Babylon 5 (saison 3) – Point of No Return

Il aura fallu attendre plus de trois ans avant que Babylon 5 revienne sur Luminophore et, comme je l’avais écrit l’année dernière, je me doutais fort bien qu’il ne serait pas nécessaire de patienter autant pour que l’on discute de la troisième saison. Composée elle aussi de 22 épisodes d’une petite quarantaine de minutes, elle fut diffusée en syndication aux États-Unis entre novembre 1995 et octobre 1996 ; à noter une pause de plus de quatre mois entre le 3×17 et le 3×18. Pour l’anecdote, la série fête cette année ses vingt ans. Déjà ! Sinon, je tenais à dire qu’en voulant regarder ce que les acteurs faisaient depuis – tout en évitant habilement les spoilers, naturellement – je me suis rendu compte que beaucoup, dont certains pourtant encore très jeunes, étaient décédés. C’est une vraie hécatombe. Il est par la suite fort difficile de continuer le visionnage en restant de marbre… Aucun spoiler.

La seconde saison s’était terminée sur une note terrible avec la victoire sanglante des Centauris sur les Narns, la montée en puissance du Corps Psi couplée à un gouvernement terrien de plus en plus discutable, et la menace alors discrète des Ombres. Pessimiste et noire, la conclusion de l’ensemble précédent ne lâchait toutefois pas le téléspectateur dans un abîme de désespoir car elle révélait enfin quelques secrets positifs concernant les Vorlons. En illustrant la véritable nature de ces êtres atypiques, la série embrassait définitivement sa dimension religieuse.  En effet, ces extraterrestres seraient en réalité ceux que l’on associe aux anges sur Terre, mais aussi toutes les autres manifestations de cet acabit dans les cultures de l’Univers. Cette apparition met du baume au cœur sur Babylon 5 et lorsque la saison trois débute, la station reçoit un grand nombre de personnes cherchant à se rapprocher de ce miracle et à en profiter un tant soit peu. Cependant, le calme apporté par cette manifestation hors de tout contexte ne dure guère longtemps et, comme l’indique le sous-titre de cette saison, le point de non-retour est inéluctable et irréversible. Le nouveau générique, avec Susan Ivanova en narratrice, ne laisse aucun doute à ce sujet : la tonalité sera sombre et épique. Le discours du commandant en second reflète parfaitement cet état d’esprit. The Babylon Project was our last, best hope for peace. It failed. But, in the Year of the Shadow War, it became something greater: our last, best hope… for victory. The year is 2260. The place: Babylon 5.

     

À l’instar de l’année passée, celle-ci continue sur plusieurs arcs parallèles que l’on pressent se rejoindre à un moment mais pour lesquels il n’est justement pas toujours aisé de savoir où les scénaristes veulent en venir. Néanmoins, plus les épisodes s’écoulent et plus les pièces du puzzle commencent véritablement à se mettre en place et à représenter un gigantesque tableau ambitieux. Cette troisième saison prouve indiscutablement que Babylon 5 fait partie de ces séries matriochkas où chaque élément est englobé dans un autre de plus grande importance, et ainsi de suite. Alors que l’on croit comprendre un tant soit peu les futurs développements ou ce vers quoi l’on se dirige, l’histoire assure le contraire et réussit régulièrement à surprendre. Mieux, elle utilise des détails a priori anecdotiques vus précédemment alors qu’en réalité, ils sont la clé de voûte d’un développement ultérieur. Les excellents épisodes 3×16 et 3×17, War Without End, en sont un parfait exemple et à travers un voyage dans le temps, ils donnent envie de se replonger dans la toute première saison. Pour toutes ces raisons, cette fiction est un vrai plaisir à suivre. C’est d’autant plus marquant à une époque où les séries télévisées n’ont malheureusement plus la possibilité ou le souhait de chercher à explorer au long cours un univers riche et fouillé. Cela n’empêche pas Babylon 5 de posséder des épisodes indépendants très laborieux comme le 3×07, Exogenesis – faisant surtout penser aux symbiotes dans Stargate SG-1 – mais ils sont aisément contrebalancés par la mythologie et la densité du reste. Les commentaires des fans expliquant régulièrement que la série montre toute son ampleur en cours de visionnage et qu’elle utilise à bon escient ses cinq années ne paraissent de ce fait guère trompeurs. Par conséquent, avec un suspense souvent haletant, une tension allant crescendo, une galerie de personnages travaillée avec beaucoup de finesse et des embûches se manifestant à plusieurs niveaux, tous les ingrédients semblent être présents pour former un divertissement intelligent.

