Doctor Who – The Husbands of River Song (Christmas Special 2015)

Il faut encore patienter deux bons mois avant l’irruption du gros barbu sur son traîneau, mais rien ne nous empêche de discuter par ici de l’avant-dernier épisode de Noël en date de Doctor Who intitulé The Husbands of River Song. D’une durée d’une heure et scénarisé par Steven Moffat, il fut diffusé sur BBC One le 25 décembre 2015. Aucun spoiler.

Le Docteur se trouve dans son TARDIS, probablement en train de ronchonner sur les chanteurs de Noël qu’il ne veut pas voir frapper à sa porte. Jusqu’à ce qu’un individu connaissant visiblement son identité lui demande de venir, car il a besoin d’aide. Intrigué, il obtempère et arrive devant une grande soucoupe volante où l’accueille… River Song ! Sauf qu’elle ne le reconnaît pas du tout et attend de lui qu’il opère son époux, le roi Hydroflax. Comment ça, elle est mariée à quelqu’un d’autre que le Seigneur du Temps ?!

Après une fin de saison neuf éprouvante, cette aventure inédite joue la carte humoristique, ce qui en soi n’est pas un mal. D’ailleurs, assez rares sont les épisodes de Noël à s’y atteler. En revanche, il est vraiment dommage que l’aspect festif soit autant en retrait. Certes, la neige et quelques décorations répondent à l’appel, mais elles restent en arrière-plan et il manque le fameux esprit typique de cette période. Ne boudons tout de même pas notre enthousiasme devant cet unitaire sympathique comme tout reposant beaucoup sur le duo énergique que forment Twelve et River Song. Et pourtant, il paraissait légitime de se montrer circonspect en constatant le retour de celle qui avait normalement disparu. N’était-ce pas vouloir contenter les fans et tirer sur la corde que de la faire revenir ? Le récit n’allait-il pas définitivement égratigner le personnage ? Non, pas du tout. C’est un vrai plaisir de la voir évoluer surtout qu’elle ne réalise pas sur l’instant que son comparse du moment est le Docteur. Il a beau lui lancer un tas de clins d’œil, elle n’y prête guère attention, car pour elle, il est arrivé au terme de ses visages avec celui d’Eleven, cette version qu’elle a tout particulièrement fréquentée. La River apparaissant ce jour n’est pas n’importe laquelle comme le public le remarque progressivement avec une certaine mélancolie. Bien que The Husbands of River Song soit drôle, il ne se départ effectivement pas d’une atmosphère nostalgique, les quinze dernières minutes convoyant beaucoup d’émotions et de tendresse.

Dès le début, cet épisode respire l’absurdité et l’écriture s’en amuse avec facétie en dépit d’un rythme un peu plus laborieux vers le milieu. Le scénariste oublie heureusement de tarabiscoter son intrigue et se contente de simplicité bien que les éléments partent un peu dans tous les sens, comme pour accentuer la folie douce ambiante. Pour la première fois, le Docteur sous sa forme de Twelve rencontre River Song qui n’a aucune idée de qui est cet individu ne faisant que lui répéter qu’elle le connaît. Elle croit d’ailleurs dans un premier temps qu’il est le chirurgien qu’elle a recruté pour sauver son mari (Greg Davies) qui s’apprête à mourir à cause d’un diamant logé dans son crâne. Du moins, c’est ce qu’elle explique à son supposé cher et tendre parce qu’en vérité, elle aurait épousé la pierre précieuse et attend du praticien qu’il décapite le pauvre condamné. S’en suivent des retournements de situation, des fidèles voués à la cause d’un souverain mégalomaniaque, un androïde géant et deux acolytes, dont un amusant se prénommant Nardole (Matt Lucas). Comme à son habitude, River manipule son monde avant de se retrouver dans des positions fantasques. Si le Docteur essaye d’emblée de lui rappeler son existence, il finit plus ou moins par laisser tomber et accepte de jouer le jeu. Pour une fois, les rôles sont ainsi inversés puisqu’il occupe la place du compagnon, l’archéologue dynamique empruntant sans tergiverser le TARDIS. Le plaisir manifeste de Peter Capaldi est contagieux et voir le protagoniste s’extasier s’avère délicieux à souhait. De même, ses moments de choc en constatant les petites habitudes de River ou ce qu’elle fabrique quand elle est seule divertissent et permettent de découvrir une facette moins familière du héros. Insidieusement, l’écriture distille quelques éléments plus tristes prenant leur envol en bout de course.

