Game of Thrones (saison 7)

Par , le 1 novembre 2017

Haut les cœurs ! Certes, les ultimes moments de Game of Thrones à l’écran n’ont pas encore de date de diffusion. Pire, quelques bruits de couloir évoquent même une sortie en 2019, mais pensez donc à ceux qui attendent la suite du cycle littéraire dont rappelons-le, les débuts remontent à 1996. Oui, oui. Et puis ronger un peu son frein permet de mettre en appétit, non ? Avant cela, la pénultième saison, la septième, se compose de sept épisodes passés sur HBO entre juillet et août 2017 ; en dehors du final durant quatre-vingts minutes, les autres tournent autour de l’heure. Aucun spoiler.

Ployer les genoux, voilà la ritournelle de ces nouvelles et courtes aventures spectaculaires. Daenerys est enfin arrivée à Westeros et s’installe dans la plutôt lugubre cité de Peyredragon accompagnée de ses trois dragons, de son immense armée et de ses fidèles conseillers. Son objectif est simple : terrasser Cersei et prendre place sur le Trône de fer qu’elle imagine lui être dû. Mais sa vile ennemie n’a pas dit son dernier mot et de Port-Réal, celle-ci essaye tant bien que mal de solidifier ses appuis malmenés après son terrible attentat sur le grand septuaire de Baelor. Ces deux femmes estiment être la reine légitime des Sept Couronnes et entendent s’arroger les pleins pouvoirs en renversant définitivement l’autre. La saison illustre ainsi cette lutte franche, chacune tentant de rallier des alliés à sa cause. Sauf que la plupart des maisons sont en triste état. Qu’il s’agisse des Tyrell, des Martell ou des Tarly, tous voient leur population se réduire à peau de chagrin. Au bout du compte, seuls les Targaryen, les Lannister et les Stark semblent capables de jouer un rôle majeur dans ce jeu dangereux arrivant en bout de course. La fin de la série se fait effectivement ressentir, ne serait-ce que parce que l’intrigue se resserre et que les points de vue se concentrent. Cela permet à la narration d’éviter l’éparpillement qui lui faisait auparavant défaut. De toute manière, l’hécatombe a été tellement importante ces dernières années que les personnages se sont considérablement amoindris et ceux qui restent finissent enfin par se rencontrer, provoquant des scènes plutôt jouissives. Ils se trouvent là où ils sont supposés être depuis un moment et s’apprêtent à appliquer tout ce qui a été initialement mis en œuvre. Avec une aussi courte saison, l’heure n’est pas à l’égarement et l’allure se modifie grandement. Jadis, Game of Thrones avançait tranquillement, installant ses pions un à un, avec minutie, rigueur et subtilité. Cette fois, la vitesse supérieure est enclenchée et les débuts sont un peu chaotiques, la faute à un traitement hasardeux du rythme. Les séquences liées à Castral Roc et à Hautjardin le reflètent assez bien, par exemple, avec un développement presque expédié. Mais peu à peu, la fiction retrouve un tempo convenable, bien que beaucoup plus soutenu que par le passé. L’appréciation impose toutefois de tolérer ce choix arbitraire vis-à-vis de la sphère spatiotemporelle puisque les protagonistes se déplacent à des cadences anarchiques et souvent supersoniques, cela au gré des envies narratives. Cette temporalité, probablement très complexe à retranscrire à l’écran, n’est en réalité pas vraiment dérangeante, tout comme le classicisme du récit. Les franches surprises ne sont en effet guère de la partie. La conclusion est lancée et, la série se devant de suivre à juste titre la route qu’elle a déjà longuement amorcée, elle ne paraît pas en mesure de provoquer un cataclysme imprévisible. Si cette absence de véritable suspense se fait par moments ressentir, elle n’est pas non plus franchement rédhibitoire tant les qualités d’ensemble la surpassent, dont cette grande force émotionnelle, ce sens du spectacle quasi ostentatoire et ce souffle épique. Avouons tout de même que les scénaristes savent exactement répondre aux expectatives de l’audience et en profitent. Peut-être trop diront certains.

