Bikû: Yamigiri no Chi | 媚空-ビクウ-: ヤミギリノチ (film)

Afin de fêter les dix ans de la franchise GARO, son créateur, Amemiya Keita, n’a pas lésiné sur les moyens. Les détracteurs rétorqueront qu’il n’a pas besoin d’un anniversaire pour étendre à l’infini les ramifications de son histoire désormais tentaculaire. Le film Bikû: Yamigiri no Chi se trouve au programme des réjouissances. Il est sorti dans les salles nippones le 14 novembre 2015 et dure seulement soixante-dix-huit minutes. Tout comme pour GARO Gaiden: Tôgen no Fue, Ôhashi Akira s’est en grande partie chargé de la réalisation. Le récit s’avère totalement indépendant du reste donc il n’est ni nécessaire d’avoir déjà regardé un seul épisode de la série ni d’être à jour. D’un point de vue chronologique, ce long-métrage s’inscrit vraisemblablement après Makai no Hana. Pour la petite information, je rappelle l’existence de ce billet s’apparentant à un fil d’Ariane bienvenu pour découvrir cet univers. Aucun spoiler.

La chasseuse Bikû continue de poursuivre sans relâche les combattants Makai ayant embrassé les ténèbres. Sa mission du jour consiste à traquer et éradiquer le prêtre Usami, sauf qu’elle constate rapidement qu’il n’est qu’un pantin. Il abrite effectivement en son corps un individu aux ambitions démesurées prêt à tout pour atteindre son objectif. La jeune femme se lance alors dans une bataille difficile, mais elle peut compter sur des soutiens inattendus, dont celui d’un ancien mentor.

Les productions se déroulant dans le monde de GARO ont beau se succéder au fil des années, elles finissent par toutes se ressembler. Forcément, Bikû: Yamigiri no Chi ne déroge pas à la règle et propose une histoire convenue employant toutes les ficelles déjà initialement éprouvées. Le film en lui-même ne se révèle pas mauvais et se suit assez aisément en dépit d’un gros ventre mou en milieu de parcours, si ce n’est qu’il peine à surprendre ou impliquer émotionnellement. Un des problèmes majeurs se trouve d’ailleurs en lien avec l’héroïne, Bikû, brièvement découverte dans Makai no Hana. Sur le papier, les activités de cette personne incapable de la moindre concession disposent d’un solide potentiel. Vouée à éliminer les prêtres et chevaliers Makai s’étant éloignés du droit chemin, elle est méprisée, détestée et fuie des siens. Même les supérieurs hiérarchiques exècrent ces chasseurs des ténèbres, tout en sachant toutefois les utiliser pour leurs propres intérêts. Bikû est donc quelque peu condamnée à rester seule et dès qu’elle rencontre quelqu’un, elle appelle son pouvoir pour vérifier qu’il est bel et bien dénué d’une aura maléfique. Sa méfiance et son laconisme l’empêchent de créer une véritable relation avec qui que ce soit et de toute manière, elle ne le souhaite nullement. La lourde tâche de Bikû injecte une dimension tragique, presque fataliste, mais il paraît très compliqué de l’apprécier ou de comprendre ses motivations. Elle arbore continuellement un masque impassible et semble indifférente à tout. Le scénario ne cherche pas à la densifier ou à l’humaniser comme cela aurait pu être le cas avec ses blessures induites par la trahison de son frère. En prime, l’interprétation plutôt monolithique de l’ancienne AKB48 Akimoto Sayaka n’arrange pas la situation bien qu’avouons-le, l’actrice n’est pas gâtée par le script. Le reste du film manque également de fraîcheur et d’originalité.

Au départ, Bikû croit poursuivre le prêtre Usami. Les choses se corsent quand surgit un jeune compère, Kurama Daichi (Suga Kenta – Shinsengumi PEACE MAKER), rêvant de devenir son disciple. Si l’on oublie les clichés habituels parasitant sa caractérisation, ce nouveau personnage apporte un minimum d’entrain et de sympathie. En fait, la planète s’apprête à sombrer dans le chaos avec le retour de Zesshin (Sano Shirô), un individu que l’on pensait mort, tué par le chasseur des ténèbres Byakkai (Mickey Curtis – Keitai Sôsakan 7) se prenant tantôt lui-même pour un Obi-Wan Kenobi amateur de femmes en petites tenues. Le long-métrage se contente une fois de plus de l’antagoniste mégalomaniaque, psychopathe, et détenant quelques cartes dans sa manche. En effet, des figures gravitant autour de cet ennemi grandiloquent et insipide ne se veulent pas aussi innocentes qu’elles le laissent présager. Le monde Makai n’est d’ailleurs pas beaucoup plus étoffé. Le récit souffre de cet aspect réchauffé et ne réussit par conséquent pas à étonner ou satisfaire pleinement. Pourtant, la mise en scène, elle, n’est pas dépourvue d’atouts. Les acteurs principaux effectuent pour la majorité leurs propres cascades, les combats physiques sont privilégiés aux incrustations numériques et la cinématographie gothique et parfois macabre fait aisément mouche. L’imagination et la créativité transpirent de nouveau à travers ces images léchées susceptibles de plaire aux amateurs du genre. En revanche, le costume que Bikû revêt dans la psyché d’autrui, avec cette tenue blanche sortie de nulle part, ressemble à du pur racolage dispensable.

