Defiance (saison 3)

La nouvelle est tombée plusieurs semaines après la fin de sa troisième saison, Defiance ne reviendra plus à l’antenne pour des aventures inédites. Ses ultimes instants s’avèrent ouverts et laissent un léger sentiment de frustration, mais ils officient malgré tout plutôt correctement comme une véritable conclusion. Avant de ranger la série au placard, discutons donc de ses treize derniers épisodes diffusés sur Syfy entre juin et août 2015. Aucun spoiler.

Sept mois se sont écoulés depuis l’effondrement des mines de Defiance. La ville n’est plus que l’ombre d’elle-même et peine à se reconstruire convenablement. Les réserves en gulanite ayant presque totalement disparu, l’électricité vient à manquer et, pire, le bouclier supposé protéger les environs ne fonctionne qu’aléatoirement. D’ailleurs, la République de la Terre n’existe plus et Amanda en a profité pour reprendre son poste de maire, même si elle sait pertinemment que la situation s’annonce très compliquée. Pendant qu’elle tente tant bien que mal de préserver la paix et l’autonomie des siens, Nolan et Irisa demeurent enfermés dans leur capsule de survie et, de l’autre côté de la région, Datak, Stahma et Rafe partent à la recherche de leur descendance ayant été kidnappée par l’instable Pilar. Contre toute attente, cette saison choisit de faire abruptement table rase du passé pour aller de l’avant. Dès ses premiers épisodes, elle n’hésite pas à définitivement écarter des personnages qui, de toute manière, phagocytaient plus les intrigues qu’autre chose pour la plupart. Il n’empêche que cette approche se révèle assez inattendue. Deux arcs distincts gouvernent cette ultime année de diffusion. Dans un premier temps, il est question d’une unité du collectif Votanis dirigée par Rahm Tahk (Lee Tergesen – Oz), un être psychologiquement perturbé habité par la soif de destruction. Les membres de ce groupuscule entendent bien mettre à sac Defiance et assassiner tous les humains s’y trouvant. Le but des protagonistes est par conséquent de protéger les leurs, mais ils découvrent rapidement que des taupes les entourent. Une fois cette menace repoussée, la race extraterrestre des Omecs introduite en début de saison prend de l’ampleur et lance la fiction dans des enjeux de plus grande envergure puisqu’il importe de sauver la planète entière. Étonnamment, les épisodes disposent ainsi d’un aspect feuilletonnant du plus bel effet et n’hésitent pas à négliger les récits plus indépendants ayant fait du tort à la série jusque-là. Le soin accordé à la psychologie des personnages, aux séquelles des évènements passés et aux relations les unissant apporte une fraîcheur appréciable à l’ensemble qui, justement, en avait besoin.

Malgré un potentiel évident avec un univers riche et foisonnant, Defiance a de toujours souffert d’un manque d’exploitation. Qui plus est, son écriture se révélait dernièrement irrégulière et maladroite en plus d’illustrer des principales figures moyennement attachantes. Du coup, la voir tirer parti de ses erreurs fait grandement plaisir, bien qu’au bout du compte, elle soit annulée alors qu’elle réussit à proposer un divertissement convenable. Effectivement, si les approximations, incohérences et autres facilités sont encore palpables, la saison s’offre un vrai souffle dynamique et n’hésite pas à s’attarder sur la caractérisation de ses divers héros colorés. Certes, Irisa ne devient par exemple pas l’individu le plus passionnant à suivre, mais ses fêlures et ses difficultés à reprendre le cours de sa vie après ses actions quelques mois plus tôt lui apportent une épaisseur nécessaire. Sa relation avec Nolan se nuance également, joue sur plusieurs tableaux et parvient enfin à impliquer émotionnellement le téléspectateur. Irisa rejette désormais toute forme de violence si ce n’est que son père adoptif, lui, la pousse depuis toujours à s’y adonner avec énergie. Les dissensions entre eux sont réelles et bien plus profondes qu’à première vue. Le fonctionnement de Nolan reste encore une fois très primaire, mais le gardien de l’ordre de la ville met de l’eau dans son vin et se montre plus enclin à avancer et ne pas stagner dans son comportement de brute. Les personnages évoluent progressivement et la saison veille à tous les passer en revue. Sans aucune surprise, le couple toxique que forment Datak et Stahma continue de marquer les foules, mais évite la redondance. Leurs affrontements directs ne sont plus autant prononcés, sûrement parce qu’ils se retrouvent confrontés au vicieux Rahm Tahk et sont obligés d’obtempérer. Aussi incroyable que cela puisse paraître, pour des raisons bien particulières en lien avec Alak, les deux Castithans doivent effectivement se taire et s’écraser. Ces deux créatures abritent de stupéfiantes ressources et alimentent la série en machinations et moult couteaux dans le dos. La jolie dynamique amicale que Yewll entretient avec Datak apporte également des moments agréables surtout que les remarques cyniques de l’Indogène injectent une ambiance humoristique. À l’instar de ses congénères, celle-ci voit d’un très mauvais œil l’irruption des Omecs.

