Kodoku no Gourmet | 孤独のグルメ (saison 2)

Par rapport à la multitude de séries télévisées arrivant dans le petit écran japonais, assez rares sont celles à obtenir une suite. Alors, quand l’une d’entre elles se voit offrir une seconde saison six mois à peine après la fin de la première, il y a de quoi intriguer. Kodoku no Gourmet est l’une de ces chanceuses ; mieux, cette fiction atypique a même poursuivi ce chemin original puisqu’une troisième salve de pérégrinations culinaires fut mise en chantier quelque temps plus tard. Et, qui sait, peut-être n’a-t-elle pas encore dit son dernier mot ? Pour l’instant, il ne sera question que de la deuxième saison de l’adaptation du manga Le gourmet solitaire, scénarisé par Kusumi Masayuki et dessiné par Taniguchi Jirô. Composée de douze épisodes d’approximativement trente-quatre minutes, elle fut diffusée sur TV Tokyo entre octobre et décembre 2012. Aucun spoiler.

À travers sa première saison, Kodoku no Gourmet dépeignait les aventures gustatives d’Inogashira Gorô, un homme d’affaires en apparence intimidant, mais passionné de cuisine. Chaque épisode reposait sur un schéma identique ; le personnage principal partait en ville afin de répondre à quelques rendez-vous professionnels, et terminait généralement sa journée dans un restaurant où il savourait un bon petit plat. Le public le suivait dans ses découvertes et le regardait avec une certaine envie manger. Ressemblant plus à un docufiction qu’à une série à part entière, cette production se révélait dans tous les cas charmante par son atmosphère apaisante et son approche culturelle inimitable. Bien que le synopsis pût laisser plus que songeur et faire craindre l’ennui, ce n’était donc absolument pas le cas. Le principal danger de ce type de format est de progressivement lasser puisque tout y est, en définitive, assez répétitif. Heureusement, la seconde saison prouve que nous n’en sommes pas encore là, mais il naturel d’espérer que Kodoku no Gourmet ne prendra pas le risque de durer encore et encore parce qu’elle pourrait très bien perdre de sa fraîcheur.

     

Les douze nouveaux épisodes reposent ainsi sur un schéma analogue et jouissent d’une solide réalisation. En d’autres termes, Gorô sort dans Tôkyô pour rejoindre certains de ses clients, se balade dans les différents quartiers de la mégapole et finit toujours par pousser la porte d’un établissement – existant réellement – où il est susceptible de se sustenter. L’unique changement, c’est que, cette fois, il s’offre non pas un repas, mais deux ! Enfin, non, ce n’est pas tout à fait exact. Outre le déjeuner habituel, il bénéficie plutôt d’une collation et celle-ci se veut presque exclusivement sucrée. Pour cela, rien de tel que de s’arrêter dans un salon de thé ou dans un café, par exemple. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les épisodes durent une dizaine de minutes supplémentaires. En plus de tenter de minimiser la redondance, cet ajout est appréciable, car il permet de découvrir des encas nippons et autres desserts plus ou moins typiques. Ne nions pas que les Japonais savent faire preuve d’une vraie mise en scène pour tout ce qui est pâtisseries. Peut-être que le goût n’est pas extraordinaire, mais visuellement, on s’en lécherait les babines ! Comme d’habitude, il s’avère impératif de ne pas regarder Kodoku no Gourmet le ventre vide, au risque d’aller fouiller ses placards et son réfrigérateur. À ce sujet, voir l’interprète du héros, le sympathique Matsushige Yutaka, ingérer autant de nourriture amène à se demander s’il n’a pas pris du poids au cours du tournage. L’auteur Kusumi Masayuki termine l’épisode par quelques minutes passées dans le restaurant ; malheureusement, ces interludes ne sont pas davantage concluants que ceux de la première saison. Ils ne sont pas mauvais, mais dispensables en raison de la répétition. Si plusieurs invités défilent, j’avoue ne pas en avoir reconnu un seul. En revanche, quelques acteurs interagissent avec Gorô et il est possible d’y retrouver notamment Aijima Kazuyuki, Satô Aiko, Hasegawa Hiroki, Nukumizu Yôichi et Tomosaka Rie.

