Don Quixote | ドン★キホーテ

Mon petit cœur de fangirl m’a annoncé en ce début d’été qu’il fallait aller passer du temps avec Matsuda Shôta donc vous pensez bien que je lui ai obéi. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, j’arrive au bout de l’exploration de sa filmographie (séries et films confondus, hum) donc je n’ai plus beaucoup de choix. Puisque Tsuki no Koibito me motive toujours aussi peu et quand bien même je sais que je m’y mettrai un jour, j’ai préféré opter pour Don Quixote. Composée de onze épisodes dont le premier possède quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles, la série fut diffusée entre juillet et septembre 2011 sur NTV. Du côté des scénaristes, on retrouve Oishi Tetsuya (Meitantei no Okite) mais aussi Nemoto Nonji (Yume wo Kanaeru Zô). À la réalisation, Nakajima Satoru (Kaibutsu-kun) prouve encore une fois qu’il sait parfaitement maîtriser l’utilisation des couleurs. Aucun spoiler.

Shirota Masataka est un jeune homme réservé et pleutre ayant de grosses difficultés à s’affirmer. Malgré sa nature, il travaille dans un centre de protection de l’enfance et doit perpétuellement composer avec ceux qui sont parfois laissés sur le bord de la route mais aussi avec leur entourage incertain. Un jour, alors qu’il tente d’entrer en contact avec la famille d’un enfant dont il s’occupe, il se retrouve propulsé dans le corps de Sabashima Jin, un yakuza assez brut parlant toujours très fort et réfléchissant après avoir foncé dans le tas. Si tant est qu’il se mette à réfléchir d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, les deux ont à peine le temps de comprendre ce qui leur arrive qu’ils se mettent d’accord de ne parler à personne de cette situation irréelle et de continuer la vie de l’autre, en attendant que la situation se rétablisse d’elle-même.

   

Pour une raison obscure, et alors que j’avais déjà noté la série sur mon calepin virtuel, j’étais persuadée qu’elle était assez médiocre. J’adore lorsque je peux ranger au placard mes avis préfabriqués. Déjà, au départ je ne savais pas que le scénariste de Meitantei no Okite était de la partie mais plus j’avançais dans le premier épisode et plus j’étais sûre d’y retrouver sa touche. Bingo ! Et savoir que Nemoto Nonji était dans le coup ne m’a pas surprise plus que ça tant l’humour qu’il a injecté dans Yume wo Kanaeru Zô transparaît de la même manière ici. Histoire de ne pas faire durer ce faux suspense, je peux immédiatement écrire que j’ai beaucoup apprécié ce Don Quixote imparfait.

Don Quixote c’est évidemment le titre original du fameux Don Quichotte, le héros de Michel de Cervantes que tout le monde connaît au moins de nom. D’ailleurs, les obsédés de Farscape comme moi pensent peut-être systématiquement à John Quixote dès qu’il est question de ce roman. Accompagné de son fidèle ami assez stupide, Sancho Panza, Don Quixote parcourt l’Espagne tout en se prenant pour un chevalier dont la destinée est d’aider les opprimés. Idéaliste convaincu, il ne peut être raisonné lorsqu’il a une idée en tête. Le j-drama n’est pas réellement une énième adaptation de cette œuvre satirique car il utilise uniquement quelques éléments tout en y multipliant les clins d’œil. Le plus flagrant est la pièce de théâtre vue dans l’épisode 10 mais il y a aussi l’éolienne remplaçant le fameux moulin à vent -l’ennemi de Don Quixote-, le joli générique en dessin, les analogies entre Shirota / Sabashima et Sancho Panza / Don Quixote ou bien évidemment, le fait que Sachiko, une des jeunes du centre, soit une grande admiratrice de cette histoire espagnole. Et finalement, qui est Don Quixote ? Sabashima ou Shirota ? Plutôt les deux, non ? La dimension socio-critique n’est pas franchement présente mais la tonalité absurde, si. En tout état de cause, il ne faut pas commencer Don Quixote en imaginant y voir une peinture sociologique du Japon actuel car c’est tout simplement un divertissement totalement assumé et prônant la bonne humeur. Malgré tout, la série utilise son héritage hispanique sous différents angles. La bande-originale composée par Kaneko Takahiro (Zeni Geba) comporte par exemple de nombreuses sonorités espagnoles et se montre extrêmement rafraîchissante voire dépaysante. De même, Sabashima et sa femme sont de grands amateurs de flamenco (?) et ne se lassent pas de répéter les mêmes pas de danse à coups de « Anata ! Ayumi ! ». Et cerise sur le gâteau, à chaque début d’épisode, lorsqu’il y a un rappel de la situation, la voix-off est en… espagnol ! Outre cette approche très latine du côté de la forme, le fond tend tout de même à distiller un certain climat propre au supposé chevalier car Sabashima, dans le corps de Shirota, a tout du héros fier, idéaliste, irraisonné et adorant se proclamer comme sauveur des plus faibles, en occurrence ici les enfants maltraités ou dans des situations peu enviables. Comme quoi, mine de rien la série réussit à insuffler un petit souffle du récit de de Cervantes bien que cela demeure relativement superficiel.

