Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna | ギルティ ~ 悪魔と契約した女

Nous sommes encore repartis sur les traces des séries japonaises avec le choix de Gatien pour cette animation spéciale Noël.

Déjà repérée lors de ma sélection des j-dramas de l’automne 2010, Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna me donnait tout particulièrement envie car les quelques critiques lues, dont celle de Gatien, étaient plutôt positives à son sujet. Or, dernièrement j’ai surtout essayé de vider mes cartons donc celui-ci n’était pas au programme. Pas de culpabilisation en vue puisque ce fut une des séries choisies pour cette animation spéciale Noël. Les choses sont parfois bien faites, n’est-ce pas ? Derrière ce titre se cache une série japonaise de onze épisodes diffusés entre octobre et décembre 2010 sur Fuji TV. Seul le premier épisode comporte quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Guilty provient évidemment de l’anglais et signifie coupable. Quant au sous-titre akuma to keiyakushita onna, il est traduisible en la femme qui a pactisé avec le diable. Aucun spoiler.

Coupable comme être coupable après avoir perpétré un crime. Coupable comme le fait de se sentir coupable après avoir effectué une action répréhensible. Guilty joue avec une certaine subtilité sur sur les deux tableaux. Nogami Meiko est sortie de prison après y avoir passé quatorze ans pour le meurtre de son beau-frère et de son neveu (Kabe Amon – Good Life). Sa sœur (Konno Mahiru – Shiroi Haru) s’est suicidée après son incarcération et leur mère a tenté de la suivre mais a échoué, elle vit depuis lors dans une institution spécialisée. Meiko étant désormais libre, elle travaille dans un salon de toilettage canin et semble ne pas réellement profiter de son existence. Sa patronne se montre bienveillante et accepte de manière totalement ouverte le passé de Meiko, quitte à perdre des clients. Après sa sortie de prison, plusieurs hommes se sont apparemment suicidés bien que leurs derniers gestes paraissent assez étranges. Fait d’autant plus curieux que tous semblent avoir un lien plus ou moins direct avec l’affaire qui l’a envoyée derrière les barreaux. Serait-ce elle qui se cache derrière tout ça ? La réponse ne se fait pas tarder, oui, c’est elle qui se venge en forçant ces personnes à se donner la mort. Ayant clamé son innocence depuis le départ, il semblerait qu’elle n’ait effectivement jamais empoisonné ces gâteaux ayant tué sa belle-famille. Progressivement, elle remonte jusqu’à celui qui a organisé cette affaire et est bien décidée à lui faire payer le prix fort.

Les histoires de vengeance ont toujours eu un attrait particulier à mes yeux. Elles sont d’autant plus jouissives lorsqu’elles sont froides comme il faut et réalisées via des moyens réfléchis et implacables. Les frontières de Guilty entre le bien et le mal sont floues. Si Meiko est innocente, n’a-t-elle pas raison de faire souffrir ceux qui ont détruit sa vie et celle de sa famille ? En plus, si ces mêmes personnes n’éprouvent aucun remord, ne méritent-elles pas ce qui leur arrive ? La justice est parfois bien plus laxiste avec les riches et les puissants, eux qui réussissent à échapper au couperet fatidique alors pourquoi pas… Évitant le manichéisme, la série joue habilement avec la conscience collective et sociale afin de nous faire réfléchir sur notre propre notion de la justice. Si, au vu de l’excellente fin, elle prend le parti de ne pas répondre totalement à sa propre question, il n’en demeure pas moins qu’elle pousse la réflexion tout en ne se révélant pas trop consensuelle. Meiko a beau ne pas avoir tué qui que ce soit quinze auparavant, il n’empêche pas moins qu’elle pousse des personnes au suicide. Sa méthode pourrait se montrer infaillible mais elle semble vouloir payer ses crimes lorsqu’elle en sera arrivée à bout. L’anti-héroïne est plutôt nuancée et l’interprétation sans failles de la toujours aussi agréable Kanno Miho (Magerarenai Onna, Churasan) aide probablement à la rendre aussi complexe. D’apparence fragile, marquée par son passé et s’étant refermée comme une huître sur elle, Meiko est en apparence d’une nature serviable et gentille. Si le début de la série laisse penser que tout ceci n’est que façade et que son véritable visage est celui d’une manipulatrice froide et dangereuse, il n’en est rien. Ayant fait de sa vengeance sa nourriture pendant quinze ans, elle montre toute sa force et sa volonté lorsqu’il en est question et qu’elle échafaude ses plans. Preuve est qu’elle n’est pas foncièrement mauvaise, elle veille toujours à ne pas faire souffrir ou mettre en danger des innocents. Durant son incarcération, elle a probablement dû ruminer ses idées de vengeance, les faisant tourner en boucle dans sa tête. Elles sont ainsi devenu sa devise et elle n’a plus d’autres objectifs. Là où la série réussit son pari c’est en faisant dès le départ douter de la sincérité de Meiko jusqu’à arriver à un point où l’on cautionne ses actes, quand bien même on sache pertinemment que non, on ne fait pas sa propre justice. Alors qu’elle touche au but, on en vient à penser qu’elle ne mérite pas de retourner en prison et qu’elle devrait avoir le droit de vivre sa vie. Si le personnage manque un tant soit peu de subtilité et de profondeur, les fameux sourires narquois étant par exemple dispensables, il paraît tout de même indubitable qu’il s’agit là d’un beau portrait né dans la tragédie.

