Everwood (saison 2)

Après avoir envisagé de reprendre le chemin vers le Colorado en 2011, ce ne fut que récemment que je me suis enfin remise à Everwood, et plus précisément, à sa seconde saison. Celle-ci, composée de 22 épisodes, fut diffusée sur la désormais défunte The WB entre septembre 2003 et mai 2004. Elle est inédite sur le réseau hertzien français puisque si je ne me trompe pas, elle n’est jamais passée dans son intégralité sur France Télévisions. Un unique spoiler : issue de l’opération de Colin.

En avril 2011 était publié le billet concernant la première saison d’Everwood où je disais recommencer la série très prochainement. Finalement, j’aurai mis plus d’un avant de retourner du côté de cette petite ville tranquille perdue au milieu des États-Unis. Pourquoi ce délai ? Pour être honnête, j’avais peur. Peur de ne plus du tout apprécier cet univers familial, tout simplement. Il faut savoir que je n’avais pas touché à Everwood depuis le milieu des années 2000. Entre-temps, de l’eau a coulé sous les ponts et j’ai pu aiguiser mon sens critique. J’espérais retomber sous le charme mais je craignais d’abîmer mes souvenirs. Et puis finalement, durant cette période je me suis procurée les DVD américains ce qui est nettement plus pratique que ce que je possédais jusque-là. Un petit mot à ce sujet, ces DVD sont certes des Z1 si ce n’est qu’ils sont lisibles sur des lecteurs non-dézonés. Il existe par ailleurs des sous-titres français donc pourquoi se priver ? Par contre, des chansons ont apparemment été modifiées en raison des droits d’auteur.

La saison précédente s’était terminée sur un cliffhanger assez effroyable avec l’opération de Colin Hart. Le docteur Andy Brown a-t-il réussi à lui sauver la vie ou au contraire, a-t-il dû le laisser s’en aller ? Cette nouvelle saison débute sans surprise par une ellipse temporelle de quelques semaines. Malgré les premières images chaleureuses, drôles, légères et typiques de l’été, le téléspectateur sent que la réalité est à mille lieues de ce qu’on lui montre. Effectivement, bien que Colin soit dans les parages, qu’Amy rie à gorge déployée et semble heureuse, la jeune fille ne fait que rêver. L’adolescent est malheureusement décédé sur la table d’opération. C’est ce tragique évènement qui va influencer l’intégralité de la saison et qui bouleversera totalement les personnages et leurs dynamiques. Le premier concerné est tout d’abord Andy qui est mis au ban d’Everwood car il est jugé responsable de la disparition de la coqueluche des habitants. Abattu, il ne cherche aucunement à se défendre et s’enferme dans une bulle où plus personne ne peut pénétrer. Il faudra toute la force de persuasion et les sarcasmes de son fils pour le sortir de ce marasme et lui faire expliquer à la ville entière qu’il n’y est pour rien si Colin est mort. Le jeune homme préférait disparaître plutôt que de n’être qu’un légume, il fallait donc faire un choix en conséquence. Les épisodes évacuent assez rapidement les difficultés psychologiques d’Andy mais aussi professionnelles car ses patients lui font au départ faux bond. En somme, cela est quelque peu dommage d’autant plus que la famille Hart est également très vite balayée de la carte, Laynie disparaissant par exemple en milieu de saison suite à une dispute avec Amy. L’entourage familial de Colin est en fait généralement assimilable à un électrochoc car lorsqu’il revient sur le devant de la scène, c’est pour mieux permettre aux personnages principaux de reprendre le droit chemin. Néanmoins, d’un point de vue global on ne peut guère tenir rigueur que l’impact de la mort de Colin soit aussi vite mis de côté vis-à-vis des Brown ou des Hart. Il subsiste en effet toujours quelques éléments subtils, montrant entre autres que le souvenir de cette opération hantera probablement à tout jamais Andy. En revanche, là où le décès de l’adolescent prend toute son envergure, c’est avec la famille Abott et plus particulièrement avec Amy.