Pendant que Daenerys et Cersei plongent dans leur guerre, quelques-uns ont conscience que la lutte doit se réaliser ailleurs. Comme l’indique à bon escient l’ancien lord Commandant de la Garde de nuit, tous ceux qui respirent encore doivent s’unir. Car l’armée des Marcheurs blancs n’attend pas et se prépare au nord du Mur, dirigée par le Roi de la nuit. Les Stark de retour à Winterfell connaissent trop bien l’urgence de la situation, mais de quelle manière rallier les humains alors que tous sont aveuglés dans des rancœurs qui ne sont parfois que le lourd héritage d’ancêtres disparus depuis fort longtemps ? Comme d’habitude, jalousie, cupidité, ambitions et manipulations constituent le quotidien de ces personnages détenant leur propre agenda. Jon Snow, l’un des rares individus loyal et fidèle, ne recule devant rien pour mener à son terme sa capitale mission. Maintenant qu’il a été nommé malgré lui roi du Nord, il dispose de moyens assez considérables bien qu’insuffisants, d’autant que l’hiver est là, avec toutes les restrictions pratiques et alimentaires que cela implique. La saison s’attarde régulièrement sur ce qui se déroule dans le fief des Stark et malheureusement, elle déçoit un peu par moments. Sansa ne démérite pourtant pas et continue d’illustrer son incroyable évolution, surtout quand des évènements de son passé lui ressurgissent en plein visage. Si l’arrivée de deux de ses proches crée un vrai enthousiasme, le résultat final ne se montre pas à la hauteur des espérances. La faute probablement à un cruel manque de finesse dans le développement concernant Petyr Baelish, figure devenue trop falote et à mille lieues du fieffé manipulateur aux obscurs desseins. Avec cette dispute fraternelle amenant à craindre le pire et commençant à presque irriter, le traitement patine, la résolution délivrant un léger arrière-goût de trop peu et prouvant en sus la volonté des scénaristes de valoriser Arya, protagoniste parfois complexe à cerner. Toujours chez les Stark, Bran a laissé sa place à la Corneille à trois yeux et le retrouver si indifférent brise le cœur. L’étendue de ses pouvoirs semble fonctionner au bon vouloir du récit, mais permet de confirmer la grande théorie entourant l’identité de Jon qui, en dehors d’un élément inattendu le légitimant, était un secret de polichinelle depuis la saison précédente. Dans tous les cas, en dépit de certaines maladresses, facilités et étrangetés d’écriture avec l’absence notable de Fantôme, voir ces enfants maintenant adultes s’en sortir assez bien compte tenu des circonstances induit un sentiment d’exaltation difficile à contenir. Surtout que côté spectacle, Game of Thrones ne trompe pas son public. Outre les paysages stupéfiants de beauté magnifiés par une photographie lumineuse, la musique de Ramin Djawadi sublime littéralement la scénographie et ces séquences héroïques en mettant plein la vue. Entre les dragons détruisant tout sur leur passage enflammé, l’expédition au-delà du Mur, des morts-vivants contrariant toutes les forces de la nature ou la chute d’une structure vouée à être immuable, les moments de bravoure et de terreur ne manquent pas. Mieux, la série injecte à plusieurs reprises des notes humoristiques bienvenues, principalement grâce à des personnages attachants comme Tormund, Davos Mervault, Bronn et même Sandor Clegane. Il faut dire que beaucoup de ces figures se révèlent plaisantes à suivre et leur nombre plus restreint permet de les rencontrer davantage, de craindre un peu plus pour leur survie.

Si l’épilogue transpire à travers tous les épisodes, avec une montée en puissance des enjeux et de cette bataille décisive pour l’humanité, les protagonistes en tant que tels ne sont heureusement pas oubliés, exceptés malheureusement des Varys, Euron Greyjoy et Littlefinger. Leurs doutes, tourments et rares joies sont dépeints à l’écran et font mouche grâce à ce sens de la dramaturgie. Bien que beaucoup d’entre eux soient pétris de défauts, que plusieurs aient commis des crimes, ils n’en demeurent pas moins humains et touchants dans leurs faiblesses. Il suffit parfois de peu, d’un seul regard, d’une banale réflexion pour élever le niveau et prouver le soin apporté à ces caractérisations ciselées. L’irruption du Limier et de Beric Dondarrion dans cette cabane isolée le reflète parfaitement. Theon reprend des couleurs après être retombé dans ses travers, Sam ose se rebeller et perdre sa passivité, Jorah Mormont regagne espoir et quelques autres ont leur moment de gloire ou, au contraire, de détresse. Même Cersei, finalement, ne se contente pas de la place d’antagoniste unilatérale. Elle a beau être bornée, son lourd passé, cette prophétie la rongeant et sa condition de femme ne sont pas étrangers à ce qu’elle est devenue. Sa relation avec Jaime n’est clairement pas en reste et d’ailleurs, elle favorise peut-être l’une des séquences les plus angoissantes de la saison. Tyrion, bien sûr, se retrouve devant le fait accompli de la traîtrise de sa famille. S’il est persuadé du bien-fondé de sa démarche, voir les siens se faire massacrer est autre chose. Les épisodes ne lésinent pas sur les scènes chargées en sentiments divers et capitalisent sur le talent indéniable de la grande majorité des acteurs. Mépris, colère, amitié et amour ne représentent que quelques-unes des facettes de cette série décidément colorée. En dépit de la dureté de ce qui arrive, la romance trouve sa place et se veut cette année douce et tendre. Missandei et Ver Gris le symbolisent le plus parfaitement, eux qui savent demeurer en retrait, mais pas en devenir pour autant transparents. Tous les regards sont en vérité surtout dirigés vers la rencontre de la glace et du feu qui se montre plutôt convaincante alors que les personnages en tant que tels ne sont pas les plus expressifs de la fiction, mais assez similaires dans leur quasi-mélancolie. Clairement, c’est toujours dans sa psychologie si travaillée que la production fascine autant qu’elle révulse.

Pour résumer, la septième saison de Game of Thrones lance les hostilités et immerge ses téléspectateurs dans le début de sa fin qui s’annonce dantesque. Au sein d’une histoire arrivant enfin là où elle est espérée depuis des années, les manquements liés à une écriture flottante et à une gestion du temps et de la distance ne sont que des éléments presque négligeables. Presque parce que le rythme peine dans un premier temps à trouver ses marques du fait d’un emballement hâtif, provoquant en prime au passage une certaine frustration. Même s’il finit par s’apaiser, reste le sentiment que davantage d’épisodes ou de scènes moins événementielles ne lui auraient pas fait perdre en dynamisme, mais aurait appuyé la teneur de ses propos. Admettons aussi que la série paraît parfois brosser dans le sens du poil les envies de son audience en lui offrant exactement ce qu’elle souhaite voir. Mais tout de même, en partie grâce au resserrement de la narration, à la clarification des enjeux et aux rencontres attendues de personnages majeurs, difficile de cacher sa jubilation devant cette fresque visuelle d’une grande férocité dramatique. À condition d’accepter ses faiblesses visiblement assumées par les scénaristes, le visionnage en devient alors éblouissant, émotionnellement intense, et définitivement tétanisant.


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