Fais pas ci, fais pas ça (saison 3)

Trouver une série française agréable et bien écrite devient tellement rare que lorsque l’on a mis la main sur une, on ne la lâche plus. Fort heureusement, après quelques doutes, une restructuration de l’équipe créative et un tournage en deux temps, la saison trois de Fais pas ci, fais pas ça a fini par arriver sur France 2 entre novembre et décembre 2010. Elle est composée de huit épisodes de cinquante-deux minutes. Les audiences ayant été au rendez-vous, on peut se permettre d’espérer une quatrième année. Aucun spoiler.

Les critiques de Fais pas ci, fais pas ça se révèlent, dans leur globalité, unanimes. Si la saison deux a été pointée du doigt par certains, ce ne fut pas – trop – le cas de la maison. Elle fut certes assez différente de la première, mais elle possède assurément du charme. Concernant ces huit nouveaux épisodes, le constat est plus ou moins du même acabit. Sans être parfait, cet ensemble n’en demeure pas moins chaleureux et attachant, notamment grâce à ses personnages toujours aussi truculents et bien interprétés. Les quatre parents sont absolument délicieux. Les techniques d’éducation sont un petit peu moins mises en avant que jusque-là, bien que de toute manière, ce ne soit pas ça qui constitue le sel de la série. On se plaît tout simplement à suivre le train-train habituel, mais quand même parfois un brin fantaisiste, des Lepic et des Bouley. La saison trois permet dès lors de partager des fêtes traditionnelles et certains moments forts comme Noël ou le bac de français. Ce procédé est régulièrement sympathique, surtout lorsqu’il correspond exactement à la période à laquelle la fiction est regardée. La diffusion ayant effectivement débuté fin novembre, les festivités étaient très proches et les aventures y faisant référence particulièrement de bon ton.

Lors de la première année, les histoires duraient une quarantaine de minutes. Ce format était probablement préférable puisque Fais pas ci, fais pas ça a un peu de mal avec ses cinquante-deux minutes. Le rythme est occasionnellement fluctuant, il y a quelques temps morts et si l’on ne s’ennuie pas, on sent tout de même de gros coups de mou. Il aurait peut-être fallu raccourcir les épisodes d’une dizaine de minutes. Quarante aurait été un bon compromis pour le passage en première partie de soirée. Ce n’est pas si grave que cela, mais la saison aurait gagné en homogénéité.

Côté thématiques abordées, encore une fois, la série arrive à en utiliser certaines de manière un brin corrosive et presque toujours adéquate. Il est question de sujets assez difficiles tels que le deuil, la nécessité de trouver sa voie professionnelle, l’infidélité et le frère caché, une hypothétique homosexualité de l’un de ses enfants, les séances chez la psy avec les sessions de dessin, ou d’autres bien plus triviaux comme la fameuse place en crèche, l’élaboration d’un CV, la découverte des sites de vidéo ou la possibilité de se faire une épilation intégrale ou pas. De même, en dépit d’un traitement par moments un peu léger, il n’en demeure pas moins que cette impertinence presque constante et globalement drôle permet à la saison d’offrir des épisodes piquants détenant une grande part de réalisme. La famille Lepic est sans conteste celle qui me plaît le plus, sûrement parce qu’elle est la plus proche de mon éducation, mais aussi, car c’est celle qui me fait le plus rire. Il faut également dire ce qu’il en est, c’est elle la plus attachante. Les parents ont beau râler et avoir un côté bien bourgeois, ils aiment leur progéniture – et ça se voit.

 

Cette fois, les scénarios ne sont pas dotés d’un fil rouge particulier et narrent plus diverses tranches de vie. En somme, ce n’est pas un défaut parce que la production n’a pas forcément besoin de posséder cela pour se révéler intéressante. Par ailleurs, elle n’hésite pas à utiliser à bon escient les fameux cliffhangers. A contrario, il y a quelques incohérences, imprécisions ou facilités comme le parcours scolaire de Christophe, Eliott qui est déjà en quatrième, la solution du non-départ en Chine, etc. Alors que dans les deux premières saisons, les deux familles n’avaient que peu d’interactions ensemble ou bien uniquement quand elles étaient forcées, elles se rencontrent dorénavant plus régulièrement et semblent par moments s’apprécier mutuellement. Bien sûr, elles ne se l’avouent pas, mais elles sont assez proches en dépit de leurs différences. Si les parents représentent ainsi les véritables héros de la série, les enfants sont quand même mis en avant et certains tirent leur épingle du jeu. Autrement, plusieurs invités viennent encore une fois le temps de quelques histoires, comme Bruno Solo dans son propre rôle, Éva Darlan dans celui de la mère de Valérie Bouley qui trouve toujours le moyen de critiquer sa fille, Pierre Mondy dans celui de son père qui doit subir le caractère de sa femme, ou encore Isabelle Nanty en nounou mythomane et amatrice de l’éducation à la saucisse. Ces personnalités sont relativement bien exploitées et ne donnent pas l’impression d’être présentes uniquement pour ameuter du téléspectateur, si tant est que cela puisse fonctionner dans ce cas précis.

