The Vampire Diaries (saison 8)

Par , le 10 janvier 2018

Lors de son arrivée, beaucoup n’auraient probablement pas pensé que The Vampire Diaries s’installerait aussi longuement à l’écran et réussirait à se créer une telle communauté. Parce que ne le nions pas, elle aura marqué une génération et rien que pour ça, elle mérite un certain intérêt. La série s’est ainsi arrêtée au terme de sa saison huit, raccourcie à seize épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2016 et mars 2017. L’annulation ayant été annoncée suffisamment tôt, les scénaristes ont pu l’anticiper et délivrer une conclusion en bonne et due forme. Aucun spoiler.

Après des années assez poussives réutilisant constamment les mêmes grossières ficelles narratives, la septième relevait légèrement le niveau. L’absence d’Elena ne se faisait effectivement pas vraiment ressentir et permettait de redynamiser le tout. Sans grande surprise, cette huitième se limite au cahier des charges des productions arrivées en bout de course et ne propose pas grand-chose d’original ou d’enthousiasmant. Pourtant, l’écriture cherche visiblement à jouer la carte de la nostalgie en remémorant aux fidèles téléspectateurs de sympathiques moments, en multipliant les clins d’œil, en ramenant moult visages familiers, en s’amusant parfois d’une touche d’autodérision. Bref, The Vampire Diaries ne se moque pas de ses fans. Mais d’une façon ironique, ces éléments rappellent surtout tout ce qu’elle a été et tout ce qu’elle n’est plus. La fiction osant tuer ses protagonistes a disparu depuis fort longtemps, tout comme sa capacité à injecter un rythme haletant dopé par des rebondissements inattendus. Certes, cette saison se sépare définitivement et brutalement de plusieurs de ses figures maîtresses, mais puisqu’il s’agit de l’épilogue, elle n’a pas à recevoir une quelconque médaille. Ces facilités et ces résurrections ont peu à peu créé une distance émotionnelle rendant l’empathie souvent hasardeuse et justement, ces épisodes le reflètent de trop. L’ultime d’entre eux, malgré plusieurs qualités notables, le prouve, car les développements sont expédiés, voire inexistants, et l’audience apprend maintes informations capitales en n’ayant jamais l’opportunité de les digérer, d’où l’apparition d’un léger sentiment de frustration. En dépit de toute sa bonne volonté et d’un joli message prônant la famille, la série s’y adonne ici avec maladresse surtout qu’elle ne sort pas des sentiers battus, autant avec ses antagonistes qu’avec ce qui gravite autour de ses héros.

Comme toute saison qui se respecte, celle-ci apporte son lot d’enjeux et comme d’habitude, la fine équipe de Mystic Falls bataille ferme pour assurer la survie des siens. Et pour cause, les menaces n’ont peut-être jamais été si vives, avec un sentiment d’urgence absolue. Les épisodes reprennent quelque temps après que la caméra s’était éteinte. Damon et Enzo font toujours bande à part, contrôlés par une mystérieuse puissance se cachant dans une grande étendue d’eau. Ils tuent allègrement des humains, les torturent tout aussi volontiers et les livrent à cette fameuse entité aquatique. La première moitié s’attarde ainsi sur cet ennemi au départ insondable et dénué d’aspect physique propre. Dommage que le récit lui offre rapidement un habitacle, car le côté intrigant et quelque peu inquiétant disparaît instantanément – à l’image de son destin final, d’ailleurs. Cet arc a au moins le mérite de bousculer les fondements fantastiques de The Vampire Diaries puisqu’il n’est nullement question de créatures déjà vues. Mais que ce soit Sibyl (Nathalie Kelley – Dynasty) ou Seline (Kristen Gutoskie), elles ne parviennent pas à s’imposer et ne servent généralement que de prétextes scénaristiques pour provoquer des remous dans la vie intime des personnages principaux. Par exemple, Alaric et Caroline craignent alors pour leurs jumelles et Bonnie cherche à récupérer Enzo envers et contre tout. Plus précisément, ces femmes directement issues du folklore scandinave offrent surtout un parallèle intéressant, bien que guère naturel, avec la relation complexe qu’entretiennent Stefan et Damon. La saison a en effet l’excellente idée de lui faire honneur et de l’explorer sur la durée.

