Le Destin de Rome (docu-fiction)

Aujourd’hui, place à un billet assez particulier car il n’y est pas vraiment question d’une série à proprement parler. Comme je l’ai écrit il y a quelques mois en traitant de Planet Dinosaur, il m’arrive de regarder de manière assez sporadique des documentaires ou des docu-fictions. À partir du moment où ils sont en plusieurs parties, j’estime ne pas trop déroger à la ligne éditoriale de Luminophore puisque l’on est toujours dans un format sériel. Et puis tout simplement, on reste dans le domaine de la télévision ce qui est par conséquent en lien avec ce qui nous concerne ici directement. Sur ces mots, place au Destin de Rome, un docu-fiction français créé par Fabrice Hourlier et Stéphanie Hauville. Il est composé de deux parties, Venger César et Rêves d’empire, de 52 minutes chacune, et fut diffusé sur Arte  le 18 juin 2011. Il semblerait que ce fut la seconde meilleure audience de la chaîne en 2011. Un DVD est disponible dans le commerce et contient également le making-of. Des spoilers, évidemment.

44 avant J.C., Rome. Jules César vient d’être assassiné par Brutus et Cassius, deux sénateurs dont il se croyait proche mais qui étaient au final hostiles à son ambition. Marc-Antoine, grand ami et bras droit de César est bien décidé à se venger et est aidé par celui qu’on nomme alors Octavien, petit neveu et légateur testamentaire.

   

Depuis toujours je suis une grande passionnée de l’Antiquité et bien que tout y soit, à mon sens, digne d’intérêt, j’ai une affection particulière pour la célèbre période trouble suivant l’assassinat de César jusqu’aux débuts d’Octavien en tant qu’Auguste. Ce n’est donc pas étonnant que je n’hésite jamais à tester tout ce qui y a trait de près ou de loin. Il ne faut pas se leurrer, en deux épisodes de 52 minutes Le Destin de Rome va très vite et manque quelque peu d’approfondissement. Le téléspectateur néophyte appréciera d’avoir une bonne vision d’ensemble mais le chevronné restera probablement sur sa faim. Le docu-fiction débute ainsi par les Ides de Mars où Jules César est poignardé par les sénateurs et se termine par la chute de Cléopâtre VII, plaçant l’Égypte en tant que province de l’Empire romain. Comme son genre l’indique, il s’agit d’un documentaire mêlant des scènes fictionnelles à des passages informatifs voire didactiques. Autrement dit, on assiste à une reconstitution, avec de véritables acteurs incarnant des personnalités historiques, entrecoupée par quelques interviews généralement éclairées de personnalités comme Giovanni Brizzi (professeur d’Histoire romaine à Bologne), Paul-Marius Martin (Professeur émérite des Universités), Pierre Cosme (Professeur d’Histoire romaine à la Sorbonne) ou encore Christian-George Schwentzel (Maître de conférences en Histoire ancienne à Valenciennes).
Sur le fond, Le Destin de Rome est plutôt riche et exhaustif. Il dresse habilement le cadre en mettant en avant les enjeux politiques et les principales instances en place suite à la mort de César. C’est dès lors l’occasion de voir Crassus, Marc-Antoine, Brutus, Octavien ou encore, Cléopâtre VII. D’autres comme Agrippa n’ont pas la possibilité d’être réellement explorés par contre. Les inimités entre Marc-Antoine et Octavien sont évidemment privilégiées mais le docu-fiction n’hésite pas non plus à mettre en avant d’autres thématiques comme le second triumvirat, l’importance des augures ou la nécessité de dominer l’Égypte. La première partie, Venger César, traite sans surprise de la bataille de Philippes où les armées d’Octavien et Marc-Antoine vainquirent celles de Crassus et de Brutus, dirigeant ces derniers vers le suicide. Le discours de Marc-Antoine devant le corps de César est d’ailleurs assez intense. Si l’ensemble est intéressant et correctement mis en scène, il n’évite pas un léger manque de rythme et quelques scènes plus laborieuses. Lacune que contourne avec davantage d’adresse la seconde partie, Rêves d’empire, peut-être parce qu’elle permet plus d’action et de manœuvres stratégiques lors de la fameuse bataille navale d’Actium ; sans parler du fait que celle-ci fut décisive quant au sort du bassin méditerranéen. En revanche, cette deuxième période peut laisser dubitatif en raison d’un ton romantisé ou de certains choix concernant l’Histoire et plus particulièrement la fin de Cléopâtre. Il aurait peut-être été plus judicieux de préciser qu’il s’agit d’une version probable (émise par Christoph Schäefer en 2010 si je ne m’abuse) et non pas de présenter ce suicide au poison comme une vérité établie. Quoi qu’il en soit, malgré quelques raccourcis inévitables en raison de son format, ce docu-fiction est une bonne introduction du contexte lié à la chute de César, dirigeant par la suite celles de Marc-Antoine et de l’Égypte pharaonique. Les documentaristes se sont basés sur de nombreux travaux et œuvres de l’Antiquité mais également sur des recherches récentes. Ce n’est pas tous les jours qu’une production fasse preuve d’une démarche réellement intellectuelle.

