Fais pas ci, fais pas ça (saison 1)

Ceci n’est pas un rêve. Aujourd’hui, c’est bel et bien un billet sur une production française que vous allez pouvoir lire sur Luminophore. En plus, il s’agit d’une série qui ne m’a même pas été imposée comme ce fut le cas avec Clara Sheller. Non, place à une que j’ai tout simplement décidé de regarder, et j’avais toute ma tête à ce moment-là. Le monde tourne toujours à l’endroit, rassurez-vous. J’ai déjà pu le dire, je n’aime pas la télévision française – ni le cinéma français, d’ailleurs. Ce n’est pas par plaisir de rejeter les travaux de mon propre pays, loin de là. Pour ma défense, je les trouve souvent pénibles, sans originalité, écrits à la truelle et interprétés de façon bancale. Peut-être que je choisis mal ce que je teste, je n’en sais rien. Tout ce dont je suis sûre, c’est que seule une fiction bénéficie de mes faveurs à l’heure actuelle : Jeff et Léo, flics et jumeaux. Clara Sheller possède une sympathique première saison, il faut voir ce qu’elle donne au cours de sa seconde, bien que je n’en sois de toute manière pas spécialement friande. Bref, parlons donc de la première année de Fais pas ci, fais pas ça, série ayant déjà une deuxième à son compteur, et apparemment une troisième serait en cours. La saison une fut diffusée en fin d’après-midi sur France 2 entre septembre et novembre 2007 ; elle est composée de douze épisodes de quarante-deux minutes. Aucun spoiler.

Deux familles voisines, radicalement opposées, sont filmées une grande partie de leurs journées durant plusieurs mois afin de scénariser une sorte de docuréalité. Il y a d’un côté les Bouley, partisans d’une éducation assez relâchée et bobos dans l’âme ; et de l’autre se situent les Lepic, persuadés que l’on élève ses enfants en mettant en place des règles strictes qu’il importe de ne jamais transgresser. Inévitablement, si leurs méthodes leur semblent à tous plus que pertinentes, la réalité finit toujours par les rattraper à un moment donné.

Pourquoi suis-je donc allée m’aventurer là-dedans ? À dire vrai, j’avais prévu de commencer Fais pas ci, fais pas ça au cours de sa diffusion, mais ayant raté le coche, j’ai laissé tomber en pensant que je m’en occuperais un jour – ce que j’ai fait au début de l’été. La fiction m’intéressait assez dans le sens où j’ai un faible pour le sympathique Bruno Salomone, et j’avais vu la bande-annonce que je trouvais alors drôle. Pour être honnête, je m’attendais à une série assez moyenne en dépit de critiques plutôt élogieuses. On ne se refait pas ! Eh bien, en cinq minutes à peine, j’étais totalement sous le charme et je n’ai jamais décroché une seule seconde durant la totalité de la saison. Au contraire, j’étais même triste de constater qu’il n’y avait déjà plus d’épisodes. La production est originale et ne se calque pas sur des histoires en vogue outre-Atlantique. La télévision française nous a tellement habitués à sortir des clones que cette nouveauté procure un bien fou. Pourtant, le synopsis est très simple puisque l’on suit tranquillement deux familles françaises relativement normales. Et résultat, ça marche. Quelle est donc la raison de cet enchantement de ma part ? Les dialogues constituent une partie de ce succès ; ils s’avèrent pertinents, plutôt irrévérencieux et font vite mouche. Si en plus les acteurs se révèlent parfaits dans leur rôle, le public plonge rapidement dans le bain. C’est très drôle et souvent assez corrosif, sans devenir pour autant cynique ou cruel. En outre, les spectateurs ont certainement tous déjà vécu un grand nombre des évènements se déroulant dans la série, ce qui permet à l’ensemble de fédérer. Effectivement, il est possible de s’identifier à l’un des parents ou enfants, ou bien de se remémorer l’attitude de l’un de ses géniteurs, etc. En fait, malgré quelques traits forcés inévitables pour le divertissement, Fais pas ci, fais pas ça reste réaliste et crédible.

Les deux familles possèdent des manières différentes d’élever leur progéniture, mais aucune n’est franchement exceptionnelle. De toute façon, existe-t-il une méthode infaillible ? Bien sûr que non, et les épisodes démontrent que les enfants finissent régulièrement par déborder du cadre et des valeurs que leurs parents essayent de leur inculquer. De là en découlent des situations la plupart du temps délicieuses et amusantes. J’avoue avoir une préférence pour les Lepic, mais c’est sûrement parce que j’ai plus reçu une éducation de ce genre. En fait, Fais pas ci, Fais pas ça illustre surtout que l’instruction parfaite est une utopie et que ce n’est pas grave puisque cela ne signifie aucunement que tout le monde va mal tourner. La saison est probablement très décomplexante pour les parents par son petit côté impertinent et cette mise en scène d’angoisses et de névroses chez les adultes. Mine de rien, la production fait preuve d’un ton résolument moderne et ne copie jamais ce que font les pays voisins. C’est typiquement français et, dans ce cas précis, c’est un compliment. Cerise sur le gâteau, la saison suit le temps chronologiquement parlant. C’est quelque chose que, personnellement, j’apprécie beaucoup dans les séries américaines quand je les regarde lors de leur diffusion. Par exemple, si l’on est fin novembre, on a le passage sur Thanksgiving, etc. Ici, il y a en septembre la rentrée scolaire, fin octobre la Toussaint, et ainsi de suite. Ce procédé se montre extrêmement sympathique.

En définitive, rédiger que Fais pas ci, fais pas ça fut une révélation serait même un euphémisme tant j’ai adoré ces douze épisodes. La saison une est divertissante, réaliste, fraîche, très drôle et bien écrite. Pour ne rien gâcher, tous les acteurs sont impeccables, qu’il s’agisse des parents, mais aussi de leur progéniture. Les situations sont on ne peut plus classiques, mais c’est justement en ça que la fiction est réussie. En effet, de là elle en tire des moments comiques et susceptibles de résonner avec notre propre vie. Tous les personnages sont attachants malgré leurs défauts. Bref, voilà enfin une excellente série française représentative de notre culture – comme quoi, tout n’est pas perdu. À noter que les Américains auraient acheté le concept. En tout cas, je sens que la suite ne va pas trop tarder à passer par mon petit écran…