Kekkon Dekinai Otoko | 結婚できない男

Plus qu’une journée après celle-ci et nous arrivons à la fin de la semaine spéciale Noël. Aujourd’hui, c’est xfire à l’honneur avec Kekkon Dekinai Otoko.

Ce qu’il y a de  bien avec cette animation sur Luminophore, c’est qu’en plus de normalement vous faire plaisir, je découvre des séries dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. C’était le cas de Kekkon Dekinai Otoko. Comme son titre le laisse supposer, il s’agit d’une série japonaise pouvant être traduite en l’homme qui ne peut se marier. Composée de douze épisodes, elle fut diffusée entre juillet et septembre 2006 sur Fuji TV. Le premier et le dernier épisode durent une heure au lieu des quarante-cinq minutes habituelles. À noter que les audiences furent plutôt bonnes. Il existe sinon une adaptation sud-coréenne datant de 2009, The Man Who Can’t Get Married (Gyeolhon Motaneun Namja). Aucun spoiler.

Kuwano Shinsuke a quarante ans et n’a jamais voulu se marier. Ne cherchant absolument pas l’amour ou la compagnie, il préfère rester seul, tranquille et n’être dérangé par qui que ce soit. Il ne supporte pas les autres êtres humains et n’hésite jamais à le leur faire savoir. Bref, on ne peut pas dire qu’il soit particulièrement agréable !

   

Ce que ça fait du bien de s’attarder sur des personnages adultes et matures, ou tout du moins s’en approchant. Au placard les adolescents et leurs histoires répétitives au collège/lycée, avec leur prof qui les remet dans le droit chemin ! Kuwano Shinsuke pourrait tout à fait se marier, s’il y mettait un peu du sien, mais il ne le veut tout simplement pas. Il se trouve bien tout seul, sa vie est réglée comme un métronome et il l’apprécie ainsi. Il se fait à manger ce qu’il désire, semble avoir une passion pour la viande, met la musique classique à fond les ballons et se prend pour un chef d’orchestre. Tous les soirs après le travail, il s’arrête dans une supérette pour acheter toujours la même chose et fait un détour par le magasin de location de DVD avant de rentrer chez lui. Rien que de lire ces mots donnerait à certains envie de se tirer une balle mais lui, du tout. Il n’a aucune surprise, il n’en n’a pas besoin et chérit sa monotonie rassurante. Ses vêtements sont à son image et sont à chaque fois délicieux car totalement has been et affreux. Forcément, avoir un rythme de vie pareil laisse supposer que le caractère suit. Kuwano est effectivement tatillon, psychorigide, méticuleux et maniaque. Il donne même l’impression de souffrir de quelques troubles obsessionnels et d’être légèrement hypocondriaque. Il faut le voir faire son ménage ou sa cuisine ! Lorsqu’il doit subir la présence d’autres personnes, il ne peut s’empêcher d’être mesquin, cynique et critique. Et comble de l’horripilant, il croit tout savoir et surtout mieux que tout le monde. Le pire est qu’il ne s’en rend pas toujours compte tant il est totalement déconnecté de toute vie sociale. Par contre, lorsqu’il est question de ses sentiments et de ce qu’il veut vraiment, il n’y a plus personne. Sa mère a beau lui parler sans cesse du fait de chercher à se marier, il n’en a absolument rien à faire. Qu’il ait quarante ans ne le dérange pas et il se voit très bien vieillir ainsi, tout seul. La singularité de Kuwano contraste parfaitement avec la loyauté et les principes qu’il tient avant tout à toujours suivre à la lettre. Il en devient alors attachant malgré son côté ours mal léché. Ce personnage ne serait pas aussi délicieux sans l’interprétation sans failles d’Abe Hiroshi. Bien qu’il s’agisse d’un acteur extrêmement connu au Japon, je n’avais encore jamais eu l’occasion de le voir en action. Il donne toute sa force à Kuwano avec ses tics et mimiques. Alors qu’il était facile de le surjouer, ce n’est pas du tout le cas et cela fait du bien tant on est habitué à cette pratique au Japon. Toutefois, les autres n’ont quand même pas à rougir. 