Le premier grand arc de la saison est en lien avec la Terre et la rupture opérée en raison du régime du Président Clark, de plus en plus dictatorial. La colonie martienne est bombardée, la propagande ne s’arrête jamais, la Garde de Nuit se voit confier des missions extrêmes ne rappelant que trop bien celles de la Seconde Guerre Mondiale, le racisme se fait omniprésent et le climat en devient rapidement délétère. Babylon 5 n’hésite jamais à multiplier les références historiques sans user de sensationnalisme ou de morale bien pensante. En confiant à son public le soin de réfléchir de lui-même, elle ne fait que dépeindre une société à la dérive empêtrée par des conflits de tout ordre. En dépit d’un cadre placé à des millénaires de notre époque, elle parvient systématiquement à dépeindre des comportements modernes et effectuer des parallèles avec le XXè siècle – ou bien sûr, le XXIè siècle. Le constat est d’ailleurs assez pessimiste dans le sens où l’on ne réalise que trop bien que les erreurs du passé ne font effectivement que se répéter inlassablement. Déjà amorcée précédemment, la guerre froide entre le gouvernement terrien et les représentants menés par Sheridan sur Babylon 5, prend de toutes nouvelles proportions dans le magnifique 3×10, Severed Dreams, conclusion d’un triptyque où les batailles spatiales ont pour une fois une place de choix. L’intime se mêle aux conflits, rendant la situation plus complexe qu’elle ne l’est déjà. Cette cassure nette apporte d’inéluctables changements au sein de l’Alliance terrienne mais aussi parmi les galaxies ; l’Univers doit ainsi s’orienter vers un nouveau cap. La station se situe dès lors au centre de tous les combats, dans un véritable œil du cyclone, et ses principaux membres s’échinent à tenter de colmater les plaies béantes qui ne font que se manifester encore et encore. Cet épisode n’est pas anodin dans la mythologie de la série car il permet de bousculer les fondements de l’identité de Babylon 5. Autrefois apparentée à un endroit supposé symboliser la paix entre les différents peuples, c’est en réalité elle qui devient le catalyseur des hostilités, ou plutôt, de la rébellion. Non pas parce que l’idée d’entrer en guerre plaise à Sheridan et aux autres, le trouble du commandant le prouvera à plusieurs reprises, mais uniquement parce qu’ils savent tous que pour sauver le maximum de personnes et faire ce qui est juste, il est nécessaire d’opter pour des mesures drastiques. La saison est celle des risques et de la prise de position. De manière davantage marquée qu’autrefois, il n’y a aucune solution de repli et si rien ne fonctionne, la perte sera terrible. Tout est lié ; et sans grande surprise, la dimension terrienne de l’intrigue est à mettre en résonance avec la venue des Ombres.

