Hamarinn | La Falaise – The Cliff (mini-série)

Au vu de la température ambiante, vous voulez probablement de la chaleur et des paysages ensoleillés. Eh bien ce n’est pas aujourd’hui que vous en aurez avec Luminophore puisque nous partons pour la première fois en Islande ! Au programme : du froid, un environnement quasi lunaire et plus que rigoureux, des couleurs glaciales, du lopapeysa à ne plus savoir que faire, des meurtres étranges et un soupçon de folklore scandinave. Parlons donc de la mini-série Hamarinn diffusée courant octobre 2009 sur l’état insulaire. Elle est composée de quatre épisodes d’environ cinquante-deux minutes et a été réalisée par Reynir Lyngdal. On peut la retrouver sous l’intitulé international The Cliff (qui veut dire falaise en anglais pour ceux qui auraient quelques lacunes). En France, la mini-série devient La Falaise et passera sur Eurochannel dès samedi 3 novembre 2012. Rappelons que la chaîne est accessible via SFR – chaîne 89, Virgin Mobile – chaîne 194, Free – chaîne 39 et qu’il existe désormais un service de VOD via DailymotionAucun spoiler.

Helgi Marvinsson, un inspecteur de police de Reykjavik, est envoyé dans une petite ville islandaise afin d’aider la police locale à faire la lumière sur un accident suspect. Alors que celui-ci paraît n’être qu’une banale affaire, il réalise rapidement qu’il va devoir composer avec les croyances insulaires et les habitants peu enclins à parler.

   

Leurs productions prouvent régulièrement que les pays scandinaves sont friands de polars ; c’est donc sans grande surprise qu’Hamarinn en fait la part belle. Pour autant, si son but premier est de mettre en avant une investigation, elle imprègne son climat d’une ambiance très particulière mêlant à la fois les énigmes à l’imaginaire islandais. C’est d’ailleurs ce qui lui offre tout son charme et qui lui permet de sortir quelque peu de son enquête, au final, assez classique voire consensuelle.

Lors d’une nuit, Snorri est retrouvé en bas d’une falaise après avoir fait une chute de plus d’une vingtaine de mètres dans sa tractopelle. Que faisait-il là ? Personne ne semble le savoir. Pour cela, il faudra attendre qu’il sorte du coma ; si jamais il ne meurt pas avant. La situation s’annonce délicate car cette falaise est supposée être détruite dans les jours à venir afin d’y construire une centrale hydro-électrique. Plusieurs habitants ne sont pas particulièrement enthousiastes pour de multiples raisons compréhensibles et, certains écologistes ont d’ailleurs entamé de nombreuses manifestations depuis quelque temps. Cet accident s’avère problématique d’autant plus que des explosifs ont été volés sur le site. C’est pour cela qu’Helgi, un inspecteur de Reykjavik, est dépêché sur les lieux de manière à seconder l’enquêtrice en charge de l’affaire, Inga. Inévitablement, celle-ci n’est que peu ravie à l’idée de travailler en duo et tend dans un premier temps à marquer son territoire. S’ils veulent rapidement boucler l’enquête, ils n’ont de toute manière pas d’autre choix que de collaborer.

Si l’investigation en tant que telle demeure conventionnelle, elle a au moins le mérite de se montrer on ne peut plus prenante par son aspect puzzle, sa tension palpable et ses nombreux suspects. Les rebondissements se multiplient, les mystères se corsent, les coïncidences deviennent plus que curieuses et alors que l’on croit avoir deviné ce qu’il s’est réellement passé, ce n’est pas le cas et il faut attendre le dernier épisode pour que les rouages s’imbriquent entre eux. Le tout s’effectue de manière crédible, logique et sans la volonté d’en mettre plein la vue. Compte tenu du rythme assez lent, il aurait peut-être été préférable d’homogénéiser davantage la résolution de l’intrigue surtout que les dernières cinquante minutes précipitent quelque peu la chute, sans que ce ne soit foncièrement désagréable. Quoi qu’il en soit, la mini-série en profite pour y installer des thématiques actuelles telles que la protection de l’environnement et/ou du tourisme, sujets naturellement sensibles chez les Islandais et inévitablement liés aux légendes locales.