Amy aimait Colin plus que tout. C’était son premier amour, elle a veillé sur lui lors de son long coma, elle ne l’a jamais laissé tomber et a fait tout ce qui était en son pouvoir afin qu’il finisse par se réveiller. Même lorsqu’il perdit la mémoire et devint violent, elle ne lâcha pas prise. Colin a profondément marqué et rythmé sa vie au cours des dernières années. Savoir qu’il n’est plus là et qu’elle se retrouve seule lui est presque fatal. Sans conteste, cette seconde saison est celle des Abbott. Amy traverse une grave crise car elle ne sait plus où elle va, qui elle est et de quelle manière elle peut envisager le futur. Non, elle ne pense même pas à son futur tant elle s’en fiche royalement. Le présent ne lui est d’ailleurs pas plus intéressant. Là où les épisodes sont tout particulièrement intéressants est qu’ils développent le mal-être de l’adolescente au long cours et ne verse jamais dans le sensationnalisme ou le misérabilisme. L’interprétation très juste d’Emily VanCamp associée à des dialogues fins et des situations simples mais efficaces font tout ce qui est nécessaire afin de rendre cet arc sincère et réaliste. La dérive d’Amy touche en plein cœur, elle qui entraîne en plus toute sa famille dans sa chute. Les Abbott subissent de plein fouet leur plus grave coup dur. S’il est indubitable que c’est Amy qui fait éclater le noyau familial, elle n’est en réalité que l’étincelle mettant le feu aux poudres. Les Abbott avaient déjà des soucis et des contentieux à régler entre eux. Amy en est tout simplement le catalyseur et son attitude désabusée et immature ne fait qu’amplifier le phénomène. Tandis que la jeune fille s’enfonce dans un gouffre sans fin en traînant avec un supposé ancien drogué, Tommy Callahan joué par Paul Wesley (alors crédité par son vrai nom nom, Paul Wasilewski | The Vampire DiariesFallen), Harold et Rose se disputent et mettent à mal leur couple. Si Tom Amandes avait déjà montré dans la saison précédente qu’il était absolument extraordinaire, il nous donne cette fois envie d’être encore plus dithyrambique tant son Harold est fabuleux. Toujours condescendant, sûr de lui et orgueilleux, le médecin a du mal à s’avouer que sa fille va mal et lui accepte tout, laissant son entourage de côté. La série développe avec ces épisodes une magnifique relation entre un père et sa fille, relation qui prend généralement une nouvelle tournure à l’adolescence, lorsque la jeune fille se détache quelque peu de son géniteur afin de prendre son envol. Harold lui, veut couver Amy et qu’elle ne souffre pas mais c’est malheureusement trop tard. En essayant tellement de la surprotéger, il finit par accentuer les dissensions au sein de sa propre famille. C’est là où la saison est très bien écrite car si Amy est au cœur du propos, suivie de très près par son père, Rose et Bright ne sont jamais oubliés bien qu’ils soient pourtant laissés sur le bord du chemin par tout le monde. Ces deux personnages se montrent attendrissants, eux qui jouent le rôle de cinquième roue du carrosse. Bright est d’ailleurs une des révélations de la saison car en plus d’être drôle, il sait aussi se montrer un peu plus dense qu’au premier abord. Quoi qu’il en soit, la dépression d’Amy est ainsi à l’origine de plusieurs scènes intenses et touchantes comme celles de fin du 2×10, Unhappy Holidays, avec le monologue d’Amy puis la grande envolée de Rose envers sa mère jouée par Betty White, ou encore l’oubli du 2×13, Forget me not. Résumer cette famille aux souffrances d’un de ses membres serait réducteur car d’autres intrigues entrent également en compte comme celle en lien avec Linda, la sœur d’Harold jouée par Marcia Cross (Desperate Housewives), de retour après avoir passé plusieurs années à exercer la médecine à l’étranger. Cette arrivée sera à l’origine de profonds changements au cœur du cabinet mais aussi au sein des relations entre les différents personnages.