Bien que sur Terre résident diverses races votans depuis maintes années, l’une d’entre elles, crainte par les autres, n’était pas encore apparue. Et pour cause, ses deux derniers survivants ne viennent que d’atterrir sur la planète. Attirés par les réserves en gulanite de Defiance, ils envisagent de se servir pour accomplir leurs objectifs. T’evgin (Conrad Coates) et sa fille Kindzi (Nichole Galicia) sont des Omecs et l’évocation de leur nom suffit à épouvanter le reste de la population. Ces individus ont une triste réputation de prédateurs assoiffés de sang. Dans le temps, ils n’hésitaient pas à utiliser les Votans comme de la simple main d’œuvre ou pire, de la nourriture. En raison de leur nature violente et vengeresse, leur disparition subite ne dérangeait guère qui que ce soit. C’est pourquoi les voir arriver suscite parmi les autochtones un effroi légitime qu’Amanda tente d’atténuer. La maire est obligée de composer avec ces personnes à la peau violette, car elles sont dorénavant les seules capables de soustraire le fameux carburant source d’énergie. Et puis T’evgin ne paraît pas si bestial et perfide que ça… Par contre, sa progéniture vénéneuse s’annonce bien plus pernicieuse. La saison amène subtilement ces Omecs à prendre le devant de la scène, induisant au passage une tension létale sous-jacente. Que cachent-ils réellement ? Sont-ils aussi isolés que ce qu’ils disent ? Qu’abrite donc leur vaisseau en orbite autour de la Terre ? T’evgin est proprement fascinant et il finit par ne pas hésiter à frayer avec les locaux, dont Stahma qui ne le laisse apparemment pas indifférent. Outre la précarité de l’équilibre géopolitique, la critique latente de la violence et la nécessité d’enterrer les cruelles blessures du passé pour aller de l’avant, la fin de ce chapitre résout tous les développements et apporte par la même occasion de nombreux moments riches en action et en émotions, là où l’optimisme prévaut.

En résumé, la troisième et dernière saison de Defiance représente clairement la plus réussie de la série depuis ses débuts. Au lieu de multiplier les histoires indépendantes et tristement génériques, elle choisit de s’offrir des intrigues davantage travaillées et, surtout, s’installant dans la durée. Avec l’irruption d’une unité terroriste menée par un sadique raciste puis la menace patente d’extraterrestres puissants, les enjeux se veulent palpables, avancent progressivement et permettent aux personnages de déployer leurs ailes et de gagner en caractère. La fiction se dote alors d’une identité appréciable et si les lacunes formelles comme narratives persistent, elles n’irritent plus réellement, voire s’oublient, car le divertissement est présent. Que Defiance ait été annulée n’est pas foncièrement décevant puisqu’elle dispose d’un épilogue convenable et qu’au bout du compte, ses ultimes épisodes laissent sur une agréable impression.

