Braquo (saison 2)

Cela fait presque vingt-quatre mois que l’on parlait sur ces pages de Braquo, la série française. À l’époque j’écrivais justement que j’espérais ne pas devoir attendre deux ans avant de pouvoir regarder la suite. Eh bien, il aura fallu patienter. C’est quand même assez fou de voir de tels délais entre deux saisons en France, quand bien même d’autres éléments entrent parfois en compte. Après des premiers pas en 2009, une deuxième saison, de huit épisodes toujours, est arrivée sur Canal+ entre novembre et décembre 2011. Contrairement à la précédente, Olivier Marchal s’est détaché de la production et c’est Abdel Raouf Dafri (La Commune) qui s’est occupé du scénario. Une troisième salve est déjà en cours de préparation. Aucun spoiler.

Le premier épisode de cette continuation reprend immédiatement là où la caméra s’était éteinte. Autrement dit, Eddy Caplan, Théo Vachewski, Walter Morlighem et Roxane Delgado sont poursuivis par l’IGS qui finit par les capturer. Le début est si mauvais, sans aucune crédibilité et mal joué que l’on se demande s’il ne s’agit pas du rêve d’un des héros. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce départ impose d’emblée le ton. S’en suivent sans surprise la rétrogradation, la radiation et la mise au placard de la totalité de cette équipe de bras cassés. Puisque l’on se doute que l’ensemble ne se déroulera pas chez les pompistes ou en prison, ce n’est pas dévoiler l’intrigue que de révéler qu’en effet, les personnages retrouvent rapidement leur statut, ou tout du moins, un semblant de statut. Le commandant Marceau, toujours incarné par Samuel Le Bihan, charge Caplan de déjouer un gang ayant abattu plusieurs civils en pleine journée. Il doit alors réussir à l’infiltrer afin de le stopper. Pour cela, il a la possibilité de travailler main dans la main avec ses anciens collègues si ce  n’est que tout cela se fait sous les radars. Personne à part Marceau et un grand ponte de cet acabit n’est au courant de la situation ; de toute manière, tous ne voient en Caplan et son équipe qu’une bande de pourris bons à jeter au fond du trou.

Il faut attendre un certain temps avant de comprendre où la saison veut en venir parce qu’au départ, on n’assiste qu’à des fusillades toutes les minutes et l’on n’entend qu’un langage fleuri entre deux tirs de coups de feu. N’oublions évidemment pas non plus les cigarettes fumées les unes à la suite des autres. Pas de quoi passionner, donc. Une fois le cadre posé, la série réussit alors à s’affirmer sans pour autant en devenir maîtrisée. Le principal fil rouge est le gang que Caplan doit mettre à jour. Si l’on croit qu’il ne s’agit que d’un groupuscule aux idéaux radicaux ayant volé une cargaison de lingots d’or, Braquo choisit cette fois de brouiller les frontières et de jouer la corde de la multidimensionnalité. En somme, cela est très bien, car éviter le manichéisme est toujours préférable. Les criminels sont d’anciens militaires ayant été abandonnés par l’armée française au cours d’une mission en Angola. Ils y ont vécu des choses qui ne laissent pas indemne et sont bien décidés à faire payer le prix fort aux meneurs ayant orchestré cette affaire datant d’il y a plusieurs années. Parmi ce gang et ceux qui y sont liés, on y trouve des personnages campés par Sophie Broustal, François Levantal ou encore par Hubert Koundé qui ressemble étrangement à Djimon Hounsou. L’interprétation est assez fluctuante, mais au lieu de remettre en compte les qualités des acteurs, il paraît sûrement plus judicieux de reprocher leur direction et les dialogues. Quoi qu’il en soit, techniquement le sujet est par conséquent assez intéressant, mais ce qui dessert la saison est qu’elle sombre dans la caricature. En y injectant cette histoire de groupe de mercenaires prêts à se venger, le scénario y mêle inévitablement une intrigue politique vraiment très faible et manquant de subtilité. On ne peut nier l’effort et cela se veut vraiment agréable, d’autant plus qu’il y a une volonté d’épaissir l’ensemble avec la mafia juive, mais tout le récit flirte parfois avec le grand-guignolesque, surtout lorsque des armes futuristes – et n’ayant donc vraiment plus rien à voir avec la première année – surgissent de nulle part. Le rythme est là, c’est évident, puisque l’ennui est absent au cours de ces huit nouveaux épisodes, mais une curieuse impression que l’identité de Braquo s’est perdue en cours de route s’installe. L’aspect spectaculaire est indubitable si ce n’est qu’il n’est pas suffisant pour permettre de tempérer les situations poussives.

