Keitai Sôsakan 7 | ケータイ捜査官7

Ce n’est pas un secret, je suis une grande fan de ce que fait Miike Takashi. Il est vrai qu’un certain nombre de ses films sont plutôt déviants et parfois difficiles à appréhender mais c’est en partie cela que j’apprécie. Bien qu’il aurait tout à fait la possibilité de se contenter de réaliser comme d’habitude sa multitude de films par année, il se penche de temps en temps sur un autre médium, à savoir en ce qui nous concerne ici les séries télévisées. Il y a un tout petit peu plus d’un an on avait ainsi parlé de son adaptation du seinen manga Tajû Jinkaku Tantei Psycho. Dernièrement il a travaillé sur QP mais ce n’est pas d’elle dont nous allons parler. Non, nous allons nous attarder sur une série un tout petit peu plus vieille, Keitai Sôsakan 7. Son titre signifie approximativement enquêteur mobile 7. Pour la petite info, il faut savoir qu’un keitai denwa est un téléphone mobile et un keitai drama, un drama diffusé sur mobile ; les Japonais parlent souvent uniquement de keitai pour désigner leur téléphone portable. Composée de 46 épisodes, la série fut diffusée entre avril et mars 2008 sur TV Tôkyô. À l’exception du premier, du 23è et du dernier épisode qui sont doubles, les épisodes durent vingt minutes. Il existe un spin-off, Keitai Sôsakan 7 : NEXT, qui est en réalité une web-série de dix épisodes de quelques minutes. On ne trouve sur la toile que deux d’entre eux et ils demeurent de toute manière dispensables. Outre la présence de Miike qui, en plus de la supervision, s’est occupé de la réalisation de quelques épisodes, la série s’est entourée d’autres noms plus ou moins prestigieux comme Oshii Mamoru (Ghost in the Shell), Kaneko Shûsuke (Azumi 2, les adaptations au cinéma de Death Note) ou encore Asô Manabu (Ashita no Kita Yoshio, Bloody Monday 2). À ceux qui auraient des palpitations rien qu’en entendant le nom de Miike, sachez que Keitai Sôsakan 7 n’est pas gore et/ou malsain. Aucun spoiler.

Amishima Keita est un lycéen assez asocial qui, suite à certaines circonstances, intègre l’organisation secrète Under Anchor. Accompagné de son buddy, le Phone Braver 7, un téléphone portable qui parle et qui marche, il traque les cybercriminels en utilisant une technologie de pointe. En plus de régulièrement risquer sa vie, il doit faire attention au téléphone portable rebelle, le Phone Braver 01, et au mystérieux Magira qui tenterait de faire tomber Anchor.

Je sais. Je vous entends penser tellement fort que je suis persuadée que vous pensez qu’il s’agit d’une série débile. Attendez, des téléphones portables en tant que personnages principaux ? Des téléphones qui parlent ? Et qui marchent en plus ? Il n’y a décidément que les Japonais pour inventer un scénario pareil. Oui, Keitai Sôsakan 7 est donc un tokusatsu. Si je suis persuadée qu’une majorité lisant ces lignes se dit immédiatement que la série n’en vaut donc pas le coup, permettez-moi de venir vous tirez les oreilles. Lorsque l’on pense tokusatsu, on voit de suite les Super Sentai ou les Kamen Rider. Je sais, j’ai un peu tendance à faire pareil et c’est d’ailleurs pour ça que j’essaye d’approfondir le genre histoire de ne pas rester sur les stéréotypes en vigueur. Tokusatsu veut simplement signifier qu’il s’agit d’une série à effets spéciaux. Au Japon, des productions comme Supernatural et Smallville sont classées dans ce genre. Rangeons donc nos a priori au placard avant d’aborder Keitai Sôsakan 7. Merci. J’ai peut-être l’air de donner des leçons mais il faut savoir qu’avant de débuter ce j-drama, j’étais quasi sûre que ça allait être stupide et un brin simplet. Comme j’étais naïve. Je ne me doutais alors pas de ce par quoi j’allais passer.

