12 Monkeys (saison 2)

Par , le 4 octobre 2017

Nous savons déjà depuis plusieurs mois que 12 Monkeys s’arrêtera au terme de sa quatrième saison, prévue courant 2018. Mais avant ça, il est l’heure de parler de la deuxième, constituée de treize épisodes diffusés sur Syfy entre avril et juillet 2016. Aucun spoiler.

La série se terminait l’an passé sur une situation explosive où Cassie, après avoir tiré sur Ramse devant un Cole effaré, quittait 2015 pour arriver en 2043. Sauf que les ennuis persistaient sérieusement puisque les fameux douze Messagers avaient pris le contrôle de la base dans le but d’utiliser la machine. L’histoire ne recommence pas tout à fait là où elle nous avait laissés et, comme à son habitude, elle n’hésite ensuite pas à multiplier les ellipses et maints sauts temporels. Elle gère toutefois désormais mieux ses différentes périodes parallèles et ne crée plus de sentiment de frustration à bondir d’une époque à une autre. Il faut dire que cette saison bénéficie d’une écriture bien plus homogène et donne l’impression que les scénaristes savent exactement où ils se dirigent. Et il se pourrait bien que ce soit le cas, car beaucoup de questions finissent par obtenir une réponse, mais aussi parce que des éléments paraissant triviaux disséminés de-ci de-là revêtent par la suite une importance parfois capitale. Malgré le caractère insaisissable du récit, il en ressort non pas un brouillard cachant une vacuité agaçante, mais bel et bien une logique implacable. L’arrêt programmé de 12 Monkeys tend d’ailleurs à confirmer que tout a été pensé en amont. Voir une fiction ne pas dévier de son chemin et monter en puissance plaît, voire favorise un franc enthousiasme. D’autant qu’elle prouve ses ambitions qu’elle tient sur la longueur, sans jamais choisir la facilité ou se moquer de ses téléspectateurs. Les fondements reposent toujours sur les mêmes que ceux du film de Terry Gilliam, ce qu’elle ne nie pas avec quelques savoureux clins d’œil touchant autant la musique que la distribution ou les répliques, mais en dehors de ça, la comparaison n’a plus vraiment lieu d’être. Effectivement, cette saison les enjeux mutent très vite et induisent une surprise fort agréable.

Si l’ombre de l’Armée des douze singes laisse une trace indélébile, cette fois, c’est plutôt le Témoin qui inquiète, lui qui semble avoir dix coups d’avance et dont l’identité reste inconnue. Les personnages bataillent encore pour modifier le cours de l’Histoire alors que personne n’a la certitude que cela est possible. Empêcher un évènement n’est-il pas seulement le remettre à plus tard ? Est-ce que le futur n’a pas déjà été écrit dans le passé ? Le temps devient un vrai composant sur lequel compter et revêt ainsi une place majeure, qu’il s’agisse du voyage sur sa courbe ou de sa nature à proprement parler. Les protagonistes se croisent à diverses périodes chronologiques et de leur propre ligne temporelle ; tout se trouble, se remodèle, les paradoxes doivent être évités à tout prix et progressivement, le récit ressemble à un gigantesque puzzle diaboliquement addictif où le nombre des pièces demeure en constante évolution. L’audience ne sait jamais ce qui l’attend avec cette redistribution des cartes perpétuelle, maline et malicieuse. La chape de plomb reposant sur l’univers tout entier ne fait nul doute et l’apocalypse paraît quasiment inéluctable. L’ensemble se transforme alors en une véritable course contre la montre, contre le vent. Jusqu’à présent, Cole essayait de stopper la terrible épidémie ayant ravagé la planète avant qu’elle ne survienne. Contre toute attente, cette fois, l’histoire apporte plus ou moins une solution à ce problème et pousse la direction vers une voie plus insidieuse et complexe à enrayer, celle du Témoin. Katarina maîtrise maintenant suffisamment sa machine pour transporter ses explorateurs à différents moments et points du globe. Cette liberté de mouvement permet à la fois aux personnages de posséder une arme capable dans leur guerre et aux scénaristes de jouer avec les codes. Rien n’est jamais stable dans 12 Monkeys et ce qui-vive permanent soutient cette tension indicible où la culpabilité s’en donne souvent à cœur joie, car tout semble pouvoir arriver, favorisant au sein d’un groupe aux buts pourtant communs des querelles, des luttes intestines, des fractures patentes.

