Bara no nai Hanaya | 薔薇のない花屋

Visiblement, outre Oguri Shun et Yamada Takayuki pour qui j’ai un petit faible, Matsuda Shôta semble aussi faire partie de cette catégorie. Ce qu’il y a de chouette en suivant les filmographies d’acteurs, c’est que l’on tombe généralement sur des productions que l’on n’aurait jamais pensé tester autrement. Certes, le risque est également de se retrouver devant des abominations mais dans certains cas, cette curiosité se montre satisfaisante. C’est ainsi que j’ai lancé Bara no nai Hanaya dont je n’avais jamais entendu parler avant de savoir que Shôta y jouait. Et sans lui, je ne suis pas persuadée que le j-drama serait passé aussi rapidement sur mon écran. Composée de onze épisodes, la série fut diffusée entre janvier et mars 2008 sur Fuji TV, dans le fameux créneau horaire du lundi à 21h ; il s’agit donc du getsuku de l’hiver 2008. À l’exception du premier et du dernier épisodes durant une heure, les autres disposent d’une petite quarantaine de minutes. À noter que les audiences furent à l’époque plutôt bonnes, s’approchant effectivement des 20% de moyenne. Son titre signifie approximativement le magasin de fleurs sans roses. Nojima Shinji qui en est le scénariste est sinon à l’origine d’autres j-dramas comme Love Shuffle, Kôkô Kyôshi (1993 et 2003) ou encore Pride. Aucun spoiler.

Shiomi Eiji est un homme veuf, doux, gentil et vivant difficilement le décès de sa jeune femme. Se perdant dans son travail de fleuriste, il s’occupe malgré tout avec grand amour et soin de sa petite fille de huit ans, Shizuku. Lorsqu’il rencontre sur le pas de la porte de son magasin, Shirato Mio, une femme aveugle, il commence enfin à panser les blessures de son cœur meurtri depuis plusieurs années. Cependant, les choses sont généralement bien plus complexes que ce qu’elles ne laissent paraître.

   

Lorsque l’on a surtout regardé des séries japonaises se déroulant à l’école ou dans des environnements presque exceptionnels, Bara no nai Hanaya fait figure d’étrangeté puisque tout y respire la normalité. La série met juste en avant la vie de quelques uns de ses personnages sans jamais chercher à rendre l’ensemble extraordinaire pour la simple et bonne raison que l’ordinaire suffit amplement. En cela, les épisodes se révèlent rafraîchissants, surtout lorsque l’on apprécie de voir des tranches de vie. Naturellement, ce genre ne pourra pas plaire à tout le monde car il faut aimer les rythmes assez lents et les histoires ne cherchant pas la surenchère. Très progressivement et grâce à une allure certes tranquille mais pas forcément plate, le j-drama installe son cadre, ses protagonistes et se permet d’insuffler une ambiance reposante flirtant souvent avec la poésie, la nostalgie et les symboles. Il prend vraiment son temps pour ne brusquer personne et chacun peut alors souffler devant ce joli scénario aux tonalités douces-amères. En raison de rebondissements assez imprévisibles dus à des secrets douloureux, le renzoku surprend parfois mais garde toujours les pieds sur terre et fait preuve d’un véritable réalisme dans ce quotidien banal joliment mis en valeur. Si l’on peut à juste titre craindre le mélodrame compte tenu de certaines thématiques difficiles, il n’en est rien car les exagérations ne sont jamais à l’ordre du jour dans Bara no nai Hanaya. Du point de vue de la forme, le superbe jeu de lumière et la photographie travaillent à privilégier cette approche intimiste par la douceur dont ils font preuve. Le constat est tout autant positif concernant la musique composée par Yoshimata Ryô (Pride, Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Long Love Letter) qui se veut élégante et définitivement paisible par ses tonalités légères voire romantiques. La chanson du très beau générique de fin sous la neige, Zutto Issho Sa de Yamashita Tatsurô, est elle aussi plutôt agréable.

En plus de l’existence plus ou moins paisible des personnages, la série y injecte contre toute attente une dimension mystérieuse avec une vengeance bien malheureuse et des passés éprouvants. Loin de révéler de but en blanc de quoi il s’agit, les épisodes distillent petit à petit les clés de décryptage et ce n’est qu’à la toute fin que le puzzle se termine, permettant dès lors de comprendre l’ensemble des motivations et la personnalité de chacun. Ces éléments associés à la sérénité du reste offrent un aspect légèrement plus trépidant au j-drama et donnent assurément envie d’en savoir toujours plus et par conséquent, de regarder la suite. Difficile de trop en parler sans en dévoiler les principales lignes, ce qui serait fort dommage, donc plutôt que de ruiner le plaisir de quiconque aspirant à se lancer dans le visionnage, il vaut mieux demeurer laconique. De plus, plusieurs thématiques familières sont développées comme la confiance en l’autre, la maltraitance, la culpabilité, l’exclusion, etc. Quoi qu’il en soit, en dépit d’une ambiance reposante et mélancolique, le j-drama n’aurait pas cette portée sans sa galerie de personnages travaillés et finement complexes.

