kyôshitsu | 太陽と海の教室

Par , le 27 septembre 2017

Visiblement, tous les scénaristes japonais doivent passer au moins une fois dans leur carrière par la case du genre scolaire. Même si cela lui a pris quelques années, Sakamoto Yûji (Mother) n’y a pas échappé comme le prouve Taiyô to Umi no Kyôshitsu. Cette série, dont le titre peut être approximativement traduit par le soleil et la mer de la salle de classe, se compose de dix épisodes diffusés sur Fuji TV entre juillet et septembre 2008 ; le premier et le dernier ont respectivement été allongés de vingt-cinq et quinze minutes. Aucun spoiler.

La direction du lycée Shônan fait tout pour entretenir sa prestigieuse réputation et veille à ce que ses élèves réussissent haut la main les concours d’entrée dans de tout aussi élitaires universités. L’arrivée d’un nouveau professeur, Sakurai Sakutarô, risque toutefois de bousculer les sacrosaintes habitudes tant celui-ci se montre subversif et n’hésite pas à remettre en question l’éducation nippone.

La télévision japonaise est envahie de productions se déroulant à l’école et dans la plupart des cas, elles se ressemblent toutes et utilisent à chaque fois un même canevas narratif. Il paraît donc vite difficile d’y trouver son compte, surtout lorsque l’on a quitté ce monde depuis fort longtemps. C’est en partie pour ça que j’évite maintenant ces travaux très codifiés, mais sachant que je tiens à explorer en bonne et due forme la filmographie de Sakamoto Yûji, je me suis attelée à la tâche – avec peu d’entrain, je l’avoue. Les premiers épisodes de Taiyô to Umi no Kyôshitsu ne viennent absolument pas contredire les craintes initiales. Cette série commence effectivement comme la plupart de ses congénères. Un professeur fort altruiste, au bagage un peu atypique, surgit sur le devant de la scène, prodigue ses conseils à grand renfort de discours emphatiques ; personne ne l’écoute, mais petit à petit, les cœurs s’ouvrent et poussent les personnages à évoluer pour devenir meilleurs. Bref, il n’y a rien de nouveau sous le soleil malgré quelques passages et dialogues un peu plus éclairés que la normale. La réalisation reste tout aussi classique, avec une musique générique de Hattori Takayuki (Nodame Cantabile) et cette reprise peu inspirée de Can’t Take My Eyes Off You par l’acteur principal, Oda Yûji. Sans surprise, la forme narrative se limite également chaque semaine à un récit quasiment indépendant ponctué d’un problème à régler au moyen de grands sentiments. Tout respire donc le réchauffé et l’absence d’identité en dehors d’une atmosphère moins citadine et plus légère qu’à l’accoutumée puisque l’établissement se trouve près d’une plage, que l’été est là et que le protagoniste se montre dynamique et enjoué. Mais tout de même, les histoires n’ont rien de palpitant et se contentent d’employer une formule sérieusement éprouvée, avec des personnages stéréotypés finissant par vanter les nobles valeurs chères au pays. Entraide, dépassement de soi, combativité et sens du groupe figurent ainsi au programme des réjouissances. Alors que l’ennui a déjà pris ses quartiers, la fiction opère en milieu de parcours une transformation radicale de registre qui, à la réflexion, semblait se tramer en coulisses.

