Kimi no Kioku wo Boku ni Kudasai | キミの記憶をボクにください

Malgré les limites inhérentes à leur format particulier, je ne peux pas m’empêcher de tester les keitai dramas, ces séries japonaises à destination des téléphones portables. Kimi no Kioku wo Boku ni Kudasai est l’une d’entre elles. Composée de douze épisodes de dix minutes, elle fut diffusée sur BeeTV entre mars et juin 2010 ; elle est désormais trouvable en version compilée. Contre toute attente, cette fiction – dont le titre peut être approximativement traduit en donne-moi ta mémoire – n’est pas exclusivement nippone. Effectivement, la très grande majorité de la production et de la distribution est sud-coréenne. Aucun spoiler.

Après plusieurs longs mois de séparation, Hoshino Mika part en Corée du Sud retrouver son petit copain, Hyeong Jun. Or, suite à un concours de circonstances ayant visiblement ravivé de douloureux souvenirs, elle perd partiellement la mémoire à l’aéroport de Séoul. Lorsqu’elle reprend ses esprits, elle confond celui dont elle est amoureuse avec son meilleur ami, Gi Yeong.

     

Majoritairement, les séries à destination des mobiles disposent d’un montage morcelé en raison de la durée très courte de leurs épisodes. Pour une fois, ce n’est pas du tout le cas de Kimi no Kioku wo Boku ni Kudasai qui s’avère assez fluide. En vérité, si l’on ne connaît pas son origine, on pourrait tout simplement croire qu’il s’agit d’une fiction tournée comme un long-métrage. Pour continuer sur la forme, la réalisation est extrêmement classique, la musique donne l’impression de sortir tout droit des compositions choisies avec soin dans les ascenseurs, et la chanson de Nam Gyu Ri, Kioku wo Keshite, devrait ravir les amateurs de ballades doucereuses. En d’autres termes, ce j-drama est extrêmement banal à ce sujet et nécessite par conséquent une histoire suffisamment solide pour divertir comme il se doit. Cependant, sa grande particularité se révèle être son apport du pays du Matin calme puisque le cadre se déroule là-bas et qu’à l’exception de l’héroïne, tous les personnages sont interprétés par des acteurs sud-coréens.

Mika quitte le Japon en direction de Hyeong Jun qu’elle a hâte de retrouver. Malheureusement, comme il sait qu’il ne peut être à l’heure à l’aéroport, il demande à son meilleur ami et colocataire, Gi Yeong, d’escorter son amoureuse jusqu’à leur maison. Cette situation qui ne devait être qu’une formalité se complexifie à outrance lorsque Mika se sent subitement mal en voyant une petite fille perdue. Pour une raison indéterminée, quand elle recouvre ses esprits, elle croit que Gi Yeong n’est autre que Hyeong Jun et qu’il s’agit donc de celui qu’elle aime. Après un bref passage à l’hôpital, un médecin explique aux deux jeunes hommes très embarrassés que Mika est victime d’amnésie et qu’elle devrait retrouver la mémoire d’ici quelque temps. Il faut tout simplement patienter et, en attendant, elle doit éviter tout stress. Plutôt que de s’agiter dans son coin et de crier son désespoir, Hyeong Jun cherche à progressivement raviver les souvenirs de Mika et demande à Gi Yeong de veiller sur elle, comme si elle était réellement sa petite amie. Sauf qu’à force de se côtoyer, des sentiments inédits surgissent et des stigmates douloureux remontent à la surface, Mika ressemblant drôlement à un ancien amour…

Si le scénario paraît confus et mélodramatique à souhait, c’est normal, il l’est. Entre l’amnésie totalement ridicule sortie de nulle part, des relations non crédibles et écrites à la truelle, des passés torturés, des personnages stupides et des rebondissements tellement stéréotypés que l’on en a envie d’en rire nerveusement, Kimi no Kioku wo Boku ni Kudasai cumule tous les écueils des romances à deux francs six sous. Qui plus est, le j-drama cherche à si bien faire que sa prétention devient progressivement irritante. En plus, malgré sa durée limitée, le rythme reste plat et induit un profond ennui chez le public. Sans grande surprise compte tenu de l’ensemble, les protagonistes ne dégagent rien, qu’ils soient seuls ou conjointement, et l’interprétation en pâtit grandement. L’incohérente Mika est incarnée par Minamisawa Nao, Hyeong Jun par Kim Jun et c’est Kim Jae Uk (The 1st Shop Of Coffee Prince) qui offre ses traits à la cinquième roue du carrosse devant entrer dans le jeu de cet imbroglio. À la rigueur, entendre les acteurs parler japonais est sûrement l’unique élément un minimum intéressant de cette fiction proche du burlesque.

