Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna | 外事警察: その男に騙されるな (film)

Certes, la patience est une vertu, mais dans le cas d’un peu trop de films japonais suivant une série télévisée, les sous-titres mettent vraiment beaucoup de temps à arriver jusqu’à nous. C’est donc après plusieurs années d’attente que j’ai pu regarder Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna, le long-métrage s’inscrivant après la fiction en six épisodes de 2009. Sorti dans les salles le 2 juin 2012, il dure cent vingt-huit minutes et est connu à l’international sous l’appellation Black Dawn. À noter que l’équipe créative s’avère presque totalement similaire à la production initiale adaptant le roman d’Asô Iku. Aucun spoiler.

Peu après le séisme de mars 2011 dans le Tôhoku, les autorités japonaises apprennent que des documents militaires sur l’énergie nucléaire ont été dérobés. Presque simultanément, de l’uranium est volé en Corée du Sud et, selon la CIA, serait sur le point d’entrer sur le sol nippon. La menace atomique est plus que palpable et c’est pourquoi l’agent Sumimoto Kenji, spécialiste de l’antiterrorisme, est dépêché sur les lieux de l’affaire. Comme à son habitude, il est prêt à tout pour arriver à ses fins, même à manipuler ouvertement un scientifique proche de la mort et une mère de famille.

Aride, troublante et ambiguë, Gaiji Keisatsu fait partie des séries télévisées japonaises d’espionnage les plus réussies. En plus de se montrer atypique, elle captive par sa fine intelligence, ses personnages énigmatiques, sa dimension humaine et son réalisme glaçant. Il me paraissait par conséquent indispensable de tester la suite. Il convient tout de même de préciser que si ce film a beau se passer trois ans après l’épilogue du j-drama, reprendre le concept et les principaux héros, il peut se regarder indépendamment du reste. En vérité, cet unitaire s’apparente plus à une histoire parallèle, une sorte de condensé indigeste de ce qui a déjà été illustré au sein du petit écran. Transformer plus de cinq heures d’antiterrorisme en deux ne se fait pas sans heurts. Grâce à un budget amélioré, les moyens se sentent davantage et pour épater les spectateurs, le long-métrage en profite pour voyager sur la péninsule coréenne où se déroule la grande majorité de l’intrigue. Encore une fois, la photographie particulière, avec son clair-obscur et ses teintes très froides où le vert et le bleu cohabitent, injecte une atmosphère presque angoissante. Les individus bataillent pour la sûreté mondiale, mais l’optimisme ne paraît guère exister dans cet univers désincarné mis en musique avec talent par Umebayashi Shigeru. La réalisation se révèle sinon satisfaisante et offre de jolis plans malgré une propension en fin de parcours à se montrer surtout branlante. Les scènes d’action ne convainquent qu’à moitié en raison d’un aspect assez brouillon et de leur pertinence discutable tant le reste choit la sobriété. Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna souffre certainement de son rythme plutôt curieux, car la période d’exposition prend déjà plus de la moitié des deux heures et les véritables enjeux s’éparpillent avant d’être éclaircis, en dépit d’un début délivrant d’emblée quelques clés. La narration s’engouffre dans des atermoiements interminables, créé inutilement une sorte de confusion et, outre un manque de franc souffle, elle finit par laisser perplexe avec en fin de partie, sa course contre la montre très classique. En effet, le constat est d’autant plus embarrassant que le dernier tiers précipite abruptement les choses après avoir travaillé aussi consciencieusement le terrain. Qui plus est, bien que le récit ne soit pas avare en rebondissements, ceux-ci demeurent traditionnels et presque prévisibles. C’est toujours assez terrible de remarquer un potentiel évident, de savoir que les scénaristes sont capables de l’employer, mais que l’ensemble reste malgré tout superficiel et n’en tire pas totalement parti.