Le Président Clark, en écartant de manière criminelle son prédécesseur, n’avait jamais caché être abject, ambitieux et arriviste. Ce n’est donc guère étonnant de découvrir que sur Terre, certains soient tout à fait au courant de l’existence des Ombres, de leur éveil et de ce dont elles sont capables de perpétrer. Sheridan et ses compères doivent alors gérer leur propre race mais aussi essayer de trouver un semblant de solution pour stopper, ou tout du moins freiner, l’arrivée des Ombres. Jusque-là entraperçues, elles sont au cours de ces épisodes omniprésentes et s’incrustent toujours en toile de fond. Leurs caractéristiques physiques sont très à propos tant elles apparaissent comme de gigantesques silhouettes insaisissables et totipotentes. Progressivement, le scénario dévoile certains des mystères de ces êtres craints décidant de déployer leurs tentacules. Seul contre ces menaces, Sheridan cherche toutes les options, parcourt les galaxies et entreprend des solutions désespérées. Il est tout à fait conscient qu’il ne peut, à lui seul, espérer les vaincre et c’est pour cela qu’un autre grand arc de ces épisodes est celui de la réunion des races – ou de la tentative – pour combattre ces vieilles créatures ayant disparu depuis plusieurs siècles. Dans sa quête, le commandant de la station a toutes les possibilités de compter sur ses fidèles suivants tels que la forte et charismatique Ivanova, le toujours aussi sympathique chef de sécurité Garibaldi, ou encore le médecin Franklin qui n’aura de cesse de combattre d’abord ses propres démons. Mais surtout, les Humains ont la chance d’être soutenus par d’autres races puissantes comme les arrogants et puissants Vorlons, avec le mystérieux Kosh à l’origine d’un rebondissement fort douloureux, et des Minbaris. La saison explore la culture de ces derniers et offre à Delenn toutes les possibilités de resplendir et d’insuffler le mode de pensée et d’agir de ses congénères. Déjà amorcé auparavant, le rapprochement entre Sheridan et elle emprunte une nouvelle voie, tout en finesse et en sobriété comme la série aime à le faire. Plus que jamais, les différences s’atténuent entre ces deux peuples ayant un but commun : la paix dans l’univers. Également évoqués mais assez peu montrés jusqu’à présent, les Rangers possèdent une toute nouvelle exposition grâce à l’arrivée de l’éminemment attachant Marcus (Jason Carter). Drôle, piquant et charmeur, il cache un lourd passé qui le ronge et dont il a beaucoup de mal à supporter la charge. Dans tous les cas, les Minbaris, les Terriens et les Vorlons commencent à collaborer, et les avancées et prouesses technologiques se multiplient en même temps que les révélations parfois spectaculaires, voire prophétiques.

En réalité, Babylon 5 ne fait que reprendre des thématiques déjà entraperçues jusque-là si ce n’est qu’elle les utilise avec finesse de manière à leur offrir presque insidieusement de l’importance. La guerre et la paix, l’éthique, l’opposition entre l’ombre et la lumière, l’addiction, le totalitarisme contre le libre-arbitre, la religion et la foi ou le sacrifice pour une cause plus grande sont régulièrement employés. Le ton n’est pas toujours direct puisque l’écriture emploie beaucoup le symbolisme et n’hésite jamais à utiliser toutes les cartes qu’offre le genre de la science-fiction pour augurer de la suite. Les scénaristes se servent effectivement à plusieurs reprises du voyage dans le temps. Tandis que dans de nombreuses fictions ce thème est généralement vecteur d’erreurs, d’approximations et de méli-mélo moyennement engageant, c’est tout simplement le contraire dans Babylon 5. Il est facile de remercier la qualité de l’écriture mais aussi, naturellement, la construction particulière de l’ensemble permettant justement de découper l’histoire et de ne jamais tout révéler d’emblée afin de ménager le suspense. La saison dévoile encore l’hédoniste Londo Mollari, son destin funeste et tout ce qui se rapporte aux autres Centauris. Elle en profite pour ajouter de nouveaux éléments, certains très étonnants, d’autres moins et d’autres – tels qu’un rebondissement en rapport avec l’amical Vir Cotto – particulièrement stimulants. Du fait de son mode de fonctionnement, il en devient presque complexe de discuter de la saison tant en fait, si l’on n’a pas regardé la suite, il manque probablement les bonnes clés pour en décoder l’ensemble. Quoi qu’il en soit, au cours de ces 22 épisodes les rêves, songes et autres prédictions sont pléthores. Des murmures sont entendus, des protagonistes sont assimilés à des êtres messianiques et l’ensemble se transforme définitivement en un récit d’exploits non dénués de lourdes pertes. Les réponses à toutes ces interrogations sont nombreuses mais lorsqu’elles délivrent une explication à l’une d’entre elles, d’autres sont soulevées, que l’on s’en rende compte ou non. Pour résumer, cette troisième année de diffusion trouble les dynamiques en place, nuance les propos et complexifie grandement un tableau pourtant déjà multidimensionnel.

