Last Friends | ラスト・フレンズ

Tous les ans, il y a au moins un j-drama dont tout le monde parle. En 2008, ce fut le tour de Last Friends ; son générique a déjà eu le droit à un petit article ici en octobre 2009. Diffusée entre avril et juin 2008 sur Fuji TV, la série est composée de onze épisodes dont seuls les premier et dernier épisodes durent un quart d’heure de plus que les quarante-cinq minutes habituelles. Au Japon, le succès fut plus que notable avec des audiences grimpant progressivement tout au long de son passage à la télévision et de nombreuses récompenses. L’épisode spécial – le SP – circulant sur la toile ne sert strictement à rien puisqu’il s’agit d’un banal résumé de l’ensemble de la série, il ne comporte qu’une petite dizaine de minutes additionnelles n’apportant pas grand-chose à l’histoire. Asano Taeko, la scénariste, s’est également occupée d’autres séries comme Innocent Love, Tsuki no Koibito, Kamisama Mô Sukoshi Dake mais aussi des films adaptés du manga Nana. Aucun spoiler.

Aida Michiru quitte enfin le foyer familial qu’elle ne supporte plus pour venir vivre avec son petit-ami, qu’elle aime et qui a tout d’un homme respectable. Pourtant, ce dernier est très jaloux et se met rapidement à la maltraiter. Lorsque Michiru rencontre par hasard une ancienne amie du temps du collège, Kishimoto Ruka, et plusieurs des personnes avec qui elle habite, elle réalise que sa vie peut être plus sereine. C’est pourquoi elle décide de s’installer dans cette maison qui a tout pour devenir un véritable cocon, en espérant que chacun puisse oublier et régler ses propres problèmes.

   

Malgré une distribution franchement sympathique – à l’exception d’une seule personne – j’étais assez réticente à l’idée de débuter ce j-drama. Effectivement, j’ai eu beaucoup de mal avec Innocent Love qui, d’après de nombreuses personnes, ressemble beaucoup à celui-ci. D’un côté, cela se comprend étant donné que la scénariste, Asano Taeko, est le la même. Néanmoins, comme le synopsis paraît intéressant et assez original par rapport aux productions nippones habituelles, je me suis dit qu’il ne fallait pas passer à côté. Les thèmes abordés sont effet fort différents de ce que l’on voit généralement à la télévision japonaise. Par exemple, il y est question de violence conjugale et de sexualité, que celle-ci soit dans la norme ou non. C’est vraiment très agréable de voir ce genre d’initiative lorsque l’on sait à quel point les violences domestiques au Japon sont banalisées. D’autres sujets plus fédérateurs sont abordés tels que la jalousie, les mensonges, l’amour, etc. Malheureusement, le traitement n’est franchement pas des plus heureux car les intrigues tendent à être poussives et donnent surtout l’impression d’être préfabriquées. Bien sûr, c’est toujours sympathique de réaliser que certains Japonais n’hésitent pas à bousculer le petit monde ronronnant des fictions mais cela ne doit pas signifier pour autant qu’il soit nécessaire de s’exclamer si l’écriture ne suit pas par derrière. D’une certaine manière, il est bien plus agréable de regarder une série classique mais solide plutôt qu’une ambitieuse totalement bancale n’osant pas aller jusqu’au fond de sa pensée. Car si, par exemple, l’homosexualité est vue en filigrane, pas une seule fois elle n’est clairement mise en avant et le terme en lui-même n’est d’ailleurs pas nommé. En bref, cette facilité donne l’impression que la scénariste veut être novatrice mais pas trop non plus. Certes, les mentalités ne sont pas les mêmes au Japon qu’en Occident si ce n’est que cela n’explique clairement pas tout. Si on commence quelque chose, on est supposé aller jusqu’au bout de ses promesses. Cela est valable que l’on soit au pays du Soleil Levant ou dans un tout autre pays.

Un autre problème majeur dans Last Friends est la sur-dramatisation. C’est bien simple, tous les personnages sont victimes de la plus grande malchance car il leur arrive à chaque fois des évènements douloureux associés à des mystères. Tout comme Innocent Love qui reprend ces mêmes tics, on y sent une réelle volonté de faire pleurer dans les chaumières. Tout est là pour que l’on soit attristé par ces pauvres êtres. Cependant, il est évident que ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. L’intrigue tourne rapidement au mélodrame et à la surenchère de pathos de telle façon que la force de la série s’étiole. Heureusement, cela ne dépasse pas Innocent Love mais on s’en approche de beaucoup. La musique composée par Izutsu Akio (Love Shuffle, Atashinchi no Danshi) permet de ne pas en rajouter une couche car elle sait se faire assez discrète quand cela est nécessaire. Sinon, la jolie chanson d’Utada Hikaru, Prisoner Of Love, correspond bien à l’ambiance assez tragique et presque mélancolique de la série ; elle est entendue dans le superbe générique riche en symboles et est également reprise au cours des épisodes.

