Grey’s Anatomy (saison 11)

Les années ont beau passer, une série semble résister vaillamment au couperet fatidique et, visiblement, celui-ci est encore loin de souhaiter s’abattre. Alors que la douzième saison de Grey’s Anatomy s’approche à grands pas aux États-Unis, il est l’heure de discuter de la onzième. Constituée de vingt-quatre épisodes, elle fut diffusée sur ABC entre septembre 2014 et mai 2015 ; à noter que le vingt-deuxième a vu sa durée exceptionnellement doublée. Aucun spoiler.

Malgré une certaine redondance et une recette désormais quelque peu éculée, la précédente année de ce mastodonte étasunien demeurait relativement satisfaisante. La logique aurait donc voulu de démarrer ces aventures inédites plutôt rasséréné. Or, ce n’était pas du tout mon cas. Le départ de l’un des personnages les plus intéressants, l’écartement de deux internes susceptibles de dynamiser la fiction et le rebondissement ridicule du season finale laissaient plus que perplexe. Comment la série allait-elle réussir à convaincre ? Contre toute attente, elle sort brillamment vainqueur de nombreux obstacles s’étant retrouvés sur son chemin et l’effort est d’autant plus louable que les bouleversements en coulisse n’ont sûrement pas été de tout repos. Cela étant, Grey’s Anatomy souffre de manière assez notable de sa grande galerie de protagonistes et peine à de trop régulières reprises à tous les mettre sur un pied d’égalité. Si la saison arrive à associer avec efficacité affaires médicales et problèmes intimes, elle oublie par moments de traiter tout le monde de la même façon, provoquant dès lors des disparités frustrantes. Des figures comme Owen en pâtissent plus que d’autres, ce qui est toujours assez dommage. Il n’empêche que pour la première fois depuis longtemps, la série décide de s’orienter dans une direction inédite et de rompre avec sa structure ronronnante, comme si elle s’armait progressivement pour se construire un nouveau visage et une sorte de retour aux sources. Si cette transition vers du changement est salvatrice, c’est parce qu’elle favorise un regain d’intérêt pour une production sur la pente descendante.

Plus que jamais, cette onzième année est celle de sa principale héroïne, Meredith. Ce personnage ne se situe probablement pas en tête de liste des préférés du public, mais il possède une extraordinaire évolution sur la durée et ces épisodes le démontrent encore une fois. Alors qu’elle vient de perdre sa meilleure amie partie vivre en Suisse, voilà qu’elle apprend l’existence d’une demi-sœur. Pire, cette dernière occupe dorénavant le poste de Cristina et officie donc en tant que chef de chirurgie cardiaque. Meredith a le droit de craquer sauf qu’elle tente de résister et doit combattre le comportement exécrable de son mari, Derek, à qui le président des États-Unis fait la cour. Psychologiquement à bout, elle ne sait plus que faire et craint de se transformer inexorablement en Ellis Grey. Le parallèle avec cette mère acariâtre est perpétuel au sein de cette année et celle-ci n’a jamais été autant au centre des propos. En dehors de sa fille avec Richard, c’est aussi une plongée dans ses pensées et son parcours que l’intrigue délivre, notamment à travers plusieurs flashbacks pas toujours très fins, mais globalement éclairants. Quoi qu’il en soit, la jeune Grey rabaisse tout le monde et, en plus de ses relations conflictuelles avec ses pairs, vit une crise conjugale larvée. Derek est d’une incroyable condescendance et il l’irrite plus que de raison, même si elle l’aime plus que tout. Le seul ayant encore grâce à ses yeux est Alex qui devient, sans nul doute, son nouveau Cristina ; leur dynamique amicale est joliment croquée à l’écran. Ainsi, les doutes et craintes de Meredith sont parfaitement retranscrits et touchent en plein cœur le téléspectateur. Le point d’orgue est tout naturellement la fin de saison en raison d’un évènement dramatique explosant littéralement l’univers de cette femme sachant rester digne malgré les circonstances. Si l’ensemble demeure satisfaisant, l’irruption de Maggie Pierce a pourtant dès le départ de quoi provoquer des sueurs froides.