Outre le scénario frisant le ridicule, le plus gros reproche de cette saison est peut-être la disparition de l’atmosphère lourde et pessimiste. Non, elle ne s’est pas légèrement atténuée – ce qui n’aurait pas été un mal –, elle n’est seulement plus du tout présente. Caplan se trouve désormais au centre de tout et quand bien même Jean-Hugues Anglade effectue un travail difficilement critiquable, les autres principales figures devraient avoir le droit d’exister. Roxane ou Walter ne servent strictement à rien et Théo finit par vraiment irriter à passer son temps à hurler, à cracher des vulgarités ou à se défoncer à la cocaïne. Ce n’est certainement pas maintenant que l’on appréciera ces moutons noirs. L’écriture des personnages laisse vraiment à désirer au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire. Il en va de même pour les plus secondaires comme Vogel qui devient plus que caricatural. D’ailleurs, son intrigue semble totalement hors propos tout au long du chemin et il faut attendre le dernier épisode avant de comprendre où il souhaite en venir. Nous sommes d’accord, ce sera probablement lui le fil rouge de la future troisième saison, mais il aurait été judicieux de relier toute cette partie avec ce que Caplan et les autres vivent. Ne parlons pas non plus de Lemoine qui disposait jadis d’une prestance et d’un charisme magnétique, et qui est écarté ici en deux-trois mouvements. Quel dommage. L’ensemble opère des choix hautement discutables et, malheureusement, le résultat est loin d’être à la hauteur de nos espérances.

En définitive, cette deuxième année de Braquo se révèle très nettement inférieure à la précédente. En 2009, on pouvait y voir une série dure, amère et certes imparfaite, mais avec une véritable âme ; avec ces récits inédits, tout ce qui faisait son sel a disparu. Le pessimisme ambiant n’est plus là et les personnages principaux sont quasiment tous laissés sur le bord de la route. Le scénario comporte en plus beaucoup trop de parasites et cumule les maladresses, outre les rebondissements abracadabrants et non crédibles. Pour autant, malgré tous ses écueils, la saison se regarde sans difficulté, car elle ne manque pas de rythme, possède une réalisation efficace et un sens du spectacle assumé. Difficile d’être par contre pleinement enchanté pour la suite, mais le dernier épisode a la bonne idée de remettre le cadre à plat donc il ne reste plus qu’à espérer que les prochaines aventures sauront tirer parti de ces erreurs.

Par |2017-05-01T13:59:56+02:00juillet 25th, 2012|Braquo, Séries françaises|0 commentaire

Braquo (saison 1)

De temps en temps, sur Luminophore j’aime assez aller voir ce qui se passe en France. Après tout, c’est bien beau de critiquer, mais si l’on ne regarde pas vraiment, j’estime qu’on ne peut pas trop le faire. Fin 2009, je me suis ainsi laissée tenter par Braquo. Créée par Olivier Marchal, ancien policier à la P.J. avant de devenir réalisateur, sa première saison de huit épisodes de cinquante-deux minutes chacun fut diffusée entre octobre et novembre 2009 sur Canal+. À noter qu’une suite est d’ores et déjà prévue. Aucun spoiler.

Eddy Caplan, Théo Vachewski, Walter Morlighem et Roxane Delgado sont des flics de terrain au SDPJ 92 intervenant entre Neuilly et Nanterre. Lorsque leur commandant est injustement condamné et finit par se suicider, les quatre collègues décident de se lancer dans une contre-enquête afin de rétablir la vérité. Mais ce qu’ils ne savent pas encore, c’est qu’ils vont devoir naviguer à contre-courant, bousculer l’administration, outrepasser leurs droits et se mettre à dos l’IGS, la police des polices.

