Manatsu no Hôteishiki | 真夏の方程式 (film)

Pour l’instant, l’univers de Galileo semble avoir refermé ses portes, ce qui ne serait pas un mal vu le nombre de séries, épisodes spéciaux et maintes productions apparentées. La dernière en date n’est autre qu’un deuxième film intitulé Manatsu no Hôteishiki. Il adapte un énième roman de Higashino Keigo, disponible en France sous le titre L’équation de plein été. Ce long-métrage est sorti dans les salles nippones le 29 juin 2013 et dure presque cent trente minutes. Il s’inscrit après la deuxième saison, mais peut être regardé indépendamment du reste sans en perdre sa saveur. Aucun spoiler.

Invité à assister à une suite de conférences, le physicien Yukawa Manabu part en direction de la petite ville portuaire de Harigaura. À peine est-il arrivé qu’un client de l’auberge dans lequel il réside est retrouvé mort, sur des rochers. Ce décès paraît immédiatement assez curieux et non accidentel surtout que le défunt était un policier à la retraite enquêtant sur un dossier le hantant depuis plusieurs années. Les inspecteurs Kusanagi et Kishitani sont chargés de cette affaire sûrement criminelle et savent pouvoir compter sur l’aide du cartésien, toujours prêt à découvrir la vérité. Pendant ce temps, plusieurs locaux se battent pour préserver les riches fonds marins, dont la jeune et passionnée Narumi, la fille du couple d’hôteliers. Mystères et secrets semblent étouffer cette famille au demeurant affable.

À l’instar du solide Yôgisha X no Kenshin, le premier film de Galileo, le second se détache assez nettement de la série à proprement parler. Au lieu de chercher à démontrer qui est le coupable de l’homicide, le récit privilégie l’aspect humain en expliquant plutôt le pourquoi. Les sciences ne sont naturellement pas oubliées, mais elles restent elles aussi en arrière-plan ; et d’ailleurs, la carrière du héros n’est qu’un accessoire parmi d’autres. La mécanique du scénario change donc de la routine, tout comme l’atmosphère et le ton choyés. Le registre bancal alternant investigations et humour poussif est écarté au profit d’une ambiance douce-amère, pudique et authentique, là où évolue des personnages non manichéens gouvernés par des motivations mêlant amour, devoir ou encore jalousie. Une fois de plus, l’auteur prouve sa capacité à dépeindre avec beaucoup de finesse les faiblesses légitimes de ces individus généralement très dignes. Comme souvent, un quotidien banal est brisé par un évènement inattendu, meurtrier, réaliste. Cette approche pourrait par conséquent embêter les passionnés de la fiction télévisée d’autant plus que le rythme se permet quelques détours et une lenteur parfois volontairement appuyée, reflétant à merveille la chaleur étouffante de l’été au Japon et le marasme dans lequel se trouvent quelques-uns des habitants des environs. La police demeure en retrait, l’enquête suivant tranquillement son cours avec un Yukawa plus posé et un acolyte haut comme trois pommes. Les superbes paysages du littoral avec une eau turquoise et la faune marine sont joliment mis en valeur à travers une photographie tout à fait satisfaisante et une scénographie certes peu mémorable, mais très honorable. D’ailleurs, sans provoquer d’étincelle, le film en lui-même se montre honnête et effectue convenablement son travail, notamment grâce à une interprétation de haute volée.

Ici, le canevas scénaristique n’a dans les faits rien d’exceptionnel surtout qu’il se contente de réutiliser la même recette que celui de Yôgisha X no Kenshin, voire de ressembler sur quelques points au tanpatsu Galileo XX. L’affaire en question se rattache effectivement à une plus ancienne, les secrets d’alcôve ne manquent pas et le message induit une certaine réflexion sur la notion de culpabilité en troublant les frontières avec ce qui est moralement répréhensible. Cette absence de véritable originalité l’empêche de devenir inoubliable, mais ne nuit tout de même pas à l’empathie qu’il inspire. Outre cette mécanique criminelle classique dépourvue de franc suspense, ce long-métrage se perd dans quelques développements dispensables comme la partie sur l’écologie. Ces moments auprès des activistes ne s’avèrent pas suffisamment importants pour marquer et, au contraire, se révèlent justement trop présents pour ne pas interpeller. Ils servent probablement à ajouter une dose de sentimentalisme compte tenu du passé de la meneuse, Narumi ; sauf qu’au bout du compte, ils tendent surtout à légèrement handicaper les propos et à provoquer une sensible cassure dans le déroulement de l’intrigue. La jeune femme est passionnée par les fonds marins et n’accepte pas que des politiciens et autres administratifs viennent détruire à jamais tout un écosystème. Narumi ne se veut pas aussi attachante que prévu, sans pour autant remettre en cause le jeu persuasif d’une An (Namae wo Nakushita Megami) ayant abusé de l’autobronzant. Quoi qu’il en soit, malgré une formule traditionnelle, Manatsu no Hôteishiki détient finalement des arguments suffisants pour convaincre les amateurs des récits policiers utilisant la carte émotionnelle et reflétant quelques traits de caractère de la culture japonaise.