Avec Lexie, Grey’s Anatomy avait déjà joué la carte de la sœur sortant d’un chapeau de magie. C’est pourquoi voir le scénario s’y adonner n’augurait pas grand-chose de bon malgré une logique presque évidente. Effectivement, cette fille n’est pas n’importe qui puisqu’elle est l’enfant de Richard Webber et d’Ellis Grey. Leur relation est connue depuis maintes années et cette naissance deux décennies auparavant ne paraît pas si incongrue que ça. Maggie (Kelly McCreary) arrive au Seattle Grace dans l’espoir de côtoyer sa grande sœur et ne cherche absolument pas ses racines ou une vraie affection. Elle aime sa famille adoptive, n’est pas malheureuse et a pleinement conscience d’avoir été choyée. Elle ne sait pas que Richard est son père et, forcément, celui-ci tombe des nues en découvrant de lui-même le pot aux roses. Finalement, la nouvelle chef de cardiologie plaît d’emblée et réussit sans difficulté à s’intégrer à la distribution. Les épisodes choisissent d’explorer immédiatement sa personnalité afin de l’asseoir aux yeux de l’audience qui ne peut que la trouver sympathique. Fraîche, rigolote et talentueuse, elle ne démérite absolument pas face aux autres. Ses interactions avec Meredith sont tout aussi abouties et alimentent de solides scènes. Maggie n’est pas la seule à s’introduire dans l’équipe, car la sœur de Derek, transfuge de Private Practice, doit également s’installer. En revanche, le constat se veut moins positif pour Amelia. Si son développement n’est aucunement à remettre en cause tant l’écriture soigne cette neurochirurgienne déterminée, elle n’est que rarement agréable et, donc, assez peu attachante. Sinon, les médecins ayant rejoint la série depuis peu comme Stephanie ou même Jo finissent par s’intégrer. En effet, la seconde se détache de l’ombre d’Alex tandis que la première jouit de ressorts scénaristiques heureusement non liés à ses aventures passées avec Jackson. Progressivement, Grey’s Anatomy renouvelle par conséquent sa galerie bien qu’il se révèle toujours compliqué de s’intéresser à tous.

Si l’intrigue de fin de parcours avec Meredith et Derek reste probablement celle en mémoire tant elle dispose d’une parfaite maîtrise alliant émotions, intimité et, étonnamment, optimisme, d’autres nécessitent plusieurs louanges. Par exemple, malgré la relation franchement rébarbative entre Callie et Arizona, l’arc avec Nicole Herman jouée par Geena Davis (Commander in Chief) est fort plaisant, ne serait-ce que parce que cette femme s’impose sans mal. Le constat se veut aussi plutôt positif pour la gestion pudique d’une perte douloureuse de Jackson et d’April même si, là également, tout n’est pas parfait en raison d’une dynamique parfois menée trop abruptement. Les autres personnages doivent se contenter de miettes scénaristiques et, encore une fois, Miranda en pâtit, car avouons-le, ses tentatives de prise en main avec consommation de kale et sport sont ridicules ! À l’instar de Meredith, Owen cherche à aller de l’avant face au départ de Cristina et ne dispose guère de plus de matériel que ça. La saison démontre dans tous les cas que les protagonistes ne sont, au bout du compte, pas forcément indispensables et que la disparition de n’importe lequel d’entre eux a beau être tantôt triste, elle n’impacte pas le reste. Cristina le symbolise à merveille, mais elle n’est pas la seule. Quoi qu’il en soit, en dehors de la vie plus intime de ses héros ponctuée de séquences plus légères et amusantes, la production continue de leur offrir des challenges médicaux un peu trop réguliers et époustouflants, mais il s’agit là d’une de ses marques de fabrique. Voir les médecins aussi exceptionnels agace parfois un peu, car il n’est pas nécessaire qu’ils découvrent des techniques miracles pour les rendre compétents. Pour l’anecdote, des invités comme Megan Gallagher (MillenniuM), Debra Mooney (Everwood) et Kevin Alejandro (True Blood) sont dans les parages.

Au final, cette onzième année de Grey’s Anatomy s’apparente presque à une cure de jouvence pour la série malgré quelques lacunes dispensables. Les épisodes redistribuent les cartes, assimilent aisément de nouveaux visages et cherchent à progressivement modifier les forces en place, sans ne jamais oublier leur identité au passage. Ce dynamisme est dès lors assez rafraîchissant et pousse à penser que la fiction détient encore de solides atouts pour perdurer, à condition de parvenir à garder cet équilibre. Car pour être homogène, la saison l’est tant elle associe avec efficacité la médecine, les drames et joies de ses protagonistes avec, bien sûr, tout un panel d’émotions. La très belle évolution de Meredith et de tout ce qui la concerne représente certainement le maillon le plus notable de cet ensemble, mais l’héroïne n’est pas la seule à tirer son épingle du jeu. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite continue sur cette lancée et ne retombe pas dans la routine mécanique.

