Dare Yori mo Mama wo Aisu | 誰よりもママを愛す

Par , le 17 janvier 2018

Maintenant que nous sommes lancés dans l’exploration des scénarios de Yukawa Kazuhiko (Kaseifu no Mita, Koi ga Shitai x3), autant continuer, non ? Pour cela, opérons un bon retour en arrière avec Dare Yori mo Mama wo Aisu, une série composée de dix épisodes diffusés sur TBS entre juillet et septembre 2006 ; seul le premier dispose de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Kamon ne forment pas une famille réellement traditionnelle au sens où la société japonaise l’entend. Le père s’occupe de la maisonnée depuis plusieurs années afin de laisser son épouse poursuivre ses ambitions professionnelles. En plus de cela, ils ont eu un dernier fils sur le tard et ne cherchent guère à entrer dans le moule. Est-ce qu’ils sont malheureux pour autant ? Probablement que non.

J’aime maman plus que quiconque. Voilà ce que crie le titre de cette production. Parce qu’il s’agit clairement d’un cri du cœur, non pas d’un enfant pour sa mère, mais d’un mari pour sa femme. Kamon Kazutoyo est fou amoureux de celle qui partage sa vie et compte bien la choyer de son mieux et combattre ceux la jugeant ou lui voulant du mal. Il ne regarde jamais une autre et se consacre entièrement à son bien-être. Cet homme a démissionné de son emploi qu’il appréciait assez il y a de ça vingt-cinq ans. Il a réalisé à l’époque que Chiyo, son épouse, n’arrivait pas à gérer en parallèle le logement et son travail. Plutôt que de lui imposer de rester à la maison et de se sacrifier comme encore trop de Japonaises le font, il lui proposa d’inverser les fonctions préétablies. Et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé père au foyer. Et il aime ça ! Et il n’en rougit jamais ! Et quand sa femme rentre tard le soir, il veille à la chouchouter, car il sait qu’elle est exténuée, mais en profite pour essayer d’arrondir les angles afin de conserver une grande sérénité entre tous. En fait, sous couvert d’une comédie familiale sans prétention, Dare Yori mo Mama wo Aisu est une ode à l’anticonformisme et une véritable lutte contre les stéréotypes du genre. La série commence avec la voix off du plus jeune des enfants, Kaoru, précisant que ses camarades lui serinent que sa famille est bizarre. Les rôles sont tous chamboulés avec un père se chargeant de la lessive et de la cuisine, une mère bataillant férocement au tribunal, un frère doux et calme, une sœur surexcitée et bagarreuse. Tout au long des épisodes, le scénario tente d’expliquer que, certes, ce noyau s’avère atypique au sein d’une culture encore marquée par son fonctionnement traditionnel, mais que cela ne signifie pas du tout qu’ils sont anormaux, si tant est qu’une norme existe. Qui a dit un jour qu’une femme devait savoir coudre et se comporter telle une princesse ? Chacun a le droit d’être qui il veut, d’aimer qui il souhaite, car le plus important est de trouver le bonheur. Sans trop dévoiler l’intrigue au risque d’en atténuer la surprise, la fiction évoque aussi la question de la sexualité et termine sur une note assez inattendue, mais rafraîchissante. Ne le nions pas, elle ne lésine pas sur les bons sentiments et se révèle assez mièvre, mais elle met tellement de baume au cœur qu’elle n’en devient pas irritante. Même quand le papa radote à l’infini ses souvenirs romantiques tant il est inénarrable sur le sujet. D’ailleurs, ces passages racontant sa rencontre et ses choix de vie avec Chiyo sont joliment retranscrits à l’écran, avec des dessins enfantins aux crayons gras amplifiant le côté attendrissant de cet ensemble dynamique non dénué de quelques longueurs. La musique de Hasegawa Tomoki participe à cette ambiance tour à tour cocasse, mignonne et plus réfléchie en dépit de réactions manquant sensiblement de réalisme, bien que n’impactant pas de trop la qualité générale.

