Doctor Who – The Return of Doctor Mysterio (Christmas Special 2016)

Les téléspectateurs auront dû attendre un an avant d’avoir un nouvel épisode de Doctor Who à se mettre sous la dent. Effectivement, alors que le dernier en date, The Husbands of River Song, remonte à Noël 2016, nous voici déjà à l’année suivante, à la même période. Cette fois, place à The Return of Doctor Mysterio, scénarisé par Steven Moffat et diffusé sur BBC One le 25 décembre 2016 le temps d’une heure. Aucun spoiler.

New York, 1992, tandis qu’il est coincé sur Terre par un de ses propres pièges, le Docteur rencontre un petit garçon prénommé Grant, grand amateur de comics. Suite à de rocambolesques circonstances, cet enfant reçoit de fantastiques pouvoirs qu’il promet de ne pas utiliser. Plusieurs décennies défilent et le Seigneur du Temps revient en 2016 dans la Grosse Pomme et y découvre l’existence d’un superhéros masqué pourchassant les méchants. Cela tombe à pic puisque de vils extraterrestres semblent vouloir s’approprier la planète.

Bien qu’il s’agisse dans les faits d’un épisode de Noël, The Return of Doctor Mysterio n’emploie guère ce contexte en dehors de quelques rares décorations. Quand on le regarde à une autre période, cela ne gêne pas du tout, mais ceux qui espèrent justement retrouver la magie de ces fêtes seront peut-être déçus. Il n’empêche que cet unitaire ressemble aux précédents en proposant surtout une histoire divertissante, familiale et sachant appuyer sur les bons boutons pour simultanément amuser et émouvoir. Difficile de ne pas non plus y voir une sorte d’hommage, voire de pastiche de l’univers des superhéros et plus particulièrement de Superman. Les clins d’œil foisonnent, autant sur le plan du scénario que du visuel. Entre les lunettes, la romance avec une journaliste, la double identité, le type de capacités, il y a de quoi remarquer de sympathiques similitudes. Même si son récit s’avère indépendant de l’intrigue principale de la série, il n’oublie pas non plus ce qui s’est déjà passé, avec de nombreuses références aux récentes pérégrinations et probablement à ce qui nous attend dans la prochaine saison. Et cerise sur le gâteau, l’épisode veille par moments à détourner les clichés et stéréotypes, quitte à mettre de côté un Docteur davantage spectateur. D’aucuns regretteront toutefois peut-être l’absence de franche densité scénaristique au profit de rebondissements classiques, presque anecdotiques.

The Return of Doctor Mysterio, c’est surtout l’histoire de Grant (Justin Chatwin). Aux yeux de tous, il est doux, tranquille et ne ferait pas de mal à une mouche. Mais en vrai, il est en mesure de voler, d’aller très vite ou encore de se montrer indestructible, ce qui l’amène à endosser les nuits un costume un peu ridicule. Il travaille comme nounou pour Lucy (Charity Wakefield) dont il garde la fille et rêve en secret de la conquérir. L’irruption inopinée du Docteur dans sa vie lui offre l’occasion de sortir de sa zone de confort. Dans l’ombre, Harmony Shoals, une mystérieuse multinationale scientifique, mène des opérations discutables et réussit à prendre contrôle du corps de certains humains. Sans aucune surprise, leurs intentions sont mauvaises et Twelve tente d’enrayer cette menace avec l’aide de Nardole, rencontré lors des aventures avec River Song. En dépit de quelques touches plus nostalgiques, légitimes compte tenu du décès de la flamboyante rousse, le ton est à la rigolade et à la romance, quitte à se contenter d’une formule mécanique, bien que parfaitement rodée. Comme les personnages du jour ne manquent pas de sympathie, à défaut de se révéler mémorables, l’heure défile à toute vitesse.

En bref, cet épisode de Noël de Doctor Who n’en est pas vraiment un, mais il atteint son objectif de divertissement léger avec des protagonistes ravis d’être là et d’évoluer au sein d’un univers coloré fourmillant de détails à la culture populaire.

Par |2020-04-05T22:27:09+02:00juin 1st, 2020|Doctor Who, Séries britanniques|0 commentaire

Doctor Who – The Husbands of River Song (Christmas Special 2015)

Il faut encore patienter deux bons mois avant l’irruption du gros barbu sur son traîneau, mais rien ne nous empêche de discuter par ici de l’avant-dernier épisode de Noël en date de Doctor Who intitulé The Husbands of River Song. D’une durée d’une heure et scénarisé par Steven Moffat, il fut diffusé sur BBC One le 25 décembre 2015. Aucun spoiler.

Le Docteur se trouve dans son TARDIS, probablement en train de ronchonner sur les chanteurs de Noël qu’il ne veut pas voir frapper à sa porte. Jusqu’à ce qu’un individu connaissant visiblement son identité lui demande de venir, car il a besoin d’aide. Intrigué, il obtempère et arrive devant une grande soucoupe volante où l’accueille… River Song ! Sauf qu’elle ne le reconnaît pas du tout et attend de lui qu’il opère son époux, le roi Hydroflax. Comment ça, elle est mariée à quelqu’un d’autre que le Seigneur du Temps ?!