Après avoir généralement accompli ce pour quoi il se déplace, Gorô a subitement faim. La caméra s’arrête et s’amuse de nouveau avec son jeu en trois temps, toujours accompagné de la petite musique particulière. La bande-son est effectivement encore légère et apporte une once truculente inimitable. L’insertion de tonalités western dans le générique participe à l’ambiance. Découvrir cet individu à la mine presque patibulaire en train de déambuler dans les rues à la recherche du restaurant répondant à ses envies du moment est bien sûr inénarrable, surtout que ses commentaires en voix off potentialisent ce fait. Le décalage entre le physique du personnage et ses dialogues intérieurs passionnés fonctionne parfaitement. Dès qu’il dévore, son visage s’illumine et se voit paré d’expressions incroyables. Avec ses sourires, son regard en coin, sa réserve et sa politesse, il marque les esprits. Plus que la cuisine, c’est peut-être la manière dont il la mange qui fascine. Toutefois, ne nions pas qu’il existe un petit bémol puisque l’emphase presque ostentatoire est encore une fois présente, tous les repas étant forcément délicieux. Quoi qu’il en soit, au menu : des recettes traditionnelles japonaises, des plus contemporaines, et des étrangères. L’exposition des plats est réfléchie, la réalisation les met parfaitement en valeur et l’ensemble s’accompagne systématiquement d’une présentation pertinente. Gorô s’émerveille devant la richesse de ce que l’être humain est capable de concocter, tout en expliquant à plusieurs reprises à quel point il est content d’être Japonais et d’avoir à sa portée des saveurs si différentes. Son amour pour son pays est palpable et plutôt communicatif, d’autant plus que Gorô insère de-ci de-là des notes intéressantes sur son héritage. L’identité de ce peuple fier sa culture transpire dans ces épisodes et fait régulièrement mouche ; après tout, si l’on regarde des séries aux nationalités diverses, c’est aussi pour être dépaysé et profiter des spécificités propres à chaque région. Loin de se contenter du sashimi, du yakiniku, de la tempura ou encore du chankonabe – la nourriture vivifiante parfaite pour les lutteurs de sumo –, Kodoku no Gourmet se permet une incursion au Brésil, en Thaïlande et en Chine. Le voyage est par conséquent présent et même si l’on demeure dans les plats typiquement japonais, ils sont tellement variés que la répétition n’est pas de mise. Finalement, Tôkyô donne l’impression d’être une succession de petits villages possédant chacun une atmosphère propre.

Pour conclure, il n’y a pas grand-chose à écrire concernant cette seconde saison de Kodoku no Gourmet tant tout a déjà été dit dans le billet de celle qu’elle suit. Effectivement, l’intégralité des qualités de cette chaleureuse et intimiste promenade ravissant les papilles est de retour, pour notre plus grand plaisir. Malgré l’incroyable simplicité de son approche, la série continue de garder son naturel et son enthousiasme. Avec son ambiance pittoresque, son humour presque cocasse, les commentaires enlevés de Gorô et son apport culturel soigné, tous les ingrédients sont de la partie pour composer un délicieux menu. Notre estomac a encore largement de la place pour de nouveaux épisodes !

Par |2017-05-01T13:58:49+02:00décembre 6th, 2014|Kodoku no Gourmet, Séries japonaises|0 commentaire

Kodoku no Gourmet | 孤独のグルメ (saison 1)

Avez-vous faim ? Surveillez-vous votre ligne ? Alors attendez d’avoir la peau du ventre bien tendue avant de lancer Kodoku no Gourmet, sinon vous risquez de voir l’aiguille de la balance pencher dangereusement vers la droite ! Aussi connue sous l’intitulé kodoku no gurume (gourmet se prononce gurume en japonais), soit le gourmet solitaire en français, cette série est l’adaptation du manga en un volume du même nom, scénarisé par Kusumi Masayuki et dessiné par Taniguchi Jirô – artiste que l’on ne présente normalement plus aux amateurs. Publié au pays du Soleil-Levant en 1997, il n’est sorti en France qu’en 2005, dans la collection Sakka de chez Casterman. Pour l’anecdote, Kusumi Masayuki est également derrière le manga Hana no Zubora Meshi (Mes petits plats faciles by Hana en VF, chez komikku) et récemment porté à la télévision. Kodoku no Gourmet, le j-drama, est quant à lui constitué de trois saisons et compte tenu de son succès, il est tout à fait possible que la transposition à l’écran ne s’arrête pas là. Quoi qu’il en soit, pour aujourd’hui attardons-nous sur la première d’entre elles, composée de douze épisodes de vingt-cinq minutes diffusés sur TV Tokyo entre janvier et mars 2012. Aucun spoiler.

