K-Ville (série complète)

Il n’est pas du tout rare que des fictions s’inspirent de l’actualité pour alimenter leur scénario. La série étasunienne K-Ville ne le démentira pas, mais cela ne lui a vraisemblablement pas suffi pour fédérer l’audience puisqu’elle a été annulée au bout d’une petite saison de onze épisodes diffusés sur FOX entre septembre et décembre 2007. En France, elle était dernièrement visible sur M6. Aucun spoiler.

Deux ans se sont écoulés depuis le passage de l’ouragan Katrina ayant notamment plongé la Louisiane dans la désolation la plus totale. Cette terrible tragédie a provoqué près de deux mille morts, brisé des familles entières, pulvérisé des habitations et ses stigmates continuent de narguer la population. Si les forces de l’ordre et l’administration ont pour beaucoup déserté leurs postes, ne faisant qu’accentuer le chaos ambiant, quelques-uns bataillent et tenter de reconstruire un véritable quotidien. Le policier Martin Boulet travaillant pour une unité traquant les criminels dangereux choisit de demeurer fidèle à sa région et, avec l’aide d’un nouveau partenaire aux troubles antécédents, soutient de son mieux la communauté de La Nouvelle-Orléans.

Si plusieurs personnes écartent systématiquement les séries annulées, partant du principe qu’elles ne méritent pas l’investissement, je ne partage pas ce point de vue. Je considère que le couperet fatidique ne signifie pas toujours une médiocrité latente et je préfère laisser le bénéfice du doute. En l’occurrence, le contexte de cette production m’intéressait beaucoup sur le papier, car j’espérais y voir une critique sociétale, gouvernementale, une dimension émotionnelle et une illustration des conséquences de cette terrible catastrophe naturelle. Malheureusement, K-Ville, comme Katrina Ville, oublie justement d’utiliser son cadre à partir du deuxième épisode. Elle se borne à un énième récit policier et, de surcroît, se montre classique, prévisible et totalement stéréotypée. Quel dommage. Certes, ce serait mensonger d’écrire qu’elle ne tire pas un minimum profit de l’ambiance si particulière de cet état avec des sonorités assez jazzy par moments, ses us et coutumes, sa coloration idiomatique et d’autres petits éléments, mais cela ne permet pas de pallier les lacunes, dont une paresse narrative effarante. Cette triste conjoncture possède de solides atouts pour mettre en avant les fêlures de cette région du globe souvent assimilée à des images plutôt caricaturales, dont cette magie noire, ces fêtes à foison. Sauf qu’au bout du compte, tout s’y avère ici assez impersonnel, presque factice. Les maisons ont été évacuées, seuls quelques murs subsistent parfois, les graffitis envahissent la moindre parcelle de nudité et la série ne cherche pas à dépasser ces lieux communs qui, bien que terribles, paraissent trop généraux et détachés de la véritable authenticité. L’effet d’immersion plus vive et brute que la réalisation souhaite se donner, avec cette caméra tremblotante à l’épaule, ne parvient pas non plus à créer un pont émotionnel avec les téléspectateurs assistant à des intrigues peu inventives et sentant le réchauffé, voire la surenchère de rebondissements éculés. Les dialogues plutôt indigents, l’oubli d’une alchimie entre les principes figures ou de touches d’humour n’améliorent pas non plus la situation.

Martin Boulet connaît sur le bout des doigts La Nouvelle-Orléans et aime grandement sa ville. Lors de l’ouragan, il a perdu des proches et s’est retrouvé coincé sous l’eau, à l’instar de nombreuses victimes. S’il ne semble pas traumatisé, le public se doute tout de suite que derrière sa violence tempétueuse se cachent des meurtrissures ne demandant qu’à se révéler. Le personnage en question, campé par un Anthony Anderson (The Shield, Law & Order) assez correct, n’inspire pas une franche sympathie, la faute à une caractérisation peu riche et plate. Comme par hasard, il importe de lui fournir un partenaire, Trevor Cobb (Cole Hauser), au passé plus que discutable. Ces mystères sont étonnamment dévoilés dès le départ, mais prouvent encore une fois le manque d’originalité flagrante des scénaristes ainsi qu’une tendance au pathos. Forcément, les deux ne s’entendent pas de suite et finissent par s’apprivoiser, surtout que faire front s’avère salutaire face à la corruption ambiante, qu’elle concerne les hautes instances du pouvoir, mais aussi au sein de la police embarrassée par des jeux de dupe. Leurs collègues et supérieurs – notamment interprétés par John Carroll Lynch (Carnivàle), Tawny Cypress (Heroes) et Blake Shields (Carnivàle) – se contentent de miettes et ne détiennent guère l’opportunité de rayonner. À la place, K-Ville préfère choyer une formule schématique répétant inlassablement une même recette éprouvée. Les épisodes se suivent, se ressemblent et délivrent des affaires aux multiples ramifications souvent dénuées de finesse ou de naturel, et se voyant résolues en deux coups de cuillère à pot. Le rythme expéditif, les fusillades en tous genres, l’absence de psychologie et la caricature sous-jacente figurent au programme des réjouissances clairement peu enthousiasmantes. En dehors des qualités intrinsèques, que la production ait été annulée ne provoque pas une quelconque frustration puisqu’elle ne laisse pas en plan des enjeux ou un suspense haletant.

Pour résumer, K-Ville aurait dû être une série dépeignant les conséquences de l’ouragan Katrina sur la population de La Nouvelle-Orléans. Avec une ambiance particulière et des retombées catastrophiques, toutes les cartes étaient en main pour proposer une histoire humaine intense et émotionnellement éprouvante. Or, ces onze épisodes oublient le concept de départ et se limitent aux aventures falotes de policiers quelque peu sur la brèche cherchant à mettre de l’ordre de-ci de-là. Avec cet abus de tous les poncifs du genre, les protagonistes comme les récits s’apparentent à des condensés archétypaux au mieux insipides, au pire agaçants. Il devient alors compliqué d’adhérer à cette fiction clichée, paresseuse, peu ambitieuse, et passant allègrement à côté de son sujet pourtant prometteur.