Amishima Keita a déménagé à Tôkyô depuis quelque temps et ne s’y plaît pas du tout. Son ancienne vie lui manque et il n’essaye pas de s’intégrer dans son nouveau lycée. Bien que la jolie Midô Yûri tente régulièrement de le dérider, il l’ignore de plus belle et donne l’impression d’être semblable à de l’air. En somme, il paraît peu intéressant. Manigançant dans son coin depuis un petit moment, il décide de rejoindre le mont Fuji, chose que fera également de son bord son meilleur ami qui habite de l’autre côté du pays. Un soir, il enfourche alors son scooter mais il n’arrivera jamais à destination. Il se retrouve effectivement dans une bataille très particulière. Un homme, Takimoto Sôsuke, accompagné d’un téléphone semble se battre contre des machines agissant seules. Le combat n’est pas équilibré et rapidement, Takimoto est en situation de faiblesse. Keita n’ayant aucun moyen de se cacher et étant pris à parti par les machines est protégé par Takimoto qui décède de ses blessures peu de temps après l’écartement du danger. Avant, il charge toutefois Keita de rejoindre son organisation, Under Anchor, et de devenir le nouveau compagnon de son téléphone portable, le Phone Braver 7. Et c’est ainsi que malgré la méfiance des autres membres d’Anchor, Keita intègre les rangs des agents de l’organisation secrète. Under Anchor est effectivement une mystérieuse branche d’Anchor, un service de téléphonie. Leur but est de mettre hors circuit toutes les personnes à l’origine d’actes malveillants liés à l’utilisation d’Internet et des nouvelles technologies. Au moyen d’un système informatique ultra-puissant nommé Eliza et surtout grâce aux Phone Bravers, les agents mettent régulièrement leur vie en danger et se consacrent à leurs missions corps et âme.

En lisant tout ceci, on pourrait penser que l’histoire est confuse ou compliquée mais ce n’est pas du tout le cas. Ce qu’il faut retenir est que Keita se retrouve propulsé dans un monde inconnu et caché. Il doit rapidement apprendre à devenir indépendant et surtout, compétent. Au départ, peu de monde souhaite de lui dans l’organisation car il n’est qu’un simple lycéen. Pourtant, en raison du souhait de Takimoto, on l’accepte de manière temporaire. Under Anchor a mis au point quelques années auparavant des robots, les Phone Bravers, ayant l’apparence de téléphones portables. Chacun d’entre eux est associé à un partenaire, les deux devenant alors des buddy (en anglais dans la série). Toutefois, lorsque Keita rejoint Anchor, seuls deux d’entre eux sont encore actifs, 7 (à prononcer Seven) et Third. À l’origine, d’autres étaient présents mais ils ont été en partie anéantis par le Phone Braver rebelle, 01 (à prononcer Zero-One). Zero-One arpente seul les rues de Tôkyô à la recherche d’un humain pour le manipuler et lui faire perpétrer des actes malveillants, l’idée étant de toujours malmener Anchor. Keita continue dès lors sa vie tranquille de lycéen et une fois en-dehors des murs de l’établissement scolaire, il enfile son statut d’agent et combat les cybercrimes à sa manière tout en faisant attention à Zero-One qui traîne régulièrement dans les parages…

