Into the Badlands (saison 1)

Par , le 21 février 2018

Quand j’étais plus jeune, je ne ratais jamais la moindre production mettant à l’honneur les arts martiaux. Tout m’accrochait, je ne faisais jamais la difficile et presque systématiquement, j’en ressortais ravie. Mon intérêt et mon enthousiasme pour ce genre n’ont pas vraiment faibli depuis cette date, mais, admettons qu’à la télévision et même au cinéma, nous n’avons pas grand-chose pour nous contenter. Into the Badlands ne pouvait que finir par arriver sur mon écran un jour ou l’autre. Cette série étasunienne a été créée par Alfred Gough et Miles Millar, connus pour leur travail sur Smallville, et se compose pour l’instant de deux saisons. La première nous concernant aujourd’hui possède six épisodes diffusés sur AMC entre novembre et décembre 2015. Aucun spoiler.

Le monde n’est plus que ruines depuis qu’une succession de terribles guerres l’ont ravagé voilà presque un demi-siècle. Plus personne ne sait vraiment ce qui s’est passé. Peu importe, sur les Badlands, la paix se maintient maintenant à peu près, grâce à la trêve initiée par sept hommes et femmes. Ces individus, ces barons, contrôlent chacun de leur côté une région propre détenant ses coutumes et un mode de fonctionnement unique. Tous ont toutefois pour point commun d’avoir banni les armes à feu et de les avoir remplacées par une faction de combattants surentraînés, les Clippers, chargés de les protéger et de faire régner l’ordre. Mais l’arrivée d’un jeune garçon, M.K., aux pouvoirs curieusement dangereux, risque bien de cristalliser les ambitions et la cupidité de ce microcosme proche de la rupture.

Comme je l’ai écrit plus haut, j’aime les arts martiaux. Je doute ainsi être la personne la plus objective pour discuter d’Into the Badlands qui, clairement, rempli une case laissée vacante en répondant aux attentes les plus folles – tout du moins, en ce qui concerne sa démarche. En effet, la série ne lésine jamais sur les scènes de combat et se permet de s’offrir un style assez particulier, de multiplier les codes inhérents aux fictions dystopiques et au kung-fu. Ces épisodes ressemblent à une sorte de mélange entre un western atypique, un monde post-apocalyptique et désabusé à la Mad Max, et des séquences virevoltantes issues du wu xia pian. D’ailleurs, ces dernières ne manquent pas d’allant, sont rondement chorégraphiées, lisibles à l’écran et spectaculaires. Les personnages bataillent de façon rapprochée, avec leurs poings et pieds, leur tête ou encore des sabres. Difficile de ne pas y voir des clins d’œil au cinéma chinois, surtout lors du pilote qui, avec ce minutieux sens du rythme ralentissant ou s’emballant, copie quasiment le solide film The Grandmaster. Outre un thème musical composé par Mike Shinoda, la photographie n’est pas non plus en reste grâce à une jolie lumière et un soin sur les paysages et décors. Les champs de coquelicot, la chaleur des couleurs et l’atmosphère générale apportent une plus-value considérable, une réelle identité à cette série au charme original. Les références à l’Asie sautent au visage, mais elles ne sont pas les seules, l’époque féodale, dont une servilité glaçante, et l’attrait pour les motos se taillant également la part du lion. Certes, le probable budget limité ne permet pas à l’ensemble de tirer pleinement profit de son potentiel, mais pour l’heure, le résultat reste très honorable, convaincant et souvent jouissif pour qui aime ce parti pris. Et finalement, heureusement que ces épisodes peuvent justement compter sur cet univers rétrofuturiste parce que l’écriture, elle, demeure bien plus prévisible.

