Kwaedo Hong Gil Dong | 쾌도 홍길동

Mine de rien, cela faisait un petit moment que je n’étais pas allée du côté de l’historique chez les Sud-Coréens. En cherchant des informations concernant Iljimae après l’avoir terminée, de nombreuses personnes citaient une autre série du même genre, apparemment largement meilleure : Kwaedo Hong Gil Dong. Il n’en fallut pas davantage pour titiller ma curiosité. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée sur mon petit écran. Il s’agit donc d’un k-drama et il fut diffusé entre janvier et mars 2008 le temps de 24 épisodes sur KBS2. Leur durée est assez variable puisqu’ils tournent autour de 60 – 80 minutes. Il existe un épisode spécial, sorte de making of, dont nous parlerons plus tard.
Avant de traiter la série, je tiens à faire le point sur la traduction. Je me suis procurée la version française, ce fut une erreur. Je n’ai jamais vu un tel travail. Déjà, en incrustant les sous-titres, les fansubbers ont massacré la qualité de la vidéo puisqu’elle est régulièrement pixelisée. De plus, l’écriture choisie et surtout, la couleur, sont aberrantes. Qualitativement parlant, c’est d’un ridicule sans nom. Outre les fautes d’orthographe hallucinantes, la syntaxe est à revoir et certaines phrases ne veulent rien dire. Il y a des contresens absolument partout. C’est une vraie honte. C’est dans ces moments-là que je me mets à remercier DramaPassion. Bref. Ne regardez donc que la version anglaise, pour laquelle j’ai vite opté parce que ce n’était plus possible. Edit de août 2011 : il existe désormais une nouvelle VOSTF réalisée par une autre équipe, je n’ai aucune idée de sa qualité mais ça ne peut pas être pire que celle qui était existante.
Aucun spoiler.

Kwaedo Hong Gil Dong est le fils bâtard d’un politicien haut placé. A la fois craint et méprisé, il ne rêve que de voyage vers la lointaine Chine, mais son statut de bâtard l’asservit à la terre de son père et lui interdit de quitter la Corée. Bien décidé cependant à fuir, il guette les bateaux venus de Chine, dans l’espoir d’y trouver quelqu’un pour lui enseigner les rudiments de la langue. Or voici que soudainement, il « gagne » lors d’un duel la jolie Yi Nok, tout fraîchement débarquée d’un navire en provenance du continent. Mais de ce même bateau, est également descendu le mystérieux Lee Chang Hwi, qui semble avoir à mener sur son sol natal de graves affaires incluant toutes la panoplie des coups d’État, assassinats et trahisons dans lesquels Gil Dong et Yi Nok vont se retrouver embarqués contre leur gré…
Source : Mangas-Arigatou

Kwaedo Hong Gil Dong est un personnage fictif du folklore coréen. Il apparaît dans une histoire écrite par Heo Gyun lors de la période Joseon, dans les alentours du XVIème ou du XVIIème siècle. Kwaedo Hong Gil Dong est une sorte de Robin des Bois coréen car il vole les riches pour donner aux pauvres. A noter également que Kwaedo Hong Gil Dong est un nom passe-partout en Corée, un peu comme le John Doe aux États-Unis par exemple. Cette histoire a été adaptée à de très nombreuses reprises et cette série n’en est qu’une parmi tant d’autres.

Si Kwaedo Hong Gil Dong est une série historique, il paraît clair qu’elle n’est pas semblable aux sageuk habituels. Loin de là même. En fait, le k-drama mélange les genres et propose ainsi un ensemble bigarré et assez étrange. On parle dès lors de sageuk fusion puisque l’histoire se déroule autrefois mais possède des éléments modernes et moins conventionnels. Enfin, si je ne m’abuse. Je ne suis pas -encore (? :p)- une pro de la terminologie des k-dramas. La série adore jouer avec des anachronismes, faire des clins d’œils et des références à la pop culture, insèrer de l’anglais avec le fameux I love you, mettre de la musique électronique, etc. Les scènes de combat, plutôt nombreuses, sont elles aussi en décalage avec ce que l’on connaît. Si au départ cela est amusant de voir les personnages sauter et se battre de manière totalement irréelle, on finit par être lassé car la réalisation est très brouillonne. Écrit ainsi, on pourrait penser que cela ressemble à du wu xia pan mais non, ce n’est pas du tout de cet acabit. Au contraire, on a davantage l’impression qu’il s’agit là d’un choix prônant la facilité. Quoiqu’il en soit, Kwaedo Hong Gil Dong est une série historique atypique et totalement hors normes. Malheureusement, cela est à double tranchant car si pour cette raison, elle possède une propre identité, plusieurs spectateurs n’apprécieront pas car elle est pour eux trop décalée. Pourtant, si les premiers épisodes possèdent un ton léger, dès la seconde moitié du drama, le drame prend le dessus sur la comédie et la fin est tragique à souhait. Il faut se méfier de l’eau qui dort, Kwaedo Hong Gil Dong cache bien son jeu et sans s’en rendre compte, on sort les mouchoirs. Connaissant les sœurs scénaristes Hong (My Girl, Minami Sineyo), on sent immédiatement la touche truculente. Même si leurs schémas, leurs parodies et leurs codes narratifs sont connus et usés jusqu’à la corde, on n’est guère lésé et la recette fonctionne inlassablement. Il faut aussi ajouter que les rebondissements sont multiples et le rythme est haletant. Toutefois, il faut attendre plusieurs épisodes avant que l’on voie où la série désire nous emmener. Les premiers épisodes sont lents et assez fouillis. De plus, certains passages tirent en longueur. Il aurait préférable de raccourcir le tout de plusieurs épisodes.

