Entourage (film)

Alors qu’Entourage venait de se conclure sur HBO, il fut rapidement annoncé la préparation d’un film. Celui-ci aura nécessité plusieurs années avant de sortir en raison d’un financement compliqué à obtenir ; et ce n’est donc que le 3 juin 2015 qu’il est arrivé dans les salles américaines. Durant cent quatorze minutes, il a été mis en scène par Doug Ellin, le créateur de cet univers, et porte sobrement le nom de la série télévisée. Aucun spoiler.

Depuis peu, Ari Gold dirige un grand studio de cinéma tout en demeurant en Italie, auprès de sa femme. Pendant ce temps, Vince et ses copains continuent leurs aventures habituelles. Sauf que l’acteur star a bien envie de se lancer le défi de réaliser et d’interpréter le premier rôle d’un long-métrage. Entre des Texans ne voulant pas ajouter un centime de plus, un fils à papa visiblement pétri de jalousie, un bébé sur le point de naître et les colères explosives de l’ex-agent, la tension semble à son paroxysme du côté d’Hollywood.

Au risque de laisser de côté une bonne tranche de son hypothétique public, le film d’Entourage choisit de se dérouler directement après la huitième saison de la série et de s’apparenter à une vraie suite n’expliquant pas le contexte. Il peut se regarder en total néophyte, mais il doit alors perdre une grande partie de ce qui fait son sel. En fait, ce long-métrage ressemble surtout à une conclusion en bonne et due forme, une sorte d’hommage aux fans et à la bande de potes s’étant installée sur la chaîne à péages durant près de dix ans. Le récit effectue donc uniquement une toute petite ellipse et commence plus ou moins exactement là où nous nous étions arrêtés. Probablement pour relancer la machine et s’affranchir de contraintes scénaristiques, l’épouse de Vince est évacuée en deux secondes, Ari revient aux États-Unis et le quintette reprend sa vieille routine. Ceux détestant la production n’apprécieront pas ce film, c’est une évidence. Effectivement, tous les ingrédients d’origine sont de retour et, de surcroît, amplifiés. Ils se veulent en effet un peu trop omniprésents et deviennent parfois presque poussifs. La série n’a jamais été réputée pour sa finesse, mais ici, un peu plus de subtilité n’aurait pas été de refus. Quoi qu’il en soit, voilà le programme des réjouissances : fêtes à gogo, paillettes en tous genres, belles femmes à moitié dénudées, grosses cylindrées, musiques calibrées, blagues de potes, stars à foison, soleil et décors vendant du rêve. Sans oublier, bien sûr, la bande de copains ayant fait le succès de la fiction.

Le scénario de ce récit s’avère fort simple, plutôt linéaire et, à l’instar de celui des épisodes précédents, ne brille pas par sa richesse. Est-ce dérangeant ? Pas vraiment, puisque l’idée n’est pas là. Encore une fois, l’intérêt repose surtout au niveau de l’ambiance décontractée, définitivement cool et propice à un divertissement décomplexé. Vince et ses amis s’entraident autant qu’ils peuvent, se vannent régulièrement et continuent d’avancer dans la société, à leur rythme, pour mieux embrasser leurs ambitions. Le fil conducteur est Hyde, le film que l’acteur cherche à mettre en œuvre. Il a presque terminé de le réaliser, mais il manque des fonds et pour cela, il doit demander à Ari d’en débloquer. Pour la énième fois. Le nouveau dirigeant du studio de cinéma voit rouge surtout qu’il n’a pas encore eu l’opportunité de jeter un œil à ce possible futur four commercial. Son jeune protégé refuse de lui montrer quoi que ce soit pour l’instant tant il redoute la critique de son ancien représentant. Ari a beau pester et s’exciter tout seul, il accepte d’aller réclamer de l’argent à ceux les plus susceptibles de lui en fournir, les McCredle résidant au fin fond du Texas. Le père (Billy Bob Thornton) charge son fils, Travis (Haley Joel Osment), de se rendre à Los Angeles pour vérifier si, oui ou non, le film nécessite d’être aussi cher. Or, ce freluquet aux santiags n’y connaît rien et mérite des claques. Malheureusement, si le ton s’avère par moments mordant, la peinture au vitriol du showbiz a été oubliée et le tout reste franchement complaisant. Cette sorte de mise en abyme d’une série sur Hollywood passant sur grand écran est sous-exploitée et donne l’impression de n’être qu’un épisode plus long que d’habitude.