Lorsque la série débute, Shirota Masataka est donc un jeune employé d’un centre de protection de l’enfance. Toujours tiré à quatre épingles et cultivant un look de premier de la classe, il suit à la lettre ce que lui dictent ses ouvrages sur le sujet et évite les difficultés autant que possible. Il aime son travail, là n’est pas le problème. Il est juste beaucoup trop froussard et ne peut s’empêcher d’éviter les conflits. Par conséquent, sa manière d’exercer laisse à désirer. Du fait de sa personnalité, il n’a pas de vie sociale et son meilleur ami, Alex, est un gecko. Tout à l’opposé de lui vit un yakuza, Sabashima Jin, cultivant jour après jour son caractère entier, s’exprimant à coup de « bang pow thwak » et pensant surtout à taper avant de réfléchir. Alors que les deux hommes se trouvent dans le même immeuble mais à des étages différents, leur esprit sont inversés et voilà que Shirota intègre le corps d’un boss de la mafia japonaise et Sabashima celui d’un grand gringalet essayant d’aider les enfants. Don Quixote opte pour la solution de ne pas expliquer le comment et le pourquoi de cette transmutation. Tout ce que l’on sait c’est que des nuages d’où transpirent des rires d’enfants les surplombent et voilà, c’est fait. On pourrait lui reprocher de céder à la facilité mais à vrai dire, le but du j-drama n’est en aucun cas de proposer de multiples théories à ce sujet. C’est comme ça, c’est tout, et honnêtement, on s’en fiche royalement. L’angle d’approche de Don Quixote n’est donc en aucun cas le fantastique mais la comédie de situation où deux personnes n’ayant rien en commun finissent par interagir, évoluer, et réaliser qu’elles ont tout pour tirer parti l’une de l’autre. Les clichés sont là pour profiter au maximum du potentiel comique.