Ce qui permet au Destin de Rome de sortir de la masse est sa forme. La reconstitution est assez soignée et on y sent un véritable effort de retranscrire la situation de l’époque bien qu’on ne puisse nier que le visuel sonne faux. Effectivement, les décors ont été entièrement réalisés en 3D et en images de synthèse. Le mélange avec de véritables comédiens est plutôt particulier car on a presque l’impression d’être dans un jeu vidéo du début des années 2000. Les teintes sont sinon très froides, tirant vers le bleu, le vert ou encore le sépia, et la lumière est peu fluide ce qui accentue l’ambiance artificielle d’autant plus que l’image baigne dans un flou permanent. L’idée était peut-être d’offrir à ces deux parties un côté ancien mais l’association prend assez difficilement. Autrement, au niveau des costumes, à part quelques exceptions comme celui du Gaulois, on ne peut qu’être enthousiaste. Quant à la musique composée par Olivier Lafuma, elle est parfaitement adaptée et sait se faire épique ou plus intimiste. Et, pour ne rien gâcher, le choix des comédiens est dans l’ensemble judicieux, se rapprochant pour certains avec brio de ce que l’on connaît des personnes réelles via un buste sculpté. D’ailleurs, ceux ayant regardé Rome noteront de grandes similarités, chose tout à fait logique puisque là aussi, les décisions du casting ne furent a priori pas anodines.
Ce qui a fait autant parler du Destin de Rome est sa langue. Le docu-fiction est français mais les acteurs parlent en… latin et en grec ! Comment ça, ce sont des langues mortes ?! Certes, tout le monde le sait ça. Un des créateurs, Fabrice Hourlier, explique son envie dans une interview par le fait qu’il ait trouvé très étrange de regarder une série comme Rome en anglais. Ayant eu exactement la même pensée, je ne peux que le comprendre. Malgré l’ampleur du travail et les probables réactions frileuses de certains décisionnaires, il a ainsi décidé de développer son propre docu-fiction avec les langues de l’époque. Évidemment, le tout est forcément en partie approximatif mais l’effort est plus que stimulant. Pour le latin, ils se sont basés sur des graffitis écrits phonétiquement par des ouvriers et le résultat est tel qu’on peut se l’imaginer, en d’autres termes plutôt chantant. Pour peu que l’on ait suivi un cursus plus ou moins long en latin, on savourera le fait de reconnaître des mots et expressions. Cléopâtre, elle, parlait le grec ancien. Malheureusement, comme les superviseurs et spécialistes n’avaient aucun support pour en déceler la prononciation, ils se sont basés sur celle du grec moderne. Quand on est un amoureux des langues, qu’on apprécie toujours le souci du détail et qu’en plus, on est passionné d’Antiquité égypto-romaine, on ne peut qu’être enchanté malgré quelques soucis de fluidité non dérangeants pour certains acteurs. Naturellement, tout est sous-titré en français.

En conclusion, Le Destin de Rome est surtout un docu-fiction pour le grand public cherchant à découvrir voire à approfondir la confusion suite à l’assassinat de Jules César, et les bouleversements géopolitiques qui lui sont consécutifs durant une dizaine d’années. Si le tout manque quelque peu de densité pour celui qui en cherche toujours plus, il ne se révèle malgré tout pas du tout désagréable. Bien au contraire. Pour cela, on peut remercier un bon rythme, une interprétation dans l’ensemble correcte, une approche informative sans être pompeuse ou suffisante ainsi qu’une véritable ambition encourageante en voulant être le plus consciencieux possible. C’est d’ailleurs ce dernier point qui est véritablement à saluer car si l’esthétique souffre d’une artificialité évidente, le fond cherche à privilégier la véracité historique en s’appuyant sur des recherches anciennes et récentes voire en allant même jusqu’à utiliser les langues de l’époque. Et rien que pour cette audace louable, le visionnage mérite plus que le détour !

Par |2020-04-03T18:33:45+02:00septembre 17th, 2012|Le Destin de Rome, Séries documentaires, Séries françaises|0 commentaire

Planet Dinosaur (série documentaire complète)

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui nous n’allons pas discuter d’une série télévisée au sens où la majorité l’entend, mais d’un documentaire. Il m’arrive effectivement d’en visionner de temps en temps sauf que jusqu’à maintenant, je n’en avais jamais parlé ici. Pourtant, eux aussi ont leur place sur Luminophore à partir du moment où ils comportent plusieurs parties. Cette erreur est dorénavant réparée grâce à Planet Dinosaur, un programme constitué de six épisodes de trente minutes chacun qui fut diffusé entre septembre et octobre 2011 sur BBC One. La BBC n’a pas volé sa réputation d’excellence culturelle et tend à le prouver chaque année avec ses émissions. Évidemment, tout n’est pas parfait, mais la société de production fait des efforts. Aucun spoiler : les dinosaures meurent tous.