Outre sa richesse mythologique, ses niveaux de lecture multiples et sa mise en place brillante, la saison n’oublie jamais ses protagonistes. S’ils sont malgré tout assez importants en nombre, chacun possède la possibilité de rayonner et d’être suffisamment dépeint. De même, les relations entre eux gagnent en sensibilité et en intérêt. Le quatuor que forment les Humains sur la station, à savoir Sheridan, Ivanova, Garibaldi et Franklin, est la pièce maîtresse autour de laquelle tout le monde gravite. Soudés, ils s’entraident et si l’environnement n’est guère propice aux blagues en tous genres, l’humour n’est jamais laissé sur place. Disséminé de part et d’autre, il permet d’alléger quelque peu l’ensemble foncièrement tragique et intense. Des figures plus secondaires comme Zack prennent également de l’importance et d’autres reviennent parfois alors que l’on ne s’attendait absolument pas à ce qu’elles aient un rôle aussi prépondérant au cours des intrigues. En revanche, il est vrai que par moments, il est assez frustrant de constater que certains évènements se déroulent en-dehors de la caméra et que l’on n’y assiste pas, ou que des réponses ne soient pas fournies. La révélation de la saison se trouve peut-être en la personne de G’Kar. Le Narn colérique a bien changé et a gagné en maîtrise, en prestance et en sens du sacrifice. Il fait vraiment plaisir à voir et son lien ambigu avec Londo est toujours autant intéressant, voire touchant. Sans eux, Babylon 5 n’aurait pas la même saveur. La guerre entre Narns et Centauris, bien que techniquement terminée, est terrible et écœurante, et les épisodes illustrent avec tristesse l’horreur de la situation. La musique composée par Christopher Franke participe d’ailleurs à l’expérience et pour peut-être la première fois, elle devient une actrice à part entière. Sur une note plus anecdotique, il est amusant de découvrir que le tueur en série sévissant dans le 3×04, Passing Through Gethsemane, se prénomme Dexter. Sinon, d’aucuns auront reconnu Erica Gimpel (Veronica Mars) en chanteuse amenée à interagir avec Franklin, Brad Dourif (One Flew Over the Cuckoo’s Nest, The Lord of the Rings) en religieux compatissant, Erick Avari (Stargate SG-1) en prêtre, Robert Englund (V) en homme étrange auquel Garibaldi sera confronté, ou encore Melissa Gilbert (Little House on the Prairie) dans un rôle qu’il convient de ne pas expliciter au risque de ruiner une sacrée révélation.

Au final, après une seconde saison déjà fort solide, la troisième de Babylon 5 réussit à élever le niveau. Toujours aussi intense, épique et profonde, elle complète progressivement son puzzle scénaristique en ne cherchant jamais la facilité ou l’emphase grandiloquente. Avec des intrigues inextricablement liées et une universalité indiscutable, les épisodes s’attardent sur une épopée extrêmement complexe où une guerre civile côtoie un vaste conflit intergalactique dont l’issue paraît presque désespérée. Seule l’unité entre les peuples serait une solution viable mais elle s’apparente plus à une véritable chimère qu’autre chose. En développant sa mythologie avec un tel souci du détail tout en explorant la psychologie de ses protagonistes, leur destin et les dynamiques évolutives les liant, la saison orchestre d’une main de maître cette fresque humaniste ambitieuse. Si certains épisodes sont sensiblement moins réussis que d’autres, ils sont peu nombreux et dans tous les cas, une fois le magnifique Severed Dreams passé, la suite continue tambour battant en associant ampleur narrative, bouleversement émotionnel et drames épiques. Sans aucun doute, il s’agit là d’une fiction atypique qu’il est bon de choyer.

By |2017-05-01T13:59:31+01:00mars 28th, 2013|Babylon 5, Séries étasuniennes|2 Comments

Babylon 5 (saison 2) – The Coming of Shadows

Fin 2011, j’ai enfin repris le chemin de Babylon 5 après avoir laissé en plan la série plus de trois ans. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans un billet malheureusement peu approfondi et dont je ne suis pas du tout satisfaite, il s’agit d’une série américaine de cinq saisons et six téléfilm diffusée entre 1993 et 1998. Après avoir regardé The Gathering, le premier téléfilm, puis la saison une, je me suis remise dans le bain en visionnant la seconde saison dont il sera question aujourd’hui. Composée de 22 épisodes, elle fut diffusée en syndication entre novembre 1994 et novembre 1995. Il y eut une pause de sept mois entre le 2×18 et le 2×19. Aucun spoiler.

