Breaking Bad (original minisodes)

Ayant visiblement un gros problème avec l’utilisation de l’expression « dans pas trop longtemps », je ne viens que récemment de me remettre à Breaking Bad. Oui, en 2009 j’écrivais que la suite allait arriver très prochainement sur mon écran. Voilà ce que c’est que de se lancer dans un tas de choses en même temps. Cela dit, je suis persuadée que cette série s’apprécie surtout sur le long terme et doit donc être savourée. Avant de repartir vers nos histoires de drogues, autrement dit avec la deuxième saison, j’ai testé les original minisodes qui sont, comme leur nom l’indique, des mini-épisodes. Au nombre de cinq, ils furent disponibles sur le Net dès le 17 février 2009, soit quelques semaines avant le retour de Breaking Bad sur AMC. En raison de leur contenu, ils peuvent être finalement regardés n’importe quand, mais logiquement, ils doivent être visionnés entre la conclusion de la première année et le début de la deuxième. Aucun spoiler.

 

Dans The Break-In, Walt cherche à s’introduire dans la maison d’une amie de sa femme, car elle vient de récupérer son aspirateur. Quel est le problème ? Oh, seulement que cet appareil électroménager est rempli de billets de banque ! Petit hic, Walt doit composer avec un supposé expert du cambriolage, mais il se révèle particulièrement limité. Le mini-épisode fait surtout preuve d’un humour absurde absolument délicieux.

Avec Good Cop/Bad Cop, nous pénétrons dans les fantasmes plutôt policés de Hank et Marie ; et sans surprise, le beau-frère de Walt est assez navrant et pathétique, mais c’est pour ça que l’on prend plaisir à le voir se ridiculiser.

Dans Wedding Day, Hank s’apprête à se marier si ce n’est qu’il avoue à Walt que la veille, après l’enterrement de sa vie de garçon très arrosé, il est parti goûter au fruit interdit. S’il estime avoir vécu un moment fabuleux, il vaut mieux pour lui qu’il ne découvre jamais dans quel type de bar il s’est retrouvé. Encore une fois, avec Hank dans les parages, le public se doute d’en ressortir consterné. Le retournement de situation se veut tout simplement hilarant, surtout lorsque l’on remarque le petit sourire de Walt s’amusant beaucoup du contexte.

TwaüghtHammër met en avant Jessie et son groupe dans lequel il joue de la batterie et se prend pour le roi du monde. Le mini-épisode est sûrement le moins réussi de la totalité de ces minisodes, mais il n’en demeure pas pour autant désagréable, loin de là.

Enfin, Marie’s Confession montre naturellement la confession de Marie qui en a bien des choses à dire, avec toute l’hystérie qui la caractérise. Son mélange de politique, patriotisme et beaucoup d’autres sujets sans queue ni tête s’avère lui aussi divertissant.

Au final, ces cinq mini-épisodes s’apparentent surtout à de brèves vignettes de la vie de Walt et de son entourage plus ou moins proche. S’étalant sur trois à quatre minutes maximum, ils vont directement à l’essentiel et leur but est de faire rire et de consterner tout en donnant l’eau à la bouche avant la saison deux. Malgré leur durée raccourcie et les contraintes que cela implique, ils captent parfaitement l’atmosphère de Breaking Bad et mettent immédiatement dans l’ambiance. En résumé, si ces original minisodes n’apportent rien à l’intrigue générale de la fiction, ils font office de sympathiques bonus à regarder pour qui apprécie l’univers de la série, ses personnages et son humour corrosif.

Par |2017-05-01T13:59:46+02:00septembre 29th, 2012|Breaking Bad, Séries étasuniennes|0 commentaire

Breaking Bad (saison 1)

Voici le deuxième article de la semaine de Noël et comme Haruka l’a demandé, c’est au tour de la première saison de Breaking Bad de recevoir les honneurs.

Comme souvent, il paraît impossible de tout regarder et il convient de faire des choix. Lorsque Breaking Bad est arrivée à l’antenne, je me suis dit qu’elle avait l’air sympa et qu’il faudrait que je jette un œil ; or, le temps défila et, visiblement, jusqu’à peu, la situation stagnait. Les mois auraient encore pu continuer de s’écouler, mais c’était sans compter sur la demande de Haruka. À l’heure où ces mots sont écrits, la série a déjà sa troisième saison de prévue et elle passera courant 2010 aux États-Unis. Breaking Bad est une fiction créée par Vince Gilligan, notamment connu pour son travail sur The X-Files. Sa première année fut diffusée entre janvier et mars 2008 sur AMC et ne comporte que sept épisodes d’une cinquantaine de minutes. À la base, leur nombre aurait dû être plus conséquent, mais la grève des scénaristes a infligé quelques stigmates. Arte ayant acheté la production, il semble légitime d’espérer la voir prochainement en France. Aucun spoiler.