Contre toute attente, Keitai Sôsakan 7 se révèle être une petite pépite à l’univers très dense et particulièrement riche du côté de ses thématiques abordées. Il est vrai que voir des mobiles anthropomorphes a quelque chose d’ahurissant mais on s’y fait très vite. À vrai dire, le premier épisode n’est même pas terminé que l’on est déjà happé par ce j-drama mêlant la science-fiction, le récit d’initiation, l’aventure, le fun, la comédie décalée et des instants plus dramatiques.
Keita est un adolescent moyen, pas plus futé que la moyenne, totalement asocial et étant souvent plutôt blasé. Il possède néanmoins quelque chose d’important qui fera penser Takimoto qu’il serait un bon agent. Il est effectivement altruiste et n’hésite pas à donner de sa vie pour aider des inconnus. Le garçon est incarné par le très sympathique Kubota Masataka que l’on a pu voir dans le fabuleux Jûsan-nin no shikaku (13 Assassins) de Miike Takashi où il est le plus jeune samouraï. Ce jeune acteur est clairement à surveiller et mon petit doigt me dit qu’il ira loin. Il est ici impeccable et permet littéralement à la série de se transcender. Au départ, Keita se sent obligé de travailler pour Anchor car un homme est mort devant ses yeux. Progressivement, il se rend compte qu’il aime ce qu’il fait et surtout, il se prend d’affection pour son téléphone, Seven. Non, c’est une insulte de résumer Seven à un téléphone car il est définitivement bien plus que ça. Anchor se sert de la relation entre l’agent et le Phone Braver afin d’optimiser leurs enquêtes et leurs actions contre le cybercrime. Au fil des épisodes, Keita évolue énormément et finit quelque peu par sortir de sa coquille tout en conservant son côté légèrement tête-en-l’air et facilement ému. Le développement de ses personnages principaux est sans conteste un atout du renzoku.

Ces mobiles spéciaux sont ainsi au nombre de trois en activité au cours de Keitai Sôsakan 7. Un des points particulièrement brillant de la série est d’avoir réussi à leur offrir une personnalité digne de ce nom. Aucun d’entre eux ne se ressemble, que ce soit physiquement mais aussi, mentalement. Visuellement, ils arborent des couleurs différentes et leur cadran ne s’anime pas du tout de la même manière. Une autre qualité de la série est de toujours marquer les expressions des téléphones par des représentations graphiques plus que compréhensibles. Ils pleurent des larmes de pixels. Oui oui, vous avez bien lu. De plus, le choix des comédiens de doublage, les seiyû, est évidemment pertinent, comme presque toujours avec les Japonais.

Le j-drama nous plonge peu à peu dans l’univers de l’intelligence artificielle. Il s’y aventure en effet progressivement et de manière on ne peut plus maîtrisée. Plus les épisodes avancent et plus l’extraordinaire développement de ces robots prend forme. C’est surtout Seven qui en est le principal vecteur mais il n’est pas tout seul. Seven est un mobile gris métallisé qui semble à première vue un peu sec et sérieux. S’il donne l’impression de toujours prendre au pied de la lettre ce qu’on lui raconte, ce qui serait normal pour un simple robot, ce n’est pas du tout le cas. Il fait preuve d’un humour pince-sans-rire et l’air de rien, réussit toujours à taquiner gentiment celui qu’il finit par considérer comme un véritable partenaire envers et contre tout. Keita devient son meilleur ami, son buddy, et la réciproque est clairement de mise. À la fin de la série, Keita ne peut concevoir une vie sans Seven. La relation entre les deux est tout simplement superbe et elle prend une dimension encore plus importante dans le dernier épisode. Ce n’est pas un téléphone que l’on voit, c’est un être qui a l’apparence d’un mobile mais qui nous paraît tout aussi important qu’un être humain fait de chair et d’os.

Third est le buddy bleu et jaune du soupe au lait Kirihara qui n’en rate pas une pour gronder Keita. Sous ses airs de grand dur, Kirihara cache un très lourd fardeau lié aux technologies. Il est joué par le charmant Matsuda Satoshi (Vampire Host). Third est tout l’inverse de son partenaire. Gentil, doux et assez peureux, il s’entend très bien avec Seven et apprécie également Keita.
Troisième et dernier Phone Braver à avoir les honneurs dans la série, le fameux Zero-One. Noir et rouge, il est vu comme un téléphone machiavélique, extrêmement intelligent, rusé et n’ayant aucune limite. C’est lui qui est à l’origine de la mort de Takimoto (Tsuda Kanji – Kaibutsu-kun) et il continue sans relâche ses attaques. Il a fui Anchor après la perte de plusieurs de ses buddies. Devenu amer, il met Tôkyô sens dessus dessous. Autant Third est sympathique et Seven génial, autant Zero-One est magnifique. Complexe, nuancé et victime de sa propre tragédie, il ne se laisse pas apprivoiser mais demeure curieux envers la nature humaine. Son ru ru ru qu’il entonne est mythique. Il a en outre une classe folle et celle-ci est amplifiée dès qu’il entre dans le feu de l’action, chose qui lui arrive souvent puisqu’il s’arme de lames et d’autres objets très coupants. Il doit par contre faire attention à se recharger tout seul parce que lui n’a pas de partenaire pour le brancher sur une prise de courant !

