Dominion (saison 2)

Souhaitant visiblement renouveler sa programmation de manière parfois discutable, Syfy a annulé plusieurs de ses séries courant 2015. Outre Defiance avec qui elle partage de nombreuses similarités, Dominion fait partie de celles tombées au combat. La fiction s’est en effet arrêtée au terme de sa seconde saison constituée de treize épisodes diffusés sur la chaîne étasunienne entre juillet et octobre 2015. Malheureusement, la production n’a pas eu l’opportunité de tirer sa révérence en bonne et due forme et se termine sur un cliffhanger susceptible d’irriter maints téléspectateurs. Aucun spoiler.

En se montrant très ambitieux avec leur fresque politico-familiale où les anges représentent une dangereuse menace, les débuts de Dominion se voulaient intrigants, à défaut d’être totalement convaincants. Le potentiel était effectivement indéniable, mais l’approche stéréotypée, les moult maladresses et quelques autres lacunes rendaient l’ensemble approximatif, voire prétentieux. Cela étant, la qualité de cette première année allait crescendo et laissait sur une note assez optimiste. La suite nous prouve qu’un peu de patience ne nuit à personne. Ces épisodes inédits ne parviennent pas à enrayer tous les défauts, tant s’en faut, mais ils se dotent de vrais enjeux, d’un souffle parfois presque épique et, de surcroît, le héros gagne enfin en prestance. Jusqu’à présent, Alex, le supposé élu, se révélait falot et manquait cruellement de substance. Il ne suffit pas de répéter à outrance qu’un homme est le sauveur de la planète pour lui apporter du charisme. Maintenant qu’il a embrassé son statut et quitté Vega avec Noma, il part en direction de New Delphi. Sa quête est simple, il espère trouver dans cette cité les renforts nécessaires pour combattre Gabriel et ses sbires. Le protagoniste mûrit, se détache de son rôle alors trop lisse et sort de la dynamique convenue qu’il entretenait avec Claire Riesen. D’ailleurs, cette dernière en profite également. L’ancien soldat arrive même à amuser, lancer des répliques piquantes et à fédérer les foules. La prophétie handicapant auparavant ses actions se révèle aussi plus ténue, l’écriture cherchant plutôt la subtilité en distillant au compte-gouttes des informations sur les fameuses marques physiques et les pouvoirs leur étant liés. Pour le coup, cette deuxième année se veut donc plus intéressante, car elle réussit à davantage impliquer son audience, bien que l’empathie ne soit pas systématiquement de mise. Ce serait mensonger de dire qu’Alex est le personnage à retenir, mais sa progression améliore le reste. Son association avec la toujours plaisante Noma fonctionne convenablement et apporte de l’amitié, de la romance et du rythme. La jeune femme abrite un corps d’ange qu’elle dévoue entièrement à son protégé, mais les sacrifices amènent par moments à réévaluer ses valeurs. La saison joue beaucoup sur la notion de perte et n’hésite pas à multiplier les points de vue, sans oublier pour autant son homogénéité.

Un des griefs des épisodes passés était lié au cloisonnement du lieu. Cette fois, le récit se déroule simultanément sur plusieurs endroits. Tandis qu’Alex et Noma s’approchent de New Delphi, Claire demeure à Vega et doit s’occuper d’une rébellion, Michael erre l’âme en peine et découvre un curieux village, Gabriel survole le tout en s’agaçant tout seul, et quelques-uns leur gravitent autour. Sortir de l’enceinte fortifiée de l’ancienne Las Vegas apporte beaucoup de fraîcheur à la série. C’est l’occasion de repérer les environs désolés de cet univers post-apocalyptique ainsi que d’autres modes de vie. Progressivement, les différents arcs se rejoignent et dirigent Dominion vers un antagoniste attendu – pour peu que l’on connaisse les fondements célestes –, mais que l’on ne rencontrera malheureusement pas en raison de l’annulation de la production. Le passage à New Delphi représente le maillon fort de cette saison grâce à une tension sous-jacente et à Julian, le chef de cette ville retranchée n’ayant rien à voir avec Vega. Cet homme ambigu campé par Simon Merrells (Spartacus) s’avère rusé, vindicatif et plus que dangereux. Cachant son jeu, il semble en prime partager des souvenirs avec Gabriel et Michael. Ce personnage fournit de multiples flashbacks moyennement insérés, bien que se révélant pour certains intéressants tant ils éclairent les archanges, leur fonctionnement et leurs comparses ailés. La dualité existant entre les jumeaux revient naturellement sur le tapis et se montre un peu redondante d’autant plus que le principal ennemi d’Alex, Gabriel, souffre encore une fois d’une certaine caricature ; le cabotinage de son interprète n’arrange pas la situation, avouons-le. Ces figures ont par ailleurs tendance à changer d’avis au gré du vent. Michael profite toutefois de cette année pour gagner en sympathie et s’humaniser. Il doute et perd la foi avant de mettre les pieds à Mallory, un village protégé par un feu bien curieux ; il y rencontre plus tard un prophète joué par Hakeem Kae-Kazim (Black Sails). La religion chrétienne est de nouveau au centre de nombreux propos, sans en devenir prépondérante ou étouffante. L’envie de croire et la crainte de ne pas être soutenu par un être supérieur prévalent dans l’esprit des personnages. L’idée est plutôt encore une fois d’injecter une mythologie foisonnante et d’illustrer des guerres intestines et diverses luttes de pouvoir. D’ailleurs, le contexte à Vega est propice à cette approche définitivement humaine.