Les voyages ont beau se suivre, les protagonistes n’en voient pas le bout et à peine pensent-ils avoir réglé un obstacle qu’un autre surgit, les obligeant à retourner dans le passé, tout en n’ayant aucune idée si ce qu’ils envisagent de faire sauvera l’humanité ou, au contraire, appuiera sa chute. Et rien ne fonctionne durablement… Cette épée de Damoclès conditionne grandement l’état psychologique de ces héros sur la brèche et devenant pour la plupart incapables d’avoir une réelle existence. Ils ne vivent plus que pour leurs objectifs, oublient le reste et se perdent parfois eux-mêmes au passage. S’insinue presque une dimension paranoïaque alimentée par les doutes, déconvenues et potentielles hallucinations entourant leur éprouvant périple. 12 Monkeys ne se limite pas à de banals sauts dans le temps et se construit un univers stimulant semblant tentaculaire. La forêt rouge, notamment, permet aux téléspectateurs d’élaborer une multitude de théories. Qui tire donc les manettes de tout ce qui arrive ? Que fabriquent l’homme pâle et Olivia ? Qui sont-ils ? Et quelles sont les motivations de ce Témoin ? Anéantir le monde ? Pourquoi ?! L’horloge tourne et déraille, en tout cas. Au-delà du fil définitivement très rouge, ces épisodes nuancent grandement les caractérisations des personnages qui demeuraient encore légèrement lisses. Les dynamiques sont également en mouvement, avec des associations inédites et d’autres, telle que celle liant Cassie à Cole, passent en arrière-plan. Bien que leurs sentiments crèvent l’écran, en dehors de scènes en fin de parcours délivrant une de ces atmosphères tragiquement magnifiques dont la série a le secret, le romantisme sous-jacent de l’an dernier n’est qu’un vague souvenir. Et pour cause, l’heure est au combat et Cassie n’est plus la virologiste ne comprenant pas trop ce qui se déroule. Elle se trouve maintenant en 2043, a tiré sur un homme et se sent trahie par celui en qui elle avait donné toute sa confiance. Cette héroïne représente sans aucun doute l’un des points forts de la production et l’interprétation habitée d’Amanda Schull n’y est probablement pas étrangère. En vérité, tout au long de cette saison, les femmes détiennent une place de choix.

Pendant que Cassie rayonne, charme et progresse, une autre prend un ascendant considérable : Jennifer Goines. Jadis elle était un peu insupportable et incontrôlable. La série a l’excellente idée d’offrir à ses troubles psychopathologiques une explication rationnelle, crédible et définitivement séduisante. Son comportement erratique n’est pas uniquement dû à une quelconque folie, mais plutôt à un lien particulier qu’elle entretient avec le temps, cet élément constant de la fiction. L’écriture tire parti de ce personnage sur lequel tablent finalement toutes ses fondations, qu’il s’agisse de sa version plus jeune évoluant en 2016 ou de la plus âgée de 2044. Les deux s’équilibrent à merveille et permettent de mieux la comprendre et de finir par l’apprécier en dépit de son caractère hautement instable. Qui plus est, ses discours souvent ponctués de maintes références à la culture populaire amusent autant qu’ils fascinent. Outre sa relation avec Cole, elle surprend aussi positivement avec celle qu’elle nourrit avec Cassie qui, elle, étonne pareillement avec ses scènes communes avec Ramse ayant pour toile de fond une grande jalousie réciproque. Clairement, la saison n’hésite pas à bousculer ses précédentes habitudes et ne se repose donc nullement sur ses acquis, bien que cela ne l’empêche heureusement pas de capitaliser sur ses réussites, comme l’indéfectible amitié entre Ramse et Cole. Justement, ce dernier, malgré son statut de protagoniste incontestable, doit attendre les ultimes épisodes pour monter en force, ce qui n’est pas une tare, la production s’appuyant sur toute une galerie de figures dénuées de manichéisme, chacun ayant ses zones d’ombre plus ou moins évidentes. Deacon gagne également en dimension, mérite sa place et injecte à la fois du rythme, de la brutalité et de l’humour, élément faisant défaut à la série jusque-là et s’avérant maintenant parfaitement dosé, ne serait-ce qu’avec Jennifer. Les émotions se pressent et font passer du rire aux larmes tout en n’oubliant pas d’attendrir à travers les adorables scènes entre une Katarina bien plus humaine et l’individu apparaissant subitement dans sa vie campé par Michael Hogan (Battlestar Galactica).

Pour résumer, après une première saison déjà satisfaisante, la deuxième entame la vitesse supérieure. Loin de se contenter de ses acquis, 12 Monkeys prend d’emblée un chemin assez imprévu avant d’offrir au temps un rôle non négligeable, à l’instar d’un personnage parmi d’autres. Le riche suspense parfois étouffant et l’ambiance d’une rare noirceur transforment le visionnage en un délicieux périple angoissant, car tout, dans ce jeu létal où les règles comme l’ensemble des participants sont inconnus, semble possible. En plus de travailler son concept, de constamment le renouveler et de répondre pas à pas à ses mystères stimulants, elle soigne grandement ses protagonistes, dont principalement les féminins. Ils n’ont pourtant jamais été autant poussés dans leurs retranchements, eux qui naviguent à vue vers un futur apocalyptique et essayent de garder espoir. Tout au long de ces nouveaux épisodes haletants et vibrants, cette course contre une montre détraquée émeut, amuse, étonne, intrigue et ne laisse définitivement pas indifférent. Il s’agit sans aucun doute là d’une des meilleures productions de science-fiction en cours de diffusion et, pour ma part, le coup de cœur est plus que confirmé.


Laisser un commentaire