Après une fin de saison neuf éprouvante, cette aventure inédite joue la carte humoristique, ce qui en soi n’est pas un mal. D’ailleurs, assez rares sont les épisodes de Noël à s’y atteler. En revanche, il est vraiment dommage que l’aspect festif soit autant en retrait. Certes, la neige et quelques décorations répondent à l’appel, mais elles restent en arrière-plan et il manque le fameux esprit typique de cette période. Ne boudons tout de même pas notre enthousiasme devant cet unitaire sympathique comme tout reposant beaucoup sur le duo énergique que forment Twelve et River Song. Et pourtant, il paraissait légitime de se montrer circonspect en constatant le retour de celle qui avait normalement disparu. N’était-ce pas vouloir contenter les fans et tirer sur la corde que de la faire revenir ? Le récit n’allait-il pas définitivement égratigner le personnage ? Non, pas du tout. C’est un vrai plaisir de la voir évoluer surtout qu’elle ne réalise pas sur l’instant que son comparse du moment est le Docteur. Il a beau lui lancer un tas de clins d’œil, elle n’y prête guère attention, car pour elle, il est arrivé au terme de ses visages avec celui d’Eleven, cette version qu’elle a tout particulièrement fréquentée. La River apparaissant ce jour n’est pas n’importe laquelle comme le public le remarque progressivement avec une certaine mélancolie. Bien que The Husbands of River Song soit drôle, il ne se départ effectivement pas d’une atmosphère nostalgique, les quinze dernières minutes convoyant beaucoup d’émotions et de tendresse.

Dès le début, cet épisode respire l’absurdité et l’écriture s’en amuse avec facétie en dépit d’un rythme un peu plus laborieux vers le milieu. Le scénariste oublie heureusement de tarabiscoter son intrigue et se contente de simplicité bien que les éléments partent un peu dans tous les sens, comme pour accentuer la folie douce ambiante. Pour la première fois, le Docteur sous sa forme de Twelve rencontre River Song qui n’a aucune idée de qui est cet individu ne faisant que lui répéter qu’elle le connaît. Elle croit d’ailleurs dans un premier temps qu’il est le chirurgien qu’elle a recruté pour sauver son mari (Greg Davies) qui s’apprête à mourir à cause d’un diamant logé dans son crâne. Du moins, c’est ce qu’elle explique à son supposé cher et tendre parce qu’en vérité, elle aurait épousé la pierre précieuse et attend du praticien qu’il décapite le pauvre condamné. S’en suivent des retournements de situation, des fidèles voués à la cause d’un souverain mégalomaniaque, un androïde géant et deux acolytes, dont un amusant se prénommant Nardole (Matt Lucas). Comme à son habitude, River manipule son monde avant de se retrouver dans des positions fantasques. Si le Docteur essaye d’emblée de lui rappeler son existence, il finit plus ou moins par laisser tomber et accepte de jouer le jeu. Pour une fois, les rôles sont ainsi inversés puisqu’il occupe la place du compagnon, l’archéologue dynamique empruntant sans tergiverser le TARDIS. Le plaisir manifeste de Peter Capaldi est contagieux et voir le protagoniste s’extasier s’avère délicieux à souhait. De même, ses moments de choc en constatant les petites habitudes de River ou ce qu’elle fabrique quand elle est seule divertissent et permettent de découvrir une facette moins familière du héros. Insidieusement, l’écriture distille quelques éléments plus tristes prenant leur envol en bout de course.

Twelve et River se lancent des répliques du tonnerre, cherchent à rester vivants tandis qu’ils sont pourchassés par des créatures ennemies, et la recette fonctionne. Mais The Husbands of River Song divulgue aussi les pensées plus intimes, les incertitudes de cette femme, elle qui aime véritablement le Docteur et qui sait pertinemment qu’il a fréquenté beaucoup d’autres, qu’il le fera encore et que ses sentiments ne sont pas au même niveau que ceux d’un humain. Elle le comprend et n’attend pas quoi que ce soit de lui. Son discours au restaurant brise le cœur surtout qu’au-delà du visage suffisamment éloquent du Seigneur du Temps, il laisse un doute : croit-elle réellement ce qu’elle dit ou n’essaye-t-elle pas sur l’instant de tromper l’antagoniste en face d’elle ? Elle serait sûrement surprise de découvrir la vérité et devrait faire davantage confiance à sa propre valeur. Alors quand le public entend parler d’un lieu déjà évoqué et se souvient de ce qu’il symbolise, la tristesse survient, sans non plus se révéler étouffante grâce à la nature desdits personnages, souvent excessifs, et de beaux raccords et références au reste de l’univers, dont ce cadeau inopiné. Dommage toutefois que la musique de Murray Gold se montre un peu trop intrusive, car l’écriture n’en a vraiment pas besoin pour toucher.

Au final, cet épisode de Noël à l’ambiance douce-amère marque avec une simplicité appréciable les retrouvailles du Docteur et de l’illustre River Song que l’on ne pensait plus revoir, mais qui finit toujours par trouver un moyen de revenir sur le devant de la scène. Bien que The Husbands of River Song manque un peu d’esprit festif pour en devenir un incontournable du genre et souffre de légères baisses de régime, il laisse une jolie impression grâce à plusieurs de ses moments croustillants ainsi qu’à son ton équilibrant parfaitement humour loufoque et émotions. En bref, il apporte toute la chaleur et la tendresse requises pour la conclusion de cette relation paraissant perpétuellement sans fin.

Par |2017-10-12T21:58:35+02:00octobre 18th, 2017|Doctor Who, Séries britanniques|0 commentaire