Maintenant que son père est parti, Claire Riesen se retrouve à administrer la cité fortifiée. Elle doit donc composer avec la menace que représente Gabriel, essayer d’atténuer les inégalités sociales, surveiller du coin de l’œil le retors David Whele ou encore oublier Alex qui l’a quittée alors qu’elle est enceinte de lui. La jeune dirigeante laisse un peu indifférent, mais la voir garder la tête haute, ne pas baisser les bras et tenter de construire son idéal apporte de jolies choses. Subsistent quelques ratés et développements moyennement engageants. Par exemple, Arika manipule dans son coin, mais demeure assez insipide. L’intelligent ingénieur Gates Foley (Nicholas Bishop) n’est pas désagréable si ce n’est qu’il peine à marquer plus que de raison. Au moins, la série a la bonne idée d’éviter des triangles ou carrés amoureux, la romance restant clairement en filigrane au fil des épisodes et les situations vaseuses étant vite écartées. À Vega, le principal fil rouge est symbolisé par la rebelle Zoe Holloway (Christina Chong) cherchant à faire valoir les droits des classes inférieures. Les deux femmes se ressemblent bien plus qu’elles ne le croient bien qu’elles se trouvent radicalement opposées. Cet arc révolutionnaire se veut assez bien mené et injecte aux aventures du dynamisme ainsi que des rebondissements inattendus. Pour cela, il convient notamment de remercier David Whele agissant comme un électron libre capable de tout. Depuis qu’il a envoyé son fils dans le désert, il perd pied et plonge littéralement en enfer. Un homme qui pense avoir tout perdu est toujours prêt à tout pour conserver sa vie. Cet individu était déjà l’un des intérêts notables de la série et cette saison ne le dément pas. Sa relation compliquée avec William délivre des scènes riches en émotions. La subtilité n’est pas forcément de mise et plusieurs développements souffrent de nouveau de ficelles grossières, mais dans l’ensemble, le résultat demeure divertissant surtout que la musique désormais composée par Bill Brown insuffle une vraie dimension intrépide ou envoûtante. Les héros tombent pour la majorité de leur piédestal, peinent et le côté aseptisé de l’atmosphère gagne en mélancolie et en âpreté comme le symbolise l’apparence des personnages visiblement usés. La foi et son propre rapport avec un supposé dieu, la révolution, la morale ou encore l’éthique figurent parmi les thématiques fédératrices abordées au long cours, démontrant que la production a beau disposer d’une mythologie atypique, elle reste rassembleuse.

Pour résumer, cette deuxième et dernière saison de Dominion commence enfin à exploiter le potentiel remarqué par le passé. En se montrant mieux construite, elle avance rapidement et lance la fiction sur des pistes intéressantes où une guerre civile se mêle à un combat de plus grande échelle. La tension létale, les retournements de situation, coups fourrés et autres secrets alimentent les épisodes qui se veulent dynamiques et plutôt agréables à suivre en dépit de réactions parfois incohérentes. L’éclatement du cadre permet en plus de le nourrir, de complexifier l’univers et de multiplier les enjeux avec succès. Si l’approche politique symbolise l’une des caractéristiques de la série, l’aspect davantage psychologique n’est jamais oublié comme l’illustre la relation compliquée entre les deux archanges s’aimant autant que se haïssant. Il est dommage que la production se termine sans réelle conclusion, car malgré quelques approximations, elle semblait avoir réussi à s’affranchir de plusieurs de ses écueils initiaux.

