Caprica (série complète)

Encore une de ces séries dont j’ai envie de parler depuis un petit moment et le temps traîne, traîne… Ça fait quand même environ un an que cet article est supposé arriver sur Luminophore. Place à Caprica et son unique saison. Spin-off de Battlestar Galactica, cette série notamment créée par Ronald D. Moore est composée d’une saison de 18 épisodes diffusés sur Syfy entre janvier 2010 et janvier 2011. Toutefois, cette diffusion fut coupée en trois. Entre l’épisode 1×09 et le 1×10, sept mois se sont écoulés. De plus, après l’annulation de la série en octobre 2010, les cinq derniers épisodes ont été déprogrammés jusqu’en janvier 2011. Beaucoup (dont moi) ont terminé de regarder Caprica en 2010, soit avant la diffusion américaine, via une chaîne canadienne. À noter qu’une version allongée du pilote est sortie directement en DVD en avril 2009, soit bien avant les débuts de la série aux États-Unis. Tout ceci pour dire qu’en dépit des audiences ou des qualités intrinsèques de la série, son traitement a vraiment été massacré et n’a pas incité à la fidélisation du téléspectateur. Aucun spoiler.

Caprica est une préquelle de Battlestar Galactica. Elle débute 58 ans avant les débuts de sa grande sœur. Autrement dit, les Cylons n’ont pas encore fait sauter toutes les colonies et la paix est toujours de mise. Comme son nom l’indique, l’action se focalise sur la planète Caprica. Ce qui est important de savoir avant de commencer cette série est qu’elle n’a pas les mêmes ambitions que Battlestar Galactica. Il n’est pas ici du tout question de batailles dans l’espace, de vaisseaux spatiaux, etc. Non, Caprica est davantage un drama dans la plus pure tradition, avec évidemment des éléments amorçant l’intrigue principale de Battlestar Galactica. Il n’est par ailleurs pas nécessaire d’avoir la moindre connaissance de la série mère pour regarder celle-ci, bien que cela soit évidemment préférable en raison des multiples références.

Les 18 épisodes suivent deux familles vivant sur Caprica. D’un côté, nous avons les Graystone : Amanda, Daniel et leur fille Zoe. Ils sont richissimes et possèdent une superbe maison moderne comme il faut avec toutes les avancées technologiques de l’époque. Normal, Daniel est à la tête de Graystone Industries. Il est notamment l’inventeur du holoband, un ingénieux système que l’on met sur la tête et qui permet d’entrer dans un monde virtuel (le V-World). Ce holoband a une importance majeure dans la série car une bonne partie des intrigues se déroule dans ces mondes n’ayant aucune existence propre. Si Graystone Industries a mis au point plusieurs d’entre eux, à l’instar d’un jeu vidéo, le principe a évidemment été détourné et n’importe qui s’aventure dans des terrains de jeu sans loi. On y trouve forcément de tout, dans le meilleur comme dans le pire. Incarné par Eric Stoltz (Once and Again), Daniel est un homme assez imbu de lui-même et qui accorde au final trop peu d’importance à sa famille. C’est à lui que l’on doit le tout premier Cylon que l’on voit prendre forme au cours des épisodes. Sa femme, Amanda, jouée par Paula Malcomson (Deadwood), est beaucoup plus douce. Chirurgienne de métier, elle est d’une nature forte et a des valeurs qu’elle essaye de suivre du mieux qu’elle peut. Dès le pilote, Zoe, leur fille, décède dans l’explosion d’un train suite à attentat terroriste. Ce qui va faire imploser cette désormais minuscule famille est que Zoe est accusée d’avoir placé cette bombe. Alors qu’elle aurait dû disparaître à tout jamais, Zoe est plus ou moins présente. Véritable génie surpassant même son père, l’adolescente a créé une copie virtuelle d’elle-même qui reste bel et bien présente dans un de ces mondes virtuels après le décès de la jeune fille. Zoe est jouée par Alessandra Torresani. Insupportable, égocentrique et égoïste, Zoe n’a pas grand-chose pour la rendre attachante. Son avatar est un peu mieux et au fil des épisodes, elle finit presque par devenir sympathique. Comme on peut s’en douter, c’est sa conscience qui va permettre à la machine robotique de devenir ce qu’on appelle un Cylon.
Les Graystone ne sont pas foncièrement agréables et c’est justement un peu le cas de l’ensemble des personnages de Caprica qui sont souvent froids et vraiment empêtrés dans leurs problèmes.

