Gyeongseong Seukaendeul | 경성스캔들 (Capital Scandal)

Et encore une série sud-coréenne ! Cette fois-ci elle fut demandée par Miaow lors de l’animation spéciale Noël.

Avant de me lancer dans les kdramas il y a environ deux ans, j’avais déjà repéré Gyeongseong Seukaendeul en raison de ses thématiques. C’est donc dans un bon état d’esprit que je l’ai lancée. Diffusée entre juin et août 2007 sur KBS2, la série comporte seize épisodes d’une heure. Elle fut créée par Lee Jeong A, également à l’origine de The 1st Shop Of Coffee Prince. Son titre international est Capital Scandal. Aucun spoiler.

Séoul, début des années 1930, l’État est sous l’occupation de l’Empire du Japon. Les mœurs ne sont évidemment pas les mêmes que les actuelles et le pays est partagé entre le respect de celles d’autrefois, datant de la dynastie Chosun, et les plus débridées qui arrivent directement d’Occident, plus particulièrement des États-Unis. Si Gyeongseong Seukaendeul n’est pas une série historique au sens le plus strict du terme, elle se déroule effectivement au siècle dernier. Par conséquent, cela signifie un univers assez différent de celui que l’on a l’habitude de côtoyer. Avant toute chose, je suis persuadée que l’on n’appréciera que davantage l’expérience si l’on connaît un minimum l’histoire du pays. Néanmoins, que l’on ne s’y trompe pas, les tonalités géopolitiques et historiques demeurent assez superficielles au cours de la série ce qui fait que quand bien même on ne soit pas un féru du genre, on ne devrait pas subir de gêne. De manière identique, ceux qui n’y connaissent rien à la base, comme ma modeste personne, ne seront pas non plus perdus. Essayons de ne pas écrire de bêtises, ne maîtrisant pas du tout le sujet coréen. La période Chosun (aussi écrite Joseon) s’est déroulée en Corée de 1392 à 1910. À l’époque, le confucianisme / néo-confucianisme était de mise. Cette école philosophique est actuellement bien moins prégnante mais elle est toujours présente. Il est donc évident que dans les années 1930, elle était d’autant plus importante. C’est elle qui est par exemple à l’origine des valeurs dites morales. On peut y regrouper quelques idées comme demeurer un homme de vertu, respecter ses aînés, le poids de la famille et la composante patriarcale, la pudeur et le fait de ne pas montrer des signes d’affection à son partenaire en public, la fierté de son pays, etc. Il est assez important de saisir ces valeurs qui sont parfaitement mises en exergue dans la série. Il est difficile pour certains personnages de concilier ce qu’ils jugent comme faisant partie intégrante d’eux-mêmes avec les nouvelles tendances apportées par l’Occident et que tout le monde ou presque adopte. Que faire ? Rester ancré dans le passé, le renier totalement ou tout simplement, opter pour un juste-milieu ? L’occidentalisation se fait nettement sentir par les vêtements, les attitudes moins prudes mais aussi par le vocabulaire utilisé. De nombreux mots anglais parsèment ainsi les dialogues. Quant à l’héroïne, Na Yeo Kyeong, elle est souvent moquée car elle a fait le choix de conserver ces traditions ancestrales. C’est pour cette raison qu’on dit d’elle qu’elle est restée à l’époque de Chosun. Son surnom, Jo Ma Ja, signifie la dernière femme de Chosun. Gyeongseong Seukaendeul montre ainsi une Corée en mutation qui tente de se faire sa place en allant de l’avant sans pour autant perdre sa propre identité.