By |2017-05-01T13:58:11+01:00mars 23rd, 2016|Dominion, Séries étasuniennes|0 Comments

Dominion (saison 1)

Un univers post-apocalyptique, des luttes intestines, des anges rebelles… il n’en faut pas beaucoup plus pour piquer ma curiosité. C’est donc sans grande surprise que la série étasunienne Dominion s’est retrouvée sur mon écran. Si elle dispose pour l’heure d’une deuxième saison, seule la première composée de huit épisodes diffusés sur Syfy entre juin et août 2014 nous concerne aujourd’hui. Le postulat de base a de quoi éveiller des souvenirs chez plusieurs personnes puisque cette fiction télévisée se base sur le film Legion sorti en 2010 dans lequel Paul Bettany détient le rôle principal. À ce sujet, il n’est absolument pas nécessaire de l’avoir regardé pour se lancer dans Dominion ; je ne l’ai jamais visionné, ne compte probablement pas le faire et m’en porte très bien d’autant plus que ses critiques sont franchement mauvaises. Aucun spoiler.

Dieu ayant mystérieusement disparu, l’un de ses archanges, Gabriel, décide d’exterminer les humains à l’aide de plusieurs de ses compagnons d’un rang inférieur. La population est décimée, les villes rasées et seuls quelques bastions fortifiés résistent encore aux attaques meurtrières. Vingt-cinq ans après l’irruption de ces créatures ailées dans le paysage, et alors qu’une sorte de statu quo semble s’être installé entre les différents camps, l’arrivée du sauveur de l’humanité bouleverse la donne. Les cartes sont redistribuées et les frontières séparant les amis des ennemis paraissent plus que troubles.

Naturellement, à moindre d’être un grand amateur de théologie ou un fervent défenseur de la foi chrétienne, la lecture du synopsis peut effrayer. Est-ce une histoire choyant la religion et offrant un discours allant dans ce sens ? Les personnages passent-ils plus de temps à prier qu’à intervenir plus concrètement ? Dès le départ, Dominion démontre qu’elle n’a pas pour idée d’exploiter un vrai culte et de propager la supposée bonne parole. Certes, elle utilise les mythes angéliques et tout ce qui s’y rapporte, mais il s’agit surtout d’un prétexte pour asseoir ses enjeux familiaux et politiques. Les combats rythmés, le fantastique ou la science-fiction n’entrent pas non plus dans l’optique actuellement privilégiée. Avant toute chose, cette première saison cherche à installer le contexte nourri par des manœuvres et complots ; elle s’attarde ainsi sur les forces en place au sein de Vega, jadis connue sous le nom de Las Vegas, et partageant dorénavant des points communs avec l’Empire romain. Malheureusement, les épisodes ne sortent que peu de cette cité fortifiée et ne permettent pas d’en apprendre davantage sur ce qui se déroule ailleurs, sur la planète. Dans la ville même, les figurants sont limités et l’on se focalise un peu trop sur les dirigeants, le reste se voulant absent. D’une certaine manière, la restriction de cette zone géographique et les paysages désertiques environnants accentuent l’atmosphère désolée où toute vie est devenue bien rare, mais il importe tout de même d’appuyer ses propos sur le peuple. Les personnages mentionnent à plusieurs reprises d’autres lieux comme New Delphi et Helena, sauf qu’ils demeurent des idées abstraites. L’ambiance post-apocalyptique est toutefois palpable et les décors honorables. Concernant les effets spéciaux avec, notamment, le déploiement des ailes des anges, ils sont aussi plutôt corrects. Dominion aurait néanmoins gagné à posséder une identité visuelle plus forte afin de créer un univers propre franchement exaltant. Pour sa défense, la courte durée de la saison l’empêche de s’étaler d’autant plus que la série fait preuve d’une grande ambition, voire d’une certaine prétention, avec ce qui ressemble à une fresque héroïque aux multiples ramifications. À cause de cette histoire imaginaire propice au symbolisme et à un franc souffle épique, le traitement quelque peu simpliste et superficiel froisse sensiblement.