Dare Yori mo Mama wo Aisu plonge son audience dans le quotidien de sa petite famille très colorée. Son succès repose beaucoup sur le charme de ses personnages, presque tous fantasques à leurs manières et fort attachants. Kazutoyo est un père bavard en faisant toujours trop solidement incarné par Tamura Masakazu (Furuhata Ninzaburô), l’acteur parvenant à le rendre à la fois sympathique et un peu étouffant, comme le sont souvent les chouettes parents. La stricte Chiyo (Itô Ran – Doctors), sa femme, n’est pas en reste et essaye de tempérer les ardeurs de son mari s’emballant rapidement. Les deux forment un couple adorable, imparfait et ayant probablement beaucoup travaillé pour arriver où ils en sont. Leurs petits moments, leurs regards et gestes attentionnés reflètent leur touchante complicité. Leur aîné, Akira (Tamayama Tetsuji – Massan), exerce comme coiffeur et passe la majeure partie de ses journées à fuir toutes les filles qui lui courent après. Il faut dire qu’il est physiquement attirant, calme et profondément gentil. Il ne sait pas refuser et se retrouve ainsi dans de sacrées situations. La cadette, Yuki (Uchida Yuki – Big Wing), est considérée comme un garçon manqué, est constamment renvoyée de ses emplois pour insubordination et se voit incapable de cuire un œuf. Bien qu’ils se disputent, ils veillent sur le benjamin, encore à l’école élémentaire, Kaoru (Nagashima Mitsuki), le narrateur de l’histoire un peu timide et à l’image des enfants de son âge. La série ne raconte finalement pas grand-chose et se contente d’instantanés anecdotiques et très simples, mais s’armant d’une ambiance drolatique amplifiée par l’irruption de figures secondaires tout aussi truculentes. L’arrivée d’une nouvelle voisine, Tsunami Kozue (Kobayashi Satomi – Pan to Soup to Nekobiyori), provoque dans le quartier quelques remous puisqu’elle non plus ne rentre pas dans les cases. Et pour cause, elle s’habille tout en noir, marmonne des propos incompréhensibles, ne sort pas ses poubelles quand il faut et ne montre aucun signe de socialisation. Mais cela ne freine pas du tout le papa, vrai boute-en-train. Ce duo fonctionne du tonnerre, l’une lançant des répliques assez sarcastiques et refusant tout en bloc, l’autre l’embarquant toujours dans ses aventures. Le pauvre Yamashita (Gekidan Hitori – Densha Otoko) s’en prend aussi plein la figure avec Yuko. Sinon, Pinko, le travesti joué par Abe Sadao (Marumo no Okite) à qui le rôle va comme un gant, fait craindre le pire lorsqu’il surgit en raison d’un traitement très caricatural, mais la série préfère s’en amuser. Dans leur ensemble, les relations sont agréablement dessinées. Au bout du compte, si l’écriture paraît parfois un peu légère, elle ne l’est pas du tout. Elle enrobe le sérieux de son message dans une bonne humeur communicative et des rebondissements surréalistes, sans oublier de disséminer de-ci de-là des scènes plus émouvantes et dramatiques sous-tendues par des sujets pertinents et fédérateurs. Les protagonistes évoluent tous au contact les uns des autres et créent sans peine avec les téléspectateurs un sentiment d’empathie.

Pour résumer, en se présentant telle une comédie familiale ordinaire, Dare Yori mo Mama wo Aisu trompe son public pour mieux le ravir. Malgré la simplicité de son récit, de ses ficelles par moments très grossières et débordantes de guimauve, de son exubérance et de quelques maladresses, elle laisse sur une solide impression. Outre son atmosphère chaleureuse donnant furieusement envie de rejoindre les sémillants Kamon, elle gagne surtout en qualité avec son discours de fond détonnant encore plus quand on se rappelle qu’elle date de 2006. Loin de vanter les morales habituelles de la télévision japonaise, elle prône effectivement l’anticonformisme ainsi que le combat contre les stéréotypes et préjugés sexistes. Pour une petite série au demeurant légère et sans prétention, elle étonne agréablement et mérite le coup d’œil pour qui ne craint pas le cabotinage et les ressorts narratifs délicieusement idiots.


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