Là où Kwaedo Hong Gil Dong supplante Iljimae est par son message plein d’espoir. Le fil rouge de la série est l’idée d’un monde égalitaire et où chacun est libre de faire ce qu’il veut, à condition qu’il respecte autrui. La série critique dès lors la corruption, les malversations et la société en règle générale. Évidemment c’est utopique mais si les rouages pouvaient juste se dérouiller un tant soit peu, le reste finirait par suivre, même si cela prendrait des siècles. Si au départ, la vengeance est le maître mot de certains protagonistes, le drama est loin de se baser uniquement là-dessus. Petit à petit, les buts se densifient et il en ressort un véritable idéal. Le peuple se soude derrière Gil Dong, le soutient généralement et croit en lui. En cela, la série est optimiste et intéressante. Par ailleurs, les intrigues s’imbriquent et il est toujours question de politique et de manipulations, sans que cela ne soit toutefois trop important. Les jeux de pouvoir entre certains protagonistes sont plutôt stimulants et rondement menés.

La série brosse le portrait de plusieurs personnages importants au fil des épisodes. Ils sont globalement bien interprétés, même si certains sont assez surjoués, et leur psychologie est plutôt fouillée. Le héros, Kwaedo Hong Gil Dong, incarné par Kang Ji Hwan en grande forme, est un bâtard souffrant de sa condition. Au lieu de rester vivre dans l’ombre de sa famille, il décide de tout quitter pour aller en Chine. Personne ne l’apprécie car il est toujours en train de faire les quatre cents coups. Quand bien même il laisse croire qu’il est futile et irréfléchi, il est intelligent et rusé. Il s’engage facilement dans certaines causes et pense toujours au bien du peuple. Il est plutôt attachant mais je dois avouer ne pas avoir été particulièrement charmée, à mon grand regret.
Le principal personnage féminin est la jeune Heo Yi Nok, jouée par Sung Yu Ri. Naïve, assez bête et pas particulièrement cultivée, elle n’a pas une once de raffinement mais a le cœur sur la main. Gil Dong et elle se lient rapidement d’amitié et petit à petit, la romance s’installe. Malheureusement, Yi Nok est vraiment idiote par moment et si voir Gil Dong user toujours de ce surnom pour l’appeler fait mal, on ne peut s’empêcher de lui donner raison. Elle est bien trop cruche et finit vite par ennuyer. Elle n’est pas méchante, elle sait être touchante mais il aurait été agréable de lui donner un peu plus de jugeote. Il faut toujours de nombreux épisodes avant qu’elle finisse par comprendre quelque chose. Ça en devient usant. De ce fait, le couple de héros ne m’a particulièrement convaincue, ce qui est, vous en conviendrez, plutôt gênant… Cependant, force est de constater qu’en dépit de leurs défauts, ils ne restent pas déplaisants et parviennent à maintenir la série à un bon niveau.

A vrai dire, ce sont les autres personnages qui sont les plus sympathiques. La cinquième roue du carrosse, Lee Chang Hwi, le prince mystérieux ne vivant que par son désir de vengeance, porte les traits du très charmant Jang Geun Suk (Minami Sineyo). Taciturne, il est seul au monde et n’a qu’une unique motivation : renverser son frère le roi qui lui aurait substitué sa place. Assez torturé, sa rencontre avec Yi Nok et Gil Dong va le changer à tout jamais. Il s’humanise et fait partie intégrante de ce rêve idéal. Le prince est un personnage ciselé et plus que touchant. Il brise le cœur à plusieurs reprises et si ses choix sont contestables, il fut incontestablement mon favori avec son frère. La relation qu’il entretient avec Gil Dong est bien écrite car les deux s’observent en chiens de faïence, se testent et tentent de coopérer pour le mieux. Plutôt que de s’affronter, ils cherchent un terrain d’entente, même si de nombreux éléments entrent en ligne de compte comme les sentiments de Yi Nok…
Le roi, Lee Kwang Whe, est fou. Après avoir massacré toute sa famille, il monta sur le trône et depuis, gouverne de n’importe quelle manière, faisant souffrir son peuple. Haï de tous, il vit parmi ses fantômes. En plus d’être particulièrement bien incarné par Jo Hee Bong, le roi est un personnage fascinant car complexe et riche. Certes, il n’a plus toute sa raison mais il est tout de même lucide et son devenir est presque touchant car il nous est montré comme quelqu’un de profondément humain. Le lien qui le lien à son petit frère est également une des grandes forces de Kwaedo Hong Gil Dong et il est dommage qu’il ne fut pas davantage montré à l’écran, même si ce que l’on voit suffit.