Dans un futur ancestral, le monde a bien changé. La géopolitique actuelle a disparu depuis fort longtemps, laissant sa place à un système fermé, dangereux et où les droits des individus ne semblent plus qu’un souvenir révolu. Le placide Sunny travaille pour son baron, Quinn, et dispose du plus haut poste possible pour sa condition. D’aussi loin qu’il se rappelle, il a subi un entraînement précoce et dur pour le former aux arts martiaux, pour se dédier à son maître à qui il doit fidélité, loyauté et obéissance. Sunny est un Clipper, un de ces hommes de main veillant sur le dirigeant de leur territoire. Soumis à des règles de vie strictes, ils ne sont guère libres de leur destin et de toute manière, la question ne se pose pas, surtout dans un univers aussi hostile que les Badlands. L’existence de Sunny se poursuit assez tranquillement, lui qui partage ses journées entre la protection de Quinn et ses nuits avec une femme qu’il fréquente en secret, Veil (Madeleine Mantock). Le héros a la chance d’être interprété par un remarquable et charismatique Daniel Wu. Cerise sur le gâteau, pour une rare fois, un Asiatique détient le rôle principal d’une série. Laconique et insondable, Sunny dégage une classe folle avec son long manteau rouge, son sabre et ses talents de combattant. De façon assez grossière, le scénario distille quelques éléments amenant à penser qu’il n’est pas qu’un excellent Clipper. L’irruption du jeune et tempétueux M.K. ravive d’anciennes réminiscences, comme cette légende racontant qu’au-delà de ces régions se situent d’autres, plus pacifiques et égalitaires. Les épisodes s’intéressent ainsi à la rencontre de ces deux personnages et à cette tentative que de se détacher de fers décidément fort accrochés. Sans surprise, rien ne se passe comme prévu, avec des serpents logeant à chaque recoin. Cela ne fait effectivement nul doute, dans Into the Badlands, les luttes de pouvoir, les manigances et les secrets font la loi.

Au sein même de la baronnie phare, Ryder (Oliver Stark), le fils héritier se sent lésé et commet des erreurs les unes après les autres dans l’espoir de s’attirer la sympathie et l’attention d’un père exigeant et peu chaleureux. Quinn (Marton Csokas – Xena: Warrior Princess) dirige ses quartiers d’une main de fer et tente de cacher la nature de ses migraines de plus en plus rapprochées, de crainte de perdre son assise jadis acquise dans le sang. La vénéneuse Lydia (Orla Brady), son épouse, souffre de voir son enfant aussi méprisé par son mari, mais également de constater que sa place de conseillère et d’amante est progressivement remplacée par celle de la future seconde femme de Quinn, la jeune Jade (Sarah Bolger – The Tudors). L’ambiance n’est donc pas au beau fixe dans leur belle résidence dorée. Surtout qu’en dehors, malgré des années de paix, la terrible baronne surnommée la Veuve (Emily Beecham) paraît tout mettre en œuvre pour terrasser les autres et s’arroger tous les territoires. Elle pourchasse en plus M.K. (Aramis Knight), que Sunny a recueilli en dissimulant à Quinn les compétences hors normes du garçon. Suite à certaines circonstances, ce dernier entre dans une sorte de transe, dans une rage meurtrière impossible à canaliser. Qui est-il en vérité ? L’apprentie de la Veuve, Tilda (Ally Ioannides) s’attache à lui, elle qui porte aussi un lourd bagage sur ses épaules. Notamment en raison de sa courte durée, la saison ne répond pas à grand-chose et se contente de poser les bases de ce qui nous attend ou de survoler des thèmes comme la prostitution, la dictature, le féminisme, etc. Le scénario reste tristement traditionnel, avec les rancœurs, disputes et autres rebondissements habituels dans les récits de cette trempe, là où la violence ne disparaît jamais totalement. Progressivement, les pions sur l’échiquier s’installent, avec de nouveaux personnages surgissant, parfois interprétés par des visages connus dans le petit écran, et une distribution satisfaisante dans son ensemble.

Pour conclure, les six premiers épisodes d’Into the Badlands s’apparentent à un amuse-bouche. En effet, ils servent essentiellement à introduire le contexte et, en dépit d’un sens du spectacle décoiffant, ne réussissent pas à convaincre pleinement. La série ne cache pas son ambition avec un cocktail unique en son genre alliant les arts martiaux à une ambiance rétrofuturiste. Les séquences de combats tourbillonnants se révèlent enthousiasmantes par leur richesse et leur nombre. Sauf que la forme, aussi surprenante soit-elle, ne fait pas tout, car dans le fond, l’intrigue et les caractérisations des personnages s’avèrent beaucoup plus convenues, voire prévisibles. Pour l’heure, le scénario ne fait que reprendre les ingrédients d’une dystopie complotiste classique même s’il finit à la longue par élever le niveau et développer ses enjeux principaux. Il n’empêche que le divertissement répond encore à l’appel grâce à cette identité marquée, bien qu’évidemment pas au goût de tous. C’est plus la suite qui nous dira si oui ou non, la série mérite l’investissement.


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