Alex Lannon a été abandonné par son père alors qu’il était encore très jeune. Depuis, pour manger à sa faim, il s’est enrôlé comme soldat et protège Vega de Gabriel et des anges inférieurs étant à sa botte. Bien qu’il ne le devrait pas en raison de son statut peu reluisant, il fréquente la fille du dirigeant de la ville, Claire Riesen. Les deux s’aiment en cachette et prévoient de s’enfuir vers New Delphi qui devrait, techniquement, approuver leur union. Si la sécurité entre les murs normalement infranchissables de la cité est optimale, les restrictions se perpétuent, le système sociétal est subdivisé en classes, et le peuple étouffe. La démocratie n’est qu’une vague notion, le gouvernement s’approchant plus d’une dictature déguisée. Beaucoup des habitants ont toutefois espoir d’être un jour secouru, car une prophétie raconte qu’un élu doit leur venir en aide. Le secret est rapidement éventé aux yeux du téléspectateur puisqu’il s’avère évident que ce dernier n’est autre qu’Alex qui, sur le moment, ne le sait pas encore. Se soumettant difficilement à l’autorité, intelligent et altruiste, il dispose de maintes qualités pour en faire un héros digne de ce nom. Or, tristement, alors que le personnage doit haranguer les foules et soulever des montagnes, il n’est pour l’heure qu’une image incolore. Pour l’anecdote, il est amusant de noter que son interprète, Christopher Egan, retrouve un rôle de sauveur étrangement similaire à celui qu’il détenait dans l’excellente Kings. Le seul ange rallié aux mortels, l’insondable Michael (Tom Wisdom), veille sur Alex, le pousse dans ses retranchements et l’apprentissage de l’élu se révèle rébarbatif et prévisible. Trop de scènes se penchent sur ce parcours initiatique peu exaltant en dépit d’un registre original ayant pour toile de fond les luttes célestes. D’ailleurs, les messagers du Dieu démissionnaire ne sont pas non plus des plus inspirés et l’antagoniste majeur, Gabriel (Carl Beukes), subit un traitement caricatural. Les créatures inférieures en mesure de posséder les humains se contentent de représenter uniquement un ressort scénaristique à rebondissements. Michael, lui, paraît compliqué à apprécier en raison d’une montagne de mystères. À vrai dire, le récit s’embarrasse de trop de clichés et de lourdeur, rendant par moments le visionnage moyennement engageant même si, au fur et à mesure que les bases sont posées, l’intérêt va crescendo.

Si les épisodes illustrent le cheminement d’Alex, l’opposition du bien et du mal ainsi que les inimitiés entre Michael et Gabriel, ils favorisent tout autant une tonalité plus intime où le double jeu et les manipulations sont les rois de l’arène. Vega doit son salut à deux individus, à savoir le général Edward Riesen et le consul David Whele. Vingt-cinq ans plus tôt, ils se sont battus pour préserver la ville des anges et sont parvenus à créer une sorte de zone sécuritaire. Depuis, ils ont vieilli et règnent sur la cité, chacun ayant sa propre manière de s’y adonner. Le premier est un militaire ayant un grand sens du devoir, rigide et choisissant de diriger son unique enfant comme il l’entend pour le bien du peuple. Bien qu’il soit en apparence beaucoup plus affable, David Whele est en réalité retors et rêve de disposer des pleins pouvoirs. C’est pourquoi il fomente des coups d’État et n’hésite jamais à manœuvrer pour obtenir ce qu’il désire. Son fils, William (Luke Allen-Gale), n’est d’ailleurs qu’un énième pion sur sa partie d’échecs. La relation unissant les Whele est l’un des meilleurs atouts de cette saison ; en effet, les personnages sont déjà suffisamment densifiés et intéressants, mais aussi, la dynamique en tant que telle est traitée avec beaucoup de finesse et de sentiments. Les deux s’aiment et se haïssent pour le meilleur et pour le pire. Finalement, ce sont les vétérans de la série qui tirent leur épingle du jeu, ne serait-ce que parce que la confrontation entre leurs deux interprètes, Alan Dale (The O.C., Ugly Betty) et Anthony Head (Buffy the Vampire Slayer), vaut le détour. À leurs côtés, les plus jeunes font franchement pâle figure. Il faut dire qu’Alex et celle pour qui il se languit, l’idéaliste Claire Riesen (Roxanne McKee), ne sont pas gâtés par le scénario. La fille du général n’est pas désagréable, mais sa psychologie reste encore trop convenue pour convaincre malgré une évolution plus rapide et nuancée que prévu. Dominion se dote en fait d’une galerie de protagonistes assez imposante et certains comme l’ambivalente diplomate Arika (Shivani Ghai) aux diverses ressources, l’ange Uriel (Katrine De Candole) aux obscures motivations et la sympathique collègue d’Alex, Noma (Kim Engelbrecht), s’en sortent mieux que d’autres très stéréotypés.

Au final, la première saison de Dominion s’apparente surtout à une introduction assez grossière et parfois poussive d’un monde où les êtres célestes et les humains s’opposent depuis plus de deux décennies. Si les débuts s’empêtrent dans de nombreuses maladresses et que la subtilité manque régulièrement à l’appel, la suite s’améliore progressivement et amorce un potentiel évident qui ne demande qu’à être exploité. Il n’empêche que le fameux élu, celui censé libérer son peuple de ses chaînes, demeure transparent et représente probablement l’un des éléments les plus faibles de ces épisodes, ce qui s’annonce peu rassurant quant à ce qui nous attend. Quoi qu’il en soit, pour l’instant, l’approche politico-familiale et quelques personnages permettent encore de compenser de manière satisfaisante les multiples lacunes scénaristiques de cette fiction très sérieuse n’hésitant clairement pas à afficher ouvertement son ambition.

By |2017-05-01T13:58:22+01:00septembre 22nd, 2015|Dominion, Séries étasuniennes|0 Comments