Je gardais en souvenir une impression correcte de la première saison de Babylon 5. Sans être la pépite décrite par de nombreux amateurs, il me paraissait évident que les fondements de la série y étaient convenablement exposés et pouvaient effectivement se révéler vecteurs d’une future densité et richesse. C’est probablement parce que je n’avais pas été extrêmement enchantée que j’ai mis autant de temps avant de lancer la suite. Et plus trivialement, je ne possédais tout simplement pas encore le coffret DVD. Une fois ce petit souci réparé, je suis donc repartie dans l’espace. Comme je l’avais écrit il y a trois ans, je tiens à me préserver de tout spoiler donc j’évite de trop m’aventurer sur la toile à la recherche d’informations. Merci d’en tenir compte et de ne pas non plus ruiner mes futures découvertes.

The Babylon Project was our last, best hope for peace. A self-contained world five miles long, located in neutral territory. A place of commerce and diplomacy for a quarter of a million humans and aliens. A shining beacon in space, all alone in the night. It was the dawn of the Third Age of Mankind… the year the Great War came upon us all. This is the story of the last of the Babylon stations. The year is 2259. The name of the place is Babylon 5. Ce sont sur ces mots prononcés par John Sheridan que chaque épisode de cette nouvelle saison débute.

La première saison se terminait vers fin 2258 ; la seconde démarre très peu de temps après, début 2259. Le Président de l’Alliance Terrienne, Luis Santiago, y était assassiné, bouleversant dès lors l’équilibre précaire entre les différentes instances en place. Le commandant de Babylon 5, Jeffrey Sinclair, s’évapore comme par magie et est remplacé par un nouveau, John Sheridan. Ce changement est assez étrange à première vue bien qu’extrêmement appréciable. Sinclair n’était pas sympathique et manquait cruellement de charisme. En quelques scènes, Sheridan réussit à se montrer bien plus agréable que son prédécesseur. À vrai dire, ce départ précipité fut voulu à l’époque par la production qui trouvait Sinclair trop diplomate et calme. Elle désirait un personnage masculin plus entrepreneur et dynamique, d’où Sheridan. Le créateur de la série, Joe Michael Straczynski, fut bien obligé d’accepter et réussit à installer un nouveau protagoniste principal sans trop de heurts tout en n’oubliant pas Sinclair derrière puisqu’il est cité à plusieurs reprises ; il apparaît même en invité. D’ailleurs, si l’on n’est pas au courant de ce bouleversement en production, on pourrait croire qu’il s’agit d’un choix décidé bien auparavant tant il s’insère parfaitement dans l’intrigue. Le season premiere est ainsi marqué par l’arrivée de John Sheridan. Incarné par Bruce Boxleitner, Sheridan est un homme fiable, compétent, mais surtout taillé pour diriger des vaisseaux spatiaux, et non pas pour commander une station aussi particulière que Babylon 5. Tout du moins, à première vue. C’est sur ordre du nouveau Président de l’Alliance Terrienne, William Clark, qu’il s’attelle à la tâche. Volontaire, plutôt drôle et sachant écouter les autres, Sheridan réussit rapidement à se faire une place bien qu’il doive toujours composer avec les différentes races abritées dans ce fameux avant-poste commercial et diplomatique de l’Alliance Terrienne. Il montre au fil de la saison qu’il est bien plus intelligent qu’il ne pourrait le laisser penser et surprend à de nombreuses reprises. Se déplaçant sur un terrain miné, il doit essayer de limiter les dommages collatéraux dans un monde qui est en train, petit à petit, d’imploser.