Bien que cette production reprenne la recette initiale, elle patine sérieusement à plusieurs reprises. Déjà, son format n’est sûrement pas des plus heureux. Multiplier par presque six les vingt minutes d’origine ne se fait pas sans heurts. Pour densifier un minimum son intrigue et offrir des prétextes scénaristiques à ses héros, le film ajoute quelques récits parallèles peu enthousiasmants. Ainsi, E ne convainc pas avec Sloane, ses aventures sans lendemain et tout ce qui s’en suit. Turtle a beau être sympathique, il ne détient pas non plus un matériel suffisamment pertinent. Pour Drama, le constat se montre plus positif même si tout ce qui l’entoure a été traité auparavant. Il est encore une fois question de ses échecs et de sa capacité à se ridiculiser devant tous. Comme souvent, c’est le génial Ari qui porte l’ensemble sur ses épaules. Surexcité, moqueur et délicieusement odieux, il se fait remarquer partout où il passe, mais demeure fidèle envers et contre tout à ses proches. Retrouver ce groupe si soudé fait plaisir, remémore de bons souvenirs, et le long-métrage joue beaucoup sur cette sensibilité. Cette sorte de nostalgie maximisée par maints clins d’œil n’est pas suffisante pour amuser grandement malgré une incroyable liste d’invités et de visages déjà vus dans la série. Seul manque peut-être à l’appel Scott Caan, visage pourtant notable des épisodes d’antan. Pour l’anecdote chauvine, notons la présence du footballeur Thierry Henry durant quelques microsecondes. Tristement, les répliques acérées débitées à toute vitesse ne provoquent pas des rires réguliers, rendant l’ensemble un peu laborieux et, parfois, presque fade.

En bref, le film d’Entourage n’était assurément pas nécessaire, mais il permet de reconnecter avec la complicité d’une bande de copains ayant jadis fait le bonheur de HBO et d’un certain public. Si retrouver Ari et les autres rappelle de bons souvenirs, ce long-métrage n’en demeure pas moins que peu concluant et rate le coche. En oubliant d’injecter de vrais enjeux, de densifier ses protagonistes et de résoudre les lacunes déjà inhérentes à la série, il se trouve à la peine à plusieurs reprises et dispose de peu d’atouts pour convaincre les fans de bout en  bout, et encore moins les néophytes. Certes, l’emballage digne d’un clip bling-bling est soigné et le savoir-faire américain pour ce type de divertissement s’avère palpable, mais à part ressembler à un cadeau assez vain pour les téléspectateurs de naguère, cette production excessive paraît surtout trop creuse.
Bonus : la bande-annonce

Par |2017-05-01T13:58:16+02:00décembre 29th, 2015|Entourage, Films, Séries étasuniennes|0 commentaire

Entourage (série complète)

Et encore une fiction s’étant terminée en 2011 ! C’est après huit saisons, diffusées sur HBO entre 2004 et 2011, qu’Entourage a tiré sa révérence. Elle se compose en tout et pour tout de quatre-vingt-seize épisodes d’une vingtaine de minutes. Certaines années furent très courtes – huit épisodes – et d’autres plus longues – vingt, mais avec coupure. Un film serait apparemment en préparation ; seul l’avenir nous dira exactement ce qu’il en sera de ce côté. Aucun spoiler.

Entourage et moi, c’est une grande histoire de camaraderie. Il devient assez fréquent de lire/entendre que si Sex and the City est une série sur l’amitié au féminin, et donc à destination de ce public, Entourage est son pendant masculin. Les deux parlent effectivement d’une bande de copains et partagent quelques points communs. Pour ma part, j’ai toujours eu un peu de mal avec la première, ce qui n’est pas du tout le cas de celle nous concernant aujourd’hui. Je ne l’ai pas commencée immédiatement lors de son arrivée sur la chaîne américaine puisqu’il me semble m’y être mis vers 2005/2006. Une chose est sûre, j’ai rapidement rattrapé la diffusion aux États-Unis.