Le professeur de japonais Sakurai Sakutarô arrive en plein milieu de l’année scolaire et à peine a-t-il mis les pieds en ville qu’il détonne. Son attitude décontractée et sa manière d’alpaguer les fort studieux élèves changent radicalement du comportement très collet monté de ses comparses. Cet archétype de l’enseignant cool sombrant dans les excès ridicules laisse franchement perplexe. Oda Yûji (Mahiru no Tsuki) s’amuse à jouer cet homme en faisant des tonnes pour s’attirer la sympathie de sa classe qui, elle, n’a cure de lui. Afin de le densifier, le récit lui apporte un passé trouble, difficile, voire dramatique, accentuant par la même occasion la caricature ambiante. Sakurai se prend parfois tel un héros, connaît tout de la vie et résout n’importe quelle situation. Il n’a pas de chance, en plus, puisque l’équipe dirigeante reste campée sur ses positions très strictes et conformistes. Contre toute attente, Taiyô to Umi no Kyôshitsu conteste en filigrane l’éducation japonaise ne comptant que sur les matières scientifiques et sur les études acharnées pour obtenir une place dans une grande université, celle vilipendant tout esprit critique. Le nouveau prof essaye d’éveiller les consciences de ses élèves n’ayant absolument aucun problème dans leur scolarité, mais se révélant formatés. Ils ne pensent qu’à travailler encore et encore. Parce qu’il n’y a pas d’autre choix, parce que la société le requiert. Mais là-dedans, où se situe le libre arbitre ? À quoi cela sert-il de passer ses jours et ses nuits devant ces cours assommants pour décrocher des notes vertigineuses, tandis que toute sa jeunesse défile à vitesse maximale ? Ne faut-il pas opter pour un juste-milieu ? N’oublions jamais la pratique dans cette théorie ! Qui a dit que les arts, l’histoire et les langues nécessitaient d’être méprisées ? Il ne devrait pas exister d’échelle de valeurs entre ces domaines, tout comme entre les filles et les garçons. Sakurai incarne ce mode de pensée libertaire choyant la poursuite des rêves et le président du conseil, joué par Kohinata Fumiyo (Ashita no Kita Yoshio), la version rigide. En dépit de son traitement très approximatif et mièvre, avec notamment des antagonistes manichéens caricaturaux, la série surprend par ses prises de position assez inédites et atypiques dans un pays où la collectivité prévaut. Et en cours de route, elle trouve définitivement l’identité qui lui faisait cruellement défaut jusque-là.

Les premiers épisodes se bornent par conséquent à des situations non dépourvues d’intérêt, mais déjà vues ailleurs. La caméra se focalise sur un petit groupe d’amis se serrant les coudes, se disputant et agissant comme les adolescents qu’ils sont. C’est l’occasion d’y retrouver de nombreux visages connus comme les camarades d’enfance interprétés par Kitano Kii (LIFE) et Okada Masaki (Otomen), les très sérieux et intelligents lycéens n’osant pas s’avouer leurs sentiments (Tomiura Satoshi – Hana Yori Dango ; Tanimura Mitsuki – Cat Street), le grand frère en proie à des difficultés familiales (Yamamoto Yûsuke – Tumbling) et plusieurs autres dans des rôles plus secondaires. Ces figures demeurent cependant cantonnées à des évènements plutôt traditionnels pour le genre et, bien que sympathiques à leurs manières, ne marquent pas plus que ça. Les autres enseignants tels que la fade assistante Enokido Wakaba (Kitagawa Keiko – Mop Girl), l’ombre du chef du conseil (Kichise Michiko – Môsô Shimai) et la directrice bienveillante (Toda Keiko – Umareru.) ne tirent jamais leur épingle du jeu. En revanche, la série sort davantage du lot avec Yashima Akari (Yoshitaka Yuriko – Hanako to Anne) et Tabata Hachirô (Hamada Gaku – Piece Vote). Le second est fou amoureux de la première, mais pense n’avoir aucune chance d’autant qu’elle papillonne avec des hommes. En raison d’une voix off par moments mélancolique, l’audience constate assez rapidement qu’une tragédie s’apprête à s’abattre sur ces élèves encore innocents. Et quand elle arrive, elle choque par son dur réalisme, sa pudeur parfaitement mesurée et son souffle émotionnel. La deuxième moitié de Taiyô to Umi no Kyôshitsu en devient ainsi bien plus naturelle, humaine et touchante. Les défauts ne disparaissent pas tous comme par enchantement, tant s’en faut, mais la balance pèse alors plutôt du côté positif. Le professeur reste en retrait, les lycéens occupent les devants et parlent, se confient, cheminent, sous fond de superbes chansons de Simon and Garfunkel.

En conclusion, la série scolaire Taiyô to Umi no Kyôshitsu prouve que de temps en temps, il n’est pas inutile de s’accrocher, car sa seconde partie relève le niveau et lui permet de s’affranchir de ses maints poncifs pourtant prépondérants. Pour la énième fois, un vaillant enseignant aux méthodes peu orthodoxes souhaite inculquer à ses élèves de grandes leçons de vie. Mais derrière ces maladresses d’écriture, ces situations convenues et ce sentimentaliste un peu étouffant se cache un message prônant l’anticonformisme et la liberté de penser par soi-même. Rien que pour ça, la fiction se détache de cette masse informe et insipide. Alors si en plus ses derniers épisodes favorisent les émotions, des thématiques plus dures et réalistes, elle finit par définitivement étonner et laisser sur une curieuse bonne impression.


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