Grey’s Anatomy (saison 13)

Par , le 13 décembre 2017

Ne dit-on pas que le nombre treize est synonyme de malheur ? En tout cas, beaucoup de superstitieux l’évitent, le redoutent, mais Grey’s Anatomy a eu l’opportunité de dépasser cet âge avancé. Cette nouvelle saison, constituée de vingt-trois épisodes, fut diffusée sur ABC entre septembre 2016 et mai 2017. Aucun spoiler.

Pas le temps de souffler, la série reprend exactement là où elle nous avait quittés, à savoir au mariage d’Owen et d’Amelia. Pendant que la fête bat son plein, Alex doit faire face à ses actions, à sa rage l’ayant conduit à massacrer son collègue, l’interne Andrew DeLuca. Dans son premier quart, la saison a l’excellente idée, du moins sur le papier, de se focaliser sur le chirurgien pédiatrique trop laissé pour compte depuis quelques années. Alex a beau faire partie de la distribution d’origine, il n’est guère utilisé à bon escient, tout comme beaucoup d’autres de ses comparses. Grey’s Anatomy pâtit effectivement plus que jamais de sa grande galerie de personnages et ne réussit pas à leur offrir du matériel suffisant, papillonnant au gré du vent, de manière schématique et peu heureuse. Quoi qu’il en soit, elle cherche visiblement à soigner le fidèle ami de Meredith sauf que le soufflé retombe rapidement. Ce fil rouge perd de sa saveur dès son commencement, avec une conclusion expédiée, un impact émotionnel quasi nul et des dynamiques finalement peu travaillées. Jo le représente clairement puisqu’elle ne sert à rien tout au long de ces aventures inédites. De toute façon, l’intégralité de cette saison souffre d’un traitement approximatif, poussif, rendant le visionnage laborieux, voire extrêmement désagréable. La fiction ne s’était en effet pas montrée aussi mauvaise sur la durée depuis bien longtemps. Les semaines défilent, l’intérêt ne remonte pas. Certes, de rares moments plus éclairés surgissent ponctuellement, mais c’est pour toujours mieux replonger dans la médiocrité. Quelques épisodes sortent du cadre hospitalier, avec un résultat aléatoire. Autant celui centré sur Jackson au Montana, avec une utilisation très pertinente d’Eric Roberts, mérite le détour, autant l’autre se déroulant en prison n’apporte rien. La prévisibilité des scénarios empêche toute implication d’autant que les incohérences, les raccourcis ridicules et les rebondissements préfabriqués prennent leurs aises. L’écriture oublie toute finesse au profit de ficelles grossières transformant progressivement la série en une véritable caricature d’elle-même, en une autoparodie puérile où évoluent beaucoup de protagonistes narcissiques, condescendants et se permettant de se mêler de la vie d’autrui en toute impunité. Le principal arc narratif symbolise tristement cette routine sentimentale n’ayant que les malentendus absurdes à la bouche.

Pour diverses raisons, Miranda Bailey choisit de révolutionner le programme de l’internat dirigé par Richard Webber, ce qui provoque inévitablement des remous. Cette intrigue susceptible au demeurant de proposer une critique en filigrane de l’éducation des médecins et de certains problèmes hospitaliers, s’enlise tout au long de la saison. Et la parasite. Le Seattle Grace se retrouve en proie à un conflit d’idéaux et de fidélité, là où les orgueils mal placés se taillent la part du lion. L’irruption de l’horripilante Eliza Minnick (Marika Dominczyk – Brothers & Sisters) cristallise les rancœurs et amplifie le phénomène. Pour faire simple, les épisodes donnent souvent l’impression de plonger dans une cour de récréation, avec des querelles grotesques par leur immaturité, des personnages ne se conduisant pas comme les adultes responsables qu’ils sont censés être. Grey’s Anatomy a toujours injecté une petite dose de folie douce, mais elle sombre ici dans les inepties. Ses héros, à force de tergiverser, de réagir n’importe comment, de répéter inlassablement les mêmes erreurs, en deviennent désagréables. Difficile alors de ressentir quoi que ce soit pour eux, de souffrir ou de s’émerveiller de ce qu’ils vivent. Owen et Amelia expérimentent une énième crise deux secondes après s’être passé la bague au doigt. Les récemment divorcés April et Jackson semblent pourtant ne pas pouvoir être développés indépendamment l’un de l’autre. Arizona se limite à la touche homosexuelle, comme si toutes les lesbiennes devaient forcément se mettre en couple. Maggie s’amourache de Nathan Riggs, se plaint et perd totalement de sa fraîcheur. Justement, ce dernier fait la cour à Meredith qui ne se laisse pas facilement conter fleurette. L’héroïne est sûrement l’une des rares avec la sympathique Stephanie Edwards à ne pas insupporter. Son absence dans plusieurs épisodes se fait d’ailleurs ressentir. Les deux sont les seules à se comporter de façon adaptée et un peu plus fine que la moyenne générale. Contre toute attente, résumer l’ensemble se transforme presque en gageure puisque les récits brassent de l’air et s’égarent dans des ingrédients convenus, déjà vus à maintes reprises. La production ne réussit alors même pas à capitaliser sur ses intrigues médicales, car elles aussi restent à la peine, oubliant les moments forts de jadis.

Pour conclure, cette treizième saison de Grey’s Anatomy rate le coche du début à la fin. En plus de ne rien raconter de palpitant et de se borner à des artifices redondants, elle a la déplaisante manie de rendre la majeure partie de ses personnages au mieux insipides, au pire détestables. Les épisodes se suivent, se fourvoient dans des rebondissements exagérés et des développements brutaux laissant une impression globale d’indifférence et d’enfantillage consternant. En dépit de sa longue durée, elle ramène le Seattle Grace et la plupart de ses occupants quasiment au point de départ, si ce n’est qu’avec son manque de liant et son traitement fastidieux, elle a anesthésié au passage ses téléspectateurs. Allez, espérons qu’il ne s’agit là que d’une erreur de parcours et que la série saura reprendre de ses couleurs. Il le faut.


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