Churasan 4 | ちゅらさん 4

Quatre ans après m’être lancée, j’ai enfin terminé Churasan. Rares sont les asadora à s’être autant installés dans le paysage télévisuel, car habituellement, ces séries matinales se contentent justement de leur case horaire et n’en débordent pas. Qui plus est, celle-ci n’a pas fait les choses qu’à moitié puisqu’elle s’est octroyé trois bonus ! Après la deuxième et la troisième saison, il est l’heure de passer à la quatrième qui, cette fois, ne comporte que deux épisodes diffusés sur NHK les 13 et 20 janvier 2004, et durant une heure chacun. Naturellement, Okada Yoshikazu a scénarisé ce final. Aucun spoiler.

Eri et Fumiya sont définitivement retournés vivre à Kohamajima. Tandis que la première poursuit sa carrière d’infirmière à domicile, le second officie comme le seul médecin de l’île. Avec leur fils, Kazuya, ils semblent mener une existence tranquille. À Naha, un séisme s’apprête à bousculer les Kohagura puisque Keibun a dérobé une importante somme d’argent pour une raison encore inconnue. D’ailleurs, les secrets et mystères s’amoncellent autour de ce microcosme parce que du côté d’Ippukan, Yôko arbore un visage triste et paraît rongée par des doutes.

Déjà que les précédentes salves d’épisodes souffraient du rallongement de la durée, que dire de cette quatrième ? Churasan n’est pas faite pour s’installer soixante minutes à l’écran. Les personnages ont beau être adorables, la mécanique de la série est bien trop formatée pour ne pas finir par devenir profondément redondante. Sans aucune surprise, ces deux parties manquent donc de rythme et ne parviennent pas à suffisamment capter l’attention du public. En d’autres termes, il est encore une fois question des reproches habituels. Pour autant, une des bonnes idées de cet ensemble est de ne pas se focaliser sur des malades ou sur Eri, mais plutôt de choyer l’amitié entre celle-ci, Maria et Yôko, et de s’attarder plus spécifiquement sur les deux dernières. Le scénariste prend le temps de refermer son œuvre, joue la carte de la nostalgie chaleureuse et met un certain baume au cœur, malgré des ficelles plus que voyantes, des incohérences et une sacrée dose de sentimentalisme.

C’est une évidence, il ne se passe pas grand-chose dans Churasan 4. La série poursuit ses tranches de vie banale prônant la simplicité et la fraîcheur. Keibun continue d’accumuler les bêtises, Katsuko fait les gros yeux, la grand-mère se moque de son benêt de fils et se montre exceptionnelle, Keishô rêve d’un Goyaman chinois, Shimabukuro débarque manger à toute heure de la journée et… oui, le canevas est toujours aussi répétitif. Presque tout le monde est de la partie, mais seuls quelques-uns sont un minimum développés. Malheureusement, Keitatsu et Haruka sont absents. D’ailleurs, si une explication est donnée pour le premier, ce n’est pas le cas pour la deuxième qui semble n’avoir jamais existé, ce qui s’avère honteux. Shôko, Nanako et la majorité des protagonistes ne servent que de faire-valoir et doivent se contenter de quelques répliques. Les héroïnes sont plutôt Maria et Yôko.

L’amitié unissant Eri, Maria et Yôko symbolise l’une des réussites de Churasan. Avec leur caractère différent, mais complémentaire, elles forment toutes les trois un trio de choc capable de mettre des étoiles dans les yeux, d’émouvoir et d’amuser grandement. Les épisodes prennent ici le temps de s’attarder pour la dernière fois sur elles et, plus particulièrement, sur les fêlures de ces femmes affirmées s’apparentant presque à des exemples à suivre. Chacune a influencé la vie des deux autres et leur cheminement depuis les débuts de la fiction est indiscutable. Certes, l’écriture demeure assez superficielle, ce qui ne dérange pas particulièrement à partir de l’instant où l’on affectionne ces figures bigarrées.

En conclusion, Churasan 4 clôt les aventures colorées, pétillantes et profondément humaines des Kohagura d’Okinawa et de leurs tout aussi adorables compères. Ces deux ultimes parties ne manquent pas de défauts et font preuve d’une incroyable facilité en se contentant du strict minimum, mais elles laissent sur une note agréable grâce à des personnages toujours charmants et mis en valeur avec beaucoup de tendresse. Pour peu que l’on ait apprécié l’asadora, il va de soi que toutes ces suites, bien qu’elles soient dispensables, méritent de leur donner une chance.

By |2017-05-01T13:58:31+01:00mai 22nd, 2015|Churasan, Séries japonaises|0 Comments

Churasan 3 | ちゅらさん 3

Comme prévu, je n’ai pas laissé traîner de nouveau les choses en mettant de côté des années la suite de Churasan. Effectivement, après la deuxième saison, j’ai lancé récemment la troisième. Cette fois, elle comporte cinq épisodes d’une petite quarantaine de minutes diffusés sur NHK en septembre et octobre 2004. L’ensemble est toujours écrit par Okada Yoshikazu. La quatrième année sera traitée d’ici quelques semaines, je pense. Rappelons rapidement qu’à l’origine se trouve le charmant asadora datant de 2001. Aucun spoiler.