Évidemment, si les Abbott sont au centre de nombreux propos au cours de la saison, ils sont loin d’être les seuls à être sur le devant de la scène. Du côté de chez les Brown, la vie suit son petit cours tranquille. Ephram et Andy apprennent à se parler normalement à et avoir une relation moins conflictuelle et plus ou moins digne de celle liant un père à son fils. Il s’agit là d’une belle évolution, crédible et tranquille mais qui annonce de bien tristes jours dans la saison trois au vu d’une certaine révélation assez facile dans le 2×22, The Day is Done. Andy n’a jamais été le personnage le plus intéressant ou attachant d’Everwood et ce n’est pas encore avec ces épisodes que l’on dira le contraire. Pour autant, il n’est généralement pas désagréable et ce sont surtout ses dynamiques avec les autres qui lui permettent d’être sympathique et d’avoir du matériel. Son épouse étant décédée depuis plusieurs années, il finit par aller de l’avant et ressent des sentiments inédits pour une femme autre que celle qu’il a épousée. Si réussir à allier vie sentimentale avec sa vie familiale assez compliquée ne sera pas aisé pour lui, il sera pourtant confronté à un élément impossible à occulter et rendant cette nouvelle relation encore plus complexe qu’au premier abord. Tout en s’investissant dans une nouvelle fréquentation, il met de côté ses amis comme Nina -quasi transparente au cours des épisodes- et retombe parfois dans ses travers passés. En tout cas, pour notre plus grand plaisir, la saison n’oublie pas le lien atypique entre Harold et Andy, toujours aussi fraîs et drôle bien que ces fameux moments vachards manquent quelque peu à l’appel.
Et Ephram ? Ah pardon, avant qu’on ne l’oublie, et Delia ? La petite fille a beau avoir de jolies réactions bien écrites, son interprète est tellement mauvaise qu’il est difficile de ne pas tiquer. Heureusement, elle est assez peu mise en avant et son absence de talent est contrebalancé par celui de ses confrères. Pour garder sa fille, Andy emploie une nouvelle baby-sitter, Madison, jouée par Sarah Lancaster (What About Brian). Madison a la vingtaine, est belle, étudiante, drôle, intelligente, une superbe voix et un excellent sens de la réparti. Tout le monde est rapidement charmé et elle remet des étincelles dans les yeux de Delia voire dans ceux d’Ephram… Et donc, et lui alors ? Il est loin le garçon bizarre au cheveux violets du tout premier épisode d’Everwood. Plus sûr de lui, légèrement moins sarcastique et moins en rébellion contre la totalité de l’univers, il se pose et construit brique à brique une personnalité solide et bien plus adulte que celle des adolescents de son âge. En raison de la période autodestructrice d’Amy et parce qu’il s’est fait mettre de côté depuis tellement de fois, Ephram ne cherche plus réellement à prendre de ses nouvelles. N’importe quel téléspectateur sait pertinemment qu’ils sont destinés l’un à l’autre mais il est évident qu’ils doivent d’abord régler certaines choses auparavant. Pour la première fois, Ephram a des sentiments pour quelqu’un et ils sont partagés. La saison ne joue par la carte de la facilité avec le choix de cette personne car plusieurs obstacles assez peu communs se mettent entre eux. Ephram grandit et expérimente. Parfois, il en ressort le cœur brisé et l’âme en mille morceaux mais c’est justement ça qui lui permet d’avancer. Bright devenu son meilleur ami l’aide et lui fait profiter de ses conseils parfois dispensables. À ce sujet, l’amitié entre les deux est une excellente idée car s’ils semblent n’avoir rien en commun, ce sont justement leurs différences qui leur permettent de former une paire aussi fantastique.