En définitive, la saison trois de Fais pas ci, fais pas ça démontre qu’il s’agit là d’une comédie française compétente. Si les épisodes ne sont pas tous homogènes et manquent parfois de rythme, il est indubitable que qualitativement parlant, la barre est placée haut. L’écriture des scénarios est assez fine, irrévérencieuse comme il faut, relativement crédible, et les dialogues se veulent généralement drôles. De plus, l’universalité des thématiques abordées permet de facilement se prendre au jeu. Finalement, on se plaît à regarder les aventures de ces deux familles attachantes au possible, d’autant plus que l’interprétation se montre solide. Il ne reste plus qu’à espérer qu’une suite se fasse et qu’elle ne mette pas trop de temps à arriver sur France 2.

Par |2017-05-01T14:01:11+02:00février 17th, 2011|Fais pas ci Fais pas ça, Séries françaises|0 commentaire

Fais pas ci, fais pas ça (saison 2)

Après une première année fort réussie, il était impossible d’occulter la seconde de Fais pas ci, fais pas ça. Ce n’est pas tous les jours que l’on se trouve en face d’une série française ayant sa propre identité et, qui plus est, fonctionnant à merveille. Les mois défilent et les saisons de cette fiction sont de plus en plus courtes. Effectivement, la deuxième ne comporte que six épisodes, mais le format dispose de cinquante-deux minutes. Elle fut cette fois-ci diffusée en première partie de soirée, sur France 2, entre avril et mai 2009. Notons qu’une suite avec quatre épisodes est déjà d’actualité ; il ne reste plus qu’à attendre qu’elle passe sur la chaîne. Aucun spoiler.

La première saison de Fais pas ci, fais pas ça mettait en avant deux familles aux méthodes d’éducation différentes. Chacune était illustrée à travers une émission à mi-chemin entre le documentaire et la téléréalité. Tout cet aspect est laissé de côté dans cette salve d’aventures inédites. Les caméras, les confessions embarrassées et les interviews sont ainsi rangées au placard. On voit tout simplement les Bouley et Lepic au quotidien, de la même façon que dans une série ou un film ordinaires. Du coup, les personnages ne s’adressent dorénavant plus directement aux téléspectateurs. Le procédé fonctionnait très bien et était plutôt agréable, mais son absence ne se ressent pas réellement. À vrai dire, une grande partie des qualités de la production sont de retour pour cette nouvelle année. N’étant vraiment pas fan des fictions françaises, j’avoue avoir eu un peu peur que la magie passée se soit envolée, mais ce n’est pas réellement le cas malgré moins d’éclats de rire et une trop forte propension à vouloir sortir du naturel précédent. L’intrigue sur l’agent immobilier véreux, avec Anémone en voisine acariâtre, n’est franchement pas trépidante et n’a pas sa place dans Fais pas ci, fais pas ça. Ces frasques et comportements parfois proches de la simple exubérance finissent rapidement par lasser tant on espère retrouver l’authenticité et la fraîcheur des débuts. Ne le nions pas, quand le quotidien est de retour, il devient facile de s’immerger dans l’existence tellement ordinaire, mais si marrante des deux familles. Voisins, ils se fréquentent très souvent et c’est loin de les ravir, même s’ils s’entendent quand même plutôt bien. Tout le monde est donc de la partie. Six épisodes, c’est court, il y a forcément moins de développement que lors des douze de la première saison ; les enfants sont vraiment en retrait, par exemple. Toutefois, les thèmes de la vie française sont réemployés : boulot, chômage et recherche d’emploi, divorce, baccalauréat, adolescence, rêve d’émancipation de la mère au foyer, etc. La série est toujours aussi fédératrice, et c’est un régal que d’avoir vraiment l’impression de côtoyer deux familles françaises tout à fait crédibles. Du côté des invités, la production s’offre en plus quelques personnes de luxe comme Patrick Bruel qui joue son sosie, Pascal Légitimus, Mathilda May ou encore André Manoukian.

Finalement, il n’y pas grand-chose à dire sur cette seconde année de Fais pas ci, fais pas ça qui, malheureusement, sans être une catastrophe, est à la peine par rapport à la précédente. Si les six épisodes restent globalement frais, pétillants et drôles, que les répliques sont assez incisives et délicieuses, et que l’humour se veut autant piquant, quelques zones d’ombre subsistent. La simplicité se transforme parfois en irréalisme et trop d’exagérations deviennent irritantes, surtout que l’aspect purement familial prend désormais beaucoup de place, au contraire de la parodie. Heureusement, les acteurs représentent un atout non négligeable, car ils se révèlent plutôt extraordinaires. En bref, la saison a visiblement des difficultés à trouver ses marques après avoir changé de formule. Laissons peut-être à la série le temps de s’adapter avant de se montrer trop critique.

Par |2017-05-01T14:01:51+02:00février 11th, 2010|Fais pas ci Fais pas ça, Séries françaises|0 commentaire