Que ceux souhaitant en découvrir plus sur Sumimoto, sur sa dynamique compliquée avec son ancienne jeune recrue Matsuzawa Hina ou sur quoi que ce soit d’autre doivent revoir leurs désirs à la baisse, au risque de ressortir déçus. Ce film se contente du strict minimum concernant ses personnages et préfère à la place offrir un cadre survolant de multiples ramifications. Dommage. Son origine le dessert parce qu’il ne ressemble pas à une suite et ne se détache pas non plus suffisamment de la série. Un de ses points forts est de profiter du contexte de l’époque avec le séisme de mars 2011. Le long-métrage est ouvertement antinucléaire, mais une critique plus franche et cynique du gouvernement, de ses secrets et des manipulations à Fukushima aurait appuyé l’intensité des propos qui, ici, paraissent faiblards. L’impact n’est ainsi que bien ténu en dehors d’une perturbante vision désenchantée des relations diplomatiques. La rivalité historique entre le Japon et ses voisins du pays du Matin calme, sans oublier le clivage existant en Corée, figurent également au programme. Les inimitiés et autres guerres intestines sont assez correctement dessinées même si tout y reste de nouveau traité plutôt rapidement. Le catalyseur du scénario est la disparition d’uranium et de documents reflétant la préparation patente d’une bombe atomique. Afin de tenter de démêler le vrai du faux et d’empêcher que le Japon ne soit victime, Sumimoto demande à retrouver son équipe de jadis. Il choisit, encore une fois, de se plonger corps et âme dans une quête capable d’annihiler une partie de la planète. Ses pas le mènent près d’un couple nippo-coréen et d’un ancien docteur en physique conspué par sa propre nation. Les jeux de dupes sont fréquents et personne n’est jamais qui il dit être. Seul le protagoniste s’en sort un peu mieux que ses comparses transparents dans cette brigade antiterroriste dont on n’apprend absolument rien. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit aisé à cerner, à l’instar de ceux qu’il côtoie. Tous les soupçons pèsent sur le mari ingénieur d’une Japonaise qui, vraisemblablement, collaborerait avec l’ennemi. Afin de le faire tomber, Sumimoto compte utiliser Okuda Kaori, l’épouse en question interprétée par Maki Yôko (Saikô no Rikon). Cette femme se veut antipathique et son parcours souffre de quelques clichés et autres développements à première vue tirés par les cheveux, bien qu’ils finissent par s’expliquer. Les pistes de réflexion ne font pas défaut dans cette plongée en eaux troubles propice aux renseignements, et l’opposition entre Sumimoto et An Min Cheol, campé par le charmant Kim Gang U (Story of a Man), apporte son lot de dynamisme et d’interrogations rhétoriques sur le véritable intérêt de ces agents gouvernementaux. Jusqu’à quel point l’argument de la sécurité de leur patrie tient-il ?

Pour résumer, le film Gaiji Keisatsu: Sono Otoko ni Damasareruna ne manque clairement pas d’ambition avec son histoire sensible mêlant guerre froide, géopolitique, terrorisme, espionnage, critique du nucléaire et psychologie humaine. Si le récit prend un peu trop son temps pour s’installer et que la conclusion s’avère, au contraire, sensiblement expédiée, la lourde atmosphère et l’ambivalence des personnages induisent un climat étouffant où tout semble possible. La solide photographie participe d’ailleurs à l’expérience et permet de partiellement combler une absence de réelle empathie ou de tension létale. Malgré un rythme monocorde, une écriture brouillonne et un mélodrame familial dispensable, le résultat final ne se révèle pas soporifique ou irritant, mais la comparaison avec la série d’origine force à se montrer assez exigeant. Les néophytes, eux, ne verront sûrement qu’un condensé d’ingrédients un peu trop compact pour convaincre totalement. Il n’empêche que les thrillers de cette trempe sont tellement rares au Japon qu’il convient certainement d’au moins saluer la démarche.

By |2017-05-01T13:58:10+01:00avril 27th, 2016|Films, Gaiji Keisatsu, Séries japonaises|0 Comments

Gaiji Keisatsu | 外事警察

Difficile de prendre au sérieux les Japonais lorsqu’ils commettent des renzoku sur le terrorisme comme Bloody Monday. Heureusement, cela ne signifie normalement pas que toutes leurs histoires de ce genre s’avèrent aussi ridicules. Est-ce que Gaiji Keisatsu permet justement de changer la donne ? Adapté du roman du même nom d’Asô Iku, ce j-drama est composé de six épisodes d’une petite cinquantaine de minutes diffusés sur NHK entre novembre et décembre 2009. Notons qu’il existe également un film datant de 2012 et devant vraisemblablement faire suite à ce dernier ; malheureusement, aucun sous-titre n’est disponible pour l’instant. Sotogoto est apparemment l’intitulé utilisé à l’international. Aucun spoiler.