Un autre point important à savoir est que dans les années 1930, la Corée vit sous l’annexion de l’Empire du Japon. Le fameux hakkô ichiu, traduit par les huit coins du monde sous un seul toit, devenu populaire à la fin des années 1930, montre la volonté de suprématie japonaise sur l’Asie. Cette doctrine part du principe que leur nation est supérieure aux autres et a donc le droit de les dominer. Elle reflète particulièrement bien l’état d’esprit de l’époque. De tous temps, le pays du Soleil Levant a essayé d’envahir la Corée (et une bonne partie de l’Asie). C’est en 1910 que le Japon annexe le territoire mais il était déjà sous protectorat depuis cinq ans. Cela durera jusqu’en 1945, la Corée étant alors divisée en deux parties (le nord et le sud). Cette fusion nippo-coréenne n’était évidemment pas souhaitée par la Corée. Ce qui est dommage et qui dessert Gyeongseong Seukaendeul est que cette colonisation est assez peu détaillée. On sait par exemple que les Coréens veulent libérer leur pays, la résistance étant tout particulièrement mise à l’honneur, mais on ne saisit pas vraiment les difficultés du moment. La série se montre un peu trop frileuse et lisse, rendant l’ensemble quelque peu consensuel. Certes, certains Japonais dans le kdrama sont exécrables et racistes car ils diminuent les Coréens, les jugeant peu intelligents et paresseux mais à part ça, que reste-t-il ? Pas grand chose. Or, le Japon menait une politique très dure, ayant mené le peuple à plusieurs révoltes généralement réprimées dans le sang. Le gouvernement, la police et toutes les instances les plus hautes étaient représentées par des Japonais. Dans ce kdrama, le fait que ces Nippons soient interprétés par des Coréens parlant qui plus est leur propre langue (et cela, même entre eux) n’aide pas non plus à crédibiliser la série. Pour cette raison, il est en plutôt difficile au départ de comprendre qui est japonais et qui ne l’est pas ! À noter qu’à la fin des années 1930, l’oppression du Japon fut telle qu’il était interdit de parler coréen ou de l’écrire. Seul le japonais était autorisé. On peut évidemment comprendre le choix de la production mais il n’en demeure pas moins regrettable. Néanmoins, en dépit du ton très critique que peut prendre le début de cet article, il faut préciser qu’une fois tout ceci assimilé et accepté, on oublie assez rapidement ces défauts. Certains, comme celle qui écrit ces mots (^^’), ne peuvent s’empêcher de râler un petit peu parce qu’ils sont très tatillons lorsqu’il est question d’Histoire. Les autres ne seront pas dérangés ou n’y verront que du feu. Si vous souhaitez en savoir plus, cette page et celle-ci sur Wikipedia sont particulièrement intéressantes.

Après cette minute plus ou moins culturelle, parlons davantage en profondeur de la série. Seon Woo Wan est un jeune homme fanfaron, un invétéré dragueur qui occupe son temps en chassant les scandales pour le Jirachi, un journal spécialisé dans ce genre de sujets. Il lui arrive d’aller fréquemment au Japon acheter des magazines interdits afin de les faire discrètement entrer en Corée. À part ça, il aime danser au Paradise, y boire du soju et s’amuser. Ne s’investissant dans rien, il virevolte et ne s’attache réellement à qui que ce soit. Cette extraversion et cette absence d’intérêt pour des évènements plus profonds comme la colonisation du Japon s’expliquent par la carapace qu’il est forgé au cours de son adolescence. Ayant alors été au contact de quelques résistants et s’étant senti trahi, il fait désormais l’autruche et est bien décidé à persister ainsi. Difficile de ne pas succomber au charme presque magnétique de Seon Woo Wan, incarné par le tout aussi séduisant Kang Ji Hwan (Hong Gil Dong) à qui ce rôle va comme un gant. Il lui offre toutes les nuances nécessaires pour en faire un héros convaincant et presque extraordinaire. Pour peu que l’on apprécie les costumes trois pièces, qu’ils soient très colorés (jaune, rouge, vert, à pois, à rayure, multicolores, etc.) ou non, l’association se révèle alors difficilement critiquable. C’est bien simple, le héros est irrésistible grâce à ses capacités de séducteur, son élégance ou encore ses répliques blagueuses et piquantes. Ce personnage gagne d’autant plus en finesse lorsque son passé qu’il essaye d’oublier ressurgit, montrant ainsi ses faiblesses et ce à quoi il est réellement destiné. Sa relation avec son richissime de père est difficile, d’autant plus que ce dernier collabore avec le Japon. Seon Woo Wan peut alors se révéler plus fragile, luttant face à ses émotions et à sa sensibilité.