Walter White vient de découvrir qu’il est atteint d’un cancer. Ne voulant pas laisser sa femme et son fils dans le besoin, il décide de profiter de ses compétences de prof de chimie pour mettre en place un laboratoire de méthamphétamines.

À première vue, le postulat de départ paraît assez simpliste et ne sortant pas vraiment des sentiers battus. Effectivement, il devient assez fréquent de rencontrer dans des fictions des personnages condamnés prêts à tout pour se lancer dans des entreprises très particulières. Faisant le point sur leur vie, ils constatent qu’elle ne leur plaît pas et essayent de la changer radicalement. En somme, l’idée de base de Breaking Bad n’a par conséquent rien de révolutionnaire ou d’original. Heureusement, ce n’est pas parce que l’amorce d’une série ne s’annonce guère atypique que cela notifie automatiquement qu’elle ne mérite pas l’investissement ou qu’elle ne parvienne pas à se créer une véritable identité. Dans ce cas précis, outre les nombreuses qualités de l’ensemble, ce sont probablement les acteurs qui permettent d’être rapidement intrigué. De plus, d’un point de vue formel, les scènes se déroulant dans le désert sont extrêmement belles grâce à une esthétique soignée. La photographie, la lumière ou le cadrage amènent à régulièrement penser que rien ne s’apparente à une coïncidence et que chaque plan dispose d’une vraie symbolique ou signification. C’est en terminant la saison que l’on constate qu’en réalité, les épisodes sont truffés de détails augurant de la suite. Un second visionnage paraît presque nécessaire afin de saisir la totalité du contexte, définitivement complexe et intelligent.

Dans cette série, le héros – ou plutôt, l’antihéros – Walter, mène une existence banale partagée entre le lycée où il donne des cours de chimie, la station de lavage où il gagne un maigre pécule, et sa maison avec sa femme et son fils. Il semble être porté par le courant, ne hausse jamais vraiment la voix, subit de multiples humiliations sans broncher et il se laisse donc inévitablement marcher sur les pieds. Son comportement analogue à un paillasson ne le dérange a priori pas et il ne s’en plaint pas. Il s’agit de sa vie, voilà tout, et il s’en contente parfaitement. Contre toute attente, l’écriture ne cherche aucunement à ce que les téléspectateurs jugent ce protagoniste. L’emphase, l’écœurement ou le sentimentalisme sont tous absents. Au contraire, le public se retrouve confronté à une totale carte blanche puisqu’il est en mesure de tirer ses propres conclusions quant à ce professeur bien sous tous rapports. Toutefois, la roue se met rapidement en branle lorsque Walter apprend souffrir d’un cancer du poumon, inopérable. À partir de cette date, tout est bouleversé. Tandis qu’autrefois, il se laissait gouverner, il devient un véritable acteur et se promet de ne plus continuer dans cette voie passive. La saison étant très subtile et ne tentant jamais l’esbroufe, elle amorce une évolution en douceur de sa figure principale. Walt ne se transforme pas en une personne différente, mais plusieurs éléments amènent à réaliser qu’il change, acquiert de l’assurance et apparaît plus détaché, moins anxieux. C’est d’ailleurs assez antithétique dans le sens où il sait qu’il meurt et qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Au lieu de s’apitoyer sur lui-même, il découvre les délices de ce que le monde a à lui procurer et gagne en énergie. Le sympathique Bryan Cranston (Malcolm in the Middle, Fallen) lui offrant ses traits y est plutôt fabuleux tant il réussit à injecter cette dualité au sein de cet individu en perpétuel mouvement. Tour à tour aimant, protecteur, attentif, pathétique, il fait preuve d’une force de caractère admirable dans sa quête d’un avenir financier stable pour sa famille lorsqu’il sera parti. D’une autre manière, il insuffle par moments comme un relent dangereux et pousse à présager un futur capable de vite le faire déraper sur une route peu recommandable. Bien que les thématiques abordées paraissent hautement dramatiques, la gravité de la situation est contrebalancée par une ambiance parfois presque cocasse. Pour cela, il est notamment possible de remercier le duo que le prof forme avec un de ses anciens élèves, Jesse Pinkman.