Les frères Salvatore s’aiment, ce qui ne les empêche pas de se déchirer sous fond de quête de rédemption. Si la mécanique de leur dynamique est connue depuis bien longtemps et que ces épisodes inédits la réutilisent sans rien modifier de notable, d’où une résurgence de vieux démons, admettons que la recette fonctionne assez bien. L’image générale sous-tendue par les derniers instants de la série le symbolise à merveille et les montre apaisés, après des années compliquées. Le 8×08, We Have History Together, figure parmi les franches réussites grâce à son humour et l’alchimie des acteurs. En revanche, leurs aventures romantiques ne sont pas aussi bien loties. Le retour d’Elena était évident, ce qui comptait, c’était de savoir comment elle allait revenir à la vie et de voir ses retrouvailles avec son grand amour. Or, celles-ci s’avèrent d’une fadeur presque incroyable. Les inimitiés entre les interprètes, Nina Dobrev et Ian Somerhalder, sont peut-être à blâmer, mais peu importe, leur travail est de s’en accommoder. Stefan, lui, essaye de se créer quelque chose avec Caroline, mais pour ne pas changer, la mise en scène et le traitement nuisent à l’appréciation. Le scénario demeure linéaire, avec des péripéties visibles des kilomètres en amont, des personnages quittant l’antenne à peine arrivés et un sentimentalisme parfois trop appuyé, comme lors d’une cérémonie volontairement préfabriquée. Les semaines défilent, le visionnage n’en devient pas désagréable, mais il ne laisse que de rares stigmates sur son passage. Le raccourcissement de la saison aurait dû favoriser la tension et un rythme efficace sauf que rien à faire, celle-ci patine en dehors de moments plus jouissifs, dont l’irruption d’un impertinent sorcier n’ayant pas dit son dernier mot.

The Vampire Diaries tenant à mettre les petits plats dans les grands, après avoir écarté le premier méchant, elle s’attaque à un autre. Pour le coup, elle vise haut, le plus haut possible dans l’échelle infernale. Surgit Cade (Wolé Parks), un individu capable de tout, sans remords, et s’apprêtant à régner sur Terre. Bien qu’il n’apparaisse qu’en cours de route, il tire les ficelles depuis plus longtemps et ajoute une dimension plus mystique et magique qu’à l’accoutumée. C’est donc l’occasion pour Bonnie d’essayer de rayonner. L’ex-sorcière s’est montrée depuis les débuts de la série assez incolore et malgré une récente période plus intéressante, elle retombe dans ses travers. Sa caractérisation ne tourne plus qu’autour d’Enzo, comme si elle n’existait qu’à travers ses amours et non pas en tant que personne propre. Elle n’est pas la seule à provoquer aussi peu d’empathie. Alaric a changé au fil du temps, se détache du groupe et ne voit plus que ses filles, quitte à ne pas se retourner pour sauver ses proches. Matt a le mérite d’être l’un des rares humains à avoir survécu au long cours et le légitimer vis-à-vis des fondations de Mystic Falls, avec l’arrivée d’un homme campé par Joel Gretsch (The 4400), accentue la gratuité de plusieurs développements. De surcroît, tout cet arc apparaît brouillon et peu palpitant. À la réflexion, en voulant trop faire plaisir aux téléspectateurs et en transformant l’ensemble en cadeau géant, les scénaristes se perdent au passage.

Pour conclure, en se montrant autant inégale et expédiée vers la fin, l’ultime saison de The Vampire Diaries représente peut-être l’essence même de la fiction. Sans être mauvaise, elle ne parvient pas à haranguer les foules, à favoriser une atmosphère épique et riche en émotions. Si l’amour des créateurs pour leur œuvre transpire régulièrement, la recette ne fonctionne décidément qu’à moitié. Certes, la série était arrivée en bout de course depuis un moment, mais se borner à la corde nostalgique pour ce supposé chant du cygne ne suffit pas, qui plus est quand le récit ne lésine pas sur les incohérences, les retours gratuits et autres ingrédients factices alimentant maladroitement une sphère dramatique parfois artificielle. Mais malgré tout, demeurent de bonnes idées, dont cet accent sur le sens de la famille et de la fraternité, la production ayant peut-être été avant tout l’histoire de Stefan et de Damon. Elle quitte donc l’antenne en n’ayant pas trop à avoir à rougir, surtout au regard de ce son héritage, et se laisse quelques ouvertures, si besoin. À noter que The Originals devrait bientôt suivre son chemin.


Laisser un commentaire