Outre la création des Cylons, réalisée donc par les Graystone, la série s’attarde sur une autre famille, les Adama. N’importe quelle personne ayant regardé Battlestar Galactica connaît ce nom. L’évocation de William et de Lee a forcément une résonance particulière à vos oreilles. C’est évidemment cette même famille que l’on retrouve et plus précisément Joseph, le père de William Adama qui est le futur commandant du Galactica. Joseph Adama a régulièrement été cité dans Battlestar Galactica mais on n’a jamais eu l’occasion de le voir dans des flashbacks. Ce n’est donc pas un réel inconnu que l’on retrouve. Esai Morales (Jericho) qui porte ses traits est convaincant et propose un homme partagé entre sa famille, sa volonté d’aller de l’avant et de vivre comme un nouveau Caprican et ses responsabilités en tant que descendant de la planète Tauron. Ce qu’il y a d’appréciable dans Caprica et que l’on voyait au final assez peu dans Battlestar Galactica est que les colonies et leurs spécificités sont mises en avant. Tauron par exemple est montrée ici comme possédant des caractéristiques typiques italiennes. Joseph a un frère, Sam, joué par le charmant Sasha Roiz. Les deux sont comme les doigts de la main mais ils ne suivent toutefois pas la même route. Ce dernier est beaucoup plus libertaire et navigue régulièrement en eaux troubles. Il est l’oncle cool pour William, le jeune fils de Joseph. Justement, qu’en est-t-il de William ? Il est tout simplement irritant au possible mais est vecteur d’un twist très sympathique dans le series finale. La femme et la fille de Joseph se font tuer dès le pilote dans l’attentat terroriste coûtant également la vie de Zoe Graystone. C’est à partir de ce moment-là que les deux grandes familles de Caprica se rejoignent et que l’intrigue générale peut débuter. Les Adama offrent la possibilité de plonger directement dans le monde très particulier des Tauron et tout ce qui en découle comme la mafia. De plus, la fille décédée de Joseph, Tamara, n’a pas dit son dernier mot…
Côté têtes connues à part celles déjà citées, on peut rapporter la présence de Richard Harmon (Tower Prep), de Teryl Rothery (Stargate SG-1) ou encore de Hiro Kanagawa (Tower Prep).