Le film commence par un flashback de 1998 où une maman (Fubuki Jun – Watashitachi no Kyôkasho) s’excuse auprès de sa petite fille au regard éteint, lui répétant que tout est de sa faute et qu’il importe de garder coûte que coûte le secret. De retour à notre époque, le professeur de physique voyage en train vers le littoral. Il y rencontre Kyôhei (Yamazaki Hikaru), un garçon curieux à l’esprit assez vif en partance chez son oncle et sa tante tenant une auberge familiale. Comme à son habitude, Yukawa ne peut s’empêcher d’étaler sa science et se fait remarquer par ses excentricités. En arrivant à destination, il tombe de nouveau sur l’enfant qui, vraisemblablement, se prend d’affection pour cet adulte assez original et se met à le suivre assidûment. La découverte le lendemain matin d’un cadavre alimente les spéculations de Kyôhei officiant tel un détective en herbe. Et contre toute attente, le héros l’écoute sérieusement, comme s’il était fort âgé, et tente de résoudre ce puzzle criminel aux diverses ramifications. Une des grandes forces de Manatsu no Hôteishiki réside justement dans ce duo atypique. La comparse coutumière de Yukawa ne bénéficie que d’un rôle très secondaire, ce qui n’est pas un mal si l’on se réfère à son exploitation au cours de la deuxième saison de la série. Le prof déteste cordialement les enfants, mais désire démontrer à Kyôhei l’intérêt de faire remuer ses méninges et de se focaliser sur la physique. Si l’on exclut la finalité déstabilisante à plusieurs points de vue, le petit garçon apporte un tant soit peu de légèreté et beaucoup de chaleur à cette histoire au demeurant assez morose.

Pour conclure, le deuxième film issu de l’univers de Galileo se permet de se détacher de la recette habituelle. Au lieu de favoriser les évènements reposant sur la logique scientifique, de jouer avec les bizarreries du protagoniste ou de créer un cadre riche en tension et rebondissements, Manatsu no Hôteishiki privilégie le registre émotionnel et presque mélodramatique. En plus de sa sympathique et atypique dynamique d’enquêteurs du dimanche, c’est surtout son atmosphère assez lénifiante et mélancolique qui marque, elle qui plonge l’audience dans une tragédie familiale empreinte de sa propre culture. Cette authenticité et ce naturel risquent de désarmer les amateurs de récit enlevé souhaitant en avoir plein la vue, mais ceux appréciant les scénarios plus pondérés prenant le temps d’installer un climat pudique et sensible devraient ne pas en ressortir déçus. En dépit des faiblesses de ce long-métrage un peu trop classique, il devient difficile de ne pas regretter que la production télévisée ne soit pas aussi joliment traitée.

By |2017-05-01T13:57:54+01:00mars 1st, 2017|Films, Galileo, Séries japonaises|0 Comments

Galileo XX | ガリレオ XX (Épisode spécial)

Au grand dam de maints téléspectateurs, la deuxième saison de Galileo s’est passée des services d’Utsumi Kaoru et l’a remplacée par une plus jeune inspectrice jouée par Yoshitaka Yuriko. Le choix de la production semble assez curieux au vu du succès précédent, mais elle a tout de même veillé à offrir une jolie porte de sortie à cette femme avec l’unitaire Galileo XX. D’ailleurs, il porte le sous-titre Utsumi Kaoru Saigo no Jiken, soit la dernière enquête d’Utsumi Kaoru. D’une durée de cent dix minutes, il fut diffusé sur Fuji TV le 22 juin 2013 et peut être regardé indépendamment du reste de la série, même en ne connaissant absolument rien à l’univers du brillant physicien. Aucun spoiler.

Après plusieurs années à travailler à la police de Tôkyô, les supérieurs d’Utsumi Kaoru décident de l’envoyer aux États-Unis pour une supposée formation enrichissante. Avant de partir, elle se lance dans une affaire au demeurant facile, mais qui risque finalement de peut-être briser sa réputation.

Bien que Galileo XX se rapporte au monde de Galileo, il n’a pas grand-chose à voir avec le matériel initial. Déjà, beaucoup seront déçus de constater que Yukawa Manabu se contente de minuscules apparitions. La science est aussi rangée au placard. À la place, c’est bel et bien Kaoru l’héroïne. L’intrigue se déroule juste avant le début de la seconde saison de la série. Dans les faits, l’unitaire n’a rien d’exceptionnel et ressemble à une histoire typique du genre. Un homme se promène dans un parc et pousse dans un fauteuil roulant une femme âgée grotesquement maquillée. Or, cette personne est décédée. A-t-elle été assassinée ? La réponse ne traîne pas. Si elle souffrait de démence, elle est probablement morte d’épuisement physique. En revanche, l’individu en question travaillant à l’origine comme son auxiliaire de vie avoue avoir tué la fille de la vieille dame ; puis il se rétracte, accusant Kaoru de l’avoir menacé. Comment démêler le vrai du faux dans cette sordide affaire ? L’inspectrice a-t-elle fait arrêter un innocent ? Elle commence à douter de ses capacités, mais continue de faire preuve de pugnacité alors que ses collègues et supérieurs ne se gênent pas pour la maltraiter ouvertement. Plus que jamais, Kaoru réalise qu’être une femme au sein de la police s’avère compliqué. Contre toute attente, Galileo XX offre effectivement un registre féministe du plus bel effet et une certaine critique de la société patriarcale nippone.