Les épisodes cheminent vers le chef d’orchestre de l’affaire des gâteaux en chocolat empoisonnés. Qui est-ce et pourquoi Meiko ? Pourquoi sa famille est-elle décédée ? Avait-il une inimitié contre eux ? Est-ce le fruit du simple hasard ? Le rythme est soutenu, de nombreux rebondissements venant régulièrement alimenter l’intrigue, et le suspense est haletant. Presque immédiatement après avoir débuté Guilty, on se prend au jeu et il est difficile de s’en détacher avant d’être arrivé à son terme. Il est vrai que le scénario comporte quelques lacunes, certains raccourcis n’étant pas évités et plusieurs incohérences ou approximations étant de la partie. Toutefois, l’ambiance, l’aspect symbolique avec notamment ces corbeaux et la photographie travaillée compensent ces difficultés. La série est au final tellement prenante que les quelques ficelles plus grossières sont facilement laissées de côté et ne gâchent aucunement le plaisir procuré. La musique participe en outre à cette orchestration. Sumitomo Norihito propose effectivement une superbe bande-son tour à tour effrénée, prenante, envoûtante ou encore mélancolique. Il en est de même pour les deux chansons que l’on entend régulièrement, à savoir celle du générique de fin, Kono Yoru wo Tomete de JUJU mais aussi celle aux sonorités plus rap, Guilty de The New Classics.

Sur son chemin vengeur, Meiko rencontre plusieurs personnes. Certaines lui mettront des bâtons dans les roues, d’autres lui tendront la main et d’autres encore navigueront en eaux troubles. C’est d’abord par pure coïncidence qu’elle fait la connaissance d’un policier désabusé et à la dérive après le meurtre de son jeune apprenti. Mashima Takurô, incarné par Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Love Shuffle, Last Christmas), se fait mal voir de tous ses collègues et passe plus de temps au fond d’une cellule à cuver son alcool qu’à courir après les malfaiteurs. Il se rapproche dans un premier temps de Meiko car il note des coïncidences étranges entre les suicides, le passé de cette femme et la disparition de son mentor. Ce qu’il ne réalise pas c’est que sa propre conception du bien et du mal sera mise à rude épreuve. Entre les deux se tisse une relation extrêmement ambiguë mêlant de nombreux sentiments presque inextricables. Meiko ne sait pas qu’il est inspecteur de police et croit ne voir qu’un homme s’occupant d’un chien. Étant farouche, elle se laisse peu approcher d’autant plus qu’elle est seule depuis ses 19 ans et qu’elle n’a jamais pu construire une réelle relation avec qui que ce soit d’extérieur à sa famille. Sa détresse touche Mashima plus qu’il ne le voudrait, lui qui aussi navigue à vue. Honnêtement, j’ai eu un énorme coup de cœur pour cette dynamique discrète mais qui possède quelques scènes très fortes et significatives. Cette romance impossible et avortée est légère et ne devrait absolument pas déranger ceux qui sont réfractaires au genre.

Une des collègues et ex petit-amie de Mashima, Enomoto Mari, est jouée par la toujours aussi belle Kichise Michiko (Bloody Monday, BOSS, LIAR GAME, Nodame Cantabile). D’abord de nature antipathique, elle se montre plus intéressante en fin de série mais demeure tout de même assez fade. A contrario, Dôjima, le journaliste donnant l’impression de n’avoir aucun scrupule est bien plus agréable. S’il est vrai que la prestation de Karasawa Toshiaki gênera ceux qui n’apprécient pas le surjeu typique, cela n’empêche pas que ce personnage est une réussite car drôle tout en gardant une certaine dimension tragique et touchante. D’autres comme le chef de l’unité de police, Ukita, se veulent davantage unilatéraux. Le probable psychopathe et pyromane Mizoguchi, interprété par un sympathique Kanai Yûta (Asukô March!, TROUBLEMAN) mais qui en fait trop, est un autre exemple. L’interprétation est tout de même de bonne qualité dans son ensemble. Comme souvent, la série est l’occasion de voir de nombreux visages connus. Nous n’allons pas trop nous attarder sur eux tant cela pourrait dévoiler leurs rôles et motivations dans cette affaire ayant coûté quinze ans de la vie de Meiko. C’est avec grand plaisir (le mien en tout cas !) que l’on retrouve Kashiwabara Shûji (Yume wo Kanaeru Zô) dans un registre différent de ses habitudes, Namioka Kazuki (Crows Zero), Harada Kana (Bloody Monday), Mikami Kensei (Tôkyô DOGS, Muscle Girl!), la superbe Takizawa Saori (Hachimitsu to Clover, Marumo no Okite, Jotei) ou encore Ishimaru Kenjirô (Kamen Rider Den-Ô).

S’il est indubitable que Guilty manque quelque peu de profondeur et de rigueur, il n’empêche pas moins qu’elle se montre réussie sur de nombreux points. Avec une jolie photographie, un rythme soutenu, une bande-son agréable, une interprétation plutôt satisfaisante ainsi que plusieurs personnages intéressants, on se laisse envahir par la froide vengeance guidant l’héroïne. L’ambiance mystérieuse et parfois morose, la fine romance, le scénario intrigant et le suspense font tout le reste. Par ailleurs, la remise en question de la moralité de Meiko mais aussi de celle qui nous gouverne est stimulante et fait plaisir. Au final, cette femme est-elle une victime ou une coupable ? Pour peu que l’on accepte ses défauts, le visionnage se révèle alors être tout particulièrement distrayant et extrêmement agréable. Pour ma part, c’est en tout cas un coup de cœur.