Entourage raconte les aventures de Vincent ‘Vince’ Chase, joué par Adrian Grenier, qui débute sur les chapeaux de roue sa carrière d’acteur. Tout lui sourit, tout le monde l’adore, les producteurs se l’arrachent et pour un gars du Queens à New York, il a tout ce dont il a rêvé depuis l’enfance. Séducteur charismatique, mais un poil simplet, il ne se sépare jamais de sa bande de potes et tient à partager avec eux sa nouvelle vie. Ils cohabitent dans une villa de luxe et n’en ratent pas une pour s’amuser et profiter des paillettes de Hollywood. Dit de la sorte, la série donne l’impression d’être uniquement superficielle et sans intérêt. S’il est clair que ce n’est pas là que l’on recherchera la profondeur du scénario, cela ne l’empêche absolument pas d’être assez critique envers l’univers du showbiz et d’illustrer la machine se cachant derrière le cinéma, mais également du petit écran. Il est par exemple question de la signature des contrats, de la gestion du budget et des acteurs, des inimitiés au sein de ce microcosme, etc. Entourage n’aurait sûrement pas eu la même intensité si elle ne s’inspirait pas autant de la vie réelle. Mark Walhberg est d’ailleurs l’un des producteurs et y injecte son vécu. Au risque de se mettre certains grands pontes à dos, les épisodes se moquent par moments ouvertement de quelques studios. Dans ce sens, elle peut être plus ou moins rapprochée de l’excellente Action qui n’aura malheureusement pas eu l’opportunité de s’installer dans le paysage télévisuel. Si derrière Entourage, on sent très bien que les scénaristes savent pertinemment de quoi ils parlent, sans user de langue de bois, les multiples invités apportent du piquant savoureux aux intrigues. Certains jouent leur propre rôle et apparaissent parfois uniquement le temps d’une poignée de main, d’autres interprètent un individu lambda, et quelques-uns gardent leur véritable nom, mais se font passer pour ce qu’ils ne sont probablement pas. L’exemple le plus éloquent est celui de Seth Green (Buffy the Vampire Slayer), mais n’oublions pas Gary Busey ou encore Melinda Clarke. Ce sont généralement ceux-là les plus délicieux, car ils montrent qu’ils ne se prennent pas au sérieux. La production est assez incroyable de ce côté-là tant elle est parvient à appâter un grand nombre de personnalités de domaines très variés, sans pour autant s’apparenter à un défilé de stars. On ne regarde pas Entourage pour elles, elles représentent tout simplement la cerise sur le gâteau.

Avouons-le, les histoires ne sont pas des plus développées et se contentent la majeure partie du temps du strict minimum. Les protagonistes donnent parfois l’impression de parader, mais l’intérêt du récit se trouve surtout dans son atmosphère et ses principales figures. L’humour est surtout marqué par des répliques incisives et des situations comiques, bien qu’il ne faille pas s’attendre à éclater de rire toutes les trente secondes. La fiction instaure surtout une ambiance de détente et de franche rigolade. La qualité des huit saisons est malheureusement hétérogène puisque les dernières se veulent bien moins réussies que les premières. Il est indiscutable que les scénaristes avaient fait le tour de la question et l’idéal aurait été de raccrocher bien avant, à l’instar de moult productions étasuniennes s’installant longuement dans le paysage. Heureusement, si le series finale eut gagné à être un peu plus flamboyant, un peu moins précipité et surtout moins convenu, il demeure tout de même relativement correct. De la sorte, le public a de quoi partir avec le sourire aux lèvres et en gardant une impression somme toute positive de l’ensemble. Si Entourage est généralement associée à une audience masculine, c’est certainement en partie parce que les héros sont justement des hommes, et que les femmes s’avèrent assez peu nombreuses. Enfin, si, il y en a beaucoup, elles sont souvent belles, vides et ne font que passer. Mais cela ne signifie pas qu’aucune ne reste suffisamment longtemps à l’écran. En dépit de plusieurs critiques allant dans ce sens, la fiction n’est pas fondamentalement sexiste ou misogyne. Bien que les bimbos soient un peu trop présentes, que l’humour et certains propos se montrent un peu limites, des femmes à poigne gravitent autour de ces principales figures et ne se laissent aucunement marcher sur les pieds. L’épouse d’Ari, Sloan (Emmanuelle Chriqui), Dana Gordon ou encore Babs en sont des exemples plus que concrets.