Au final, Kimi no Kioku wo Boku ni Kudasai illustre une histoire improbable où une jeune femme souffre d’une amnésie extrêmement particulière, entraînant sans le vouloir une série d’évènements tout aussi artificiels. Avec son scénario inepte, sa lenteur exacerbée ainsi que son écriture maladroite multipliant les clichés, cette production s’avère plus que poussive et presque idiote.

Party wa Owatta | パーティーは終わった

Cela faisait un sacré moment que nous ne nous étions pas penchés sur un keitai drama par ici. Pourtant, c’est un format que j’apprécie tester car il offre une approche atypique des séries habituelles. Cette fois, mon choix s’est porté sur Party wa Owatta dont le titre peut être approximativement traduit en la partie est terminée. Sans grande surprise, il s’agit d’une production de BeeTV, le spécialiste de ces fictions pour mobiles. Composée de vingt-cinq épisodes de cinq minutes, elle fut diffusée sur les téléphones portables entre février et avril 2011. La version trouvable sur la Toile est celle issue du DVD ; autrement dit, elle a été condensée afin de proposer cinq parties égales d’une petite vingtaine de minutes. Aucun spoiler.

Toake est une mangaka assez connue malheureuse en amour. Lorsqu’un de ses proches l’invite à une fête donnée en l’honneur de l’un de ses confrères, elle accepte plus ou moins malgré elle. Elle y rencontre cinq hommes pour lesquels elle se plaît à s’imaginer vivre avec chacun d’entre eux une histoire romantique.

Pour peu que l’on ait regardé le sympathique Onnatachi wa Nido Asobu, un autre keitai drama, Party wa Owatta semble extrêmement familier. Les deux séries reposent effectivement sur un principe commun et vont en plus jusqu’à posséder une forme quasi similaire. Ce n’est pas étonnant de constater que la scénariste, Itô Chihiro, est justement la même. Ce j-drama dessine plusieurs vignettes indépendantes bien qu’ayant toutes un fil rouge analogue. En l’occurrence, il s’agit ici de l’héroïne, Toake. Incarnée par Naka Riisa (Shiawase ni Narô yo, Wild Life, Young Black Jack), légèrement trop rigide pour ce rôle, cette jeune femme détient un esprit vagabondant rapidement. La réception à laquelle elle se trouve conviée par son ami (Watabe Gôta – Saru Lock, QP) et où, visiblement, elle s’ennuie, lui permet d’alimenter ses rêves éveillés, mais aussi ses propres productions. En fait, tout au long de la soirée, son regard accroche cinq hommes séduisants. À partir d’un détail ou d’une réflexion, elle créé une sorte de fantasme qu’elle retranscrit immédiatement en dessins. Nous, en tant que téléspectateurs, nous assistons à la transposition à l’écran de son travail. Systématiquement, Toake s’intègre à ses récits et devient l’héroïne partageant des moments d’intimité avec ces mystérieux inconnus. Sa caractérisation se modifie selon les aventures. Bien que ces intermèdes n’aient au final rien à voir les uns avec les autres et que leur ambiance soit parfois radicalement opposée, il en ressort un sentiment d’homogénéité grâce à la jeune femme. Tous comportent le mot désir dans leur titre (désir de peinture, désir de rompre, etc.) et reflètent les envies de la mangaka. Le tout dernier est sensiblement différent des autres puisqu’il associe le fantasme à la réalité, rendant les frontières entre les deux extrêmement floues ; il symbolise d’ailleurs le trouble de Toake, elle qui voit son cœur quelque peu bouleversé par ses hormones.