By |2017-05-01T13:58:23+01:00septembre 15th, 2015|Grey's Anatomy, Séries étasuniennes|0 Comments

Grey’s Anatomy (saison 10)

À une époque où les chaînes et autres maisons de production laissent de moins en moins de place à l’erreur et attendent le succès dans la seconde, constater que certaines séries réussissent malgré tout à souffler une dixième bougie fait presque plaisir. C’est le cas de Grey’s Anatomy et, d’ailleurs, elle n’est pas encore sur le point de s’arrêter. Quoi qu’il en soit, pour l’heure il est donc question de sa saison dix, constituée de vingt-quatre épisodes diffusés sur ABC entre septembre 2013 et mai 2014. Aucun spoiler.

Mécanique, peu inspirée et sentant surtout le renfermé, la neuvième année de Grey’s Anatomy ne convainquait guère en dépit de quelques bonnes idées. Certes, arrivé à un stade, il devient sûrement compliqué pour les scénaristes de se renouveler tout en gardant la recette ayant fonctionné jusque-là. C’est par conséquent moyennement enthousiaste que j’ai commencé ces épisodes inédits, m’attendant à les regarder sans trop de déplaisir, mais sans en ressortir franchement divertie. La première partie est d’ailleurs peu satisfaisante et persévère dans les écueils redoutés en se reposant bien trop sur les bases de la série, abattant dès lors ses cartes consciencieusement, mais sans l’étincelle salvatrice. Contre toute attente, la seconde moitié se révèle nettement supérieure et réussit à balayer plusieurs critiques négatives, peut-être parce qu’elle se focalise davantage sur le départ d’une de ses principales actrices, celle incarnant un des personnages forts, à savoir Cristina Yang. Bien sûr, tout n’y est pas parfait et l’ensemble se prend de nouveau les pieds dans des artifices mélodramatiques ridicules – tels que cette annonce ubuesque du season finale issue de nulle part –, ce qui ne l’empêche pas de donner foi en l’avenir. Au bout du compte, la fiction semble avoir encore des choses à dire, ce qui est assez agréable, avouons-le. S’attarder au long cours sur une famille où le cœur représente le centre des problèmes se veut pertinent et plutôt convenable. Pour autant, rares sont les épisodes à se détacher du lot et les patients ne marquent guère, les émotions se montrant ténues et peu enclines à atteindre l’audience. Dommage.

La tempête a mis l’hôpital sens dessus dessous et les employés essayent de réparer les multiples pertes physiques comme psychologiques. Effectivement, si les conditions météorologiques se sont déchaînées, l’ouragan a aussi soufflé à l’intérieur même des murs de l’établissement, la série étant toujours autant friande de ses moult métaphores. Sans surprise, chaque épisode ou presque effectue un parallèle entre la narration de Meredith, la vie professionnelle des médecins et leurs bouleversements plus intimes. Dans l’ensemble, la fiction continue d’alterner avec efficacité les moments plus légers, quelque peu loufoques et drolatiques, et ceux où les drames tentent de se frayer un chemin jusqu’au cœur des téléspectateurs. Cette association savamment orchestrée s’entremêle correctement avec l’attachement que l’on ressent pour cette galerie bigarrée de personnages, dont plusieurs encore assez méconnus au tout début de la saison. Les internes amorcés précédemment prennent du galon et finissent enfin par percer. Tous ne se valent pas, c’est certain, mais ils avancent progressivement et réussissent à s’intégrer au reste, donnant parfois l’impression d’être présents depuis bien plus longtemps. Stephanie est sûrement la moins intéressante du petit groupe de jeunes médecins, ne serait-ce que parce que son histoire avec Jackson se veut insipide au possible. De toute manière, cet arc est profondément rébarbatif, prévisible et convenu ; l’épisode se déroulant dans la grange où tous revêtent leur costume du dimanche en est la preuve indiscutable. Shane et Leah, en revanche, tirent leur épingle du jeu. Le premier suit un parcours chaotique et vertigineux en raison d’une culpabilité le rongeant peu à peu, tandis que la deuxième gagne en complexité et en fêlures. Dans tous les cas, ils sont un beau regard dans le rétroviseur pour leurs supérieurs hiérarchiques.