La saison dégage principalement trois arcs qui finissent inévitablement par être liés. Dans un premier temps, Sheridan est obligé de faire des choix concernant le fameux nouveau Président de l’Alliance Terrienne. Est-il aussi propre que ce qu’il affiche ? N’a-t-il pas un lien dans l’assassinat de celui qui occupait ce poste jusque-là ? Que fait donc le Corps Psi par derrière ? Ces nouveaux épisodes s’attardent sur les membres de cette effrayante agence de télépathes qui semble prête à tout. Leurs publicités s’apparentant plus à de la propagande qu’autre chose ou leurs méthodes discutables font froid dans le dos. La jolie et sympathique Talia Winters (Andrea Thompson) est leur représentante sur Babylon 5 mais elle est loin d’être la seule à l’honneur au cours de la saison ; et surtout, elle se pose des questions, chose qu’elle n’a pas le droit de trop faire… Par ailleurs, d’autres personnages comme Ivanova expliquent le pourquoi de leurs inimitiés avec ces êtres particuliers. Si l’accent concernant cette intrigue n’est pas encore très pointu, il est évident que l’on n’est qu’au début et que le pire est à venir. L’Alliance Terrienne est truffée de taupes, de traîtres et il est difficile de savoir à qui se fier quand tout le monde paraît vouloir tirer la couverture sur lui pour sa propre gloire ou ses désirs personnels. Que faire lorsque l’on est supposé maintenir la paix dans toutes les galaxies ?

Ah, la paix… La hache de guerre a été bel et bien enterrée entre les Minbaris et les Terriens mais celle entre les Centauris et les Narns est encore en l’air. La saison développe la haine féroce entre ces deux peuples qui se détestent et qui sont bien décidés à se briser mutuellement. Cette animosité, montrée d’abord presque uniquement par les représentants officiels que sont Londo Mollari (Peter Jurasik) et G’Kar (Andreas Katsulas), prend des proportions incroyables et la moitié de la saison atteint un point de non-retour. Cette intrigue brise le cœur à plusieurs reprises. L’épisode 2×09, The Coming of Shadows, est un bijou télévisuel comme on aimerait en voir davantage. Avec ce climax, les dés sont jetés et comme le dit Sheridan, c’est à partir de là que plus rien ne fut comme avant. Difficile de ne pas sentir son rythme cardiaque accélérer et de ne pas être horrifié par ce à quoi l’on assiste en direct. Des scènes telles que celle dans le bar, alors que les deux ennemis boivent ensemble, sont tout simplement tragiquement belles. Si ces propos paraissent brumeux à ceux qui n’ont pas vu la saison, il va de soi que ceux qui, au contraire, l’ont regardée, doivent se rappeler sans problème ce qu’ils ont ressenti face à cet épisode, mais aussi lors de la fin de saison qui est de cette envergure. G’Kar et Londo sont loin d’être des enfants de chœur. Ils demeurent toutefois compréhensibles par leurs actions sans qu’on ne puisse leur pardonner. Évoluant au contact des autres, ils tentent d’apprendre de leurs échecs. Malheureusement, leurs sociétés font qu’ils ne parviennent pas à se dépêtrer de ce qui les opposent. Ces deux protagonistes sont des incontestables valeurs sûres de la série.

Autre point non négligeable quant au fil rouge de cette saison : la venue des Ombres. Liée de manière inextricable au triste destin des Narns et des Centauris, le simple fait d’entrapercevoir leurs vaisseaux spatiaux donne des bouffées d’angoisse. Dire que tout ceci n’est encore qu’à son balbutiement ! Les Ombres sont surtout évoquées et craintes, la suite devrait amener à les combattre, ou tout du moins, à essayer de le faire. Il est clair que beaucoup périront. Même en ne sachant pas ce qui nous attend, on ne peut qu’être touché par ce que l’on voit à l’écran car on sait que ce sont elles, les menaces. Au lieu de répéter des erreurs passées, les Centauris et les Narns devraient s’associer avec le reste des races afin d’en venir à bout ! La saison sonne résolument comme une tragédie shakespearienne qui mène droit au malheur et à la destruction. Ces Ombres permettent d’en apprendre notamment davantage sur cette espèce si particulière que sont les Vorlons. Kosh, leur représentant, est beaucoup plus mis en valeur que lors de la première saison et le season finale, The Fall of Night, est à ce sujet incroyable et stupéfiant. Le 2×16, In the Shadow of Z’ha’dum, tout aussi fantastique, apporte de nombreuses réponses tout en soulevant de nouvelles interrogations et augmente encore une fois considérablement l’intérêt que l’on peut avoir pour la série.