Twelve et River se lancent des répliques du tonnerre, cherchent à rester vivants tandis qu’ils sont pourchassés par des créatures ennemies, et la recette fonctionne. Mais The Husbands of River Song divulgue aussi les pensées plus intimes, les incertitudes de cette femme, elle qui aime véritablement le Docteur et qui sait pertinemment qu’il a fréquenté beaucoup d’autres, qu’il le fera encore et que ses sentiments ne sont pas au même niveau que ceux d’un humain. Elle le comprend et n’attend pas quoi que ce soit de lui. Son discours au restaurant brise le cœur surtout qu’au-delà du visage suffisamment éloquent du Seigneur du Temps, il laisse un doute : croit-elle réellement ce qu’elle dit ou n’essaye-t-elle pas sur l’instant de tromper l’antagoniste en face d’elle ? Elle serait sûrement surprise de découvrir la vérité et devrait faire davantage confiance à sa propre valeur. Alors quand le public entend parler d’un lieu déjà évoqué et se souvient de ce qu’il symbolise, la tristesse survient, sans non plus se révéler étouffante grâce à la nature desdits personnages, souvent excessifs, et de beaux raccords et références au reste de l’univers, dont ce cadeau inopiné. Dommage toutefois que la musique de Murray Gold se montre un peu trop intrusive, car l’écriture n’en a vraiment pas besoin pour toucher.

Au final, cet épisode de Noël à l’ambiance douce-amère marque avec une simplicité appréciable les retrouvailles du Docteur et de l’illustre River Song que l’on ne pensait plus revoir, mais qui finit toujours par trouver un moyen de revenir sur le devant de la scène. Bien que The Husbands of River Song manque un peu d’esprit festif pour en devenir un incontournable du genre et souffre de légères baisses de régime, il laisse une jolie impression grâce à plusieurs de ses moments croustillants ainsi qu’à son ton équilibrant parfaitement humour loufoque et émotions. En bref, il apporte toute la chaleur et la tendresse requises pour la conclusion de cette relation paraissant perpétuellement sans fin.

By |2017-10-12T21:58:35+01:00octobre 18th, 2017|Doctor Who, Séries britanniques|0 Comments

Doctor Who (saison 9)

Tous les regards ont beau se diriger vers la future identité du Docteur annoncée récemment par la BBC, Peter Capaldi et Twelve n’ont pas encore dit leur dernier mot. Reprenons le TARDIS si vous le voulez bien et discutons de la neuvième saison de Doctor Who, constituée de douze épisodes diffusés sur BBC One entre septembre et décembre 2015. Aucun spoiler.

Un garçon se retrouve piégé dans une sorte de champ de mines où les bombes sont remplacées par des mains dotées d’un œil. C’est sur cette séquence plutôt inquiétante et intrigante que la série marque son retour à l’antenne. Elle ne se contente pas d’épater par sa forme soignée, elle lance un nom synonyme de chagrin, de perte et de tragédies : celui de Davros, le créateur des Daleks, les ennemis immémoriaux des Seigneurs du Temps. Si l’audience ne s’en doute alors pas, ces premiers pas symbolisent un fil conducteur de ce chapitre inédit. Le protagoniste phare se voit à plusieurs reprises pris entre deux feux, partagé entre ce qui est éthiquement condamnable, ce que lui hurle son cœur et ce qu’attend la logique. Doit-on tuer dans l’œuf un individu que l’on sait devenir coupable de maintes souffrances ? Peut-on violer toutes les lois physiques pour sauver un ami, quitte à favoriser des paradoxes, voire annihiler l’Univers ? En dépit de son approche plutôt acariâtre, de ses bougonneries et de sa rudesse envers autrui, Twelve ne se départ jamais de sa compassion, de ses désirs de paix et d’une humanité finalement troublante. Beaucoup semblent n’avoir guère apprécié cette douzième mouture lors de la saison précédente, mais celle-ci permet probablement de lever des leviers. Son interprète, Peter Capaldi, a l’opportunité d’y confirmer l’étendue de son talent. Le Docteur fascine par ses monologues comme celui du 9×08, The Zygon Inversion, bouleverse par sa pugnacité dans le magnifique 9×11, Heaven Sent. Dommage que le personnage en tant que tel n’évolue que peu, car l’écriture se contente une fois de plus de répéter ses réflexions sur l’immortalité, sa crainte de finir seul et sa tendance à la fuite ; pire, elle compte presque paresseusement sur le capital émotionnel de l’acteur et non pas sur ses pouvoirs à elle. Il n’empêche que cette incarnation du héros plus mature, plus grave, plaît et donne envie de la suivre malgré une qualité d’ensemble aléatoire et un rythme souvent délayé.

