Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite | 10年先も君に恋して

Au début de l’année je suis tombée totalement par hasard sur Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite. Jusque là je n’en avais jamais entendu parler et c’est en voyant sa distribution ainsi que son équipe créative que j’ai eu envie de le tester. Derrière ce titre à rallonge se cache un renzoku de six épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui fut diffusé entre août et octobre 2010 sur NHK. Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite signifie approximativement je t’aimerai toujours dans dix ans. Sa scénariste n’est autre qu’Ômori Mika, celle à l’origine de Long Love Letter, Buzzer Beat, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku, My Boss, My Hero, etc. Aucun spoiler.

Onozawa Rika est une éditrice de vingt-six ans espérant trouver le grand amour. Malheureusement pour elle, toutes ses tentatives se révèlent infructueuses. Un jour, elle remarque qu’un individu au comportement étrange l’épie sans cesse. Dissimulé derrière des lunettes de soleil et un imperméable, il semble être un harceleur. Alors qu’elle décide de l’aborder pour lui dire de ficher le camp, celui-ci lui avoue qu’en fait, il est son futur époux. Il vient de dix ans dans le futur et souhaite qu’elle ne se marie jamais avec l’homme qu’elle va rencontrer d’ici peu de temps, autrement dit son lui plus jeune de dix ans !

Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite est une comédie romantique atypique utilisant le principe du voyage dans le temps. Que l’on ne se trompe pas, ce ressort scénaristique est surtout là pour proposer une approche quelque peu originale et non pas pour injecter de la science-fiction pure et dure. De ce fait, il est nécessaire de ne pas être trop tatillon et de se douter que le récit, de ce côté-là du moins, souffrira de plusieurs inconsistances et approximations. La ligne temporelle n’est pas particulièrement respectée, par exemple. On ne saura pas non plus exactement de quelle manière le voyage s’opère. Il y a toutefois plusieurs références à la physique, le personnage principal étant un passionné et travaillant dans ce domaine. Il espère réussir à créer un jour un ascenseur vers l’espace (petit aparté : le sujet est justement d’actualité comme le prouve cet article). La Tôkyô Sky Tree que l’on commence désormais à voir dans de nombreux j-dramas est de la partie, car elle s’insère plutôt bien dans le futur monde des télécommunications. L’écrivain Arthur C. Clarke est aussi régulièrement cité. À vrai dire, la série multiplie les clins d’œil, notamment ceux liés à l’univers du livre, l’héroïne exerçant dans le métier de l’édition. Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite se déroule en 2010, mais également en 2020. Les scènes se plaçant dans le futur sont par contre limitées puisqu’on ne sort pas de l’appartement du couple. De toute manière, ce qui importe ici n’est pas ce qui est à venir, mais ce qui arrive dans le présent.

Onozawa Rika est une jeune femme dynamique et vivant pour son travail. Cherchant l’amour depuis plusieurs années, elle commence à désespérer et se demander si elle finira un jour par le trouver. C’est la jolie Ueto Aya (Kôkô Kyôshi 2003) qui lui offre ses traits. Si son interprétation a quelques périodes de flottement, l’actrice se débrouille relativement bien, sa bonne humeur et son côté pétillant permettant de passer outre ses défauts. Avouons-le, la Rika du futur est légèrement risible, car ce n’est pas en lui faisant porter une perruque, très moche au demeurant, que l’on paraît dix ans de plus, mais ce n’est pas grave. On voit peu la Rika de 2020 de toute manière. En 2010, l’héroïne se démène au travail et croit rêver quand elle doit s’occuper de l’auteure qu’elle affectionne depuis qu’elle est petite, Hamada Azuzsa. Alors que sa vie professionnelle semble prendre une bonne voie, celle dédiée à ses amours, non. Sa rencontre avec un homme ressemblant à Philip Marlowe change la donne. Du tout au tout. Grimé comme le personnage de Raymond Chandler, il observe Rika et s’enfuit dès qu’elle l’aperçoit. Ce dernier est incarné par Uchino Masaaki (Fûrin Kazan) et depuis JIN où il y est très bon, je me demandais ce qu’il valait en tant qu’acteur – et sans accent à couper au couteau ! Dans Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite, il propose deux portraits intéressants. Il interprète effectivement les deux faces de son protagoniste, Maruyama Hiroshi, que l’on voit en version jeune, mais aussi en âgé. Tour à tour réservé et charmeur, le comédien est parfait dans les deux registres. Vieux!Hiroshi est arrivé en 2010 afin d’empêcher que Rika, son épouse en 2020, ne rencontre Jeune!Hiroshi. Il avait au départ prévu de se parler à lui-même, mais il ne peut s’approcher de sa version jeune sans subir un terrible mal de tête et des nausées. C’est pourquoi il souhaite décider Rika de ne pas frayer avec Jeune!Hiroshi. Forcément, on se doute bien que si un homme vous dit qu’il débarque du futur et qu’il va se marier avec vous, vous n’êtes pas particulièrement tenté de le croire. Qui plus est, si Vieux!Hiroshi ressemble à Jeune!Hiroshi, leur caractère est radicalement différent. Tandis que le second est assez timide, doux et bienveillant, le premier n’a aucun problème pour s’exprimer, parler très fort et il n’hésite pas à bousculer ceux qu’il fréquente. En dix ans, il a eu le temps de changer et ne peut désormais se départir d’un côté assez railleur et presque blasé. Ayant au final peu besoin d’être convaincue, Rika comprend que Vieux!Hiroshi est bel et bien la version future de celui qu’elle vient de rencontrer. Il lui révèle qu’ils vont se marier dans un an, que les premières années de leur union seront sympathiques, mais que par la suite, ils se détesteront. Difficile de trop en dire sans dévoiler le sel de cette intrigue amoureuse qui a mal tourné. Ce qu’il faut retenir est que Rika se retrouve dans une situation délicate. On lui apprend qu’elle finira malheureuse, mais là, sur le moment, elle apprécie beaucoup cet Hiroshi. Pourquoi souhaiterait-elle détruire quelque chose qui n’a même pas encore commencé ? Et qui sait, peut-être que son avenir n’est pas autant écrit dans les lignes que ce qu’on semble vouloir lui faire comprendre ? De nature optimiste et enjouée, la jeune femme ne se laisse pas abattre et compte bien essayer de vaincre ce supposé destin. Elle continue donc de découvrir Jeune!Hiroshi, d’être émoustillée et de voir des étoiles et des petits cœurs dans le ciel. Cette romance est mignonne, le duo est très attachant et possède une certaine alchimie.