Si ces téléphones vous laissent toujours autant circonspects, il est bon de préciser que l’approche de Keitai Sôsakan 7 est intelligente. En plus de l’effort de caractérisation des Phone Bravers, il y a une réelle volonté de creuser la dimension de l’intelligence artificielle. Toute IA ne cherche-t-elle pas à un moment donné une certaine humanisation ou tout du moins, un détachement de ses supposés maîtres ? Dans ce cas, que peut-on faire ? Laisser ces robots prendre leurs propres contrôles ou plutôt, les mettre au placard ? En y réfléchissant, nous, humains, nous ne voulons pas de robots trop intelligents car cela nous effraye. Et s’ils nous dépassaient et venaient à nous contrôler ? Ce sont surtout Seven et Zero-One qui poussent eux-mêmes la réflexion à ce sujet, eux qui se demandent ce qu’ils souhaitent. Leur envie cachée n’est-elle pas de devenir humain ? Mais une IA peut-elle rêver, avoir un subconscient, mentir et être ironique ? Est-ce qu’elle ne dépasse pas alors le simple cadre qu’on a voulu lui donner au départ ? À l’aide de flashbacks utilisés à bon escient, le j-drama montre de quelle manière les Phone Bravers ont été créés et quels furent les souhaits de leurs créateurs à l’époque. Comme si cela lui était aisé, la série brasse des thèmes de science-fiction avec une certaine légèreté mais toujours avec une grande adresse. Il en va de même pour l’utilisation d’Internet et de toutes ses dérives. Under Anchor traitant de la cybercriminalité, Keita et ses collègues sont directement confrontés à l’utilisation néfaste de ce géant incontrôlable qu’est cette toile d’araignée. La série s’attarde par exemple sur l’anonymat des internautes et sur les dérives et la dangerosité qui en découlent.

Les téléphones en tant que tels ne sont pas seuls, Under Anchor met régulièrement au point d’autres objets afin d’exploiter au maximum leurs capacités et développer toujours plus loin les nouvelles technologies. C’est peut-être en partie ce côté gadgétisé qui tentera moins certains spectateurs. Pourtant, là aussi la série réussit à faire très fort. Des petits robots ont été créés et s’ajoutent aux Phone Bravers afin de les customiser. Ce sont les Boost Phones. Ils ont chacun des fonctionnalités différentes et peuvent par exemple permettre d’amplifier des sons, d’envoyer des ondes de choc, des micro-ondes, de se transformer en une sorte de tronçonneuse, etc. Leurs appellations sont assez truculentes car couplées à l’anglais et à l’accent des interprètes japonais. Seven, Third et Zero-One utilisent de manière régulière ces Boost Phones et s’en suit une petite séance de transformation. Rassurez-vous, c’est léger et en aucun cas répétitif ou kitsch comme ça peut l’être dans d’autres tokusatsu.

