Empire (mini-série)

Un mois avant que Rome n’arrive sur HBO, Empire avait déjà ouvert le bal des festivités concernant la période trouble successive à la mort de Jules César. Contrairement à la première, il s’agit en fait d’une mini-série. Composée de six épisodes de quarante-cinq minutes chacun, elle fut diffusée en juin et juillet 2005 sur ABC. Elle est passée en France sur M6 pour la première fois en décembre 2005. Empire a été partiellement réalisée par feu Kim Manners, probablement connu par les amateurs de The X-Files et Supernatural. Aucun spoiler.

44 avant J.C., Rome. Jules César vient d’être assassiné par Brutus, Cassius et les sénateurs craignant de le voir prendre un tel ascendant sur le peuple. Rome sombre alors en pleine guerre civile. Octave, annoncé comme successeur de César, est en danger en raison des manigances de Cassius et des autres conspirateurs. Il s’enfuit alors avec l’aide d’un ancien gladiateur, Tyrannus, afin de protéger sa vie.

Il y a un petit moment, alors que j’éteignais la télévision je suis tombée sur M6 et sur une rediffusion d’Empire. En voyant quelques passages je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup d’acteurs désormais connus là-dedans. Je me suis dit que ce serait par conséquent une bonne occasion de retenter la mini-série. Effectivement, je l’avais déjà regardée lors de son premier passage en France et je me souvenais ne pas l’avoir trouvée extraordinaire. Il faut aussi dire qu’à ce même moment je visionnais également Rome qui n’a vraiment rien à voir. Comme je suis probablement assez masochiste, j’ai donc voulu savoir ce que j’en pensais maintenant.

Encore une production se déroulant immédiatement après l’assassinat de Jules César ?! Quand bien même on puisse apprécier cette période, il est tout de même préférable d’y apporter une certaine relecture ou un autre point de vue de manière à ne pas rendre l’ensemble ennuyant ou sans aucune originalité. Empire essaye de le faire, quelque peu de la même façon que Rome d’ailleurs, car elle mélange la grande Histoire avec une histoire plus personnelle, à savoir celle fictive de Tyrannus, un ancien gladiateur devenu homme libre. Malheureusement pour elle, elle se base certes sur des faits historiques mais elle n’en tire aucunement parti comme il faudrait car elle raconte n’importe quoi et détourne la réalité pour appuyer son intrigue bancale, prévisible et très mal amenée. À vrai dire, il n’est probablement même pas nécessaire de réellement s’y connaître pour constater les nombreuses erreurs. Si l’on peut parfois comprendre certains raccourcis ou tolérer de légères libertés, il ne faut pas non plus prendre les téléspectateurs pour des idiots en réécrivant tout à sa manière. Après tout, c’est vrai que c’est fastidieux de s’embarrasser de la multitude de documents de l’époque alors que l’on peut inventer un scénario totalement inepte favorisant une romance sirupeuse et un duel manichéen. Empire débute par l’assassinat de Jules César et se termine par la victoire d’Octavien sur Marc-Antoine lors de la bataille de Modène avec une légion disparue depuis de nombreuses années et réapparue comme par magie (…).

Dans Empire, Octave est incarné par un très mauvais Santiago Cabrera (Merlin -BBC-, Heroes) qui n’est probablement pas gâté par le script. Normalement, le personnage ne devrait d’ailleurs pas se faire appeler Octave (Octavius en anglais) mais Octavien (Octavian en anglais) dès la mort de César. Quoi qu’il en soit, il est dans cette mini-série un fanfaron superficiel passant plus de temps à draguer les jeunes femmes qu’à étudier. On en vient sérieusement à se demander comment César (Colm Feore – The Borgias) aurait pu le coucher comme héritier sur son testament. Arrogant, immature et insouciant, Octavien se fiche de tout et ne demande qu’à mener une existence libre de tout tracas. De manière toujours erronée, il est présent à Rome lors de l’assassinat de son oncle (oui, ici Atia est la sœur de César) alors qu’il est supposé se trouver à Apollonie. Bref. Or, lors des Ides de Mars son existence est à jamais troublée car il est nommé successeur de César. Ne comprenant absolument pas ce que cela implique et que les sénateurs puis Marc-Antoine cherchent à le tuer, il se montre très réticent à l’idée de se mettre en sécurité. Heureusement pour lui, Tyrannus, un ancien gladiateur récemment affranchi par César, a promis à ce dernier de veiller sur le jeune freluquet. Les voilà qui partent alors à travers l’Italie de manière à chercher des renforts pour renverser Cassius et dans une autre mesure, Marc-Antoine, fort jaloux du nouveau statut d’Octavien. Pendant ce temps, à Rome, une vestale s’éprend du héros (oui…) et prie pour lui en plus d’agir comme elle ne devrait pas le faire.