Outre les coulisses des décors hollywoodiens, le clinquant des villas et des fêtes de stars de ce petit monde huppé, l’atout le plus notable d’Entourage est qu’elle soit parvenue à rendre ses personnages attachants et crédibles. S’ils se révèlent assez caricaturaux pour certains, le public a de quoi finir par apprécier cette bande qui s’adore, mais qui se dispute évidemment. Vince doit ses aptitudes à aucun de ses potes, mais sans eux, il y a fort à parier qu’il n’aurait pas pu rester à un tel niveau. Et l’inverse est également vrai, d’où l’importance de l’entourage. Sans l’acteur à succès, les autres n’auraient assurément jamais eu accès à cet univers à paillettes, ce qui ne signifie nullement qu’ils soient dénués de talent à leur propre manière. Johnny, appelé plus communément Drama, est le grand frère de Vince. Mauvais comédien, cantonné à des rôles minables lorsqu’il arrive à en décrocher un, il est adepte de la bonne cuisine et dorlote son cadet. Ironiquement, il est interprété par Kevin Dillon, le frère de Matt. Son meilleur ami, Turtle (Jerry Ferrara), est celui qui aura le plus de mal à être développé dans la série. Il n’est pas foncièrement ennuyant, mais il est certainement le moins charismatique du groupe. Eric ‘E’ (Kevin Connolly) est le quatrième à compléter la bande. Il est le manager de Vince et, sans aucune hésitation, le protagoniste ayant le plus la tête sur les épaules. Du fait de son statut, il est régulièrement amené à prendre des décisions et cela le met donc dans des positions inconfortables. E est celui qui se rapproche le plus du téléspectateur en raison de sa personnalité et demeure un des plus sympathiques. Si ce quatuor est lié et indissociable, d’autres les entourent tout au long des huit saisons. Impossible d’occulter Ari Gold, l’agent de Vince. Totalement névrotique, vulgaire, machiste, obsédé par le pouvoir et donnant l’impression d’être sur crack 24 h/24, Ari est époustouflant. Bien qu’il soit souvent sur le fil du rasoir et qu’il ait une attitude peu recommandable, il est compliqué de ne pas l’adorer. Pour cela, remercions l’interprétation sans failles de Jeremy Piven qui n’a pas volé ses multiples Emmys pour ce rôle. Ari, malgré ses actes, est tout de même passionné par son travail et fidèle en amour comme en amitié. En dépit de ce qu’il dit, il veille toujours sur ceux qui sont autour de lui. On pense par exemple à son larbin, l’excellent Lloyd, dont il se moque à longueur de temps et fait des blagues sur son homosexualité. Sinon, n’oublions pas non plus le sacré réalisateur Billy Walsh, drogué et barré, ou encore le personnage joué par Scott Caan (Hawaii 5-0).

Pour résumer, Entourage aurait certainement dû se terminer depuis quelques années, mais elle demeure une série sympathique, de pur divertissement et d’assez bonne qualité dans son ensemble. En plongeant le téléspectateur dans l’envers du monde hollywoodien, les épisodes se veulent parfois corrosifs, sans pour autant tomber dans la surenchère gratuite. Quoi qu’il en soit, ce que l’on garde en mémoire, c’est cette bande d’amis soudés et extrêmement attachants, cette ambiance décontractée, ces superbes décors et la verve d’Ari, l’agent le plus déjanté de l’histoire de la télévision. Si film il y a, espérons qu’il ne vienne pas détruire ce souvenir semblable à une charmante longue sortie entre copains.

Par |2018-07-06T17:47:56+02:00novembre 7th, 2011|Entourage, Séries étasuniennes|0 commentaire