Pour résumer, avec cette histoire parallèle d’une implacable chasseuse des ténèbres, le film Bikû: Yamigiri no Chi lance GARO dans une direction encore inédite et au demeurant plutôt stimulante. Sauf qu’en réalité, le scénario simpliste se borne à remployer les codes narratifs habituels de la franchise et, en sus d’une effarante prévisibilité, oublie d’offrir à son héroïne une dimension humaine. Si l’on ne s’ennuie guère grâce à la courte durée de l’ensemble et une mise en scène soignée, ce long-métrage convenu n’apporte rien de plus à la mythologie de l’univers Makai et ne parvient pas à instaurer un pont émotionnel avec son audience. Le produit final s’avère donc joli à regarder, à condition de tolérer ce parti pris esthétique fort particulier, mais trop vide de contenu. Dommage.

Par |2017-05-01T13:58:00+02:00septembre 28th, 2016|Films, GARO, Séries japonaises|2 Commentaires

Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna | 外事警察: その男に騙されるな (film)

Certes, la patience est une vertu, mais dans le cas d’un peu trop de films japonais suivant une série télévisée, les sous-titres mettent vraiment beaucoup de temps à arriver jusqu’à nous. C’est donc après plusieurs années d’attente que j’ai pu regarder Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna, le long-métrage s’inscrivant après la fiction en six épisodes de 2009. Sorti dans les salles le 2 juin 2012, il dure cent vingt-huit minutes et est connu à l’international sous l’appellation Black Dawn. À noter que l’équipe créative s’avère presque totalement similaire à la production initiale adaptant le roman d’Asô Iku. Aucun spoiler.

Peu après le séisme de mars 2011 dans le Tôhoku, les autorités japonaises apprennent que des documents militaires sur l’énergie nucléaire ont été dérobés. Presque simultanément, de l’uranium est volé en Corée du Sud et, selon la CIA, serait sur le point d’entrer sur le sol nippon. La menace atomique est plus que palpable et c’est pourquoi l’agent Sumimoto Kenji, spécialiste de l’antiterrorisme, est dépêché sur les lieux de l’affaire. Comme à son habitude, il est prêt à tout pour arriver à ses fins, même à manipuler ouvertement un scientifique proche de la mort et une mère de famille.

Aride, troublante et ambiguë, Gaiji Keisatsu fait partie des séries télévisées japonaises d’espionnage les plus réussies. En plus de se montrer atypique, elle captive par sa fine intelligence, ses personnages énigmatiques, sa dimension humaine et son réalisme glaçant. Il me paraissait par conséquent indispensable de tester la suite. Il convient tout de même de préciser que si ce film a beau se passer trois ans après l’épilogue du j-drama, reprendre le concept et les principaux héros, il peut se regarder indépendamment du reste. En vérité, cet unitaire s’apparente plus à une histoire parallèle, une sorte de condensé indigeste de ce qui a déjà été illustré au sein du petit écran. Transformer plus de cinq heures d’antiterrorisme en deux ne se fait pas sans heurts. Grâce à un budget amélioré, les moyens se sentent davantage et pour épater les spectateurs, le long-métrage en profite pour voyager sur la péninsule coréenne où se déroule la grande majorité de l’intrigue. Encore une fois, la photographie particulière, avec son clair-obscur et ses teintes très froides où le vert et le bleu cohabitent, injecte une atmosphère presque angoissante. Les individus bataillent pour la sûreté mondiale, mais l’optimisme ne paraît guère exister dans cet univers désincarné mis en musique avec talent par Umebayashi Shigeru. La réalisation se révèle sinon satisfaisante et offre de jolis plans malgré une propension en fin de parcours à se montrer surtout branlante. Les scènes d’action ne convainquent qu’à moitié en raison d’un aspect assez brouillon et de leur pertinence discutable tant le reste choit la sobriété. Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna souffre certainement de son rythme plutôt curieux, car la période d’exposition prend déjà plus de la moitié des deux heures et les véritables enjeux s’éparpillent avant d’être éclaircis, en dépit d’un début délivrant d’emblée quelques clés. La narration s’engouffre dans des atermoiements interminables, créé inutilement une sorte de confusion et, outre un manque de franc souffle, elle finit par laisser perplexe avec en fin de partie, sa course contre la montre très classique. En effet, le constat est d’autant plus embarrassant que le dernier tiers précipite abruptement les choses après avoir travaillé aussi consciencieusement le terrain. Qui plus est, bien que le récit ne soit pas avare en rebondissements, ceux-ci demeurent traditionnels et presque prévisibles. C’est toujours assez terrible de remarquer un potentiel évident, de savoir que les scénaristes sont capables de l’employer, mais que l’ensemble reste malgré tout superficiel et n’en tire pas totalement parti.