Si Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite raconte les débuts de la jolie histoire entre Rika et Jeune!Hiroshi, elle met surtout en avant la dynamique liant Rika et Vieux!Hiroshi. Ce dernier est revenu dans le passé non pas parce qu’il a l’impression d’avoir fichu en l’air sa vie, mais parce qu’il sait ne pas avoir rendu sa femme heureuse. C’est un des points très intéressants de la série, car elle sonne assez moderne et féministe. Ici, le rôle de la femme n’est assurément pas de s’occuper de son petit époux et d’en retirer sa joie de vivre. C’est même tout le contraire. Vieux!Hiroshi comprend pertinemment pourquoi son mariage n’a pas fonctionné et que c’est en partie de sa faute, lui qui a brisé les ailes de celle qu’il aimait. En retrouvant la jeune Rika, il découvre certaines choses et au final, il voudrait certainement rester dans son passé plutôt que de retourner dans son avenir amer. Rika, quant à elle, fulmine contre ce Vieux!Hiroshi qui n’en rate pas une pour lui mettre des bâtons dans les roues, mais peu à peu, elle se prend d’affection pour lui. Il ressort de cette relation atypique des étincelles, de la comédie, mais aussi une sacrée dose de romantisme un peu vache. En voyageant dans le temps, Hiroshi réussira-t-il à changer le futur ? La fin est assez ouverte, elle devrait en conséquence ne pas plaire à tout le monde, mais elle se montre tout de même plus que satisfaisante et suffisamment réaliste.

Malgré cette romance qui s’annonce certes sur une très mauvaise pente, l’ambiance de Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite est chaleureuse. Il y a beaucoup d’humour et de bonne humeur. Le mélodrame qui aurait pu s’installer n’est pas là et l’amour n’y est jamais sirupeux ou écœurant. Que les allergiques à cette thématique se rassurent donc, la niaiserie n’est pas vraiment de rigueur. Chaque épisode se termine par des photos de couples de tout âge et ce procédé est plus attendrissant qu’irritant. En somme, la fiction distille une grande dose de fraîcheur et met du baume au cœur. Les six chapitres font office de cure de vitamines et le fait que le renzoku soit aussi court lui permet d’aller à l’essentiel. Et comme toujours ou presque, la bande-son de Kono Shin (Byakuyakô, Hachimitsu to Clover) est réussie et sublime les émotions développées par la série. Outre le duo phare, d’autres personnages ne sont pas oubliés, comme l’écrivain à l’origine de multiples romances récompensées qui pourtant n’est pas comblé de ce point de vue là, le petit frère de Rika un peu innocent mais altruiste, le mentor de Hiroshi extrêmement touchant, la patronne et la collègue de Rika qui espèrent un jour retrouver l’amour ou encore celle qui a donné envie à Rika de devenir éditrice. Tous ces protagonistes savent à un moment donné que Vieux!Hiroshi vient du futur, n’en font pas des tonnes et parfois essayent même d’en tirer parti. Comme on peut s’y attendre, on aperçoit des visages plus ou moins connus tels que Gekidan Hitori (Densha Otoko), Watanabe Ikkei (Kisarazu Cat’s Eye), Kinami Haruka (Zeni Geba) et la géniale Takashima Reiko (Atashinchi no Danshi).

En conclusion, si le scénario de Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite est simple en dehors d’un certain soupçon de science-fiction avec ce voyage dans le temps, cela n’empêche pas la série de faire office de jolie bulle de bonheur. Bien sûr, tout n’y est pas parfait, on aurait par exemple apprécié un approfondissement de certains personnages et dynamiques, mais ici, le but principal est de raconter une belle histoire d’amour ayant fini par mal tourner. Si l’on savait qu’une relation censée durer toute une vie se détériorait, ne voudrions-nous tout de même pas profiter de l’instant présent ? Qu’est-ce qui est au final le plus important ? Le présent ou le supposé futur ? Impossible d’y répondre, non ? Après tout, le futur n’est probablement pas immuable. Les six épisodes sont donc au bout du compte assez réfléchis et se permettent de se montrer drôles, modernes, touchants et mignons comme tout. Ils forment ainsi une comédie romantique originale et chaleureuse qui devrait plaire aux amateurs du genre, et peut-être même à ceux qui n’en sont normalement pas particulièrement friands.