Un soir, avec ses collègues du Jirachi, très hauts en couleur, donnant l’impression de sortir de nulle part et généralement hilarants, Woo Wan fait le pari qu’il peut séduire n’importe quelle femme. Il ose même jouer son futur. S’il ne remplit pas cette mission digne de sa condition de playboy, eh bien il se rangera du côté des résistants ! Ses amis, un brin farceurs, lui demandent alors de réaliser l’impossible. Autrement dit, Seon Woo Wan doit charmer Na Yeo Kyeong, une jeune femme surnommée Jo Ma Ja car elle est restée à l’époque Chosun. Ne portant que le hanbok (le vêtement traditionnel coréen) et se limitant au blanc et au noir, elle mène une vie sobre. Idéaliste, assez naïve et ne pouvant toucher un homme sans défaillir, elle suit de très près les rebelles tout en maintenant une bibliothèque et donnant des cours de lecture. Mais si elle reste vertueuse, elle n’est pas passive ou soumise. Loin de là. Elle n’hésite pas à tenir tête, à se battre de toutes ses forces et Seon Woo Wan en subira d’ailleurs les frais. Le héros se rapproche ainsi de l’héroïne, tout d’abord pour réussir son pari mais comme on s’en doute, une véritable relation finit par se tisser entre eux. Alors que l’un va libérer ses démons et s’ouvrir sur le monde, l’autre gardera certes ses morales tout en découvrant l’amour. Le « apprend-moi à combattre et moi je t’apprendrai à aimer » de Woo Wan résume parfaitement la dynamique qui les lie. La romance est effectivement importante au cours de Gyeongseong Seukaendeul mais les protagonistes sont loin de se résumer uniquement à ça. Chacun d’entre eux navigue avec ses propres problèmes et tente de s’en départir avec plus ou moins de succès.

Outre le couple phare, le kdrama met à l’honneur un autre duo peut-être même davantage intéressant et surtout, bien plus adulte et mature. Contrairement aux idées reçues, ces personnages ne sont absolument pas assimilés aux éternels rivaux typiques des séries sud-coréennes. Fraîchement de retour à Séoul après dix ans au Japon, le taciturne Lee Soo Hyeon travaille désormais dans la police, pour les occupants. Froid et à première vue unilatéral, il cache un lourd et tragique secret qui le torture. Ses véritables motivations sont aisément décelables dès le départ mais en soit, cela n’est pas dérangeant. Ce n’est pas tant ce qu’il tente de masquer qui est important mais plutôt les sentiments s’en dégageant et l’implication en amont qui méritent l’intérêt. Plus jeune, il rencontra et aida Cha Song Joo, une jeune fille devenue depuis une femme. À l’instar de Woo Wan qui se montre irrésistible, il est également difficile de ne pas tomber amoureux de Song Joo. Magnifique, intelligente, distinguée, forte et féminine tout en ne se laissant pas marcher sur les pieds par les hommes, elle cache bien son jeu. Vendue alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle travaille comme gisaeng depuis lors tout en nourrissant une haine féroce envers la société et le Japon. Étant courtisane, elle vend donc son corps mais son esprit reste quant à lui, intact. Hang Go Eun qui porte ses traits offre à son personnage ses lettres de noblesse. Du fait de sa condition, la série nous fait pénétrer dans les coulisses des gisaeng. Il s’agit là d’un superbe portrait de femme. Les amateurs de personnages féminins forts devraient d’ailleurs être aux anges tant la série en fait la part belle. Song Joo est une grande amie de Woo Wan depuis plusieurs années. Bien qu’ils aient tout pour se plaire, leur relation ne dépassera jamais le cadre de l’amitié. L’alchimie, ça ne s’invente pas. En cela, Gyeongseong Seukaendeul se veut rafraîchissante et assez atypique. A contrario, la relation entre Soo Hyeon et Song Joo est bien plus complexe, mêlant le passé au présent et au futur. Il ressort de ce couple beaucoup d’émotions et leur évolution est tragiquement belle. Elle est inexorablement liée à celle tout aussi compliquée entre l’officier de police et Woo Wan, ce dernier ne lui ayant jamais pardonné un de ses actes dix ans auparavant. La série utilise de nombreux flashbacks afin d’appuyer à bon escient ses propos.