Que ceux souhaitant en découvrir plus sur Sumimoto, sur sa dynamique compliquée avec son ancienne jeune recrue Matsuzawa Hina ou sur quoi que ce soit d’autre doivent revoir leurs désirs à la baisse, au risque de ressortir déçus. Ce film se contente du strict minimum concernant ses personnages et préfère à la place offrir un cadre survolant de multiples ramifications. Dommage. Son origine le dessert parce qu’il ne ressemble pas à une suite et ne se détache pas non plus suffisamment de la série. Un de ses points forts est de profiter du contexte de l’époque avec le séisme de mars 2011. Le long-métrage est ouvertement antinucléaire, mais une critique plus franche et cynique du gouvernement, de ses secrets et des manipulations à Fukushima aurait appuyé l’intensité des propos qui, ici, paraissent faiblards. L’impact n’est ainsi que bien ténu en dehors d’une perturbante vision désenchantée des relations diplomatiques. La rivalité historique entre le Japon et ses voisins du pays du Matin calme, sans oublier le clivage existant en Corée, figurent également au programme. Les inimitiés et autres guerres intestines sont assez correctement dessinées même si tout y reste de nouveau traité plutôt rapidement. Le catalyseur du scénario est la disparition d’uranium et de documents reflétant la préparation patente d’une bombe atomique. Afin de tenter de démêler le vrai du faux et d’empêcher que le Japon ne soit victime, Sumimoto demande à retrouver son équipe de jadis. Il choisit, encore une fois, de se plonger corps et âme dans une quête capable d’annihiler une partie de la planète. Ses pas le mènent près d’un couple nippo-coréen et d’un ancien docteur en physique conspué par sa propre nation. Les jeux de dupes sont fréquents et personne n’est jamais qui il dit être. Seul le protagoniste s’en sort un peu mieux que ses comparses transparents dans cette brigade antiterroriste dont on n’apprend absolument rien. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit aisé à cerner, à l’instar de ceux qu’il côtoie. Tous les soupçons pèsent sur le mari ingénieur d’une Japonaise qui, vraisemblablement, collaborerait avec l’ennemi. Afin de le faire tomber, Sumimoto compte utiliser Okuda Kaori, l’épouse en question interprétée par Maki Yôko (Saikô no Rikon). Cette femme se veut antipathique et son parcours souffre de quelques clichés et autres développements à première vue tirés par les cheveux, bien qu’ils finissent par s’expliquer. Les pistes de réflexion ne font pas défaut dans cette plongée en eaux troubles propice aux renseignements, et l’opposition entre Sumimoto et An Min Cheol, campé par le charmant Kim Gang U (Story of a Man), apporte son lot de dynamisme et d’interrogations rhétoriques sur le véritable intérêt de ces agents gouvernementaux. Jusqu’à quel point l’argument de la sécurité de leur patrie tient-il ?

Pour résumer, le film Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna ne manque clairement pas d’ambition avec son histoire sensible mêlant guerre froide, géopolitique, terrorisme, espionnage, critique du nucléaire et psychologie humaine. Si le récit prend un peu trop son temps pour s’installer et que la conclusion s’avère, au contraire, sensiblement expédiée, la lourde atmosphère et l’ambivalence des personnages induisent un climat étouffant où tout semble possible. La solide photographie participe d’ailleurs à l’expérience et permet de partiellement combler une absence de réelle empathie ou de tension létale. Malgré un rythme monocorde, une écriture brouillonne et un mélodrame familial dispensable, le résultat final ne se révèle pas soporifique ou irritant, mais la comparaison avec la série d’origine force à se montrer assez exigeant. Les néophytes, eux, ne verront sûrement qu’un condensé d’ingrédients un peu trop compact pour convaincre totalement. Il n’empêche que les thrillers de cette trempe sont tellement rares au Japon qu’il convient certainement d’au moins saluer la démarche.

Par |2017-05-01T13:58:10+02:00avril 27th, 2016|Films, Gaiji Keisatsu, Séries japonaises|0 commentaire