Par |2017-05-01T13:58:14+02:00février 24th, 2016|Defiance, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|0 commentaire

Defiance (saison 2)

Tandis que Defiance est de retour sur Syfy pour la troisième année consécutive, il est temps de discuter par ici de sa deuxième saison composée de treize épisodes diffusés sur la chaîne entre juin et août 2014. Aucun spoiler.

Sans être foncièrement mauvais, les débuts de cette fiction canado-américaine avaient surtout pour principale tare de se montrer incolores et superficiels. Malgré un cadre post-apocalyptique enthousiasmant et des races d’extraterrestres multiples, les personnages peu creusés évoluant dans des situations basiques ne parvenaient guère à intéresser. Pour autant, la fin de parcours était mieux menée et amenait à espérer que la suite sache réparer ses erreurs initiales. C’est donc dans d’assez bonnes dispositions que j’ai commencé cette salve d’aventures inédites, souhaitant tout bonnement y adhérer. Avouons tout de suite que la première partie ne se révèle pas du tout exaltante et souffre des écueils préalablement notés. Curieusement, l’impression globale reste pourtant assez positive parce que la série réussit enfin à asseoir plusieurs de ses figures clichées, mais aussi à créer une vraie connexion avec ses téléspectateurs qui tolèrent alors davantage les défauts, nonobstant des effets spéciaux peu engageants. Par chance, la patience finit en plus par payer, car la seconde moitié se montre plus habitée et feuilletonnante. Un vent de changement semble souffler en direction de Defiance étant donné que la République de la Terre s’installe au pouvoir et s’apprête à passer un coup de balai au sein des forces en place.

Neuf mois se sont écoulés depuis les évènements précédemment illustrés. Nolan sillonne les Badlands dans l’espoir de mettre la main sur Irisa qui a subitement disparu. La jeune femme n’est plus tout à fait la même à partir de l’instant où elle ressuscite mystérieusement son père adoptif. Outre des habiletés extraordinaires, son comportement diffère et elle paraît manipulée par une sorte d’hallucination visuelle portant les traits d’une petite fille l’exhortant à commettre des crimes plus ou moins crapuleux. Comme l’on était susceptible de s’en douter, l’Irathienne et ce qui se cache sous la ville représentent l’arc majeur de la saison. Toutefois, au lieu de le développer en dévoilant les cartes au fur et à mesure, l’écriture choisit d’attendre la fin de parcours pour s’y adonner. Le résultat en devient d’ailleurs plutôt étrange parce que les scénaristes semblent savoir où se diriger, mais, alors que les enjeux nécessitent d’être installés, ils ne réussissent pas à le faire convenablement en s’empêtrant dans des redondances et des situations classiques moyennement engageantes. Seuls les derniers épisodes enlèvent ce sentiment de confusion. Effectivement, il convient de patienter longuement pour commencer à comprendre toute la dimension liée à Irisa et, de surcroît, l’exploitation aurait mérité plus de tension. Il n’empêche que le dénouement offre d’agréables moments, qu’ils concernent la relation compliquée entre Nolan et sa fille, mais aussi les conséquences de cette thématique associant la religion et la science. Defiance démontre encore qu’elle dispose d’un univers à fort potentiel, sauf qu’elle manque d’unité pour pleinement satisfaire. Malheureusement, les autres arcs s’articulant autour de la mythologie à proprement parler ne font qu’étayer davantage cet argument.

