Comme toujours, l’appel des séries historiques fut le plus fort et je n’ai pas résisté à The Last Kingdom. Pour l’heure, cette fiction britannique, adaptant le cycle littéraire The Saxon Stories de Bernard Cornwell, possède deux saisons, mais une troisième a été annoncée. Celle nous intéressant ce jour, la première, comporte huit épisodes diffusés sur BBC Two entre octobre et novembre 2015. Aucun spoiler.

Fin du IXè siècle, alors que l’actuelle Angleterre est séparée en différents royaumes, les guerres s’y multiplient. En quelques jours, le jeune Uhtred voit les Danois surgir sur ses terres, les conquérir, assassiner son père le Roi et le kidnapper. D’abord assimilé à un esclave, le petit Saxon réussit rapidement à s’attirer les grâces de son ravisseur, Ragnar, et à devenir un membre à part entière de cette famille scandinave. Au décès tragique de ce dernier une dizaine d’années plus tard, il choisit toutefois de quitter les Danois et de retourner auprès de son peuple dans le but de récupérer la couronne qui lui est due. Mais rien n’est aussi simple surtout qu’il est perpétuellement partagé entre les deux univers l’ayant poussé à évoluer.

Pour être honnête, les débuts de Last Kingdom ne m’ont guère enthousiasmée. Le long épisode d’introduction s’avère assez maladroit et brouillon, avec des scènes d’exposition certes nécessaires, mais mal amenées et peu palpitantes. D’ailleurs, force est d’admettre qu’après avoir regardé Vikings surfant quelque peu sur les mêmes thématiques, il n’est pas aisé de ne pas comparer. Le budget plus restreint, avec une esthétique moins léchée, des figurants parfois limités et une reconstitution peut-être plus modeste, ne joue pas non plus en sa faveur. Or, la série parvient assez vite à prendre ses marques et à faire oublier les productions voisines. La distribution se révèle solide, le rythme va crescendo, les aspects politico-historiques et romanesques ne s’étouffent pas mutuellement, les différents peuples sont traités sur un pied d’égalité et les personnages gagnent en intérêt grâce à une écriture plus fine qu’à première vue. La seconde partie de la saison mérite réellement le coup d’œil et laisse penser que The Last Kingdom maîtrise son sujet et ses envies futures.

Uhtred (Alexander Dreymon) est un homme coléreux, impulsif, opportuniste, mais non dénué d’une étonnante naïveté, d’humour, d’intelligence et de sentiments. Derrière cette assurance se cachent des meurtrissures et des doutes, car au final, il ne sait pas vraiment à quel monde il appartient. Après avoir été enlevé et élevé par les Danois, il a probablement cru qu’il poursuivrait avec eux surtout qu’il s’y sentait manifestement bien. Mais l’assassinat de son père adoptif (Peter Gantzler), à l’instar du biologique (Matthew Macfadyen – Spooks), le force à prendre une nouvelle route. Cette fois, il ne peut se reposer que sur lui-même, bien qu’il soit accompagné de sa fidèle amie, Brida (Emily Cox). Dès le début de la saison, il quitte les Scandinaves et retrouve sa terre natale. Il y découvre que personne ne l’attend, que tous se fichent de cet individu ressemblant à un de ces sauvages Danois, si ce n’est peut-être le prêtre Beocca (Ian Hart – Dirt) l’ayant connu quand il était petit. Au bout du chemin, Uhtred est supposé monter sur son trône, mais avant cela, il doit passer par moult épreuves et dans sa quête, il va là où le vent lui semble le plus bénéfique. Pour l’instant, l’érudit et pieux roi du Wessex, Alfred, paraît être la meilleure solution…

La première saison de The Last Kingdom explore au long cours la relation entre son héros et plusieurs figures, dont notamment le fameux Alfred (David Dawson – Ripper Street). Ce souverain à la santé fragile essaye de rallier les peuples face à l’invasion viking, mais se retrouve pieds et poings liés devant les ambitions de chacun, dont celles d’Uhtred. En dépit d’une durée assez courte, avec seulement huit épisodes, les intrigues touchent à divers sujets tels que ceux de l’identité personnelle, de la religion, des ravages de la guerre, des sacrifices, de l’éthique, de fraternité ou encore de loyauté. La série ne cherche pas la facilité, ne se contente pas de batailles insipides et sait parfois se poser, prendre le temps et ne pas favoriser la surenchère, le spectacle gratuit. Pour autant, les occasionnelles scènes de combat n’en déméritent pas moins, comme celle en toute fin de parcours. Les différents personnages disposent de moments propres, chacun ayant en plus de multiples teintes à sa palette. Les frontières sont souvent troubles entre ennemis et amis. Même le héros agace autant qu’il fédère. Des figures comme Skorpa (Jonas Malmsjö) aux canines acérées et maints chefs Danois ne manquent pas de prestance, tout comme les anciens camarades d’Uhtred et les nouveaux, dont le sympathique Leofric (Adrian Bower) et ses répliques piquantes.

Pour résumer, les débuts de The Last Kingdom illustrent avec une agréable et rare simplicité une période complexe et décisive de ce qui devra devenir plus tard l’Angleterre. En alliant à la fois le fond historique et une touche plus intime grâce au parcours de son protagoniste attachant à sa manière, la production ne déçoit pas, voire surprend positivement. Effectivement, aussi branlants que ses premiers épisodes puissent être, les autres gagnent en intensité et s’offrent parfois un souffle épique bienvenu. Le récit ne s’éternise jamais, les dynamiques sont en constante évolution et l’approche finement réaliste fait mouche. Maintenant que les cartes ont été savamment placées, la suite de cette fiction sentant bon l’authenticité ne peut que persévérer de la sorte.