Sumimoto Kenji dirige une équipe chargée de traquer les terroristes et les espions sévissant au Japon. Agissant sous couverture, il est obligé de systématiquement demeurer dans l’ombre et de ne pas créer de vagues. Cet homme obsédé par sa mission est prêt à tout pour la mener à bien, qu’importent les dommages collatéraux. Le jour où la jeune Matsuzawa Hina intègre les rangs de cette section, un grain de sable enraye la machine et entraîne une succession d’évènements incontrôlables.

     

Gaiji keisatsu est l’expression se rapportant aux forces de l’ordre nippones dédiées aux affaires étrangères. Ce terme est pourtant très large et susceptible de se référer à de multiples domaines aussi divers que variés. Après les attentats du 11 septembre 2001, le département de la police métropolitaine de Tôkyô a initié une division secrète dans le but de traquer les terroristes et de s’occuper d’espionnage. Usant de moyens parfois peu conventionnels, ses membres n’hésitent alors pas à s’infiltrer et poursuivre des tâches clandestines ; ce sont les fameuses black operations. Afin de ne pas être découverts du grand public et anéantir leur hypothétique atout, ils sont capables de laisser tomber des informateurs et de briser des vies entières. Quand bien même des avis éclairés comme ceux d’Éclair, Katzina et Livia ont vanté les mérites et l’originalité de cette fiction, son visionnage surprend dès son premier épisode. Effectivement, Gaiji Keisatsu est une série extrêmement atypique dans le paysage télévisuel nippon. Bien qu’elle fasse partie de ces énièmes productions policières, elle ne ressemble en aucun cas à ce que l’on trouve habituellement sur les petits écrans. S’il fallait vraiment émettre une analogie, ce serait certainement l’œuvre britannique Spooks qui viendrait spontanément à l’esprit. Les deux partagent en effet une atmosphère froide, presque désabusée, où l’action se place en retrait pour mieux privilégier la recherche du renseignement. Car, oui, Gaiji Keisatsu est avant tout un renzoku d’espionnage où le suspense s’entremêle aux cas de conscience, à une tension sous-jacente et à une pluridimensionnalité troublante.

Le directeur des affaires étrangères, Ariga Shôtarô (Ishibashi Ryô), est averti par la CIA de la présence fort potentielle d’un terroriste surnommé Fish sur le sol nippon. Cet individu dont on ne sait absolument rien de concret serait sur le point de mettre à mal à la sécurité nationale ; il s’avère donc impératif de repousser cette menace le plus rapidement possible. Assez étonnamment, les Américains travaillent de façon très rapprochée avec les Japonais et leur divulguent des renseignements, car, eux, ne possèdent pas même une agence en mesure de leur fournir le minimum vital. Une des principales raisons de cette collaboration est probablement liée au fait qu’au pays du Soleil-Levant, le terrorisme n’est guère pris au sérieux par le gouvernement, et les Japonais ne disposent pas de moyens aussi pointus que leurs confrères outre-Pacifique. En d’autres termes, il n’est pas étonnant que la section des affaires étrangères soit régulièrement pointée du doigt pour ses importantes dépenses alors que, techniquement, le Japon ne risquerait presque rien. Le climat est par conséquent complexe tant les dirigeants n’ont pas envie d’investir un quelconque budget dans cette protection supposément inutile. Quand Ariga essaye d’expliquer à une ministre aux dents longues incarnée par la sympathique Yo Kimiko (ChurasanWarui YatsuraYankee Bokô ni Kaeru, Aishiteiru to Itte Kure) l’existence de ce fameux Fish, celle-ci décide d’opter pour la sourde oreille bien que le Japon s’apprête à héberger une conférence sur l’antiterrorisme, cadre propice à un attentat de grande ampleur. Cherchant à gravir les échelons, l’heure est à ses yeux à la restriction financière afin d’apparaître la plus efficace possible. Ariga n’ayant de toute manière que de vagues pistes dévoilées par la CIA, il ne peut que présumer et stationner en position de faiblesse. C’est pourquoi il charge l’unité peu orthodoxe dirigée par Sumimoto Kenji de se lancer dans cette course contre la montre où tous les coups sont permis. Si l’accent est justement davantage axé sur Sumimoto et Matsuzawa, deux pions finalement anodins au niveau de la chaîne gouvernementale, le j-drama n’oublie pas pour autant les secrets du pouvoir. Il illustre alors les têtes pensantes où, là aussi, rien n’est jamais simple. Les méchants et les gentils n’y ont pas leur place, la justice s’apparentant quasiment à une valeur subjectivement abstraite. Tout y prend des proportions toujours plus emmêlées, l’ensemble étant en outre grandement parasité par des guerres d’idées et autres luttes intestines. Comme d’habitude, chacun souhaite tirer la gloire sur lui et s’en suivent des manigances.