Inogashira Gorô est un homme d’affaires appréciant grandement la bonne chère. Il se plaît à fréquenter très régulièrement divers restaurants afin de profiter au maximum de bons petits plats.

     

La découverte du synopsis a de quoi laisser circonspect tant la série ne semble justement pas pouvoir raconter grand-chose. Certes, le personnage principal aime manger, mais à part ça, où se trouve l’histoire ? Kodoku no Gourmet ne possède en réalité pas d’un vrai scénario, sans que cela ne lui soit préjudiciable. Il en va d’ailleurs de même pour le manga, que j’ai lu et, si je peux me permettre, dévoré ; je le conseille vivement, exactement pour les mêmes raisons qui me poussent à suggérer le visionnage de sa version télévisée. L’adaptation est de qualité et extrêmement fidèle dans l’esprit. Ici, le héros, Gorô, travaille dans l’import-export et, plus précisément, dans la vaisselle occidentale et autres objets apparentés. Exerçant à son compte, il se doit d’être assez polyvalent et il lui arrive par conséquent très régulièrement de rencontrer ses clients à Tôkyô ainsi que dans ses alentours. Quand il est de sortie, il est bien obligé de se sustenter, surtout qu’il a un gros appétit qui ne demande qu’à être rassasié. La mégalopole détenant une multitude de restaurants, il ne lui reste plus qu’à choisir la nourriture lui faisant envie sur le moment. Sa grande difficulté est justement de sélectionner un établissement parce que presque tout lui paraît attirant. Les épisodes reposent systématiquement sur un schéma identique. Dans un premier temps, Gorô rencontre généralement quelqu’un en rapport avec son milieu professionnel. Cela va par exemple d’un client potentiel à un ancien mentor. Une fois ses affaires conclues – ou non ! –, ce quadragénaire solitaire a tout naturellement l’estomac dans les talons puisque c’est bien connu, le travail creuse l’appétit. S’il sait parfois où il souhaite se diriger, il lui arrive tout aussi fréquemment de se laisser porter par les différentes enseignes et là où ses pas veulent bien le mener. Installé, il passe commande et se délecte de ce qui se situe devant lui, le tout étant accompagné de ses commentaires et pensées mis en scène avec délice et amusement. Grâce à ses aventures, le téléspectateur se promène alors dans ces paysages nippons citadins et fait face à une authenticité extrêmement appréciable.

Sans conteste, Kodoku no Gourmet est une production atypique de la télévision japonaise. À travers ses vignettes, elle ne rappelle pas une autre série et s’approche davantage d’un documentaire, ou plutôt d’un docufiction, voire d’une émission de variétés. Cette impression est d’autant plus prégnante que les épisodes se poursuivent après le clap de fin durant quelques minutes. Là, le scénariste du manga, Kusumi Masayuki, s’offre un court aparté de quelques minutes où il présente le restaurant ayant servi précédemment de cadre. Les propriétaires, cuisiniers et leurs plats sont illustrés tandis qu’il goûte à son tour à des spécialités. Cette section, aussi sympathique soit-elle, est malgré tout assez quelconque et lèse quelque peu l’ensemble. Son principal souci est justement peut-être de troubler les frontières et de ne pas laisser au j-drama l’opportunité d’obtenir une franche identité. Qui plus est, si le scénariste est plaisant, ses commentaires sont redondants avec ce que Gorô a auparavant proposé. Quoi qu’il en soit, ces lieux de restauration existent réellement et chaque épisode se conclut par leur adresse même. Là aussi, ce point est forcément agréable, surtout si l’on a la possibilité de partir le découvrir en vrai, mais il induit un défaut : tout est toujours bon. Il est évident que la caméra ne va pas mettre en avant un établissement où le menu est mauvais, ou tout juste correct. Si l’enthousiasme du héros est palpable, il perd sensiblement de son fumet avec toute cette emphase. Néanmoins, cette lacune ne gêne en rien l’appréciation générale.