À côté de tout cela, la saison développe également de nombreux points importants et souvent très intéressants. Du côté des Terriens, c’est toujours avec plaisir que l’on suit la charmante et forte Susan Ivanova (Claudia Christian) qui gagne ses galons. Le tout aussi agréable et attachant Michael Garibaldi (Jerry Doyle) n’est pas en reste après la peur qu’il nous avait fichu en fin de saison une. Souffrant de s’être fait avoir comme un bleu, il a du mal au départ à retrouver confiance en lui. Il sera à l’origine de jolies scènes comme celle avec une soldat dans le 2×10, GROPOS. Le docteur Franklin (Richard Biggs) n’est clairement pas non plus oublié et son passé ainsi que ses valeurs sont régulièrement mis en exergue. Avec le nouveau commandant, ces quatre Terriens forment le noyau dur de Babylon 5 : celui sur qui l’on peut compter, celui qui donne l’impression d’être indéfectible, notamment en raison de l’amitié et du respect qui les lient.
Outre les Terriens et Kosh, les 22 épisodes traitent des Minbaris. Ayant appris en fin de première saison que la mystérieuse Delenn faisait partie du Conseil Gris, on y découvre dès lors quelques éléments s’y rapportant. Afin de se rapprocher davantage des Terriens, elle décide de subir une transformation qui la changera à jamais. On y voit ses difficultés à accepter son nouveau visage et à tout ce qu’il implique, ou encore l’attachement que lui porte Lennier (Bill Mumy). En outre, il semblerait qu’un rapprochement entre Sheridan et elle soit à venir, ce qui ne me déplairait pas tant ils s’accordent bien malgré leur race et leur caractère différents. C’est avec un certain ahurissement que je me suis rendu compte que Delenn était jouée par Mira Furlan (Lost). Je crois que c’est grâce à son nouveau changement physique que j’ai réalisé qui se cachait sous ses traits.
On pourrait aussi parler du Centauri Vir Cotto (Stephen Furst) qui voit son maître sombrer dans la noirceur, ou encore de la mise en avant de plusieurs cultures autres que la terrienne par des chansons, de la cuisine, des scènes sur d’autres planètes, des rites de passage, la religion, etc. Pour l’anecdote, ceux ayant regardé Stargate SG-1 reconnaîtront Carmen Argenziano en tant que Centauri et grand ami de Londo. Tous les épisodes ne se valent pas, certains sont moins passionnants mais une fois arrivé en milieu de saison, la série fait presque un sans faute. Et que l’on ne se trompe pas, ce sont pas les effets spéciaux désormais désuets qui empêchent d’être emporté par ce souffle épique. Bien au contraire ! Par ailleurs, difficile de ne pas ressentir une grande influence de Tolkien, et plus particulièrement de The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux), dans certains éléments de la saison. La série garde toutefois les pieds dans la réalité en y injectant plusieurs références aux XIXè-XXème siècles.

Au final, cette seconde saison continue sur le même chemin que celle qu’elle suit tout en gagnant en intensité et en grandeur. Les bases de la mythologie ayant été précédemment posées, elle démarre définitivement l’intrigue générale et lance le coup d’envoi des menaces à venir. Toutes les histoires sont inextricablement liées et mènent à une gigantesque fresque de science-fiction. La montée d’adrénaline est au départ ténue mais plus les épisodes avancent et plus elle va crescendo. Une grande guerre commence. Malheureusement, cette bataille n’est que le sommet de l’iceberg car le téléspectateur sait qu’une tragédie attend l’ensemble des personnages. Chacun d’entre eux semble à sa place, apportant en plus sa pierre à l’édifice. C’est là que Babylon 5 montre à quel point sa construction est plus qu’excellente. Avançant doucement mais sûrement, elle sait où elle va et révèle de manière progressive les pièces de son puzzle. Il est possible que la suite ne tienne pas ses promesses mais ces épisodes donnent de l’espoir tant on y sens le brio de l’écriture. Très riche et maîtrisée, cette saison prouve qu’effectivement, la série paraît partie sur de bonnes voies pour devenir un incontournable de mon petit écran. Sachant allier le fond et la forme, elle distille un climat de tristesse et de pessimisme assez incroyable tout en contrebalançant avec une atmosphère parfois plus douce, calme et drôle. Il serait très étonnant que j’attende cette fois trois ans avant de regarder la suite… ;)

By |2017-05-01T14:00:24+01:00janvier 21st, 2012|Babylon 5, Séries étasuniennes|10 Comments