Kuwano est un excellent architecte qui base tous ses travaux sur l’importance de la cuisine, la pièce. Étant intransigeant et manquant de convenances sociales, suivre l’avis de ses clients s’avère extrêmement délicat. Il peut fort heureusement compter sur la présence de sa collègue, Sawazaki Maya, jouée par Takashima Reiko (Atashinchi no Danshi). Tous deux se connaissent très bien depuis de nombreuses années. Sawazaki sait exactement de quelle manière canaliser Kuwano et le duo fonctionne à merveille car il est plutôt piquant. La petite entreprise est composée de l’assistant de l’architecte, Murakami Eiji, incarné par le très charmant Tsukamoto Takashi (Kisarazu Cat’s Eye). Eiji est toujours fauché et en dépit d’avoir une petite-amie, papillonne un peu trop mais jamais méchamment. Il est vraiment drôle et plutôt rafraîchissant. Malgré tout ce qu’il dit, il est attaché à son patron et l’admire certainement énormément.
Les deux femmes qui vont petit à petit bousculer le quotidien bien réglé de Kuwano apparaissent en même temps dans sa vie. La première n’est autre que sa jeune voisine, Tamura Michiru, incarnée par la jolie Kuninaka Ryôko. Pétillante, joviale et un brin fleur bleue, elle rêve d’un mari riche, beau, attentif, bref le prince charmant japonais. Horreur et damnation, elle se retrouve affublée d’un voisin étrange qui met la musique tous les soirs un peu trop fort. Elle possède un petit chien extrêmement moche, Ken, mais qui se révèlera être fort attachant et au final extrêmement mignon. C’est peut-être lui qui fait craquer en premier la carapace pourtant presque inébranlable de Kuwano. L’autre femme importante est la doctoresse de l’hôpital du beau-frère de Kuwano, Hayasaka Natsumi. Elle porte les traits de Natsukawa Yui. Natsumi, tout comme Kuwano, commence à se faire vieille et n’est toujours pas mariée. Ceci dit, dans son cas ce n’est pas un choix. Elle a préféré se focaliser d’abord sur sa carrière et sa vie amoureuse s’est ainsi retrouvée en stand-by. Elle se sent seule, pratique beaucoup l’auto-dérision et espère tomber amoureuse. À chaque fois qu’elle rencontre Kuwano, et cela arrive souvent car il est plutôt hypocondriaque rappelons-le, des étincelles apparaissent car ils sont perpétuellement en train de se chamailler. On sent une réelle alchimie mais systématiquement, ça finit mal. Ils sont au final très amusants car ils se ressemblent plus que ce qu’ils ne voudraient avouer.
D’autres personnages plus secondaires concluent cette petite galerie comme la famille de Kuwano, assez colorée, ou le fameux architecte, Kaneda, qui passe plus de temps au bar accompagné de jolies femmes qu’à construire des maisons. Kuwano l’observe constamment sans jamais vraiment oser l’aborder et il en résulte des moments très drôles.

Kekkon Dekinai Otoko raconte ainsi le quotidien tranquille de ce petit groupe de personnages. Ils se retrouvent régulièrement pour diverses raisons, deviennent amis pour la plupart et ils adorent se moquer de Kuwano. En y réfléchissant, il ne se passe pas grand-chose, ce sont plus des tranches de vie. C’est justement ce qui fait que la série est fraîche car elle est tout à fait réaliste et amusante. On ne sent en plus aucune exagération. L’intrigue est assez linéaire et ne sort pas des sentiers battus mais son rythme et ses personnages plutôt bigarrés lui donnent un charme fou. Malheureusement, certains pourraient la trouver ennuyante car on y voit souvent Kuwano se faire à manger, le ménage, aller dans les magasins, marcher sur le pont, etc. Dit ainsi, cela est répétitif mais dans ce cas précis cela ne dérange pas puisque la série fonctionne essentiellement sur le comique de situation. L’humour n’est pas celui auquel nous sommes habitués dans les j-dramas, c’est bien plus fin et saracastique. Par conséquent, il est évident que ce mélange sensiblement atypique ne satisfera pas tout le monde. La série est composée par ailleurs de petits détails finissant par former une histoire quelque peu indépendante, comme celle des employés de la supérette et du magasin de location de DVD.
En raison de son thème principal, Kekkon Dekinai Otoko se permet en outre une petite réflexion sur le mariage au Japon, sur cette volonté que de vouloir à tout prix vivre à deux ou encore sur ces fameux omiai (les rendez-vous pour des mariages arrangés). Le j-drama brosse un portrait plutôt réaliste de multiples situations et de générations différentes qui y sont confrontées plus ou moins directement. Quand bien même la romance soit dans l’air, elle n’est jamais prépondérante et surtout, elle ne se prend tellement pas au sérieux qu’elle évite tous les écueils du genre. L’amour est ici plutôt vache et ne s’apparente pas à de la passion dévastatrice. En d’autres termes, la série prône toujours la sobriété et la modestie jusqu’au bout, ne cherchant jamais à trop en faire ou se croire investie d’une mission divine. Non, son unique but est de divertir tout en faisant réfléchir ceux qui le désirent. L’ensemble est alors très satisfaisant.
Sinon, comme toujours ou presque, la musique de Nakanishi Kyô est très bonne et résume délicieusement l’ambiance du renzoku en y distillant un côté piquant non dénué de chaleur. N’oublions pas non plus les longues envolées classiques que Kuwano adore écouter le soir, dans son fauteuil, en se prenant pour le chef d’orchestre.

Kekkon Dekinai Otoko est au final une série on ne peut plus sympathique car elle utilise à bon escient le comique de situation et l’humour pince-sans-rire. Les épisodes sont drôles, sans toutefois tomber dans de la surenchère, et font preuve d’une grande finesse. Si le véritable héros est l’inflexible perfectionniste Kuwano, magnifié par l’interprétation d’Abe Hiroshi, les autres personnages sont tout aussi truculents en dépit de ce qu’ils veulent bien faire croire. Cerise sur le gâteau, ils sont pour la plupart évolutifs, nuancés et creusés. En tout cas, voir Kuwano mener sa vie jalonnée de manies de vieux garçon est extrêmement distrayant et délassant. Par ailleurs, bien que la romance soit présente, elle n’est jamais sirupeuse et sait se faire discrète lorsque cela est nécessaire. Simple en apparence, le j-drama est bien plus intelligent qu’il ne le laisse paraître et s’amuse des apparences en parlant des relations sociales. Léger et divertissant, Kekkon Dekinai Otoko offre dès lors une bonne bouffée d’air frais lorsque l’on commence à saturer de toutes ces séries japonaises qui se ressemblent parfois un petit peu trop.