L’Épervier (mini-série)

Oh, une série française ! Comme souvent, je traîne un peu les pieds pour me mettre devant une production de notre bon vieux pays mais j’aime bien en essayer de temps en temps. Après tout, j’estime qu’on ne peut pas critiquer si l’on ne connaît pas un minimum. J’ai plusieurs séries en stock et je vais essayer de leur donner leur chance en 2012. C’est ainsi qu’en ce début d’année, j’ai testé L’Épervier. Il s’agit d’une adaptation de la bande-dessinée du même nom de Patrice Pellerin, ou plutôt si j’ai bien tout compris, de son premier cycle de six tomes. Je ne l’ai jamais lue donc je ne pourrai pas comparer quoi que ce soit. Pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, L’Épervier est une mini-série de six épisodes de 52 minutes qui furent diffusés entre juin et juillet 2011. À noter qu’elle a été réalisée par Stéphane Clavier qui a pu travailler dernièrement sur la saison deux de la version française de Doc Martin. Aucun spoiler.

XVIIIè siècle, en Bretagne, Yann de Kermeur est un corsaire redouté voguant sur les océans et travaillant pour le Roi de France. Ancien pirate, il a quitté Brest en bandit après avoir été plus ou moins été mis à la porte par son propre père, serviteur du comte de Kermellec chez qui il logeait. Yann avait pour défaut d’aimer un peu trop la fille du comte et que ses sentiments soient réciproques. Or, tout le monde le sait, les nobles ne doivent pas frayer avec le bas peuple. Dix années ont passé depuis son départ en catastrophe et il est ainsi de retour, la tête haute, mais il n’est pas accueilli comme il espérait. Celle qu’il aime depuis de nombreuses années, Agnès de Kermellec, s’est mariée à Hervé de Villeneuve, un homme qu’il exècre. Comme si un malheur ne s’abattait jamais seul, Yann est rapidement accusé du meurtre du père d’Agnès et se retrouve en prison, son équipage et son bateau, la Méduse, étant également saisis. Si l’on ajoute à tout cela des complots, des manigances, des plans machiavéliques, une mystérieuse course au trésor et un amour assez tragique, il y a largement de quoi donner envie, non ? C’est donc sans a priori que j’ai débuté L’Épervier. Non vraiment, aucun. C’est même plutôt le contraire car j’espérais voir là un honnête divertissement, du spectacle, de l’aventure et une ambiance que j’affectionne énormément, à savoir celle de la piraterie. J’ai toujours eu un énorme faible pour les fictions en costumes comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire. En plus, la mini-série a été tournée dans des coins que je connais bien et elle est supposée se dérouler par chez moi. Tous les éléments étaient donc réunis pour passer du bon temps. Au final, difficile de ne pas avoir envie d’être méchant tant cette mini-série est mauvaise. Ce n’est certainement pas avec elle que l’on va pouvoir redorer l’image des séries françaises.

Du côté de la forme en tant que telle, elle est relativement potable. Certes, la musique est envahissante et aurait mérité d’être un peu plus subtile et plus agréable. La réalisation est également moyenne et le montage n’est pas beaucoup mieux. A contrario, les costumes sont assez sympathiques et les décors sont également agréables. Beaucoup auront reconnus sans mal le Fort-la-Latte que l’on voit toutes les secondes et à toutes les sauces. Si la mini-série se déroule à Brest et dans ses environs, le Finistère Nord n’apparaît malheureusement pas à l’écran et les connaisseurs s’en rendront d’ailleurs immédiatement compte. Ne parlons même pas du supposé périple dans les Caraïbes qui font très bretonnes dites-donc… Ceci est du détail par conséquent ce n’est pas (trop) dérangeant. De même, le budget est assez ridicule mais on s’en accommode assez facilement. Point positif, les quelques scènes de bateau sur un trois-mâts sont bien fichues et n’ont, encore heureux, pas été réalisées en studio. Bon, on pourrait chipoter en disant que l’on voit nettement qu’il n’y a qu’un seul bateau et pas deux comme on voudrait nous le faire croire mais on va être suffisamment méchant dans ce qui suit pour ne pas charger encore plus la mule…

À vrai dire, les défauts sont tellement présents qu’il est ardu de savoir par quoi commencer. Le plus irritant est probablement l’écriture du scénario et des dialogues. Les évènements se suivent les uns à la suite des autres, sans aucun liant ou émotions. Les rebondissements ne sont pas cohérents ou alors d’une facilité déconcertante. Ne parlons même pas des bons sentiments, de l’unidimensionnalité de certains personnages et de la superficialité avec laquelle l’histoire est traitée. Les répliques ont quant à elles été écrites dans une volonté de respecter le langage d’époque. Si dans certaines productions cela peut passer, ce n’est pas du tout le cas ici. De toute manière, si l’on réfléchit deux secondes, on sait qu’à cette époque, tout le monde parlait breton dans le Nord-Finistère. Histoire de coller au mieux au registre, il aurait peut-être alors fallu opter pour cette langue ? Comment ça, j’exagère ? Le principal problème est que de nombreux acteurs semblent réciter ces belles paroles plutôt que de les penser et donc de les faire vivre. Évidemment, il fallait s’en douter, l’interprétation n’est vraiment pas celle que l’on pourrait espérer. Heureusement, le Yann de Kermeur d’Aurélien Wiik, que je ne connaissais pas du tout, est bon et on ne peut qu’avoir pitié pour lui en le voyant se dépêtrer avec une certaine classe dans ce grand-guignolesque. Il en a va de même pour Lou Doillon qui incarne une prostituée souhaitant s’échapper du calvaire qu’elle vit jour après jour. Si Grégoire Colin, donnant ses traits à Cha-Ka, l’Indien fidèle compagnon de Yann, n’est pas mauvais, il n’est pas gâté par ce que l’on lui inflige. Un blanc jouant un Indien… après tout hein, il suffit de lui faire faire quelques séances d’UV et le tour est joué. Crédibilité et respect du téléspectateur ? Voyons, ce n’est que de la fiction. Tous les autres acteurs sont soit moyens, soit extrêmement mauvais bien qu’on ne puisse réellement les blâmer vu ce qu’on leur donne. Par exemple, Martin Lamotte cabotine et on n’a qu’une envie, lui déplumer son perroquet.

En d’autres termes, L’Épervier est une mini-série consternante et affligeante par sa nullité. On en vient presque à se sentir humilié quand on sait ce que les autres pays européens produisent dans leur coin. N’y a-t-il vraiment pas moyen de réaliser quelque chose de mieux que cette mascarade supposée faire la part belle à la piraterie et à l’aventure sentant bon l’air marin ? Bien sûr que si, il faut juste s’en donner les moyens. Ce n’est pas avec un scénario écrit avec maladresse et lourdeur, des dialogues manquant de crédibilité et une absence totale de souffle et d’aventure que l’on peut réussir une série de ce genre.