Filatures, infiltrations, poses de micros, manipulations, mensonges éhontés, caméras de surveillance, rien n’arrête l’unité sous couverture dans cette production employant les codes propres au genre de l’espionnage. Traquer Fish et percer à jour les marionnettistes utilisant ce mercenaire sont le principal fil rouge du scénario politico-terroriste. Cependant, le contexte se complique sévèrement en raison du caractère insaisissable dudit personnage et de la stérilité des informations recueillies. Si le récit donne au départ l’impression d’être assez simple et linéaire, c’est pour mieux tromper, car il détend prestement sa toile d’araignée aux ramifications multiples et labyrinthiques. Une fois un élément mis à jour, ce sont d’autres qui s’y emboîtent pour densifier davantage l’intrigue aux relents d’une vraie matriochka. Dès ce moment, Gaiji Keisatsu abat progressivement ses cartes et lorsqu’elle paraît être venue à bout de ses ressources, c’est systématiquement pour surprendre de nouveau. Le dernier épisode aurait gagné à moins s’amuser des retournements de situation, mais, globalement, le j-drama demeure homogène. En jouant avec les faux-semblants, la série déstabilise par son imprévisibilité, ses relations en constant mouvement, ses flashbacks et flashforwards habiles, son climat de trahisons perpétuelles et sa propension à délivrer une angoisse sourde allant crescendo. Chaque protagoniste détient un rôle spécifique dans ce puzzle tourmenté, qu’il s’agisse de supérieurs comme celui porté par un toujours aussi magnétique Endô Kenichi (Shiroi Haru, Fumô Chitai), ou des Occidentaux présents en nombre contournant subtilement la caricature habituelle. Comme tout bon thriller qui se respecte, celui-ci déploie un suspense haletant où la paranoïa se taille une part de lion. À qui peut-on se fier quand personne ne suit les règles ? La réalisation soignée participe totalement à la lourde atmosphère. Avec une photographie très sombre et presque étouffante, les couleurs sont verdâtres, grisâtres, évitant toute trace d’une quelconque chaleur. Son cadrage parfois nerveux immerge par ailleurs d’autant plus son public en proie à un indicible malaise. Afin de parachever l’expérience, la bande originale orchestrée par l’excellent Umebayashi Shigeru, surtout réputé pour ses compositions cinématographiques (Shi Mian Mai FuLe Secret des Poignards Volants, 2046), se veut tour à tour prenante, stressante et intimiste. Qui plus est, l’ajout de symphonies classiques du répertoire de Beethoven offre une dimension tragique à cette production se transformant en fresque ambitieuse et aboutie au parfum shakespearien.

