Carlos (mini-série)

Passée assez inaperçue dans le monde des blogs de sériephiles, il est l’heure de parler d’une mini-série franco-allemande, ayant aussi été traitée en tant que film. Carlos est disponible sous deux formats. C’est pour cette raison que j’ai un petit peu hésité avant de la traiter sur Luminophore puisque je ne sais pas trop de quelle manière la classer. Toutefois, ayant regardé la version télévisée, j’estime qu’on peut la considérer comme une mini-série. Comme écrit plus haut, il existe deux versions. La première, celle dont il sera question ici, fut diffusée sur Canal+ à raison de trois épisodes de 110 minutes en mai 2010. En juillet de la même année, elle fut adaptée au cinéma, en tant que film donc, et dure 160 minutes. Je n’envisage pas de voir ce film et d’après ce qu’on peut lire, il est préférable de visionner la mini-série. En partie écrite et réalisée par Olivier Assayas, elle traite de vingt ans de la vie de Carlos, le Chacal. Aucun spoiler.

Au risque de passer pour une inculte, lorsque l’on me parle de Carlos, j’ai un peu tendance à penser en premier lieu au chanteur français. Oui, oui. Bon, évidemment il n’est pas du tout question de lui ici (oh, étonnant xD). On va dire que c’est bien moins joyeux. Ilich Ramírez Sánchez est plus reconnaissable sous ses pseudonymes Carlos ou Le Chacal. Toujours en vie et emprisonné en France depuis 1994, il est surtout connu pour ses nombreux attentats durant les années 1970 – 1980. Tour à tour révolutionnaire et terroriste, ses principaux champs d’action étaient la libération de la Palestine et/ou encore la cause du marxisme. Pour être honnête, je ne connaissais presque rien de lui avant cette mini-série. Sans que cela ne soit une raison valable, j’ajouterai juste qu’à l’époque où il sévissait, je n’étais même pas née et il n’a jamais été question de lui à l’école. Par conséquent, j’ai sauté sur l’occasion de me cultiver en visionnant cette mini-série. Ces trois épisodes font figure de reconstitution assez extraordinaire. Comme écrit plus haut, je ne connais rien à ce sujet et je ne suis pas du tout calée en géopolitique. Néanmoins, cela n’est pas nécessaire pour se rendre compte du travail effectué. Il y a un souci du détail et la série parvient toujours à ne pas trop en faire, sans tomber dans de l’académisme et donner l’impression de réaliser un film d’histoire. Assayas ne prend pas parti pour qui que ce soit, ce qui est une bonne chose. L’ensemble est neutre. Il est par ailleurs bon de préciser que cette biographie est libre car la vie de Carlos contient bien trop de zones d’ombre. La mini-série est à la fois riche et complexe. Elle glisse aisément le téléspectateur dans le climat de l’époque pour lui faire comprendre les enjeux. Elle s’appuie sur de nombreuses vidéos d’archive bienvenues, choisies avec soin car pertinentes.

La mini-série débute lors de l’entrée de Carlos au sein du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) jusqu’à son arrestation par la DST, en 1994. Vingt ans sont ainsi narrés en presque six heures. En raison de cette durée, le soufflet retombe par moments mais c’est généralement pour mieux repartir. La mise en scène y est pour beaucoup tant elle est maîtrisée, la photographie est d’ailleurs fort réussie. Côté technique, que l’on soit un amateur de langues étrangères ou pas, il faut voir la mini-série en VO. C’est un vrai délice car si l’anglais prédomine, on entend parler français, espagnol, japonais, arabe, allemand, etc. L’immersion est de suite plus aisée et par voie de conséquence, plus intense.

Qu’en est-il de l’interprétation ? Si Carlos est bien écrite, et montée avec grand soin, parvenant ainsi à tenir en haleine, elle n’aurait pas la même portée sans sa distribution. De nature internationale, généralement les Français sont joués par des Français, les Allemands par des Allemands, etc. Cela peut paraître trivial mais cela apporte davantage de crédibilité à l’ensemble, ne serait-ce que lorsqu’on entend les acteurs parler. L’interprétation est de qualité plus que convenable. Il est important de saluer la performance de celui qui porte les traits de Carlos, à savoir Édgar Ramírez. Déjà vu pour ma part dans le film de Tony Scott, Domino, je le connaissais un tant soit peu. Quel charisme et quelle prestance ! Tout comme le véritable Carlos, il est Vénézuélien et parle plusieurs langues couramment. De ce fait, l’entendre s’exprimer en anglais ou en français n’écorche pas du tout l’oreille et ne nécessite donc pas le regard des sous-titres. Son implication est telle qu’il n’a pas hésité à prendre de nombreux kilos pour coller au mieux avec le vrai Carlos.
Au-delà de la reconstitution historique/politique passionnante, la mini-série est une plongée dans l’homme que fut Carlos. Sans le vénérer ou le diaboliser, Assayas dresse le portrait d’un homme imbu de lui-même, collectionnant les femmes, narcissique, paranoïaque, opportuniste, ambigu et résolument complexe.

Tour à tour spectaculaire et intime, la mini-série Carlos est en définitive une belle découverte. Si elle manque parfois de rythme, ce qui en soit peut se comprendre en raison de son format, elle n’en reste pas moins intense, haletante et assimilable à un véritable thriller. Brillamment interprétée et écrite, elle nous plonge dans le contexte politico-historique de l’époque. S’il est complexe, il n’est assurément pas nécessaire d’avoir des connaissances poussés pour adhérer à ces épisodes. La personnalité riche de Carlos est peinte avec brio et l’ensemble se révèle palpitant, intelligent et crédible.