Kaoru n’est pas dupe, si elle est envoyée aux États-Unis, c’est parce que ses patrons ne savent que faire de cette trentenaire célibataire s’accrochant à sa carrière. Généralement, aucune de ses consœurs ne poursuit cette voie tant elles finissent par toutes se marier et demeurer au foyer. Pour l’État, il paraît inconcevable de donner des responsabilités plus importantes à la policière maintenant assez chevronnée et de toute manière, cette idée ne vient même pas sur le tapis. Trop âgée, plus assez malléable et de sexe féminin, elle cumule les tares. Kaoru ne se formalise pas trop de cette situation inconfortable puisqu’elle comprend qu’il s’agit là d’un combat perdu d’avance. Cela ne l’empêche toutefois pas de soupirer à maintes reprises, d’être plutôt blasée et de rêver d’un monde plus égalitaire. Son affaire en cours ne fait qu’accentuer sa fatigue psychique, car ses supérieurs la malmènent, l’instrumentalisent et ne la considèrent jamais à sa juste valeur. Tout au long de Galileo XX, l’héroïne cherche à lever le voile sur une enquête bien plus complexe qu’à première vue tout en bataillant contre le système masculiniste, la politique de l’établissement, les préjugés et autres embûches apparentées. Quasiment seule contre tous, elle ne baisse pas les bras et croit réussir à obtenir le soutien d’une dirigeante incarnée par Yo Kimiko (Churasan). Cependant, celle-ci suit son propre agenda et ne désire que couvrir ses arrières, la police paraissant être vérolée de l’intérieur. Cette rapide analyse de la société refusant l’égalité des genres ne favorise pas du tout la carte du manichéisme et prouve à sa manière que le sexe d’un individu ne conditionne pas ses actes ou compétences.

En filigrane, l’unitaire se permet ainsi d’illustrer les difficultés pour une femme d’évoluer dans un univers aussi conservateur. L’interprétation de Shibasaki Kô et la richesse de la caractérisation du personnage apportent à l’ensemble une densité, une vulnérabilité et une sensibilité appréciables. Autant la série ne parvient guère à fédérer et toucher l’audience avec son registre bancal, autant cet unique épisode atteint aisément son but que d’émouvoir, de pousser la réflexion et de divertir convenablement. Effectivement, l’affaire criminelle se veut correctement menée et tient en haleine jusqu’à l’épilogue. L’ambigu auxiliaire de vie incarné par un solide Yûsuke Santamaria (Anata no Tonari ni Dareka Iru) se joue de Kaoru et semble cacher divers éléments pour des raisons totalement obscures et au demeurant incompréhensibles. S’y enchevêtrent un vieux dossier, des luttes de pouvoir, une conspiration, des mensonges, du maquillage de preuves, des secrets enfouis depuis des décennies et des menaces plus ou moins déguisées. Kaoru a d’autant plus de peine à se faire entendre que l’investigation ne se déroule pas à Tôkyô, mais à Nagano, et que la presse s’en mêle. La mécanique de l’intrigue ne sort pas des sentiers battus sauf que l’écriture reste suffisamment habile pour ne pas ennuyer d’autant plus que quelques points d’humour transparaissent de-ci de-là. La patronne de l’hôtel fort particulier dans lequel séjourne l’inspectrice ainsi que son collègue du moment (Yagira Yûya – Yutori desuga Nani ka), otaku sur les bords, insufflent une sympathique légèreté. Notons aussi la présence d’un enquêteur local interprété par le convaincant Ibu Masatô (Fûrin Kazan).

Pour résumer, sans la science et Yukawa Manabu, l’unitaire Galileo XX s’écarte fortement de la série de laquelle il se rattache, ce qui s’avère une excellente idée. S’il n’a rien d’indispensable et se contente au bout du compte d’une histoire policière classique, il démontre un certain savoir-faire dans son déroulement et ne manque pas d’allant. En plus de se révéler donc suffisamment intrigant et d’injecter des touches parfois moins dramatiques, il se dote surtout d’une critique féministe subtile et tellement inattendue qu’elle en devient encore plus agréable. Les amateurs de l’inspectrice passionnée seront par ailleurs ravis de constater qu’elle détient l’opportunité de quitter la tête haute l’univers du brillant physicien cartésien, car elle mène elle-même l’affaire du début à la fin et sort psychologiquement grandie de cette expérience émotionnellement éprouvante. En un unique épisode, l’unitaire réussit là où la fiction mère a échoué, c’est-à-dire apporter davantage de dimension à cette protagoniste.

By |2017-05-01T13:57:55+01:00février 1st, 2017|Galileo, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Comments