Gyeongseong Seukaendeul, en plus des romances et des belles amitiés, offre une ouverture sur le monde de la résistance coréenne du temps de l’occupation japonaise. Honnêtement, elle se montre ici assez limitée et n’ayant au final qu’assez peu d’effets. Comme écrit plus haut, les Japonais sont pour la plupart condamnables par leurs propos mais ils se révèlent surtout plus idiots que réellement méchants. Le fait que les résistants tuent de sang froid certains collaborateurs n’est pas non plus en faveur de la série tant ces assassinats paraissent presque gratuits. Il aurait été intéressant d’approfondir cette question. Ainsi, Ueda Mamoru, le chef de la police, interprété par un Ahn Seok Hwan (Hong Gil Dong, My Girl) toujours aussi fantasque, n’a absolument pas l’étoffe d’un représentant digne de ce nom. Pleutre et n’y comprenant rien, il se laisse marcher sur les pieds par sa terrible femme, l’égocentrique Sachiko, jouée par Kim Hye Ok (Flowers for My Life). Irritante au possible, elle croit que le monde tourne autour d’elle et n’en rate pas une pour humilier qui que ce soit. Les employés du Jirachi la surnomment Psycho et elle ne l’a clairement pas volé ! Un autre policier japonais, Yamashita Kôji, est de la partie mais il demeure fade et brutal. Je l’avoue, j’ai mis du temps à comprendre qu’il était nippon, n’associant jamais son nom à ce personnage. Qui dit occupation, dit toujours collaboration et si encore une fois, Gyeongseong Seukaendeul n’entre pas dans les détails, un des protagonistes s’avère plutôt correctement étudié. Kim Tak Goo, Coréen, travaille également pour la police japonaise mais use de méthodes peu recommandables. Ses derniers instants dans la série et sa relation avec Na Yeo Kyeong sont jolis et à son image. La résistance s’organise alors, tente de monter des coups et de libérer son pays mais immanquablement, paye parfois le prix fort. Certains passages sont difficiles et cruels et comme on peut s’en douter, quelques personnages n’en sortiront pas indemnes.

Si les coups bas, les traîtrises, les attentats, les meurtres et les armes à feu sont présents dans la série, le ton se veut assez joyeux et surtout, optimiste. Essentiellement dans la première moitié, l’humour n’est jamais oublié. Les personnages vont au Paradise se divertir, danser jusqu’à leur saoul, certains d’entre eux sont derrière des répliques piquantes et l’association entre les deux héros ne se fait pas sans heurts. C’est là où Gyeongseong Seukaendeul tire une de ses grandes forces. Sous couvert de résistance, elle dresse le portrait d’une Corée en mouvements avec ses habitants colorés et fiers de leur patrie. Sans s’apitoyer sur leurs sorts, ils essayent juste de profiter de la vie tout en la faisant évoluer sous de meilleures auspices. En multipliant ses thèmes sans pour autant les oublier de les développer un minimum, la série gagne en richesse et se veut dense sans être pour autant académique ou prétentieuse. En cela, elle peut aisément contenter le téléspectateur lambda qui cherche un divertissement un peu plus poussé. L’émotion et les sentiments sont palpables, les mouchoirs peuvent être de sortie mais à côté de ça, on rit et on a envie de swinguer en même temps que les personnages. Ça chante, ça danse et il en ressort beaucoup de dynamisme. En plus des vêtements soignés, les décors sont plutôt bien réalisés et la bande-son endiablée, jazzy et entraînante ne font qu’augmenter le capital sympathie du kdrama. Le résultat des courses est que mine de rien, la série traite de faits difficiles mais ne sombre pas dans les clichés et le mélodrame. Bien que la fin eut gagné à être davantage détaillée et nuancée, le développement de la série se fait instinctivement, les éléments s’emboitant les uns avec les autres correctement.

Gyeongseong Seukaendeul est une série sachant manier à la fois le fond et la forme. Presque classieuse grâce à des personnages séduisants et à des musiques jazzy, elle fait ainsi palpiter le cœur d’autant plus que les romances se veulent maîtrisées, crédibles, naturelles et sans triangles ou carrés insupportables. Bien que le sujet de l’occupation japonaise soit sombre et difficile, la série prend le parti d’y insuffler une dose d’absurde et d’humour importante, allégeant grandement l’ensemble mais perdant parfois légèrement un peu de son propos. Si l’association entre ces histoires d’amour, ces vêtements tape-à-l’œil, ce délicieux humour avec des thématiques comme le sens du sacrifice et la rébellion peut sembler dysfonctionnelle, le résultat est ici globalement maîtrisé. Gyeongseong Seukaendeul est une série légèrement lisse mais surtout touchante, drôle, féministe et méritant assurément que l’on s’y attarde. Pour cela, il n’est même pas la peine d’être un amateur de fictions d’époque tant elle aborde des sujets universels. Quant à ceux qui en sont friands, l’ambiance des années 1930 devrait grandement les satisfaire. En d’autres termes, Gyeongseong Seukaendeul est une jolie série imparfaite mais attachante et faisant preuve d’une grande richesse.