Durant tous les épisodes, Shirota et Sabashima existent donc dans le corps de l’autre et suite à un accord mutuel, décident de ne dire à personne ce qu’il se passe et de mener leur vie supposée. Tout est bon pour jouer avec les contrastes et pousser quelque peu à la caricature car évidemment, Sabashima est un rustre roulant les R, parlant n’importe comment et n’hésitant pas à hausser la voix ou à vouloir casser la figure à quiconque se mettant en travers de son chemin. Petit hic, il est désormais maigrichon et ne peut plus boire une bière sans tomber dans un sommeil léthargique. De l’autre côté, Shirota doit faire face à des gangs rivaux armés jusqu’aux dents, mener ses propres fidèles et composer avec sa « femme » tout en essayant de devenir le chef des chefs. Inévitablement, on se doute que Shirota va être amené à gagner de l’assurance en lui, à ne plus se laisser marcher sur les pieds à et devenir plus viril tandis que Sabashima lui, devrait se montrer plus posé et un peu plus réfléchi. Tout ça, nous le savons très bien dès le départ, Don Quixote ne sort pas des sentiers battus à ce niveau-là et n’est pas du tout prétentieuse car elle sait exactement dans quelle registre elle se situe. De cette manière, grâce à cette humilité la série devient extrêmement agréable car elle possède un ton très léger et un humour quasi absurde. Le postulat de base est déjà assez idiot au demeurant et l’image que l’on a des personnages est dans cette veine. La crédibilité n’est clairement pas maîtresse des lieux dans ce j-drama. Il ne se passe pas un épisode sans que l’on ne sourie voire que l’on n’éclate pas de rire face à ces multiples situations abracadabrantes. Plus haut il était question de Meitantei no Okite et ce n’est pas un hasard car outre la présence de Matsuda Shôta, on y retrouve une certaine similarité au niveau de l’ambiance décalée.

S’il est clair que le duo est au centre de tous propos, c’est bel et bien Matsuda Shôta qui tire la couverture sur lui. Je tiens à préciser qu’il est sans mon conteste mon acteur japonais favori mais j’espère toutefois être un minimum objective en disant qu’il y est absolument génial. Avec Meitantei no Okite il avait justement montré qu’il maîtrisait à merveille le registre humoristique et il est ici dans le même ton, jouant habilement la différence de caractère des deux personnages qu’il interprète, à savoir Shirota et Sabashima dans le corps de Shirota. Il faut vraiment le voir avec ces costumes de yakuza ou encore sa manière de jouer les gros durs. Oui bon, ça va, je sais rester neutre. Bref, c’était la première fois qu’il avait le premier rôle dans une série de la golden hour. Cela dit, s’il est omniprésent, son double incarné par un Takahashi Katsumi (Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, Nobuta wo Produce) tout aussi chouette n’est pas en reste. Lui aussi est extra en tant que jeune homme froussard propulsé au milieu des yakuzas. Une chose est sûre, c’est que cette dynamique est sincèrement attachante et l’amitié qui finit par se lier entre eux est certes prévisible mais rudement bien écrite et sympathique. Au contact de l’autre, ils finissent par se comprendre et s’entraider.

À côté de ces deux figures principales, Don Quixote n’oublie pas les personnages secondaires et fait très fort pour certains. Les employés du centre de protection de l’enfance sont plutôt agréables même si peu sont réellement développés. Ils sont surtout là pour taquiner et remettre Shirota (enfin Sabashima, vous avez compris ?) dans le droit chemin. Mention spéciale au fameux Nishi-yan, joué par Miyake Hiroko (le policier de Kaibutsu-kun) qui adore Shirota!Sabashima malgré ses dires. Mineko (Kobayashi Satomi), celle qui s’occupe du centre, est également attachante, elle qui pense avant tout aux enfants et qui accepte les frasques de sa jeune recrue changeant de personnalité du tout au tout. Elle veille depuis de nombreuses années sur Sachiko incarnée par Narumi Riko (Hachimitsu to Clover, BOSS 2, Ichi Rittoru no Namida). Cette jeune fille est ici une sorte de narrateur et c’est elle qui met en avant le parallèle avec le livre de Don Quixote. Elle file au départ du mauvais coton et souffre d’abandon. À vrai dire, c’est surtout elle qui fait le lien entre Shirota!Sabashima et les enfants se trouvant au centre. Parce que oui, le yakuza se trouve donc dans le corps du travailleur social et tente de faire son travail. Ses méthodes tranchent totalement avec les habituelles mais elles réussissent souvent à avoir l’effet obtenu tant le personnage agit comme un électrochoc. Si les premiers épisodes tendent à montrer à chaque fois le cas d’un enfant en difficulté, la suite se sépare de ce côté plus schématique. L’accent n’est de toute manière pas mis sur le pathos ou sur la nécessité de sauver ces petits enfants. La série a le mérite de traiter de sujets difficiles comme la violence infantile, l’alcoolisation des parents, le phénomène de hikikomori ou de manière plus terre-à-terre du veuvage qui amène un père à se retrouver seul à élever sa fille. Au Japon, les pères célibataires n’ont effectivement le droit à aucune aide (c’est fou !). Plutôt que de sombrer dans le misérabilisme ou les bons sentiments, Don Quixote opte toujours pour une tonalité légère. Il en ressort une naïveté bienheureuse qui n’irrite pas du tout mais qui au contraire, transmet sa joie et sa bonne humeur. En revanche, les enfants sont généralement très mal joués mais on se plaît à ne pas trop leur en vouloir car ils sont peu présents et ne sont justement que des enfants. Comme toujours, ces situations permettent aussi de voir quelques guest stars comme Ishigaki Yûma (Hanazakari no Kimitachi e, H2, Water Boys, Gokusen), Iwasa Mayuko (TROUBLEMAN, Hanazakari no Kimitachi e) ou Kashiwabara Shûji (Yume wo Kanaeru Zô, Yasha, Guilty). Dans le même registre, les yakuzas sont aussi plutôt drôles et absolument pas réalistes pour un sou. Rappelons-le, le but est d’amuser.