Walt ayant parfaitement compris qu’il ne va plus faire long feu parmi les siens et qu’il les laissera sans un sou, il cherche en vain un moyen de gagner expressément de l’argent. Naturellement, si quelque chose de légal et de rapide existait pour crouler sous la monnaie, l’astuce aurait transpiré depuis des siècles. La seule chose lui venant à l’esprit est de mettre à profit ses talents en chimie et de se lancer dans le recel de méthamphétamines. Il sait être capable d’en fabriquer, mais subsistent plusieurs difficultés, dont la vente. La vie étant parfois bien faite, la solution tombe du ciel, ou plutôt de son beau-frère, Hank Schrader (Dean Norris), un agent de la DEA travaillant donc dans un service s’occupant activement de la lutte contre les stupéfiants. Un jour, Hank l’envoie avec lui lors d’une arrestation d’un trafiquant de drogue de manière à lui offrir quelques sensations fortes pour se requinquer. Pendant qu’il attend tranquillement dans la voiture, Walt se retrouve nez à nez avec l’un de ces anciens élèves, Jesse Pinkman, joué par Aaron Paul que l’on a déjà vu dans un tas de séries. Bien qu’il ressemble à un petit voyou caricatural, il se révèle finalement bien plus complexe que ça. Suite à quelques discussions et explications, les deux décident de former une paire et de plonger dans les psychotropes illégaux. Tandis que Walt cuisine les productions, Jesse se charge de les écouler sur le marché. La relation entre ces deux nouveaux associés semble à première vue hautement improbable, mais en même temps, elle sonne résolument crédible et juste. Mine de rien, chacun apporte à l’autre ce dont il a besoin. Jesse, par exemple, sait être un minimum pondéré, secoue comme il faut Walter en n’hésitant pas à lui poser certaines questions parfois difficiles et est bien plus intelligent qu’il ne le laisse paraître. Walt, lui, en dépit de son attitude à l’occasion condescendante, s’attache quelque peu à son ancien élève assez paumé. Cette année délivre déjà pas mal de choses sur le tapis les concernant, mais les aventures cherchent surtout à exposer leur personnalité ; il va de soi que le meilleur est à venir.

Les sept épisodes – tronqués en raison de la grève, ce qui fait que la saison ne se termine pas dans des conditions optimales – mettent dès lors en avant les multiples péripéties que vivent ces dealers incompétents. Parce qu’évidemment, ils sont totalement déconnectés de la réalité, n’ont rien de malfrats et n’ont aucune idée de quelle façon procéder pour ne pas se faire attraper par la police, ou pire, être assassinés par des concurrents. Fabriquer les stupéfiants est le plus facile, c’est tout le reste qui complexifie le tableau. L’ensemble en devient justement drôle, car voir ce duo atypique se démener et se comporter parfois stupidement a quelque chose de truculent. Ceci étant, même si la drogue se trouve souvent au centre des intrigues, elle ne représente pas le principal moteur de la série. À vrai dire, il s’agit plutôt du cancer, avec les différents traitements et la volonté d’en suivre un ou non, l’attitude des proches, celle du concerné, etc.. Toutes les situations liées de près ou de loin à Walt finissent par s’y rattacher. Fort heureusement, le pathos n’est pas de la partie, ce qui empêche de sombrer dans de l’indigeste. Au bout du compte, la pudeur prime et rend le visionnage d’autant plus agréable. Si l’entourage de Jesse est exploré, c’est surtout celui de l’enseignant qui bénéficie le plus de temps d’antenne. Son fils, Walter Junior (RJ Mitte), est un jeune adolescent handicapé ayant au départ peu de considération pour son père. Quant à sa femme, Skyler (Anna Gunn), son rôle est loin d’être facile et elle peine parfois à se montrer plaisante, mais il semble nécessaire de comprendre certaines de ses réactions en les replaçant dans leur contexte.

En conclusion, bien que sur le papier, la première saison de Breaking Bad puisse laisser penser à une énième série racoleuse remplie de clichés, ce n’est jamais le cas. En illustrant le début de la fin de la vie d’un professeur de chimie n’ayant au final jamais vécu, elle s’intéresse au cheminement intérieur de ses personnages. Ces sept petits épisodes se révèlent de haute facture et possèdent un rythme tranquillement enlevé, une fine écriture accompagnée d’un souffle émotionnel, et une forme tout particulièrement léchée. Grâce à un véritable travail sur la caractérisation des protagonistes et une interprétation solide, les stéréotypes et la caricature sont habilement évités pour réussir, au contraire, à insuffler une dimension sincèrement humaine. Cette entrée en matière alterne humour noir et scènes bien plus dramatiques, offrant alors un ton particulier fort agréable. Il s’avère ainsi parfois difficile de savoir si l’on rit, si l’on est touché ou si c’est les deux à la fois. En fait, la drogue n’est qu’un prétexte pour parler du décès prochain de Walt. Ce n’est par conséquent pas une série sur les méthamphétamines comme le synopsis le laisse paraître : c’est une fiction réaliste sur la vie, la mort, le cancer et le rapport que l’on peut justement avoir avec cette maladie. Vivement la suite~

Par |2017-05-01T14:02:04+02:00décembre 20th, 2009|Breaking Bad, Semaine spéciale Noël, Séries étasuniennes|2 Commentaires