 

Avant de commencer Braquo, j’étais dans de bonnes conditions puisque 2009 fut synonyme de découverte avec Fais pas ci, fais pas ça que j’ai beaucoup appréciée. Autrement dit, j’étais toute prête à accorder ma confiance à une nouvelle série française, chose qui n’arrive pas tous les jours. Le fait est que je ne regrette absolument pas de m’être penchée sur la question. Je ne peux pas dire m’y connaître tant que ça dans le rayon des productions françaises, mais je ne pense guère me fourvoyer en énonçant que Braquo se situe à des années-lumière de ce qui se fait à la télévision, ou en tout cas sur les chaînes hertziennes. La fiction est effectivement noire, âpre, difficile et extrêmement pessimiste. Est-elle réaliste ? Aucune idée. En dépit de quelques évènements faisant exagérés (espérons-le !), elle se montre globalement crédible et c’est peut-être pour ça qu’elle se révèle parfois assez dérangeante. Les dialogues sont très – et, par moments, trop – crus. D’ailleurs, il s’avère assez amusant que cela m’ait autant interpellée alors que je visionne déjà d’autres séries avec un langage aussi coloré. Le problème vient possiblement du fait que le français est ma langue maternelle et, bien que je comprenne l’anglais, l’écho n’a pas un effet identique à mes oreilles. Bref. Quoi qu’il en soit, étant donné le sujet et les thématiques abordées, la violence est omniprésente, les flics flirtant en outre perpétuellement avec la loi et n’hésitant pas à dépasser la fameuse ligne rouge. Ils entrent dès lors dans un engrenage duquel ils ne parviennent pas à sortir. On ne sent pas de véritable volonté de banaliser la brutalité ou de faire le contraire, autrement dit de la surajouter et de tomber dans une surenchère gratuite. Ne nions pas que les épisodes démontrent une envie de rendre le tout spectaculaire via un rythme effréné et de nombreux retournements de situation. Cette première saison de Braquo est souvent comparée à The Shield ; il sera difficile pour moi de dire si cela se tient ou pas puisque je ne l’ai jamais regardée. Dans tous les cas, s’il existe des éléments analogues, il ne s’agit pas d’une vulgaire copie comme la plupart des séries de TF1 qui ne se cachent même pas d’être des remakes de travaux étasuniens. Un de ses points forts est sa réalisation nerveuse et son sens de la mise en scène, avec notamment une atmosphère lourde.

Dans l’ensemble, les personnages principaux, ceux constituant ce petit groupe de policiers obligés de « monter au braquo », ne sont pas manichéens. Ils ont chacun un passé sans que l’on ne sombre de trop dans le pathos ou les stéréotypes. Tous ne sont pas suffisamment développés, mais l’effort est palpable et, après tout, il n’y a que huit épisodes. Loin d’être de bons gentils flics ou, au contraire, de vrais ripoux durs de chez durs, ils représentent plutôt un mélange entre les deux. Les frontières sont fines et il semble parfois difficile de savoir ce que l’on pense réellement d’eux. En ça, cette première saison de Braquo est réussie, car elle bouscule assez les fidèles habitudes du téléspectateur concernant les séries françaises. En revanche, comme ces quatre protagonistes naviguent tellement en eaux troubles et ne donnent pas systématiquement l’impression d’en avoir quelque chose à faire des lois, on ne peut pas dire non plus que l’on s’attache à eux. Il manque peut-être un certain impact émotionnel, quand bien même on sentirait l’unité les liant. La distribution se veut de qualité, ce qui fait forcément plaisir. Caplan, le chef du groupe, est joué par Jean-Hugues Anglade que je n’avais pas vu depuis… pfiou, longtemps. Le visage assez buriné, il a le look parfait pour le rôle de ce flic toujours sur la brèche. Autrement, son noyau dur se compose notamment de Vachewski portant les traits de Nicolas Duvauchelle et sa voix très grave. Dans les têtes connues, Michel Duchaussoy et Samuel Le Bihan figurent au programme.

En conclusion, cette première année de Braquo s’apparente à une agréable surprise. Sans se montrer non plus dénuée de défauts, car elle tombe parfois dans certains excès, elle met en avant une équipe de personnages plutôt travaillés et nuancés, un scénario rondement mené, riche en rebondissements et en action, ainsi qu’une ambiance digne d’un vrai bon polar. C’est nerveux, noir, amer et à la limite du dépressif. Correctement interprétée, elle se targue en plus d’un cliffhanger solide. Espérons maintenant que la saison deux ne sera pas diffusée dans deux ans.

Par |2017-05-01T14:01:41+02:00août 12th, 2010|Braquo, Séries françaises|5 Commentaires