Peu de choses sont connues de Gorô. Quelques éléments transpirent grâce à ses rendez-vous professionnels bien que sa vie personnelle soit en définitive mystérieuse. Cette absence de réelle densité prouve qu’en réalité, l’héroïne de Kodoku no Gourmet n’est autre que la nourriture. Gorô la sublime et lui délivre la possibilité de rayonner. Si la cuisine ne se limite pas aux traditions locales, allant vers des préparations italiennes, chinoises, coréennes, etc. c’est tout de même le folklore nippon qui est à l’honneur. Bougeant énormément dans la mégalopole, Gorô tend aussi parfois à profiter de ce que chaque quartier ou ville a à proposer. Restaurant, bistrot, marotte, échoppe, salon de thé, rien ne l’arrête ! Les saveurs se révèlent alors extrêmement diversifiées entre des mets okinawaiens, du riz au curry, du yakiniku ou encore des brochettes de viande (yakitori). Par ailleurs, cet accent sur ces préparations en devient culturellement intéressant étant donné que l’on y découvre une importante facette de la vie japonaise. Grâce à de gros plans sur les aliments et une présentation très alléchante, il est compliqué de rester de marbre devant ces vues si appétissantes que l’eau se fraye immédiatement un chemin vers la bouche. Le toujours aussi génial Matsushige Yutaka (Bloody Monday, Fumô Chitai, Don Quixote) incarnant cet individu à première vue imposant, voire menaçant, réussit à lui injecter un côté cocasse et décalé. Effectivement, si lorsqu’on le croise dans la rue, Gorô n’est qu’un passant de plus, il est totalement transformé dès qu’il mange de bons petits plats. Son visage s’illumine, sa langue se délie et il est un tout autre homme. Fin gourmet, humble et cherchant seulement à apprécier la nourriture à sa juste valeur, il partage ses pensées et commentaires via une voix off libérée et passionnée. La gastronomie est, pour lui, une affaire à prendre au sérieux et quand il a faim, il n’est en mesure de rien faire d’autre. Il faut vraiment l’entendre s’extasier sur ce qu’il dévore. N’oublions pas non plus ses petits films, preuves indubitables de son imagination débordante. Son entrain est communicatif et le simple fait de le voir manger goulûment et être contenté, puis repu, rend extrêmement heureux. Kodoku no Gourmet se résume par conséquent à un condensé de bonheur. Les épisodes constituant la saison se révèlent dépaysants et montrent le Japon sous un jour culinaire rafraîchissant et plutôt original. La forme aide d’ailleurs grandement à prolonger l’expérience, car, outre la réalisation soignant tous les détails, la série cultive son atmosphère tranquille. Celle-ci est susceptible de se modifier au fil des pérégrinations de Gorô et se veut tour à tour mélancolique, intimiste, joyeuse et pétillante. Elle garde toutefois toujours une dimension presque poétique, parfois contemplative, et teintée d’une once pittoresque. La musique composée en partie par le scénariste du manga – qui insuffle décidément sa patte jusqu’au bout –, parfait le tout avec des tonalités légères et amusantes.

Au final, la première saison de Kodoku no Gourmet s’apparente à une sympathique balade sociale et culinaire abordant joliment le quotidien et émoustillant grandement les papilles. Injectant une atmosphère versatile tout en demeurant intimiste, chaleureuse et sereine, elle donne le sourire le reste de la journée grâce à l’entrain, le dynamisme, la simplicité et la passion de son personnage principal. Il est indubitable que le minimalisme du scénario l’empêche d’être indispensable si ce n’est que son visionnage est un tel émerveillement qu’il repose et fascine. Gorô, lui, fait preuve d’un adage somme toute extrêmement pertinent et qui plaît grandement à l’indécise que je suis : quand on ne sait pas quoi choisir, on prend tout. Mais bien sûr !

Par |2018-07-06T18:10:20+02:00septembre 9th, 2013|Kodoku no Gourmet, Séries japonaises|2 Commentaires