En résumé, cette seconde saison est celle de l’évolution. Les personnages finissent tous par changer et s’ils semblent pour certains s’enfoncer dans l’obscurité, c’est généralement pour mieux remonter. Ces nouveaux épisodes marquent par cette caractérisation toujours plus poussée et en constant changement ; c’est pourquoi la saison forme un tout cohérent et de qualité constante. Citer un épisode en particulier n’est pas évident car fondamentalement, il ne se passe pas grand-chose. Ce n’est en aucun cas un problème mais tout le contraire tant le rythme tranquille permet de développer comme il se doit les situations et leurs acteurs. Pour ne rien gâcher, les thématiques abordées sont encore une fois simples, à des années lumière des teen shows habituels et leur traitement est d’un grand naturel. On pense aux amours impossibles, à la dépression, à la séropositivité ou tout simplement aux liens familiaux et amicaux. Des moments importants comme la première relation sexuelle sont également mis en avant de plusieurs manières, selon différents points de vue mais gardent toujours pour maître mot la simplicité et la subtilité. Il s’agit sans conteste d’une marque de fabrique d’Everwood qui, si elle insuffle une certaine dose de bienveillance, montre qu’elle est une série dramatique familiale réussie et plus qu’enthousiasmante. Au cours de la saison, les intrigues médicales sont par ailleurs mieux dosées que précédemment et font généralement un parallèle avec des évènements se déroulant dans la vie des protagonistes principaux. De plus, il n’est pas rare que des comparaisons soient également faites entre les différents personnages et ce qu’ils vivent. La saison prouve encore une fois qu’elle sait suivre avec une profondeur égale trois générations, à savoir celle des ados, des parents mais aussi celle des grands-parents.

Sur une note plus triviale, il est possible de retrouver de nombreux visages plus ou moins connus de la télévision. On peut ainsi citer Kristen Bell en cheerleader mécontente de sa petite poitrine, Beau Bridges (Stargate SG-1, My Name is Earl) comme minier rêvant de construire un phare, James Earl Jones (notamment la voix de Darth Vader) en mélomane acariâtre, Kirsten Nelson (Psych) travaillant aussi à la mine, Tamara Taylor (Bones) en médecin, J.K. Simmons (Oz) en supposée oreille directe d’un dieu, Adam Beach en natif-américain, Charlie Webber (Ben dans Buffy the Vampire Slayer) en guitariste pédant, Kelly Carlson (Nip/Tuck) comme vendeuse de fausses cartes d’identité ou encore la désormais regrettée Kathryn Joosten (Desperate Housewives) en baby-sitter. Claudia Christian (Babylon 5) incarne quant à elle une Edna bien plus jeune et ce choix est plus que judicieux tant sa ressemblance avec Debra Mooney est troublante, ne serait-ce qu’au niveau de la voix. Tim DeKay (Carnivàle) est de retour dans le rôle du pasteur malvoyant ; de même pour Dylan Walsh (Nip/Tuck) en tant que mari gay de Nina et Philip Baker Hall (The Loop) en mentor d’Andy. Bref, il y en a du monde !

Au final, cette seconde saison continue sur la lancée initiée par la précédente. Plus grave et aboutie mais toujours aussi juste, elle place ses personnages dans des situations difficiles avec des vérités exposées et des changements inéluctables. La période est par conséquent celle de l’évolution et celle-ci se fait en douceur, en simplicité et avec beaucoup de pudeur et de réalisme. Fort heureusement, si le drame est plus que présent au cours des intrigues, l’humour et la bonne humeur ne dépareillent nullement et c’est toujours un vrai bonheur d’aller à Everwood car on sait que notre cœur sera certes parfois mis à rude épreuve mais sera aussi totalement charmé. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite sera tout autant homogène et qu’elle ne subira par les fameux affres de la malédiction de la saison trois.