Que l’on ne se trompe toutefois pas. Si Keitai Sôsakan 7 insuffle une bonne dose de science-fiction, elle sait également mettre des thèmes plus universels à l’honneur comme la notion de famille et l’importance de son unité, l’amitié, le pardon et l’expiation. Bien que la série soit principalement à destination d’un public assez jeune, elle limite les bons sentiments et la morale ce qui se révèle être une surprise extrêmement agréable. En fait, si elle est souvent très drôle, enjouée et pleine de malice, elle est aussi capable de vous toucher jusqu’au plus profond de votre être. Ce sont surtout les ultimes épisodes et plus particulièrement les deux derniers qui le montrent. Le j-drama réussit sans mal à rendre ses personnages attachants, quand bien même ils ne soient que des téléphones. S’il est vrai que la fin aurait mérité un tant soit peu plus de nuances et moins de surjeu de la part de Magira qui était très bien jusque-là, ce ne sont que peu de points faibles comparés à l’ensemble. J’avoue, Keitai Sôsakan 7 m’a transformée en fontaine comme ce ne fut jamais le cas jusque-là, films / séries / romans de toutes nationalités confondues. La fin est extrêmement douloureuse mais possède toutefois une certaine lueur d’espoir.

Keitai Sôsakan 7 possède un fil rouge bien distinct qui est lié à une conspiration dont le but est notamment de faire chuter Under Anchor. Celle-ci demeure réellement perceptible à partir de la deuxième moitié mais au bout du compte, on réalise que de nombreux détails sont distillés au long cours. Zero-One y est lié et il travaille, ou plutôt il fait travailler Magira. Ce personnage incarné par Takano Hassei est ambivalent et il est difficile de savoir quelles sont ses motivations. Elles n’apparaîtront que vers la fin. La mythologie du j-drama est par conséquent celle de l’intelligence artificielle et crescendo, on sent une montée en puissance et l’on pressent que tout le monde ne réussira pas à s’en sortir sain et sauf. Ceci étant, il existe de nombreux épisodes plutôt indépendants. Certains sont en lien avec une enquête de Keita mais d’autres sont en résonance avec sa vie de lycéen ou avec sa famille assez truculente. On pourrait à juste titre penser que ces épisodes se suffisant généralement à eux-mêmes sont moins passionnants que le reste mais encore une fois, ce serait se tromper. Tous ne sont pas exceptionnels si ce n’est qu’ils possèdent généralement un petit soupçon de folie douce voire déjantée et l’entrain de Keita et de Seven. Même l’habituel résumé en milieu de parcours réussit à ne pas être rébarbatif. L’OVNI se trouve avec les épisodes 19 et 20. Réalisés par Oshii Mamoru, ils sont très particuliers et totalement en dehors du style habituel. Déconcertants, ils peuvent être regardés selon de multiples niveaux de lecture. Lorsque l’on se souvient que Miike Takashi est par derrière, on comprend mieux cette bizarrerie.

Bien sûr, Keitai Sôsakan 7 ne s’attarde pas que sur Keita et les téléphones. D’autres personnages secondaires se partagent l’affiche. Ce sont principalement ceux d’Under Anchor qui sont présents et eux aussi sont fort sympathiques et construits de manière tout à fait honnête. Il y a la jolie Tôko qui rêve du grand amour mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, l’implacable et classieuse Chigusa, celui qui est surnommé Goinkyo, le petit génie Kikai-kun qui passe son temps dans les machines ou encore bien évidemment Kirihara. N’oublions pas non plus les deux à la tête de l’organisation dont l’un d’entre eux est joué par Watanabe Ikkei (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite, LIAR GAME). En plus d’Under Anchor, la série utilise la famille de Keita avec le père (Taguchi Hiromasa – JIN) un peu trop porté sur ce qui est hentai et la petite sœur qui est fascinée par les téléphones qui marchent. Eh oui, il va de soi que les Phone Bravers ne passent pas inaperçus, surtout lorsque l’on sait que Zero-One arpente Tôkyô de jour comme de nuit. Une légende urbaine court ainsi dans la capitale ; la rumeur dirait qu’il existerait Angel-K et Devil-K. K comme keitai évidemment et l’ange se rapporterait à Seven et le démon inévitablement à Zero-One. Cette croyance populaire pose des soucis à un inspecteur (Katsuno Hiroshi – Ichi Rittoru no Namida) souvent dépêché sur les mêmes crimes que Keita ainsi qu’à son jeune collègue qui croit dur comme fer à l’existence de ces fabuleux portables. Pour compléter cette galerie de protagonistes, Keita est entourée de deux filles de son âge, Yûri et Akira, une programmeuse un peu farfelue. Si les femmes ne sont pas foncièrement au centre des intrigues, il n’empêche pas moins qu’elles ont fière allure. À côté de ça, la série emploie de nombreuses figures connues de ceux qui regardent la franchise Kamen Rider mais aussi quelques visages déjà vus dans des films de Miike Takashi comme Kikawada Masaya et Namioka Kazuki. On y voit d’ailleurs aussi un caméo de Tanimura Mitsuki. L’interprétation demeure dans sa globalité plus que satisfaisante pour les personnages principaux, le reste est un peu plus fluctuant et est marqué par le surjeu habituel des Japonais.