Cette faiblesse d’écriture se voit aussi à travers les personnages puisqu’ils ne sont qu’à peine effleurés. Pourtant, ce sont eux le principal moteur de la série et il est alors important de pouvoir les comprendre. L’histoire débute ainsi par la rencontre après plusieurs années d’Aida Michiru et de Kishimoto Ruka. La première est une jeune femme effacée et assez naïve incarnée par la pénible Nagasawa Masami (Ganges Gawa de Butterfly, Bunshin). C’est bien simple, je ne supporte plus cette actrice. En plus d’être mauvaise, elle passe son temps à faire des mimiques agaçantes et garde une sorte de moue niaise. Ne le nions pas, Michiru n’est pas non plus passionnante, ce qui n’aide en rien. Maltraitée à la fois par sa mère et son compagnon, à son travail mais aussi par son petit-ami qu’elle aime, elle ne bronche jamais et accepte tout. Elle en subit des atrocités et certains de ses amis tentent de lui offrir de l’aide si ce n’est que rien ne change. Il est vrai que la psychologie des femmes battues est particulièrement complexe mais dans ce cas précis, ce cercle infernal dans lequel Michiru se trouve n’est pas du tout expliqué et donc, on ne peut réellement avoir de l’empathie pour elle. Son petit-ami, Oikawa Sôsuke, a tout du jeune homme charmant. Attentif aux autres, il travaille dans un service de protection infantile et aime d’un amour sincère Michiru. Or, en réalité il est sombre, violent et inquiétant. Là aussi, Last Friends déçoit car pas une seule fois les actions de ce personnage ne sont explicitées. S’il bat sa compagne, il y a probablement une raison, liée peut-être à son enfance apparemment trouble, mais on ne le voit que comme un forcené sans cœur cherchant à récupérer sa Michiru, sa chose qu’il veut pouvoir modeler à sa manière. C’est d’autant plus dommage que son interprète, le Johnny’s Nishikido Ryô (Inu wo Kau to Iu Koto, Ichi Rittoru no Namida), se révèle particulièrement bon et effrayant dans ce rôle ingrat.

Lorsque Michiru retrouve Ruka, les choses commencent quelque peu à changer pour les deux femmes mais aussi pour ceux qui les entourent. Ruka est jouée par Ueno Juri qui est, disons-le, absolument parfaite ici en dépit d’une caractérisation stéréotypée. À fleur de peau, dérangée par ce corps qu’elle n’accepte pas et attirée par Michiru, Ruka est un garçon manqué adorant les courses de moto. Compte tenu de la situation particulière de Michiru, Ruka lui propose d’habiter plus ou moins momentanément avec elle et ses colocataires. Last Friends raconte alors essentiellement des tranches de vie assez mouvementées et essaye d’exploiter l’existence de ses protagonistes. Les dynamiques se tissant entre eux sont un des points forts de l’ensemble, quand bien même le résultat ne soit pas à la hauteur des espérances. Le renzoku donne l’impression d’être une réunion d’anciens de Nodame Cantabile puisque Mizukawa Asami (Yume wo Kanaeru Zô, Inu wo Kau to Iu Koto, Onnatachi wa Nido Asobu) et Eita (Soredemo, Ikite Yuku, Water Boys, Voice, Orange Days) se partagent aussi l’affiche avec Ueno Juri. La première y incarne Takigawa Eri, une hôtesse de l’air à première vue joyeuse qui aurait mérité bien plus de temps d’antenne ; il en va de même pour son alter-ego masculin, le frêle Ogura Tomohiko (Yamazaki Shigenori – Woman’s Island). L’unique élément valant plus que le visionnage n’est autre que la relation entre Ruka et Mizushima Takeru, les personnages portés par Ueno Juri et Eita, notamment parce que les deux sont extraordinaires ensemble comme séparément. À l’instar de Ruka, Takeru n’est pas à l’aise avec lui-même. Craignant les femmes en raison d’un traumatisme passé, il se refuse toute relation sexuelle et ne réussit pas à se construire une vie. Les deux apprennent à se connaître, s’apprivoisent et finissent progressivement par s’apprécier, voire davantage. Leur dynamique mêle à la fois des sentiments amoureux et amicaux et il en ressort une grande émotion pudique. Il s’agit sans aucun doute de la lumière de Last Friends.
Sur une note plus triviale, le renzoku est bien évidemment l’occasion d’y repérer de nombreux visages plus ou moins connus dans des rôles souvent secondaires mais parfois nécessaires à l’avancée de l’histoire. Tanaka Tetsushi (Bloody Monday) y est Hayashida Kazumi, un proche de Ruka dans le monde de la moto ; le père de la jeune fille à qui elle cache sa souffrance est joué par Hirata Mitsuru (Innocent Love, Byakuyakô) ; la peste maltraitant Michiru est interprétée par la médiocre Nishihara Aki (Spring Story, Hana Yori Dango) ; ou encore le personnage d’Itô Yûko (Keitai Sôsakan 7) est lié au passé tourmenté de Takeru.

En définitive, Last Friends est un j-drama désirant refléter certains problèmes de la société mais peinant à véritablement convaincre tant il est lisse et presque surfait. Il a le mérite de changer du registre habituel des séries japonaises et de mettre en avant des sujets comme la violence domestique, bien trop banalisée au Japon, mais cela n’en fait pas pour autant un indispensable. Avec ses thématiques souvent très dures, l’atmosphère y est alors parfois lourde si ce n’est que la sur-dramatisation empêche de se sentir concerné. En fait, le problème majeur du renzoku est de ne pas chercher suffisamment à exploiter son potentiel et de demeurer superficiel et exagéré. C’est encore plus marqué étant donné que certains personnages – comme Sôsuke – sont caricaturaux ou sous-employés en plus de ne pas voir leurs motivations suffisamment éclairées. Si la série n’est pas mauvaise ne serait-ce grâce à l’interprétation magistrale d’Ueno Juri et d’Eita ainsi qu’en raison de la dynamique liant leurs protagonistes, elle s’avère décevante quand on réfléchit à ce qu’elle aurait pu devenir.