By |2018-07-06T18:00:13+01:00juin 13th, 2012|Everwood, Séries étasuniennes|5 Comments

Everwood (saison 1)

Lors des premières années de 2000, France Télévisions a sacrément maltraité certaines séries. Certes, cela est toujours plus ou moins le cas mais pour ma part, j’ai été principalement marquée par trois séries qui me plaisaient mais pour lesquelles le service public faisait vraiment n’importe quoi. À tel point qu’arrivée en 2011, je n’ai même pas encore fini de rattraper toutes ces petites pépites. Comme j’ai déjà pu en parler, Gilmore Girls et The O.C. en firent les frais. La troisième n’est autre qu’Everwood. Lorsqu’elle est passée pour la première fois sur France 2, nous étions en 2003. La chaîne la diffusait le dimanche après-midi si je ne me trompe pas. La suite n’est jamais arrivée. Pourtant, il y a bien eu une nouvelle tentative vers 2006-2007 (?), sur France 3 cette fois-ci. Malheureusement, encore une fois, arrêt très rapide. Bref. Impossible de visionner Everwood dans son intégralité sur les chaînes gratuites françaises. Les DVD ? Ils sont presque tous enfin sortis aux États-Unis. Cela pour dire que voyez-vous, avec tout ce schmilblick et cette difficulté à se procurer les épisodes jusqu’à peu, je n’ai pas dépassé la première saison. 2011 sera l’année où je reprendrai la série.
Everwood est une série créée par Greg Berlanti (No Ordinary Family) et composée de quatre saisons, soit 89 épisodes. Elle fut diffusée entre 2002 et 2006 sur feue The WB. La première saison, dont nous allons parler aujourd’hui, comporte 23 épisodes datant de 2002-2003. Aucun spoiler.

Le docteur Andy Brown est un éminent neurochirurgien. Sûr de lui, condescendant et ne vivant que pour son travail, il ne se rend pas compte qu’il ne connaît plus sa famille. Ce n’est que lorsque son épouse décède suite à un accident de voiture qu’il se rend compte du trou béant qu’elle a laissé en partant. Plutôt que de continuer sa vie à New York, il déménage dans une petite ville du Colorado, Everwood. Si ce changement plaît à sa fille d’une dizaine d’années, ce n’est pas du tout le cas d’Ephram, à peine seize ans et en révolte permanente contre son père. Perdu au milieu de nulle part, Andy décide alors d’ouvrir un cabinet de médecine générale mais doit faire face à Harold Abbott, l’autre médecin de la ville, haut en couleur et totalement fermé à la concurrence.

La première saison d’Everwood est passée à deux reprises par mes écrans et ce, en VF. J’ai dû la regarder pour la dernière fois aux alentours de 2007. Sachant que je compte recommencer la série, j’ai décidé d’écrire un billet concernant la saison, sans pour autant la revisionner. Par conséquent, je suis désolée si ce qui suit sera un tant soit peu superficiel. Je garde un souvenir global de ces 23 épisodes et certains éléments ont probablement disparu de ma mémoire.
Everwood est une série familiale et cela se sent. Elle sonne assez comme Gilmore Girls qui était également diffusée sur The WB à la même époque. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il s’agit là d’une série consensuelle et pleine de bons sentiments. Cette première saison traite ainsi de sujets simples, crédibles mais le fait souvent avec intelligence. Le principal reproche concernant cette saison est que chaque épisode repose généralement sur le même schéma, autrement dit un cas médical est mêlé à des évènements -parfois douloureux- dans la vie des Brown et des Abbott, ce qui permet d’approfondir les personnages. L’association des deux est généralement correcte mais il est préférable que l’intrigue médicale n’empiète pas de trop sur le reste, d’autant plus qu’elle est parfois un peu conventionnelle.