Qui dit série à effets spéciaux requiert un certain budget ou une créativité sachant composer avec les aléas du métier. Là aussi, Keitai Sôsakan 7 ne déçoit pas. Bien sûr, nous ne sommes pas dans un blockbuster américain mais dans une série japonaise. Cela n’empêche pas que les téléphones ne fassent pas une seule seconde faux. Ils interagissent avec les humains comme s’ils étaient des vrais. Ils vont même jusqu’à serrer la main de leur buddy, frapper les malfrats ou danser et remuer leur popotin métallisé. Avec Miike Takashi et les réalisateurs dont il s’est entouré, on se doute bien que ce n’est pas là non plus que l’on trouvera à redire. Certains plans et séquences sont tout particulièrement réussis et on peut dénoter une belle photographie au cours de la plupart des épisodes. Pour conclure sur la forme, impossible d’occulter la bande-son qui confère à la série ses marques de noblesse. C’est Ike Yoshihiro (Nobuta wo Produce, Magerarenai Onna, Rebound) qui s’y colle et il propose des musiques aux tonalités par moment presque robotiques tout en gardant une dimension épique voire tragique comme avec l’utilisation d’un Ave Maria au cours d’un moment bien précis. La chanson du générique de début, WAKE ME UP de Shimatani Hitomi est assez moyenne par contre. Elle est heureusement contrebalancée par les excellents choix pour les chansons de fin qui sont Sands of Time de BACK-ON, Rain d’Olivia et Yumemiru.. d’Aikawa Nanase. Que du bon et du rythmé donc !

Si la longueur et le ton volontairement enjoué de ce billet ne vous ont pas assommé donné l’impression que Keitai Sôsakan 7 fut un énorme coup de cœur à mes yeux, je ne sais pas trop ce qu’il vous faut de plus. Certes, la série n’est pas exempte de défauts mais on s’en fiche totalement lorsque l’ensemble est aussi réussi et résolument cool. Par ailleurs, n’oublions pas que le fameux Miike Takashi est aux commandes. Ce réalisateur peut certes souffler le chaud et le froid mais cela ne l’empêche pas d’être un génie créatif à l’état brut. Pour résumer, la série est pleine de rebondissements ainsi que d’action ; elle possède un rythme enlevé et est dotée d’un souffle d’aventure et d’une tonalité épique en fin de parcours. Le j-drama est capable de faire rire aux éclats tout en étant également dramatique. En plus de cela, il se permet d’être parfaitement dosé, fin, psychologique et de pousser une réflexion extrêmement intéressante sur l’intelligence artificielle dans ses bons comme dans ses côtés plus sombres. Si le fait que des personnages ne soient que des mobiles ne donne pas envie, il faut réussir à vaincre ces a priori et à se lancer. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on s’attache à ces Phone Bravers et on en vient même à pleurer et souffrir avec eux. Si ! L’ambiance délicieusement décalée, la valse des émotions, la relation entre Keita et Seven, le délicieux Zero-One et leur développement plus que poussé devraient réussir aussi à vous capter dans leur filet. Sans aucune hésitation et sans aucune honte, je peux dire que le j-drama vient d’entrer dans mes favoris. Rien que ça. Zut, on trouve où un buddy ? J’en veux un moi ! Ru ru ru~