À vrai dire, Caprica amorce les idées globales de Battlestar Galactica. S’il n’y a pas de guerre spatiale, on retrouve de nombreux thèmes qui seront repris, parfois sous une autre forme, chez la grande sœur. L’idée du monde virtuel et de tout ce qui est lié a le droit à un traitement de choix, prouvant bien que la série baigne résolument dans la science-fiction et l’anticipation. En résumant, ces 18 épisodes traitent principalement de deux idées. Il y a la vie après la mort dans un premier temps mais également le culte d’un dieu unique. Au final, tout se rejoint et tout est lié aux Cylons. À ce moment-là, le but des colonies est de créer une sorte de robot pouvant effectuer les tâches ingrates. On comprend rapidement que la notion de protection et de militarisme se retrouve par derrière. C’est là où connaître Battlestar Galactica revêt de son importance pour apprécier à sa juste mesure la série. Petit à petit, les éléments s’imbriquent et en ayant en tête le futur, on réalise de quelle manière les personnages, en apparence inoffensifs, se dirigent vers cette tragique fuite dans l’espace pour un infime pourcentage d’entre eux.
C’est ainsi que l’on assiste à une lutte des clans. Entre les Graystone et les Adama dans un premier temps, puis les intrigues finissent par prendre de l’ampleur et montrent que la religion est au centre de tout. Les terroristes plaçant des bombes partout suivent effectivement le culte du dieu unique, propre aux futurs Cylons comme on le sait via Battlestar Galactica. Jusque là, les habitants avaient une religion polythéiste. Ces multiples croyances ne sont pas acceptées, chacune pensant avoir l’hégémonie sur l’autre. Si le sujet est intéressant car riche, le traitement est parfois bancal. La série se perd dans des propos métaphysiques endormants et souvent confus. On se trouve face à une vraie secte, tout simplement. Le délire des personnages est en plus agaçant. Une des chefs de file de ce mouvement monothéiste et des Soldiers of the One est la sœur Clarice incarnée par Polly Walker (Rome, State of Play). Son statut de religieuse est une couverture aux yeux de la société puisqu’elle croit au dieu unique. Elle a plusieurs maris et femmes dont un est joué par Scott Porter (Friday Night Lights). Obsédée par Zoe, elle semble n’avoir aucune limite et manipule son monde. Son rapprochement avec Amanda Graystone est correctement mis en scène, les deux ayant de nombreux points communs.
Le spectateur intègre les rangs des Soldiers of the One en même temps que Lucy Rand, jouée par Magda Apanowicz (Kyle XY). Meilleure amie de Zoe, elle a une connexion particulière avec sa copie virtuelle. Si elle fait partie de l’organisation terroriste, ses motivations sont en réalité tout autre. Plus tard dans la série, elle rencontrera un personnage interprété par Ryan Kennedy (Whistler) ainsi qu’un des grands leaders incarné par James Marsters (Buffy the Vampire Slayer).

La réalisation, comme on pouvait s’y attendre, est soignée. Les teintes sont bleutées, froides et mettent instantanément dans l’ambiance. La série joue beaucoup avec les symboles comme le montre en introduction le générique travaillé. Caprica ressemble à notre Terre mais même temps, pas vraiment. On a légèrement l’impression d’être dans un univers steampunk / rétro. Quant à la musique, sachant que l’on a Bear McCreary aux commandes, ce n’est certainement pas la peine de préciser que l’on a du très haut niveau.

Au final, Caprica est une série sombre et noire qui joue beaucoup sur la tension, donnant l’impression d’assister à une bombe à retardement. La pression monte, monte et… eh bien nous ne saurons pas grand-chose de ce qui nous attendait puisqu’il n’y a pas de suite. On peut évidemment se consoler avec Battlestar Galactica mais surtout avec les cinq dernières minutes du series finale qui sont tout simplement excellentes et qui en disent long. Si ces 18 épisodes souffrent de plusieurs défauts comme parfois trop de questionnements sans réponses, des protagonistes peu attachants, un discours philo-métaphysique imbuvable et des attentats-suicide à la pelle, les derniers épisodes sont vraiment bons et font regretter de se retrouver ainsi au pied du mur. Quoiqu’il en soit, Caprica aura montré qu’en aussi peu de temps elle pouvait proposer une galerie de personnages à la psychologie travaillée, des luttes de clans, de nombreuses réflexions sur des thématiques variées (la condition humaine, l’intelligence artificielle, la religion, les liens familiaux, etc.) bien que parfois mises en scène de manière brouillonne, un monde virtuel dérangeant et une mythologie dense et travaillée. La série avait du potentiel. Il a fallu attendre ses derniers épisodes pour qu’elle parvienne à le concrétiser, manquant de rythme jusque là et amorçant des bonnes idées sans en tirer convenablement parti, mais elle se range dans le coin des séries tuées dans l’œuf. Heureusement, elle se termine en apothéose. Les amateurs de cet univers n’ont plus qu’à espérer que Battlestar Galactica : Blood and Chrome verra bien le jour et ne subira pas le même sort.
Bonus : le trailer

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