Archives pour la catégorie LIFE

Très fréquemment les mangas et animes sont adaptés en drama au Japon. LIFE en est un exemple. Attention, il n’est pas question aujourd’hui de la série américaine Life de NBC avec Damian Lewis et Sarah Shahi, mais bel et bien de la série japonaise.
A l’origine il y a LIFE, le manga toujours en cours (17 volumes pour le moment) de Keiko Suenobu. Il m’intéresse depuis des années mais sachant qu’il n’est pas -encore ?- sorti en France je ne me suis pas penchée dessus. Du coup, lorsque j’ai su qu’une série avait vu le jour je ne me suis pas faite prier !
Diffusée sur Fuji TV de fin juin à septembre 2007, LIFE est composée de onze épisodes d’une durée moyenne de 35 minutes. Le drama raconte la difficile histoire d’Ayumu Shiiba (Kitano Kii) face au phénomène de l’ijime qui détruit des vies au Japon.

LIFE

Ijime, un terme qui évoque bien des frayeurs au pays du Soleil Levant malgré une volonté de ne pas en parler. En France il reste méconnu et laisse souvent songeur lorsque l’on découvre ce qui se cache derrière les sourires apparents et la bonne humeur dont semblent toujours faire preuve les japonais. Véritable fléau, ce mot englobe les persécutions que subit un individu considéré comme n’appartenant pas au groupe. La raison de cette exclusion peut être totalement fallacieuse ou ridicule, là n’est pas la question. D’ailleurs, il s’agit plutôt de motifs stupides comme une coiffure, une couleur de cheveux, une obligation d’avoir un emploi pour un élève… Ces persécutions sont diverses et variées : ignorement, harcèlement, sévices physiques, etc. Ce phénomène est surtout visible dans les écoles mais il concerne aussi le monde du travail. Pour les occidentaux c’est assez difficile de comprendre le pourquoi du comment de cet ijime. Par exemple en France des élèves sont mis de côté et embêtés mais rien de trop horrible généralement. Au Japon ça peut être tout simplement atroce menant même au suicide. Evidemment il y a des toujours des leaders du côté des persécuteurs mais pourquoi les autres ne font rien, pas même les profs dans le cadre d’une école ? Parce que c’est plus facile de fermer les yeux ? Par peur des représailles ? Au Japon l’honneur est quelque chose d’extrêmement important, tout comme le fait d’appartenir à un groupe et de suivre le mouvement comme un petit mouton. Il n’est pas très bien vu de dépasser de la norme.
L’ijime me fait penser à ces études en psychologie sociale qui cherchaient à comprendre pourquoi dans certaines situations les individus ne réagissaient pas. Je suis un peu déçue je ne me rappelle plus trop de mon cours de deuxième année et je l’ai passé à quelqu’un. Bref. Ces études voulaient savoir pourquoi dans le cas d’un viol d’une femme dans le métro par exemple, les personnes étaient restées assises sans broncher. Cette passivité arrive plus fréquemment que l’on ne le croit et il n’y a pas de signification véritable. Bien sûr qu’à froid on se dit que oui, on ne laisserait jamais quelqu’un en difficulté mais à chaud, le ferions-nous vraiment ? Cette peur de se trouver face à des persécutions doit être d’autant plus présente et angoissante lorsque l’on est japonais, que l’on veut garder son honneur sauf et passer inaperçu.

Dans LIFE, Ayumu est victime de persécutions de la part de Manami Anzai (Fukuda Saki) et son groupe d’amies. Malheureusement pour elle, elle est aussi traquée par le pervers et sadique Sako Katsumi (Hosoda Yoshihiko). Peu à peu elle se retrouve totalement seule, la classe entière suivant Manami par crainte de sortir du groupe. Néanmoins, par chance, elle peut compter sur l’aide de deux personnes qui deviendront ses amis ainsi que d’un professeur mis aussi de côté. Le drama est une véritable leçon de vie et de courage et a probablement donné de l’espoir aux personnes victimes d’ijime au Japon. Ce phénomène est caché, du coup la série permet de lever le voile et offre une critique assez acerbe de la société.
La réalisation très rythmée et utilisant à bon escient la bande-son accentue le côté oppressant et malsain de la série. A la base, certaines scènes sont insoutenables mais si d’autres éléments s’ajoutent, ça en devient très vite difficile à regarder. Les cruelles épreuves qu’Ayumu subit semblent encore plus atroces lorsque l’on sait que l’origine de tout ça n’est qu’une simple ado. Une jeune fille que l’on a envie d’étriper tout au long des épisodes mais qui pour ma part finit par émouvoir quelque peu. J’ai eu beaucoup plus de mal avec Sako qui est juste cinglé et très flippant. Sérieusement, l’acteur est époustouflant et donne envie de partir en courant ^^;;; En effet, il y a des raisons qui font qu’il est ce qu’il est mais… cela n’empêche pas moins qu’il fait peur.

Ce qui est intéressant c’est que la série ne se focalise pas uniquement sur la persécutée, elle met aussi en avant le désarroi des parents face à la situation d’ijime. Comment réagir ? Aller en parler à l’école ? Confronter les persécuteurs ? Y a-t-il réellement une marche à suivre de toute manière ? Et puis que dire à son enfant ? La relation qui lie Ayumu à sa mère est traitée avec pudeur et douceur. Personnellement, j’ai eu un réel coup de coeur pour les deux qui se découvrent peu à peu. LIFE ne traite pas que de l’ijime mais critique aussi la pression que les parents mettent à leurs enfants (réussite scolaire…), la maltraitance physique, le système hiérarchique trop rigide, le suicide, le viol, etc.

LIFELIFE est un drama éprouvant et intense. Il s’agit d’une vraie incursion dans la vie d’une jeune fille qui n’a rien demandé et qui n’a rien fait mais qui se trouve au mauvais moment, au mauvais endroit. Le titre de la série (life = vie :D) est synonyme d’espoir et de possibilité d’échappatoire. Le thème est chanté par Mika Nakashima. Je ne suis pas une grande fan de la chanteuse et je suis gentille en disant ça. Néanmoins sa chanson colle bien à l’univers de la série et rythme à merveille les journées d’Ayumu. En mettant des images et des visages sur un phénomène trop tabou au Japon, la série stigmatise ce silence. LIFE est une plongée directe dans ce que peut être une vie détruite par l’ijime. Sans artifice ou demi-mesure et avec justesse, ce drama est plus qu’à conseiller. Et peut-être qu’en le regardant on se rappellera de mauvais souvenirs ou des situations où l’on a préféré se moquer histoire de se sentir dans le coup plutôt que de ne rien faire.