Pour en revenir aux personnages secondaires, il est important de parler de ceux du mondes des yakuzas. Shibashima gère donc son petit trafic dans son coin et a sa propre famille, au sens yakuza du terme. Il peut compter sur sa femme, Ayumi, jouée par la pétillante Uchida Yuki (Big Wing, Hana Yori Dango 1995) qui est toujours un vrai régal à voir à l’écran. Forte et sincèrement amoureuse de son mari, Ayumi sait se montrer indomptable quand il le faut. Les deux mini yakuzas en herbe sont mignons comme tout à se la jouer grosses brutes. Mais celui qui est fantastique n’est autre que Hyôdo, incarné par le toujours aussi génial Matsushige Yutaka (Bloody Monday, Clone Baby, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku). Ah, quelle prestance et quel charisme ! Il peut faire peur comme faire mourir de rire en deux secondes. Il ne lésine pas à nous proposer des faciès inimitables dont il a le secret. Non vraiment, il a certes un rôle secondaire mais il crève l’écran dès qu’il apparaît. C’est incroyable que cet acteur n’ait pas davantage la cote. C’est même honteux !

Enfin, outre la bande-son hispanisante et une jolie chanson de fin, BEAUTIFUL DAYS de SPYAIR, Don Quixote soigne sa forme par sa réalisation. Il y a un joli travail derrière la caméra afin de proposer des plans et cadrages assez originaux pour la télévision japonaise. La photographie subit également un traitement particulier et la série n’hésite pas à baigner ses personnages dans une lumière souvent irradiante et dans des couleurs très chaudes. Associée à l’humour un tant soit peu absurde, au ton décalé et aux thématiques traitées avec légèreté, l’atmosphère gagne immédiatement en bonne humeur.

En définitive, Don Quixote est une jolie série assez naïve utilisant quelques éléments de l’œuvre de Michel de Cervantes afin de proposer un angle d’approche légèrement original quant à la thématique du changement de corps. Si le renzoku demeure assez classique et propre sous tous rapports, il se montre presque absurde, enjoué, attendrissant, extrêmement drôle et met immédiatement de bonne humeur. Bien que les clichés soient régulièrement présents, ils sont surtout là pour accentuer un certain comique de situation et ne se révèlent en aucun cas fastidieux. Il en va de même concernant les cas des enfants maltraités qui ne sont pas traités avec lourdeur ou misérabilisme. Avec une forme particulièrement soignée, ce j-drama met dès lors en avant deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer mais qui, associés, forment un duo atypique et diablement attachant, notamment grâce à l’interprétation enlevée de leurs interprètes. En d’autres termes, Don Quixote est un petit concentré d’énergie plus que plaisant à suivre qui devrait plaire aux amateurs de ce genre de divertissement.