La saison est marquée par plusieurs fils rouges distincts, bien que possédant de multiples dénominateurs communs. Concilier ambition professionnelle et vie personnelle est l’un des moteurs de nombreux protagonistes ; Meredith en est la figure de proue. Maintenant qu’elle a accouché de son petit garçon et qu’elle a deux enfants en bas âge à élever, elle craint de ne pas réussir à mener de front sa carrière. Le fantôme de sa mère plane au-dessus d’elle parce qu’elle n’a aucune envie de lui ressembler. Naturellement, la réalité finit systématiquement par rattraper tout le monde et l’héroïne comprend qu’elle est obligée de composer avec plusieurs facteurs, dont son propre mari. Après tout, Derek a également des aspirations et il a prouvé jadis qu’il aimait passer au premier plan. Leur union est l’une des valeurs sûres pour sa solidité et sa maturité. La guerre froide avec Cristina rapidement initiée devient extrêmement désagréable et poussive, rendant en plus Meredith absolument exécrable. Jalouse de sa meilleure amie qui brille dans le milieu médical, elle tolère donc très difficilement son succès. Car, oui, Cristina voit son travail porter ses fruits, dépassant peut-être même ses rêves les plus fous. Le personnage a de toujours été sympathique et ce n’est pas cette année qu’il change la donne. De même, sa relation compliquée avec Owen chargée en magnétisme continue de charmer malgré sa redondance et l’arrivée superficielle de Marguerite Moreau (Life As We Know It) en fade concurrente romantique. Ce n’est pas dévoiler quoi que ce soit que d’écrire que Cristina quitte ses confrères de Seattle puisque cela a été annoncé de but en blanc absolument partout. Il n’empêche que son départ laisse perplexe tant elle apporte beaucoup à la série. La saison soigne sa sortie, nonobstant un futur peu crédible et des incrustations numériques très laides. Les recherches médicales sont à l’honneur, l’hôpital s’apparentant apparemment à un vivier de génies en puissance. Cette propension à sombrer dans l’esbroufe est assez irritante, mais elle fait partie des défauts inhérents à la production.

Meredith et Cristina ne sont pas les seules à vivre une rupture puisque d’autres dynamiques en souffrent tout autant. Callie et Arizona se déchirent suite aux tromperies de la seconde. Difficile de s’intéresser à cette intrigue qui ne dégage pas grand-chose de concret. Heureusement, au fur et à mesure les tensions s’apaisent et les deux femmes temporisent pour finir par trouver une certaine entente. Au sujet de l’orthopédiste, le procès en flashbacks est profondément ennuyant. En y réfléchissant, maints rebondissements et développements ne dépassent pas souvent le simple cadre de l’anecdote ou du projet presque avorté dans l’œuf. Par exemple, les troubles particuliers de Miranda sont stupidement évacués et ne semblent servir à rien, sauf à meubler entre deux ressorts scénaristiques supposément plus denses. De même, si l’arrivée de James Remar (Dexter) en proche d’Alex se veut au départ plutôt plaisante, elle laisse un goût de trop peu dans la bouche. Ne parlons pas de la voie que ce médecin prend en fin de saison, car elle n’est que vaguement esquissée à l’écran et empêche de se sentir concerné. Richard, lui, fait corps avec un lit avant de se placer en mentor étonnamment solide. Quant à April, elle insupporte moins que l’année passée, mais elle aussi souffre d’un classicisme. Sa relation ambiguë avec Jackson démontre que tout va trop vite avec elle, mais les deux gagnent du galon par la suite et amènent à souhaiter qu’ils soient plus stables dans le futur. L’irruption d’Amelia (Caterina Scorsone), la sœur de Derek, n’apporte pas non plus un matériel exceptionnel, et pour peu que l’on ne soit pas au fait de Private Practice, on ne sait de toute manière rien d’elle.

En définitive, cette dixième saison de Grey’s Anatomy a beau continuer de cumuler quelques tares et de ne pas toujours se dépêtrer de son carcan mécanique, elle réussit globalement à satisfaire. Quand elle donne l’impression d’avoir fait le tour de ses personnages, de persévérer dans les rebondissements grossiers et de se répéter encore et encore, c’est pour mieux redémarrer et insuffler un certain souffle d’espoir pour les évènements à venir. Pour cela, elle peut notamment remercier l’équilibre entre ses divers ingrédients, la pluridisciplinarité de ses figures somme toute attachantes, et son atmosphère légère et à la fois dramatiquement excessive. Avouons toutefois qu’il manque une franche implication émotionnelle pour pleinement enthousiasmer. En bref, l’ensemble se regarde agréablement à condition d’accepter ce curieux sentiment d’en revenir plus ou moins aux mêmes éternels problèmes.

By |2017-05-01T13:58:35+01:00avril 21st, 2015|Grey's Anatomy, Séries étasuniennes|0 Comments