Ce serait mentir que de dire que la qualité de cette troisième salve d’épisodes surprend. Si les contre-exemples existent, les productions reprenant le flambeau quelque temps après la supposée fin ne parviennent que rarement à convaincre de bout en bout. C’est un peu comme si les scénaristes jouaient la carte de la facilité en usant uniquement de la nostalgie et de la joie de retrouver des personnages attachants, oubliant d’insuffler une vraie substance. Churasan 2 l’avait déjà prouvé tant cette saison souffre d’un aspect schématique et d’une absence de réelle histoire à raconter. Le constat est similaire ici et le récit illustre de nouveau cette impression de tourner en rond et d’en revenir systématiquement à la même chose. Le format plus long des épisodes, presque quadruplé par rapport à l’asadora, ne fait qu’accentuer les lacunes. Encore une fois, les défauts ne se veulent pas spécialement omniprésents, mais la fraîcheur d’antan se transforme sensiblement en une torpeur regrettable. Par moments, on en viendrait presque à juger quelques-unes de ces figures agaçantes, ce qui démontre qu’il est plus que l’heure que la série quitte définitivement le petit écran avant d’abîmer de si jolis souvenirs. Découvrir que l’interprète de Katsuko, Tanaka Yoshiko, est décédée en 2011 – une semaine après la publication de mon billet initial ! – des suites d’un cancer brise le cœur. Sur une note technique, ce renzoku marque l’évolution des technologies puisque le format 4/3 laisse sa place au 16/9.

Maintenant qu’ils ont amélioré leurs compétences et savoirs, Eri et Fumiya sont temporairement de retour à Kohamajima avec leur fils. À peine sont-ils arrivés qu’ils passent voir à Naha les parents de la jeune femme qui, comme d’habitude, se taquinent gentiment. Keishô se trouve également dans les parages, attendant mélancoliquement que Nanako lui donne un signe de vie ; l’infirmière adore s’amuser de son bon à rien de mari, mais il paraît évident qu’ils s’aiment sincèrement. À Ippukan, tout se déroule tout aussi tranquillement, excepté la grossesse de Shôko qui vient totalement bouleverser la routine. Keitatsu s’est remis sur le chemin de la musique, exerce au loin dans des concerts et suit sa passion, mais l’approche de son futur enfant le fait paniquer. Contre toute attente, alors que tout le monde s’est déplacé à Tôkyô, le cadet d’Eri choisit de s’en aller. Où ça ? Personne ne le sait. Il laisse donc sa femme enceinte seule, ce qui irrite profondément l’héroïne qui ne comprend rien à son frère. Keitatsu doute grandement et a besoin de prendre du recul tant il est persuadé de ne pas être à la hauteur de la tâche qui l’attend. Cette fuite de l’ancien adolescent terre-à-terre représente le fil rouge de la saison. Tout au long des épisodes, le ventre de Shôko continue de grossir et tous se demandent quand Keitatsu reviendra. Pendant ce temps, Maria se lance dans la rédaction d’un roman inédit, le compagnon de l’adorable grand-mère a disparu comme par enchantement, Haruka s’interroge sur ses capacités de médecin, Keibun part en retraite et Eri sombre dans ses travers de sauveuse des malades et opprimés.

Dans la saison précédente, les faibles histoires avaient la désagréable manie de s’enchaîner séquentiellement et de manière extrêmement précipitée. Ce n’est heureusement pas le cas ici puisque l’écriture s’avère bien plus homogène et moins artificielle. Pour autant, les rebondissements n’en deviennent pas particulièrement réussis, la faute à des ficelles grossières et prévisibles. Le sel de Churasan repose sur sa galerie de protagonistes et sur la tendresse qu’ils inspirent tous. Probablement parce qu’il ne reste plus grand-chose à raconter sur eux, le renzoku décide d’inclure de nouveaux visages et pour ajouter un minimum de pathos, l’idée est de mettre en avant une mère mourante (Okunuki Kaoru) et sa jeune fille. Le résultat final n’est pas du tout concluant. Eri choisit d’accompagner ces deux personnes qu’elle ne connaît pas du tout dans la joie et la douleur, à grand renfort de bons sentiments. En effet, celle qui devrait être bientôt orpheline vit à juste titre très mal la situation, en veut à la Terre entière et voit son futur obscurci. Quand son unique parent aura disparu, où ira-t-elle ? Que fera-t-elle ? Quelle tragédie ! Il est vraiment compliqué de s’attacher à cet arc préfabriqué et cette tendance qu’a Eri à se mêler des affaires des autres est progressivement pénible en plus d’être redondante. En prime, ce récit s’installe dans la durée et phagocyte le reste, car les personnages vedettes ne sont aucunement creusés. C’est certain, en dépit d’une grande naïveté, la profession d’infirmière à domicile est joliment croquée, mais cela ne permet pas de divertir convenablement.

En résumé, Churasan 3 se poursuit selon la lignée amorcée par la saison précédente en se contentant de réutiliser la recette d’origine alliant humour et tranches de vie, sans oublier malgré tout de se montrer mieux construite. Malheureusement, bien que la tendresse de ce microcosme familial soit indiscutable, elle n’est pas suffisante pour continuer de piquer l’intérêt tant le rythme se veut dans ces épisodes lent et plutôt monotone. Avec cette histoire de mère malade, le sentimentalisme facile et le soupçon misérabiliste parasitent de trop les rares intrigues anémiques, là où rien n’est fait pour donner de la matière aux figures locales. Finalement, l’ensemble demeure profondément mécanique, assez inconsistant et déçoit quelque peu, même si le charme global permet encore de ne pas trop tiquer. Or, il y a de forts risques que la conclusion soit dans cette veine.

By |2017-05-01T13:58:32+01:00mai 8th, 2015|Churasan, Séries japonaises|0 Comments