Là où Hamarinn ne fait guère preuve d’originalité est dans l’écriture de son tandem. La caractérisation des personnages mais aussi la dynamique s’installant entre les deux auraient clairement mérité un aspect moins stéréotypé. Helgi, incarné par Björn Hlynur Haraldsson que l’on verra prochainement dans la troisième saison de The Borgias, est un homme divorcé ayant perdu son petit garçon assez récemment. Encore endeuillé, il préfère travailler plutôt que de se reposer et de faire le point sur ce qu’il garde au fond de son cœur. S’il lui reste toujours sa fille, il ne s’occupe en réalité qu’assez peu d’elle, peut-être parce que le vide que lui procure l’absence de son fils l’accapare de trop pour penser à quelqu’un d’autre. Du fait de ses compétences et de son expérience, son supérieur l’envoie dans cette petite ville d’Islande qui ne lui est pas inconnue comme il est familier avec plusieurs des locaux. Cela lui permet d’ailleurs de se fondre rapidement dans le décor et d’obtenir certaines informations d’une manière informelle, sans l’aide d’Inga (Dóra Jóhannsdóttir). Celle-ci voit par conséquent son arrivée d’un mauvais œil puisqu’elle aime mener ses enquêtes seule et qu’elle désire montrer qu’elle est tout à fait capable. Encore jeune, elle doit batailler régulièrement pour être prise au sérieux. Son mari n’est pas non plus toujours très empathique et serait volage, ce dont elle en est tout à fait consciente. Autrement dit, l’écriture inspire un vent de déjà-vu et n’est pas particulièrement engageante de prime abord. Le développement de la relation entre les policiers est également de cet acabit étant donné qu’ils finissent par se rapprocher, tournure que l’on pouvait craindre en raison de regards éloquents dès leur rencontre. Cependant, outre l’alchimie et la sympathie pour ces figures principales, le scénario montre par la suite que certains éléments de leur bagage personnel servent l’intrigue et apportent un éclairage assez intéressant sur les croyances populaires. Pour la petite anecdote, les deux acteurs ont déjà joué ensemble dans Heimsendir que j’ai dans l’idée de regarder dans les mois qui viennent. Ce qui permet à la mini-série de véritablement sortir des sentiers battus est son ambiance et le fait qu’elle tire bénéfice du folklore islandais.

Hamarinn utilise à bon escient son cadre et se révèle tout particulièrement intéressante par quiconque aspirant à connaître un peu plus la société islandaise. Dans la mini-série, ce sont bien évidemment ses paysages qui marquent avant toute chose. La caméra balaye très régulièrement ses immenses décors naturels composés de vallées, montagnes, roches, cascades qui sonnent définitivement majestueux. Si tant est que l’Islande ne figurait pas déjà en priorité sur vos destinations de voyages rêvées, il y a de fortes chances pour que vous l’y ajoutiez si vous appréciez les terres riches en contrastes et totalement dépeuplées. L’infini et l’ouverture de ses paysages ne s’opposent alors que mieux au microcosme du petit village rural dans lequel Helgi et Inga enquêtent. Tout le monde s’y connaît, tout le monde sait ce que l’autre a fait la veille et tout le monde garde la langue liée, ne cherchant aucunement à faciliter le travail des enquêteurs. Ce n’est pas tant qu’ils soient réfractaires aux forces de l’ordre mais c’est parce qu’une sorte de mainmise quasi mystique s’opère sur eux. La nature particulière de l’Islande participe plus qu’activement aux croyances populaires et offre dès lors une atmosphère poétique inquiétante maximisée par la lenteur des épisodes. En se dotant de couleurs souvent froides et en ne faisant que ponctuellement preuve de clarté, la mini-série plonge littéralement le téléspectateur dans ce qui s’apparente à une véritable expérience. La musique participe d’ailleurs à cette orchestration et se révèle envoûtante par son xylophone et des sons discrets mais toujours présents en arrière-plan. Le prix qu’elle a reçu aux Edda Awards en 2010 ne semble pas démérité. Certains Islandais croient ainsi qu’un peuple caché, les huldufólk, vit dans les roches et qu’il ne faut en aucun cas le déranger. Ou plutôt, beaucoup ne sont pas contre leur possible existence et essayent de ne pas s’en approcher de près ou de loin. Si l’on existe en harmonie avec ces êtres, ils demeurent tranquilles et protègent à leur manière leurs voisins humains. En revanche, si ces derniers commencent à détruire une falaise, par exemple, de malencontreux accidents peuvent se produire. Il est arrivé que des constructions soient réellement déplacées afin de ne pas contrarier la quiétude de ce supposé peuple. Ici, les superstitions ne s’arrêtent pas là puisqu’il est aussi question d’un homme mort vêtu d’un imperméable blanc se promenant autour de la falaise, d’un garçon voyant les fantômes et le futur, d’une vieille femme apercevant de drôles de lumières, etc. Il va de soi que ces croyances imprègnent totalement Hamarinn. Le point particulièrement intéressant est que le scénario n’essaye pas de rationaliser quoi que ce soit et ne s’attarde pas spécifiquement dessus. Il choisit de laisser chacun croire ce qu’on désire, comme si ces croyances n’avaient rien d’irréalistes. En résumé, nous sommes en Islande et tout peut y sembler possible.

En conclusion, Hamarinn est une mini-série méritant que l’on s’y attarde que l’on soit amateur de polars ou non. Effectivement, ce n’est pas tant l’enquête qui se révèle ici passionnante car quand bien même son écriture soit plus que solide, elle demeure classique, mais c’est l’ambiance particulière qui offre une véritable identité à l’ensemble. En y injectant une dominante mystérieuse et des légendes populaires tout en tirant parti de ses paysages époustouflants par leur aspect sauvage, elle en devient intrigante voire littéralement fascinante. Plutôt que d’accentuer son côté surnaturel, elle préfère alors en jouer et troubler les limites entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas parce qu’au final, personne n’a de preuve indiscutable de ce qu’il se passe dans ces roches. La série offre une approche intéressante concernant la culture islandaise et réussit donc à exploiter à la fois un sujet divertissant riche en tension ainsi que les caractéristiques propres de son pays. En d’autres termes, c’est exactement ce que l’on peut attendre lorsque l’on souhaite être dépaysé et que l’on est curieux de découvertes sériephiles.
Bonus : la bande-annonce