La délicieuse Missy (Michelle Gomez), qui n’est évidemment pas morte, choisit comme d’habitude de jouer les trouble-fêtes et se rappelle au bon souvenir de Clara occupée à ses activités d’institutrice. Elle veut entrer en contact avec le Docteur parce que d’après elle, il serait sur le point de trépasser pour de bon. Pour preuve, elle porte sur elle un étrange disque contenant le testament du voyageur spatiotemporel. La question d’un hybride est aussi vaguement lancée… Contre toute attente, cette saison ne se borne pas à un arc feuilletonnant tarabiscoté, bien que le scénariste ne puisse s’abstenir, pour la énième fois, de multiplier les idées, de titiller la curiosité de l’audience et de ne jamais répondre à grand-chose. Les tics de Steven Moffat ne sont tristement pas méconnus et s’ils s’avèrent peut-être moins horripilants que par le passé, ils persistent. Pourtant, les annonces ne manquent pas, notamment sur la conclusion avec la mention de Gallifrey et, donc, de cette intrigue autour d’un être métissé finissant vite en eau de boudin. Au cours de cette année, tout se recycle, les enjeux peinent à s’installer et induisent le sentiment d’une stagnation par moments gênante, surtout qu’aucun évènement ne paraît inscrit dans la roche. Les points supposés fixes sont détournés, les portes laissées toujours entrouvertes. Le dernier épisode l’illustre trop bien avec Clara, personne qui aurait mérité de se borner à l’aventure précédente ou mieux, au bonus de Noël. Tout ça pour ça, finalement ? Ne le nions pas, l’émotion transpire à travers plusieurs magnifiques passages, probablement grâce au talent et à l’alchimie des comédiens, mais tout de même, plus d’audace et de changements offriraient davantage de coffre à une série se contentant souvent de resservir une même formule. Le classicisme n’est en rien une tare, bien au contraire, mais transformer un tournevis sonique en lunettes ou fournir à son héros une guitare électrique ne suffisent pas. Quoi qu’il en soit, plus que jamais, c’est la relation liant le Docteur à sa fidèle comparse qui occupe le devant de la scène.

Twelve aime sincèrement Clara. Toute ambiguïté a heureusement disparu entre eux depuis que le Seigneur du Temps s’est métamorphosé, seule prime une grande et belle tendresse. Dès qu’elle se trouve en danger, il réagit viscéralement et montre une colère assez inhabituelle, parfois dangereuse pour le bien de l’Univers. La jeune femme, elle, a fait le deuil de son compagnon et redémarre le cours de sa vie d’institutrice parcourant l’espace-temps sur ses loisirs. Énergique, astucieuse, perspicace et plutôt insouciante, elle commence à faire de l’ombre à son maître en la matière et se surprend à imaginer endosser son costume, pensant presque pouvoir le surpasser. Tout du moins, c’est ce que la fiction tente de faire croire, car à l’écran, Clara est trop passive dans ses actions. En seconde moitié de chapitre, elle prend de plus en plus de risques, quitte à flirter avec des attitudes inconsciemment suicidaires. Le duo poursuit ses pérégrinations s’étalant souvent sur deux épisodes, avec un résultat à double tranchant. L’histoire peut ainsi approfondir ses propos, mais pour le coup, le rythme perd ici surtout en intensité. Sleep No More scénarisé par Mark Gatiss est le seul vrai récit indépendant et se révèle d’ailleurs mauvais avec son montage façon found footage. Ne le nions pas, dans l’ensemble le visionnage demeure correct à défaut de se montrer mémorable. Toutes les habitudes de Doctor Who répondent à l’appel avec un huis clos claustrophobique sous les mers, maintes références plus ou moins évidentes à son propre univers, des parallèles politiques avec notre actualité contemporaine ou encore un retour à une période historique phare, à savoir celle des Vikings. À ce sujet, la fiction introduit un personnage susceptible de devenir récurrent, Ashildr, jouée par Maisie Williams (Game of Thrones). La production aurait pu la rendre plus attachante et évolutive, mais elle a au moins le mérite de l’associer au Docteur de manière quelque peu originale, avec un certain ascendant de sa part et non pas l’inverse. Bref, le moteur ronronne tranquillement avant de s’emballer en fin de course, surtout grâce au splendide et intimiste Heaven Sent voué à rester dans les annales, plaçant son héros seul au monde pour ce qui ressemble à l’éternité. Plus que jamais, l’ensemble séduit par sa photographie envoûtante et sa mise en scène étudiée.

En résumé, quand bien même la neuvième saison de Doctor Who se réveille lors de son superbe et dernier quart, elle délivre surtout jusque-là un divertissement standard souffrant de temps à autre du principe du double épisode. Ce n’est déjà pas si mal, mais au regard de ce que la série a jadis offert, la pilule a toujours beaucoup de peine à passer. En dehors de quelques indécrottables tours de passe-passe, d’un arc insipide sur ce fameux hybride et de tentatives d’illusion, les scénarios se contentent d’une formule plus posée qu’à l’accoutumée avec ce showrunner. Mais ils oublient au passage de laisser un souvenir vivace, car tout y respire un sentiment de déjà-vu et de quelques longueurs décousues. La production semble parfois dire tout et son contraire, comme si elle ne savait pas ce qu’elle désirait dessiner ou oser se mettre à dos son audience avec des mesures définitives. Malgré tout, l’épilogue et son acteur phare lui permettent de repartir la tête haute et de tempérer ses critiques. Et les détracteurs de Steven Moffat – comme moi ! – se consolent en se répétant que son règne touche heureusement bientôt à sa fin.

By |2017-09-02T14:59:59+01:00septembre 6th, 2017|Doctor Who, Séries britanniques|3 Comments