Gormenghast (mini-série)

Ouaw, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je n’ai pas regardé de mini-série. A vrai dire, ça fait effectivement un petit moment… Pourtant, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, c’est généralement un format qui m’intéresse. Parlons ainsi de Gormenghast qui, en plus d’être uniquement composée de quatre épisodes d’une heure, met la fantasy à l’honneur. Il s’agit d’une adaptation de la trilogie de Mervyn Peake, que je n’ai jamais lue soit dit en passant. La série fut diffusée sur la BBC entre janvier et février 2000. Elle est passée sur Arte à la fin de l’année 2009. N’ayant aucune envie de la regarder en VF, je l’ai cherchée par mes propres moyens. Apparemment, elle avait déjà eu l’occasion de passer par les écrans français. Aucun spoiler.

Cloîtrés dans la forteresse de Gormenghast, les d’Enfer ressassent leurs querelles et leur ennui dans un présent figé, tandis qu’aux abords du château un peuple accablé de fléaux s’échine à maintenir le train de vie seigneurial. Survient alors un héritier surprise, Titus, dans l’indifférence la plus totale. Seul Finelame, un marmiton sans scrupule aucun, remarque l’arrivée du jeune homme providentiel. Il est déterminé à accéder au trône à sa place. Fuce, fidèle serviteur de la famille d’Enfer, tentera d’enrayer son irrésistible ascension.
Source : Arte

Les lecteurs des livres ont l’air tous d’accord sur un point : cette trilogie dépeint un univers sombre, onirique et à l’esthétique extrêmement léché. De ce fait, l’adapter était loin d’être une tâche aisée. Cette mini-série est plus que particulière. Pour être honnête, j’ai hésité avant de rédiger cet article, me demandant ce que j’allais bien pouvoir écrire. L’ambiance est étrange, c’est un peu comme si on assistait à un banquet de fous. L’ensemble est grotesque tout en étant inquiétant. Tous les personnages sont des aliénés. Absolument tous. Ils ont probablement leur propre logique mais elle est assurément bien loin de la notre. Ils sont marqués par des rituels aussi incongrus les uns que les autres qu’ils ne comprennent plus et leurs occupations sont tout aussi incroyables. Entre le père dépressif qui ne sort jamais de sa bibliothèque, la mère qui ne pense qu’à ses oiseaux et ses chats ou les tantes jumelles qui sont en parfaite symbiose et qui donnent la chair de poule, on assiste à à chaque fois à des réunions de protagonistes aussi déments les uns que les autres. Tous ont un grain, semblent guère s’en soucier et vivent leur vie à leur manière. Un seul vient rompre cette unicité étrange, Steerpike, profitant de la naissance d’un nouvel héritier pour rompre les rouages de Gormenghast. Steerpike est un anti-héros. Malin, cruel, fourbe, ambitieux et arriviste, il sait ce qu’il veut et surtout, ce qu’il ne désire pas. Qu’importe s’il doit passer des années à se faire marcher dessus et à s’incliner plus bas que terre, tant qu’il complote et manipule dans son coin pour parvenir à ses fins. Et c’est ce qu’il fait durant les quatre épisodes de Gormenghast. Dans sa folie de grandeurs, il est justement peut-être le plus sain d’esprit de ce monde. C’est dire à quel point l’univers est fantasque. Il est assez difficile de classer les personnages et d’en dire quoique ce soit tant ils sont particuliers. Il s’agit d’un château à part, hors de tout contexte.

L’étrange ne s’arrête pas là puisque les décors sont eux aussi à dénoter. C’est un mélange de baroque et de médiéval, avec des références chinoises marquées. Dans tous les cas, il y a un réel effort visuel et l’esthétique est plus que travaillé. Les costumes sont intéressants et en disent généralement assez longs sur le personnage qui les porte. Mais, et l’histoire ? En réalité, il ne se passe pas grand chose. Ce n’est pas le scénario qui prime mais davantage la manière de le raconter. Steerpike est ainsi la pièce maîtresse de ce grand tableau, cherchant par tous les moyens à bousculer cette société engoncée et étriquée. Le nouveau né, Titus, est plus tard à l’honneur mais il n’est pas, dans la série en tout cas, des plus intéressants. Néanmoins, les deux ont un point commun qui marquera à tout jamais Gormenghast. Ils ne souhaitent qu’une seule chose, la liberté, et pour cela ils sont prêts à tout. Si Gormenghast est résolument mélancolique et poétique, elle n’en demeure pas moins féroce et par moment burlesque. Les quatre épisodes sont plutôt théâtraux, ne serait-ce que dans la mise en forme.

La distribution est impeccable et semble prendre un malin plaisir à jouer des personnages loufoques et extravagants. Ainsi, dans le le rôle du flatteur et sournois Steerpike, on retrouve Jonathan Rhys Meyers (The Tudors) qui sait inspirer la pitié comme l’effroi. Autre visage connu, celui de Christopher Lee qu’il n’est plus la peine de présenter. Il incarne Mr. Flay, le taciturne et loyal « serviteur » du comte du château, qui mettra tout en oeuvre pour faire la lumière sur Steerpike. Stephen Fry est aussi de la partie en tant que professeur de Titus.

Gormenghast est une mini-série déconcertante. Elle laisse un sentiment étrange tant l’univers noir marque par son aspect baroque et médiéval mêlé à des personnages démesurés et aliénés. Le rythme est lent et l’ensemble paraît parfois interminable, les protagonistes donnant en plus l’impression de s’ennuyer ferme. Quoiqu’il en soit, elle est assurément unique en son genre, si tant est qu’elle en ait un d’ailleurs. Les épisodes se suivent et donnent l’impression de rêver éveillé. La fascination laisse la place à la consternation et réciproquement. En fait, pour faire simple, Gormenghast est tout et son contraire. Elle est belle et en même temps affreuse ; poétique et glauque ; compréhensible et délirante. Le mieux est de la regarder pour se faire une idée car il s’agit là d’une série qui laisse sa propre part d’interprétation. Une chose est sûre, c’est qu’il y a une trilogie qui n’attend que d’être lue…