Au-delà des thématiques toujours abordées avec justesse et sans surenchère, fait rare à l’heure actuelle pour être noté, la saison marque surtout pour sa tendresse envers ses personnages. Everwood est une petite ville perdue au milieu des montagnes. Il ne s’y passe pas grand-chose d’exceptionnel. Les habitants sont, comme on peut s’en douter, parfois assez bourrus et bruts de décoffrage. On est loin du mondain et huppé New York. Visuellement, la série est agréable car elle montre des paysages montagneux, enneigés et faisant rêver.
Lors du décès de leur mère (Brendra Strong | Desperate Housewives), Ephram (Gregory Smith) et Delia (Vivien Cardone) arrivent ainsi dans le Colorado car leur père, Andy (Treat Williams) veut tout plaquer pour repartir sur de bonnes bases. À New York, Andy n’était jamais présent pour qui que ce soit tant il était absorbé par son travail. À la mort de sa femme, il réévalue ses priorités et tente de réparer ses erreurs. Il est loin d’y arriver. Si avec Delia, tout est assez facile car elle est jeune, optimiste et fraîche, c’est tout l’inverse avec Ephram, l’adolescent typique. La saison développe tout particulièrement la relation entre ce père et son fils et le fait avec brio. Ils font parfois un pas l’un vers l’autre pour deux en marche-arrière. Ils s’aiment mais c’est compliqué. La question n’est pas de savoir qui a tort ou qui a raison mais d’essayer de recoller les morceaux. Sans aucun doute, ce lien fragile et conflictuel entre ces deux Brown est le point d’orgue de la saison (et de la série ?).

D’autres dynamiques sont tout aussi intéressantes et bien écrites. Forcément, en arrivant à Everwood, Andy se retrouve confronté à un autre médecin, le fameux Harold Abbott, interprété par le génial Tom Amandes. Sûr de lui en apparence, il est bien plus fragile qu’il ne le laisse paraître et a un côté très drôle qui fait souvent mouche. Sa famille est immédiatement liée aux Brown. Andy et lui aiment se détester cordialement mais on sent tout de même de temps en temps une certaine complicité mêlée à du respect.
Chez les jeunes, entre Ephram et la jolie Amy, jouée par Emily VanCamp (Brothers & Sisters), s’instaure une relation complexe. Si le jeune homme tombe vite amoureux d’Amy, du côté de cette dernière, les choses ne sont pas aussi limpides… Il faut effectivement compter sur son petit-ami, Colin, dans le coma et qui se révélera être le fil rouge de la saison. Cet arc est rondement mené et se termine sur un cliffhanger. Colin est un personnage vraiment intéressant et la relation qu’il développera avec Ephram l’est tout autant. Quant à Amy, si son attitude est parfois égoïste, elle n’en est que davantage humaine et crédible. Ses actes ne la rendent que plus proche de nous.

Du côté des autres personnages, il convient de citer la mère du Dr. Abott, Edna, qui n’a pas sa langue dans la poche et qui fait trembler son fils. Elle est mariée à un chauffeur de bus, Irv, qui n’est autre que le narrateur de la série. Cette voix-off, que l’on entend généralement en début et en fin d’épisode, est certainement l’unique point sur lequel on peut chipoter durant la saison. Elle ajoute trop de sentimentalisme. N’oublions pas le frère d’Amy, Bright, incarné par Chris Pratt, qui passe pour le gros lourd mais qui se révèle bien plus profond qu’il n’en a l’air, la sœur de Colin jouée par Nora Zehetner (Grey’s Anatomy) ou encore la voisine des Brown, Nina.
Dans le rayon acteurs plus ou moins connus, la saison une est marquée par Jane Krakowski (Ally McBeal), Melinda Clarke, Tim DeKay (Carnivàle), Dylan Walsh (Nip/Tuck) et John Aylward (ER).

La première saison d’Everwood est une jolie réussite car réaliste et n’hésitant pas à traiter d’histoires simples reflétant des tranches de vie et cela, sans fioritures. Le traitement est parfois un peu consensuel mais l’ensemble n’en souffre au final guère. Sa force réside dans ses personnages ainsi que par les dynamiques qui les lient car elles sont ciselées et en constante évolution. La distribution est d’ailleurs globalement solide. La saison est un mélange d’humour caustique et léger, de romance, de drame et d’évènements familiaux. À une époque où les séries familiales et pour adolescents en font presque systématiquement trop, celle-ci est une véritable bouffée d’air frais.

By |2018-07-06T17:47:56+01:00avril 24th, 2011|Everwood, Séries étasuniennes|4 Comments