Defiance a perdu son libre arbitre et doit désormais composer avec la République de la Terre. L’un des premiers changements se situe au niveau de son maire, Amanda ayant laissé son siège à Niles Pottinger (James Murray – Primeval). Contre toute attente, alors que la saison semble se lance sur la piste du renouveau du gouvernement, des secrets et malversations des hautes sphères du pouvoir, ou de cette surveillance extrême, il n’en est rien. Rapidement, la série retrouve son statut de base et que la ville soit envahie par un ennemi au visage fort humain ne modifie rien. Encore une fois, Defiance propose donc plusieurs idées en oubliant de les explorer par la suite, ce qui a de quoi frustrer. Une critique politique, des affrontements plus directs ou un approfondissement notable de ces dirigeants n’auraient pas été de refus, bien au contraire. À la place, les épisodes préfèrent dépeindre une sorte de triangle amoureux peu exaltant composé d’Amanda, de Ponttinger et de Nolan. La première n’a jamais été trépidante et la voir reprendre le bar de prostituées de sa sœur dont elle se languit ne lui offre pas davantage de consistance. Le constat est tout aussi similaire en ce qui concerne ses tendances addictives. Pottinger, lui, ne passionne pas non plus, même si l’écriture a au moins le mérite de brosser le portrait d’un homme difficile à cerner. Terriblement attiré par Amanda, il manigance tout ce qui est possible pour s’en approcher. Forcément, le retour de Nolan ne lui plaît aucunement. À propos de ce dernier, il amuse de réaliser que malgré sa condition de héros, il demeure quelque peu en retrait dans les intrigues. Au bout du compte, ceux tirant réellement leur épingle du jeu cette année sont les Tarr.

Chez les Castithans, l’ambiance est à la révolution. Le mégalomaniaque Datak se trouve en prison, ce qui ravit au plus haut point sa compagne, Stahma, qui saute sur l’occasion de prendre enfin ses aises. Il n’est pas tout seul puisque le docteur Yewll répond également à l’appel. La saison a la bonne idée de créer entre eux deux une relation particulièrement piquante. D’ailleurs, l’Indogène plaît toujours autant à naviguer en eaux troubles et à favoriser le cynisme. Le récit propose quelques pistes de réflexion sur la libération de la femme, la nécessité de faire évoluer une société patriarcale et ce désir impétueux que de disposer de droits inaliénables. L’ambition de l’épouse Tarr est incontestable et la voir embrasser ses envies fait grandement plaisir. L’époque où elle se taisait est révolue et elle mène ses affaires avec efficacité, au grand dam de son mari coincé entre quatre murs. Leur union est l’un des moteurs de cette année et si les ressorts scénaristiques usent parfois un peu trop régulièrement de répétitions, le constat demeure foncièrement divertissant. Datak et Stahma, en plus de posséder une réelle alchimie, fascinent à intriguer et manigancer de la sorte. Les enfants sous leur toit, à savoir Alak et Christie, sont beaucoup moins bien lotis avec cette histoire où Treasure Doll cherche à obtenir une place convoitée. Ces personnages manquent de relief en dépit d’une issue totalement inattendue et appréciable. À l’instar de la majorité des individus de Defiance, les McCawley sont souvent à la peine et l’irruption d’une femme jouée par Linda Hamilton ne change pas grand-chose à la donne.

Pour conclure, bien que l’homogénéité ne soit toujours pas son fort, la deuxième saison de Defiance propose un travail plus maîtrisé que précédemment en sortant légèrement de sa formule mécanique. Si plusieurs lacunes décriées l’année passée subsistent et qu’elle ne tire que trop sporadiquement profit de ses nombreuses idées lancées en cours de route, elle parvient miraculeusement à injecter un certain souffle en seconde partie à travers un arc maladroit mêlant la technologie au mysticisme. Ne nions pas que la série s’empêtre de nouveau dans des rebondissements et autres développements trop régulièrement artificiels, ou encore que plusieurs de ses protagonistes se veulent insipides, mais le couple toxique castithan ainsi que la mythologie dans sa globalité permettent de vivre des moments relativement sympathiques. À condition de ne pas se montrer trop regardant, ces épisodes demeurent par conséquent tout à fait corrects.

Par |2017-05-01T13:58:28+02:00juin 23rd, 2015|Defiance, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|0 commentaire