Empire pourrait en fait s’apparenter à une sorte de récit initiatique dans le sens où Octavien chemine pour devenir le futur empereur Auguste. Il est ainsi amené à traverser de nombreux obstacles et doit montrer qu’il est fait de la même étoffe que César et qu’il a les épaules pour mener Rome vers la gloire. Puisqu’il est vantard et orgueilleux en plus d’être suffisant, il a une longue route à parcourir avant de faire preuve d’une certaine humilité. Son personnage est extrêmement antipathique au cours des épisodes et son évolution est bien trop abrupte pour être crédible. Le fait d’y associer un amour interdit, un peu à l’instar d’un Roméo et Juliette, avec Camane, une vestale incarnée par Emily Blunt désormais connue au cinéma, frise vraiment le ridicule. Octavien est surtout assimilable à un stupide enfant pourri gâté à qui il faut toujours le jouet le plus inaccessible. Camane est la narratrice de l’histoire, une voix off étant effectivement entendue tout au long de la mini-série afin d’expliciter ou de prophétiser certains faits avec lourdeur. Dans sa quête, Octavien est aidé de Tyrannus (Jonathan Cake – Desperate Housewives). Gladiateur émérite, il a été affranchi par César quelque temps avant sa mort et a travaillé pour lui en tant que garde du corps personnel. Piégé, il ne put éviter l’assassinat de son bienfaiteur mais entendit son dernier souhait qui était de protéger Octavien. C’est pourquoi Tyrannus dédie son futur à cet héritier ingrat et met sa propre famille en sûreté auparavant. Là encore, la série n’évite pas les maladresses avec les disputes entre le protégé horripilant et le protecteur bienveillant mais peu bavard, le destin à la Gladiator et les rebondissements éculés afin d’accentuer l’aspect mélodramatique. Elle ne s’arrête pas là puisque les autres personnages sont presque tout autant caricaturaux.

L’autre protagoniste important, celui qui se présente rapidement comme la figure à abattre est Marc-Antoine. Empire ne se déroule que sur un très court moment et il n’y est par conséquent pas du tout question du renversement de l’Égypte avec notamment la bataille d’Actium. Cléopâtre VII n’est même pas vue ou nommée alors qu’elle était présente à Rome à cette période. C’est Vincent Regan (The Prisoner -2009-) qui offre ses traits au bras-droit de César et le moins que l’on puisse dire est que la subtilité n’est pas ici son fort. Certes, Marc-Antoine n’a jamais été le champion de la finesse mais cela n’explique pas tout. S’il est vrai que l’animosité entre Octavien et Marc-Antoine est relativement bien mise en scène avec une certaine montée de tension et quelques manipulations réjouissantes, elle n’a rien de réellement trépidant. La faute à la caractérisation du personnage de Marc-Antoine qui n’a pas grand-chose de positif. Le constat est encore plus affligeant pour son épouse, Fulvie, jouée par Fiona Shaw (Gormenghast, True Blood), véritable vipère insupportable. Dans le même ordre d’idée, Cassius est tellement méchant que cela en devient limite de la bêtise d’autant plus qu’il ne semble jamais apprendre de ses erreurs. En revanche, si Servilia (Trudie Styler, la femme de Sting) est unilatérale, son fils, Brutus, bénéficie d’une écriture davantage nuancée. Il faut aussi préciser que son interprète, le sympathique James Frain (The Cape, The Tudors, True Blood, Invasion) possède probablement un  jeu plus solide que la plupart de ses collègues. Cicéron que l’on aperçoit de temps en temps n’est pas foncièrement désagréable non plus. Autrement, Agrippa (Christopher Egan – Kings, Vanished) est aperçu en seconde partie. Cette galerie de personnages assez étendue ne semble être là que parce qu’il est bien nécessaire de les mettre en avant à un moment donné. Jamais le scénario n’essaye d’approfondir les dynamiques et instances en place ou d’expliquer pourquoi César a été assassiné. L’ensemble sonne alors très surfait et extrêmement désagréable pour qui recherche plus qu’un divertissement codifié et stéréotypé.

Quant à la forme, elle est de meilleure qualité que le fond, sans pour autant devenir extraordinaire. Les paysages et décors sont plutôt jolis, tout comme les vêtements malgré quelques libertés de-ci de-là. La mini-série a pour elle d’avoir été entièrement tournée à Rome et au sud de l’Italie. La photographie est en outre globalement correcte. Par contre, les mouvements de caméra lors des scènes de combats sont très laborieux car totalement confus. On ne voit absolument rien ou alors, on ne comprend pas grand-chose à ce qu’il se passe. Si l’on ne sait pas les filmer, on devrait alors essayer de diminuer leur nombre. De plus, la musique n’est pas ratée si ce n’est qu’elle ne fait preuve d’aucune originalité et se veut parfois trop présente voire intrusive. Seul le rythme sauve quelque peu le tout car la mini-série entre très rapidement dans le vif du sujet, même si elle souffre d’un très gros ventre mou en milieu de parcours.

 

En définitive, Empire est une mini-série ne cherchant aucunement à se montrer documentée ou un minimum fidèle à la vérité historique concernant les années consécutives aux Ides de Mars. Son but est difficilement perceptible car quand bien même elle voudrait bêtement plaire au grand public, elle propose une histoire incohérente frôlant vers la fin le grand-guignolesque. Le résultat est d’autant plus critiquable que ce pan de l’Histoire est suffisamment dense pour permettre d’écrire un scénario tout à fait correct. Certes, Octavien n’a en théorie rien de particulièrement attachant mais il a toujours été quelque part fascinant, pas un jeune premier insouciant. L’idée était donc peut-être de le rendre agréable et de raconter une histoire d’amour impossible sous fond d’une période trouble mais ça ne fonctionne pas à cause de la caricature ambiante et de l’absence totale d’implication émotionnelle. Dans tous les cas, ce n’était franchement pas la peine d’utiliser le cadre de la Rome antique et d’en devenir dès lors presque insultant.