Comme un grand nombre de personnes, les dinosaures me fascinent depuis que je suis haute comme trois pommes. À une époque, j’envisageais même de devenir paléontologue, c’est pour dire. Vu que je ne le suis visiblement pas et que je suis un peu tard pour me reconvertir (quoique…), il faut bien assouvir son intérêt d’une autre manière. Dès que j’en ai la possibilité, je ne rechigne jamais à l’idée de visionner une fiction les employant. C’est d’ailleurs principalement pour cette raison que je me suis infligé durant cinq années Primeval. Plus récemment, nous avons parlé ici de Dinotopia et dans un registre assez apparenté, notons l’existence de Prehistoric Park d’ITV ainsi que de Walking with Dinosaurs bien que concernant ce dernier, je n’aie encore jamais pris le temps de le tester. Quoi qu’il en soit, pour peu que l’on soit passionné par ce sujet, il y a de quoi se mettre sous la dent chez les Anglais et ce n’est pas moi qui m’en plaindrais.

Planet Dinosaur commence en expliquant d’emblée le but de sa démarche. Il semble possible de considérer que depuis plusieurs années, nous vivons l’âge d’or des découvertes sur ces créatures fascinantes, phénomène amplifié par les technologies actuelles. Sans aller jusqu’à dire que chaque jour apporte son lot de surprises et de nouveautés, les scientifiques apprennent régulièrement grâce aux fossiles une quantité importante d’informations permettant de combler certaines lacunes. Au fil de son avancée, le programme s’attarde sur de multiples espèces de dinosaures aussi diverses que variées. Il traite des géants herbivores comme le Diplodocus ou l’Argentinosaurus et montre qu’ils sont liés de manière réciproque aux impressionnants prédateurs carnassiers tels que l’Allosaurus ou le Carcharodontosaurus. Sauropodes et théropodes sont les principaux acteurs de cette série, mais ils ne sont pas les seuls à être mis en avant. Planet Dinosaur fait effectivement la part belle à de nombreuses races différentes comme les dinosaures à plumes, ceux qui volaient, qui nageaient, mais également les minuscules ne dépassant pas la taille d’un pigeon. Loin de se cantonner à une zone bien spécifique, les épisodes voyagent en allant de l’Afrique à l’Amérique, en faisant un détour en Asie, en Europe ou encore en Arctique. Chaque partie est généralement dédiée à un thème, mais le fil rouge est plus ou moins similaire tant il est sempiternellement question de l’extinction de ces vertébrés. Globalement, le documentaire se focalise majoritairement sur le Crétacé, mais il n’oublie pas le Jurassique. Il est souvent sympathique de voir autre chose que des T-Rex et maints dinosaures médiatiquement connus et dont on commence plus ou moins à faire le tour. Rassurez-vous, ils sont quand même présents. En outre, la production axe ses propos sur des faits récents et n’hésite pas à mettre en avant des découvertes de 2010, ce qui fait toujours plaisir lorsque l’on recherche des informations actuelles. Tout cela amène donc à affirmer qu’au niveau du contenu, il n’y a vraiment pas grand-chose à redire parce que la fidélité et la richesse y transpirent.

Sur la forme, Planet Dinosaur est relativement maîtrisé. Un documentaire ne pourra être agréable si sa voix n’est pas convaincante. Avec John Hurt (Merlin -BBC- et tellement d’autres choses) derrière le micro, le résultat mérite sans surprise le détour. La musique se veut également tout à fait convenable et sait se faire discrète ou plus présente lorsque la scène le requiert. Il est vrai par contre que l’animation et les images de synthèse peinent un peu, mais pour une série de la BBC et non pas un blockbuster, le niveau demeure plutôt solide. Certaines séquences sont d’ailleurs assez stupéfiantes de réalisme. Ce qui fait la force de Planet Dinosaur, c’est son rythme dynamique et son aspect didactique. Les épisodes ne donnent pas du tout l’impression de sortir tout droit d’une encyclopédie, car le ton ne se révèle ni académique ni scolaire, bien au contraire. De manière régulière, les dinosaures et les endroits du globe sont montrés selon une brève animation avec toujours une explication par rapport aux fossiles découverts et la façon dont les scientifiques sont parvenus à certaines hypothèses. Avec des parties de trente minutes, l’ennui n’est jamais présent, d’autant plus qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, on peut facilement être touché, voire quasi effrayé par ce qui se passe à l’écran.

Au final, Planet Dinosaur s’apparente à un très sympathique documentaire informatif, actualisé et plutôt fascinant. La voix de John Hurt associée à l’esthétique satisfaisante, à la solide bande originale et au petit souffle presque épique font tout le reste. En raison de sa courte durée, il va directement à l’essentiel, ce qui est une qualité comme un défaut. Il aurait effectivement gagné à être davantage approfondi sans prendre pour autant le risque de perdre au passage de son dynamisme ou de son intérêt. Sa principale lacune est par conséquent d’être trop bref, ce qui est bien peu de chose. Ne boudons donc pas notre plaisir devant ce genre de productions, surtout lorsqu’elles sont si bien faites.
Bonus : la bande-annonce, la voix off n’est pas celle de John Hurt

Par |2017-05-01T14:00:10+02:00avril 14th, 2012|Planet Dinosaur, Séries britanniques, Séries documentaires|0 commentaire