Fallen (mini-série)

En attendant la rentrée des séries courant septembre/octobre, la pause estivale me paraît toujours la bonne période pour regarder quelques mini-séries et autres fictions plus éphémères. C’est d’ailleurs en partie pourquoi je me suis dernièrement penchée sur Fallen, constituée de trois épisodes d’un peu moins d’une heure et demie chacun. L’ensemble fut diffusé sur ABC Family entre juillet août 2007 et adapte vraisemblablement assez librement le cycle littéraire en quatre romans The Fallen de Thomas Sniegoski – livres que je n’ai jamais lus. Aucun spoiler.

Aaron Corbett s’apprête à fêter ses dix-huit ans et, pour une fois, sa vie semble vouloir retrouver un cours relativement normal. Son bonheur est malheureusement de courte durée, car il découvre bien malgré lui qu’il est mi-ange mi-humain et que les Puissances, une entité regroupant les créatures célestes les plus influentes, cherchent activement à le tuer. En raison de sa nature, ses pourchasseurs le considèrent comme une abomination, mais il serait en réalité le Rédempteur, celui capable d’absoudre les anges déchus de leurs crimes.

Ayant de toujours un faible pour les mythologies en tous genres, Fallen me donnait vraiment envie. Je n’espérais pas forcément une fiction extraordinaire, mais suffisamment bien ficelée et dense afin d’offrir un divertissement digne de ce nom disposant d’une trame scénaristique aux riches références. Malgré un joli générique plutôt stylisé, le premier épisode laisse vite comprendre qu’il convient de revoir à la baisse ses attentes. Déjà, la réalisation se révèle assez misérable et souffre certainement d’un manque de budget rédhibitoire. La musique composée par David C. Williams ainsi que les chansons – dont Breathe Me de Sia – s’avèrent surtout intrusives en cherchant à manipuler les émotions des téléspectateurs. Quant aux effets spéciaux et autres trucages, ils se montrent la majeure partie du temps ridicules et accentuent une impression de kitsch presque navrante. Il est alors compliqué de prendre au sérieux les combats illustrés à l’écran où les personnages semblent coincés dans leur costume d’ange. Encore pire, plusieurs s’adonnent aux arts martiaux, mais la chorégraphie aléatoire et les illisibles plans rapprochés rompent toute fluidité ou appréciation. Les épées enflammées desservent tout autant cette mini-série qui, à travers une tragédie familiale, n’hésite pas à multiplier poussivement les similarités avec Star Wars.

Fruit de l’union d’un ange déchu et d’une femme mortelle, Aaron Corbett croit au départ n’être qu’un orphelin ayant mené une enfance douloureuse. Le jour de son dix-huitième anniversaire a tout pour être joyeux, ne serait-ce que parce que ceux l’ayant adopté l’aiment profondément. Sa scolarité se déroule à merveille et il s’apprête même à bénéficier d’une bourse universitaire. Pour une raison qu’il ne s’explique pas, il souffre toutefois de violents maux de tête et pense être victime d’hallucinations auditives. C’est qu’il entend les animaux et, plus particulièrement Gabe, son chien ! Il n’a pas le temps de se poser trop de questions sur sa santé mentale qu’un sans domicile fixe (Tom Skerritt – Picket Fences) l’approche, lui révélant qu’il est le nephilim d’une ancienne prophétie. Avec ses pouvoirs fraîchement acquis en devenant majeur, il est en mesure de renvoyer les anges déchus au paradis. Évidemment, Aaron prend cet homme pour un fou, mais il est rapidement rattrapé par les Puissants, bien décidés à l’annihiler. Avec l’aide d’un être céleste peu affable, Camael (Rick Worthy), il s’enfuit et se lance dans un voyage initiatique fort dangereux. Pourchassé par tous, il doute fortement de son don, de sa mission, de la frontière entre le bien et le mal, et découvre progressivement ses origines.

En dépit d’une mythologie vraisemblablement riche, Fallen fait preuve d’une incroyable pauvreté scénaristique. En effet, le récit avance de façon linéaire et oublie d’injecter un souffle épique digne de ce nom. Pourtant, avec ces factions d’anges fanatiques et un univers de cette trempe, tout était là pour instaurer un climat héroïque. Quoi qu’il en soit, le personnage principal, Aaron, est une coquille vide insipide et le voir subir mécaniquement autant d’embûches n’arrange clairement pas la situation. L’écriture occulte la subtilité pour apporter artificiellement énormément d’adversités et de rebondissements prévisibles. Ainsi, le nephilim débute son parcours à reculons, rencontre les bons individus à l’instant idéal, et suit un destin qui semble être tracé depuis la nuit des temps. Tout est cousu de fil blanc, à commencer par la grossière romance lycéenne en filigrane faisant plus lever les yeux au ciel que mettre des papillons dans le ventre. Eh oui, le béguin du héros a, comme par hasard, un rôle non anodin dans ses choix et sa nouvelle identité de Rédempteur. Les figures les plus notables ne sont de toute manière jamais développées, la psychologie se voulant soit inexistante, soit bancale, voire incohérente. Le rythme assez moribond est d’autant plus paradoxal que les évènements se succèdent rapidement, ne cherchant jamais à installer une tension ou une atmosphère sous-jacente. Or, Fallen se donne de grands airs et ne manque pas d’ambition.

L’absence d’épaisseur du scénario n’est tristement pas l’unique tare de cette fiction peu aboutie choyant une approche trop classique. Probablement à cause de l’audience que la chaîne ABC Family vise, le ton reste franchement convenu et lisse. Les méchants sont très méchants, les gentils très gentils et tout y demeure unilatéral. Certes, le récit désire vainement instaurer une dualité chez Aaron, mais le résultat n’est en aucun probant. L’interprétation peu réjouissante de son acteur, Paul Wesley (The Vampire Diaries), n’est d’ailleurs pas d’un quelconque recours. Le comédien n’est pas le seul à blâmer puisque ses congénères ne paraissent pas beaucoup plus investis dans leur propre rôle. Les dialogues verbeux et ineptes parachèvent la médiocrité ambiante. Ivana Miličević (Banshee) en l’ange déchu Ariel et le sympathique Hal Ozsan (Dawson’s Creek) en l’ambivalent Azazel réussissent peut-être à tirer leur épingle du jeu. Autrement, notons la présence de Bryan Cranston (Malcolm in the Middle) en figure notable au développement stupidement prévisible et Will Yun Lee comme ange borné.

Pour conclure, Fallen a beau s’inspirer de l’enthousiasmante lutte entre les créatures célestes et essayer d’offrir une histoire tragique aux relents shakespeariens, elle se contente surtout d’une avancée très plate et sans saveurs. Au lieu de profiter de son contexte, elle illustre le parcours initiatique d’un jeune homme semblant finalement peu concerné par la situation et pour lequel le public peine à s’attacher ou à s’intéresser. Les maladresses narratives, les incohérences, les ressorts éculés, le kitsch prédominant ou encore le registre romantico-familier propice à moult poncifs du genre ne représentent que quelques-uns des ingrédients de cette mini-série dispensable ayant en plus le culot de se révéler vaniteuse.