Comme souvent avec les k-dramas, les personnages secondaires sont loin d’être en reste et il est difficile de tous les citer sans en faire une tartine (zut, c’est déjà le cas). Pensons tout particulièrement au gang de voleurs avec le dynamique Shim Soo Geun et ses explosions d’amour, à l’adorable Kom Yi et sa bonne bouille, à la jolie Jung Mal Nyeo et au sympathique amoureux des armes bien faites, Mr. Yeon. Cerise sur le gâteau, leur maître est joué par le génial Lee Moon Shik (Iljimae, Namja Iyagi).
Le village est également sympathique avec quelques visages et personnalités bien hautes en couleurs comme il faut.
Du côté du prince, on retrouve Choi Ran dans un rôle aux antipodes de ceux de My Girl ou de Minami Sineyo. Elle incarne une femme ayant tout sacrifié pour son protégé. Elle est forte, implacable mais particulièrement humaine. Mention spéciale à Chi Soo, bras-droit de Chang Hwi, qui, comme toujours, vit pour son maître.
Chez les nobles, on peut noter la prestation enlevée de Ahn Suk Hwan (My Girl) en tant que ministre qui pense être le centre du pouvoir. Corrompu et ne vivant que par les richesses de la Chine, il est pleutre et particulièrement amusant. Sa fille par contre est désagréable car égoïste et si on peut la comprendre, elle n’en demeure pas moins pénible. Le frère de Gil Dong est quant à lui plutôt émouvant car il ne désire qu’une seule chose qu’il ne parvient pas à obtenir alors que Gil Dong si : le respect et l’amour de son père.
Pour terminer, n’oublions pas le maître de Gil Dong et le grand-père de Yi Nok qui sont supposés être sages et posés mais qui ne le sont pas trop. Toujours en compétition, ils sont fantasques et le maître de Gil Dong avec son humour pince-sans-rire est attachant. Et puis, quel rire !

Les décors sont plutôt réussis et il en est de même concernant les costumes, même si là aussi, on sent quelques anachronismes. Si la réalisation n’a rien de particulier, en dépit des scènes de combats peu heureuses, certains plans sont superbes et presque magiques. La photographie est d’ailleurs particulièrement soignée. Quant à la musique, à l’exception des pistes modernes qui sont justement trop… modernes, le reste est de haute qualité. Les quelques chansons phares reviennent ceci dit trop souvent et perdent ainsi de leur intensité.

Quid de la fin ? Il est bon de savoir qu’elle a toutes les chances de ne pas plaire à tout le monde car elle est assez ouverte et frustrante. Elle laisse un sentiment d’inachevé mais quelques heures / jours après visionnage, elle finit par se révéler plutôt pertinente. De toute manière, comment ce drama pouvait-il se conclure si ce n’est ainsi ? Ce qui est frustrant est le fait de ne pas en savoir plus. Il y a tellement de questions qui restent en suspens. A nous de faire marcher notre imagination.

Kwaedo Hong Gil Dong fut une petite déception pour ma part. A force d’en lire du bien partout, je m’imaginais quelque chose d’extraordinaire. La série est très loin de détrôner Iljimae dans mon cœur. Elle possède certaines qualités comme des personnages globalement sympathiques et bien écrits, un message porteur d’espoir et d’idéaux, une critique de la société ou encore une bande-son énergique mais elle ne peut se dépêtrer de plusieurs défauts embêtants. Ainsi, en plus de son héroïne cruche comme c’est pas permis, la série souffre de plusieurs lenteurs et met du temps à démarrer. Le ton varie assez radicalement et peut dès lors surprendre tant le début est comique et la fin tragique. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’elle ne réussit jamais à trouver un juste milieu. Au final, Kwaedo Hong Gil Dong est une série assez atypique car mélangeant l’historique au moderne, plutôt divertissante et possédant de bonnes idées mais qui ne réussit malheureusement pas à se surpasser.