Alors que Sumimoto commence sa nouvelle mission à bras-le-corps, il recrute parallèlement une jeune femme, Matsuzawa Hina. Droite et intègre, elle ne connaissait tout naturellement pas jusque-là le département dans lequel elle vient d’être transférée. S’armant de bonne foi et d’un sens aigu de ce qui est bien ou mal, elle découvre avec une certaine stupeur le fonctionnement de son travail et, surtout, la personnalité de son supérieur direct. Interprété d’une main d’orfèvre par Watabe Atsurô (Koi ga Shitai x3, Byakuyakô, Sengoku Jieitai – 2006), Sumimoto est un policier expérimenté ayant déjà fait ses preuves au sein de l’espionnage. Fin stratège, il est tout autant manipulateur et à première vue sans réelle conscience morale. Sa froideur et son détachement le rendent encore davantage mystérieux et ambigu. Chacune de ses actions est mûrement pesée, réfléchie et non anodine. Pour lui, la fin justifie les moyens. Même si elle concentre une grande partie de son énergie à l’installation de son intrigue rondement menée, Gaiji Keisatsu ne laisse aucunement de côté ses héros qui en sont la figure de proue, et dépeint leurs motivations foncièrement humaines. Teintés d’une pluralité de nuances, ils se veulent difficiles à caractériser. La série refuse en effet toute trace de manichéisme et place régulièrement ses personnages face à des dilemmes moraux, en les obligeant à choisir entre ce que dicte leur for intérieur, ce qu’ils estiment être juste et ce qui serait supposément meilleur pour leur gouvernement. N’apportant pas une réponse puisqu’il n’en existe pas de préétablie – et parce que là n’est de toute manière pas son but –, elle soulève seulement quelques pistes analytiques pour lesquelles son public a toute la possibilité de cheminer et de réfléchir. Le calculateur Sumimoto en est l’exemple le plus concret. Si ses débuts dans la fiction le rendent extrêmement antipathique, son portrait se densifie en même temps qu’il tend à progressivement s’affiner et à brouiller les frontières. Humanisé grâce à son contexte familial présent et passé, Sumimoto se révèle au final fascinant et particulièrement ambivalent.

Loin de se limiter aux tactiques habituelles telles que la filature, l’unité de Sumimoto emploie également des informateurs. Simples civils n’ayant parfois aucune connexion ou ne tirant aucun bénéfice de ce qui s’apparente presque à une double vie, ces derniers fournissent des éléments capables de faire avancer les enquêtes en cours. Ils mettent leur destin en danger, sans filet de sécurité, car le secret du département de police prédomine et ne sera pas ébranlé, quand bien même une existence peut être directement menacée. Les dommages collatéraux sont écartés et non priorisés, partant du principe que la sûreté nationale prévaut. Or, les êtres humains composant le pays ne sont-ils pas le liant et le joyau à protéger ? Chacun de ces collaborateurs est uni par une relation très particulière avec l’un des professionnels. Gaiji Keisatsu esquisse cette riche et délicate dynamique où un individu a priori banal n’hésite pas à braver des risques pour des raisons qu’il ne connaît par ailleurs pas forcément. Matsuzawa (Ono Machiko – Carnation, Magma, Saikô no Rikon) utilise à contre-cœur dans ce rôle ingrat une ancienne camarade, Shimomura Aiko (Ishida Yuriko – Pride), bien moins innocente qu’elle n’y paraît. Pour en revenir à la fraîche recrue Matsuzawa, sans la qualifier de fade, elle peine à se montrer réellement passionnante de bout en bout. Naïve, elle apprend précipitamment de ses erreurs et finit par essayer de se placer au même niveau que Sumimoto, quitte à perdre au passage sa propre identité et ses valeurs auxquelles elle tenait profondément jusqu’à présent.

Au final, Gaiji Keisatsu est indiscutablement une série d’un calibre supérieur à la moyenne parmi la pléthore d’histoires policières phagocytant la télévision nippone. À travers son scénario haletant privilégiant l’intelligence à l’esbroufe, elle dépeint un univers sombre et non manichéen où ses personnages énigmatiques nagent en eaux troubles. S’intéressant à une cellule antiterroriste luttant sans concession contre des menaces plus qu’inquiétantes, elle se permet par ailleurs de délivrer une mise en scène soignée où la bande-son véhicule régulièrement au téléspectateur un tourment palpitant. De surcroît, son atmosphère délétère n’en devient que plus vivace en raison d’une grande sobriété d’ensemble associée à un réalisme détaché magnétique et tout autant déroutant, voire inconfortable. Son pessimisme, ses risques versatiles et son jeu de dupes touchant toutes les sphères de la population font de cette partie d’échecs humanisée une franche réussite à ranger avec Soratobu Tire dans les thrillers maîtrisés du petit écran nippon.

By |2018-07-06T18:10:22+01:00octobre 21st, 2013|Gaiji Keisatsu, Séries japonaises|2 Comments