Au cours de la première partie, la mangaka aperçoit au buffet un homme, Yûbi (Narimiya Hiroki – Bloody Monday, Hachimitsu to Clover, Orange Days, Innocent Love, Gokusen, Kaze no Shônen, Kôkô Kyôshi 2003, Sweet Room), ayant le bas de sa chemise tâché par de la peinture blanche. Il ne lui en faut pas plus pour se l’imaginer peintre maudit, passionné et passant toutes ses nuits parmi ses pinceaux. Cherchant à percer, Yûbi s’amourache de Toake et la choisit pour unique modèle. Cependant, quand une superbe femme (Ashina Sei – Barairo no Seisen, Saru Lock, Tsugunai, Bloody Monday, Stand Up!!) fait irruption dans leur vie, le couple symbiotique commence à montrer des signes de fêlures. Toake réalise alors à quel point elle ne vit qu’à travers son petit-ami. L’alchimie entre les deux acteurs est plutôt réussie et la scène de la peinture est jolie comme tout.
Lors d’un second temps, Toake erre dans les couloirs de la soirée et croise un individu, les larmes aux yeux. Dans son manga, elle est en couple avec Musashi (Nagayama Kento – Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku, Atashinchi no Danshi), un pleurnicheur assez irritant. La jeune femme ne supportant plus son hypersensibilité constante, elle cherche en vain à rompre avec lui, mais il tend à persister et à la coller. Elle finit par lui offrir un ultime rendez-vous où ils se rendent à Hakone et commencent peut-être par réellement se découvrir.
La machine se rembobine, Toake retourne à la réalité et ne peut détacher son regard de celui d’un homme à l’allure inquiétante (Takaoka Sôsuke – Saru Lock). En le croquant, elle le transforme en potentiel criminel ayant braqué une banque et blessé des employés. Elle se retrouve avec lui dans sa voiture, il fait nuit et ils sont perdus au milieu de nulle part. La tension est à son comble et elle se demande si elle sortira vivante de cette situation a priori inextricable. Heureusement, tout ceci n’est que fiction et la voilà de nouveau parmi nous.
Histoire de se rafraîchir les idées, elle sort momentanément prendre l’air du côté du jardin où est donnée la réception. Là, soudainement, la pluie se met à tomber. Contre toute attente, un sans domicile fixe (Hayashi Kento – Arakawa Under the Bridge, QP, Shôkôjo Seira) est avachi par terre et dort comme une souche. Dans l’imagination de Toake, il devient un amnésique qu’elle décide d’emmener chez elle, de prénommer Tony – comme Tony Leung Chiu Wai – et de modeler à son goût en lui faisant croire qu’il est son petit-ami. Évidemment, rien ne se passe comme prévu ; en effet, le passé de Tony cherche progressivement à le recontacter.
Enfin, dans la cinquième partie, Toake côtoie Onigawa (Koide Keisuke – Nodame Cantabile, JIN, Byakuyakô), le mangaka à l’honneur de la fête, qui s’avère cacher son jeu étant donné qu’il serait en réalité un… vampire !

L’avantage et l’inconvénient de ce genre de séries s’approchant d’une anthologie est qu’elles peuvent justement souffler le chaud et le froid. Autant certaines histoires sont réussies, autant la suivante est susceptible d’être totalement ratée. Heureusement, ce n’est pas le cas de Party wa Owatta car dans l’ensemble, les cinq parties sont relativement homogènes, bien qu’il soit naturel d’avoir ses préférences. Malgré une superficialité relative, leur point fort est ainsi de disposer d’une atmosphère dissemblable. La première est par exemple extrêmement mélancolique et nostalgique avec cette romance que l’on pressent rapidement tourner au tragique, en dépit de fugaces instants de bonheur parfait. La troisième, dans la forêt, rappelle les fictions d’horreur où un criminel rôde et s’apprête à assassiner de sang froid une jolie et faible jeune femme. La toute dernière est extrêmement atypique puisqu’elle mélange de nombreux genres, lorgne vers le théâtral et n’hésite pas à injecter un grand soupçon fantastique avec une créature surnaturelle. D’ailleurs, elle se termine sur une danse chorégraphiée absolument hilarante et valant presque à elle seule le déplacement. Quoi qu’il en soit, quand bien même ces récits différent dans leur ambiance et soient parfois irréalistes, ils disposent à chaque fois d’un ton sensiblement décalé, presque truculent autour duquel gravite en toile de fond la romance, l’envie de plaire, la quête d’un compagnon ou, plus trivialement, le contact humain. Il en ressort une complémentarité appréciable et en mesure de concerner un vaste public. Le serveur incarné par Tsuda Kanji (Kaibutsu-kun, Keitai Sôsakan 7) se révèle également un élément truculent fort sympathique par son don de surgir quand on s’y attend le moins. De plus, ajoutons-y une musique discrète s’apparentant à une sorte de ritournelle amusante et la recette fonctionne bien. Autrement, la chanson du générique du début, Yume no Sekai de MONKEY MAJIK, est agréable. Enfin, sur une note technique, le j-drama évite habilement les écueils inhérents au format cellulaire et s’illustre par un montage fluide ne souffrant pas du fait de la durée de ses mini-épisodes ; la réalisation demeure en revanche très basique.

 

Au final, Party wa Owatta est une production relativement intéressante et partant d’un postulat de départ assez rafraîchissant. Avec cette plongée dans l’esprit vivace et fébrile de son héroïne, ces courts instantanés se rapprochant d’un court métrage ne manquent pas de rythme et se révèlent distrayants grâce à leur certaine excentricité, leur humour latent et les divers sentiments les parcourant. Si ce keitai drama n’est clairement pas indispensable en raison d’une absence de densité et d’un côté inachevé habituels dans ce type de productions, il remplit aisément son cahier des charges et se permet en outre de mettre en avant une agréable distribution.

By |2017-05-01T13:59:14+02:00août 22nd, 2013|Keitai dramas, Party wa Owatta, Séries japonaises|2 Comments