Ganges Gawa de Butterfly | ガンジス河でバタフライ

Lorsque j’essaye de découvrir un univers assez nouveau pour moi, je m’y adonne de manière assez schématique et futile. Par exemple, je n’hésite pas à piocher allègrement dans les travaux d’acteurs m’étant plutôt sympathiques. C’est ainsi que le tanpatsu Ganges Gawa de Butterfly s’est retrouvé dans mes dossiers. Cette fiction de deux parties de quatre-vingt-dix minutes chacune fut diffusée sur TV Asahi les 5 et 6 octobre 2007. Elle a été scénarisée par Kudô Kankurô à qui l’on doit déjà Ikebukuro West Gate Park et Tiger & Dragon, et son titre peut être approximativement traduit par la brasse papillon dans le Gange. Aucun spoiler.

Takano Teruko vient de terminer ses études et cherche un premier emploi dans la communication. Malheureusement, elle peine grandement et si elle multiplie les entretiens, aucun ne débouche sur quoi que ce soit. Lors de l’un entre eux, pour une raison qu’elle ne s’explique pas, elle raconte avoir une photo d’elle nageant dans le Gange. Cela ne lui permet pas du tout d’obtenir du travail, mais l’idée faisant son chemin, elle décide du jour au lendemain de partir en Inde. Qui sait, peut-être que ce voyage changera profondément son existence ?

Sur le papier, Ganges Gawa de Butterfly ressemble à un récit initiatique. Une jeune femme un peu perdue, sans réelle motivation ou expérience, choisit de s’évader de son quotidien monotone. Elle quitte le Japon citadin et s’aventure dans une région radicalement opposée dont elle ne parle même pas un seul mot de la langue. Le choc culturel est intense et le public s’imagine la voir évoluer et grandir. Certes, cette courte série répond à quelques-unes de ces attentes, mais elle reste perpétuellement superficielle et s’arme d’un humour poussif laissant plus perplexe qu’autre chose. Le scénariste a de toujours montré son appétence pour les personnages décalés et quelque peu absurdes campés par ses acteurs fétiches. Sans surprise, c’est encore une fois le cas ici. L’entourage de l’héroïne s’avère improbable avec la mère ventriloque embarrassante (Takeshita Keiko), le père placide (Ishibashi Renji) et le frère (Arakawa Yoshiyoshi) ne tenant pas en place après avoir été traumatisé par un ancien voyage au pays de Gandhi. Pour parfaire le portrait de ces individus truculents, ajoutons le patron (Minagawa Sarutoki) d’un restaurant indien n’ayant jamais mis les pieds là-bas. Tous se limitent à alimenter l’ambiance cocasse et ne servent pas à grand-chose d’autre. L’absence de direction provoque une sorte de festival du délire en roue libre, amplement maximisée par une protagoniste logorrhéique imbuvable proche de l’hystérie. La jeune femme n’en rate pas une pour se faire des films, fantasmes illustrés directement à l’écran. Nagasawa Masami (Last Friends) l’incarnant en fait des tonnes, gesticule, hurle dans tous les sens et use. En Inde, rien ne se passe comme prévu, mais si les embûches s’y multiplient, tout est amené pour les dédramatiser. Tout le monde est gentil, même ceux n’agissant pas toujours comme la vertu l’impose.

Du haut de sa petite vingtaine, Teruko manque de courage malgré son impulsivité la poussant régulièrement dans des situations accidentelles qu’elle finit par regretter. De peur de se complaire dans sa routine, elle décide de prendre exemple sur son frère et part sur un coup de tête en Inde. Seule. Avec une valise remplie d’objets inutiles et farfelus. Avec son allure niaise et simplette, elle se fait immédiatement arnaquer et n’en rate pas une pour détonner. Par chance, elle y rencontre un photographe japonais, Shingo (Tsukamoto Takashi – Kisarazu Cat’s Eye), lui proposant de l’aider dans ses premières démarches. En réalité, son affabilité n’est sûrement pas désintéressée. Sur le chemin vers Varanasi, elle tombe aussi sur une femme déterminée jouée par Nakatani Miki (Ghostwriter). Voilà donc Teruko lancée dans des pérégrinations parfois improbables entre détroussement, brossage de dents avec un bout de bois, découverte de la nourriture épicée, fête de la Holi, etc. L’idée est évidemment de finir par nager dans le Gange. D’ailleurs, ne dit-on pas que les cadavres y pullulent ? Le scénario essaye surtout de faire rire, mais n’y parvient guère avec ce cabotinage permanent, ces éléments burlesques et une représentation très clichée de l’Inde. Le doublage et les esclaffements forcés de plusieurs locaux n’arrangent pas quoi que ce soit et si le manichéisme ou le jugement sont habilement évités, la superficialité des propos laisse une impression de survol constant de ce qui importe réellement. Les velléités de réflexion en filigrane sur, par exemple, les statuts dans la société indienne et la recherche de soi-même, demeurent à l’état embryonnaire. Justement, la progression psychologique de Teruko se veut bien trop expédiée et caricaturale en plus de se limiter à utiliser tous les poncifs du genre. Il n’empêche que les décors naturels et authentiques se montrent magnifiques et changent des habitudes du petit écran japonais.

Pour résumer, à travers le voyage en Inde d’une naïve Japonaise désirant sauter le verrou de ses inhibitions, Ganges Gawa de Butterfly ressemble à un récit presque indigent passant à côté de son sujet. Bien que la forme convainque assez et prouve un certain budget, le fond de cette série peine grandement à émouvoir, intéresser ou tout simplement divertir. Le mélange des tons s’avère trop bancal, les lieux communs s’y multiplient et la succession de rebondissements souvent ineptes ne fait qu’amplifier le sentiment d’assister à une farce excessive et totalement idéalisée. La courte durée de l’ensemble rend le visionnage tolérable, mais non recommandable à moins d’être un inconditionnel de l’actrice principale ou du scénariste que l’on a connu plus inspiré.