Un autre point positif de Bara no nai Hanaya est que pour une fois, l’accent n’est aucunement mis sur des adolescents mais sur des jeunes adultes ou d’autres plus âgés. Le héros, Shiomi Eiji, est un fleuriste d’une trentaine d’années. S’il a tout pour agacer en raison de son calme olympien et de son côté taiseux, ce n’est pas réellement le cas car sous cette façade très gentille se cache un être endolori ne supportant son existence que pour sa fille, Shizuku. Depuis la mort de son épouse, il laisse tout couler et ne prend plus goût à rien. Pourtant, il est bien entouré avec la fidèle vieille femme s’occupant de lui (Ikeuchi Junko) ou encore le gérant du bar d’à côté, l’amusant Master (Terajima Susumu – TROUBLEMAN) faisant les yeux doux à l’institutrice attentive de Shizuku (Shaku Yumiko – Stand Up!!), visiblement peu inspirée par ce dur au cœur gros comme ça. D’ailleurs, ces personnages ayant leur importance au fil des épisodes permettent de distiller quelques soupçons plus légers et humoristiques, ce qui fait beaucoup de bien à l’intrigue. Eiji a par conséquent enfermé son cœur dans un mur de glace et ne veut pas qu’il fonde. Il commence enfin à changer et à reprendre goût aux sentiments autres que ceux dédiés à Shizuku lorsqu’il rencontre la jeune aveugle, Shirato Mio. Douce et diamétralement dure à la fois, elle sait apaiser ce dernier et surtout, tout comme sa femme décédée, elle aime tout particulièrement les roses qu’il a définitivement bannies de son magasin de fleurs. Elle réussit rapidement à s’attirer la sympathie de la précoce Shizuku et alors, le trio s’attache les uns aux autres. Bara no nai Hanaya met en avant la reconstruction d’un homme, le dévoilement de ce qui le rongeait lui et certains proches mais c’est aussi une belle histoire d’amour à l’image de la tonalité du reste de la série. Le Johnny’s Katori Shingo (Shiawase ni Narô yo) et Takeuchi Yûko (Pride, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) interprétant respectivement Eiji et Mio font preuve d’une certaine alchimie. Ils réussissent tous deux à créer de jolis moments romantiques toujours en retenue comme savent si bien le faire les Japonais. Impossible de ne pas non plus parler de la subtile composition de Yagi Yûki, la très jeune actrice incarnant Shizuku qui n’avait alors que sept-huit ans lors du tournage. C’est tellement rare d’être aussi bon chez les enfants qu’il faut absolument le souligner – même si au Japon, ceux dirigeant les castings savent souvent choisir avec soin. Autrement, quelques autres personnages gravitent autour de ce petit ensemble tels que l’opportuniste Kudô Naoya (Matsuda Shôta) dont Eiji s’occupera malgré sa propension à se mêler de ce qui ne le regarde pas et de se retrouver dans des situations discutables. Bien qu’il soit difficile à cerner en raison de sa personnalité assez ambivalente, Naoya sera à l’origine de scènes émouvantes et aura le mérite d’évoluer. N’oublions pas non plus Anzai Teruo, le médecin portant les traits de Miura Tomokazu (Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu) ayant une grande importance dans l’intrigue, ou encore l’ancien ami d’Eiji revenant pour le pire comme pour le meilleur joué par Tamayama Tetsuji (BOSS, Wild Life).

En conclusion, Bara no nai Hanaya relate le quotidien de plusieurs personnages ayant une existence au final toujours plus compliquée que ce que l’on pourrait croire au premier abord. Pour cela, la série ne cherche pas à faire preuve de sensationnalisme ou de mélodrame mais préfère employer une pudique retenue associée à une ambiance nostalgique. Avec son rythme paisible ou encore ses protagonistes creusés et évolutifs, elle s’apparente à une belle promenade douce-amère touchant en plein cœur. Si en définitive, son histoire pouvait demeurer classique et n’être qu’une banale romance, elle sort quelque peu des sentiers battus grâce à d’intrigantes énigmes entremêlées et l’élégance dont elle fait preuve avec une belle photographie et une superbe musique. Pour sa finesse, sa mesure et son naturel authentique, Bara no nai Hanaya mérite alors plus que le détour si l’on apprécie les délicates productions sachant allier à bon escient tendresse, émotions, drames et humour.