Marumaru Tsuma | ○○妻

Toujours dans l’optique d’approfondir le travail du scénariste Yukawa Kazuhiko (Dare Yori mo Mama wo Aisu), j’ai décidé de donner sa chance à Marumaru Tsuma. Cette série diffusée de janvier à mars 2015 sur NTV comporte dix épisodes ; en dehors du premier et du dernier durant une heure, les autres disposent de cinquante minutes. Aucun spoiler.

Hikari s’occupe à la perfection de son mari, le présentateur de télévision Kubota Masazumi. Elle n’a pas d’existence propre tant ses journées sont rythmées par les besoins de son cher et tendre. Mais ce sourire affable et ce dévouement ultime semblent en réalité cacher un lourd secret. Une succession d’évènements plutôt dramatiques catalyse les difficultés du couple qui commence alors à s’effriter.

Il y a quelques mois, je me plaignais dans le billet de Gisô no Fûfu du caractère répétitif des histoires de Yukawa Kazuhiko. Elles ne racontent pas forcément la même chose, mais la structure à proprement parler compte sur des similarités évidentes devenant à la longue ennuyantes. Malheureusement, Marumaru Tsuma confirme cette tendance et se rapproche d’ailleurs d’un succès majeur de l’auteur, Kaseifu no Mita, avec son association entre suspense et non-dits familiaux. Il est donc une fois de plus question d’une femme impassible dissimulant des meurtrissures tandis que ceux l’entourant se montrent plus expressifs, bien que tout autant tourmentés qu’elle. Plus que cette impression de déjà-vu, la série souffre de ficelles narratives très grossières, de réactions disproportionnées et d’une multitude de coïncidences fortuites et d’incohérences. Par exemple, quelques personnages agissent irrationnellement et changent de tempérament au gré des semaines. Le ton mélange maladroitement plusieurs registres et aucun ne parvient à prendre un ascendant sur un autre. De manière antithétique, la fiction réussit à être à la fois excessive dans tout ce qu’elle tente d’instaurer et à la fois d’un froid clinique à cause du détachement avec lequel elle raconte son histoire. Les touches d’humour se voulant cocasses laissent aussi franchement perplexe et donnent parfois le sentiment d’assister à un spectacle grand-guignolesque s’éternisant, les dix minutes supplémentaires des épisodes tuant définitivement le rythme. Outre cette écriture poussive exposant la situation et atténuant le plaisir de ce supposé divertissement, la réalisation ne séduit guère en raison de filtres blanchâtres et d’une musique de Ike Yoshihiro (Magerarenai Onna) souvent inappropriée, bien que collant peut-être au curieux cafouillage qu’est Marumaru Tsuma. Il est en vérité assez complexe de savoir ce qu’a souhaité exprimer le scénariste, mais la conclusion, au-delà de sa soudaineté presque ridicule faisant croire à une blague de mauvais goût, amène à crier au sexisme. D’ailleurs, l’espèce de symbolisme quasi religieux avec les sons de cloche, cette pomme à croquer et certaines postures de l’héroïne mettent grandement mal à l’aise, comme si cette femme était une véritable pécheresse ou une martyre à sauver.

De son lever à son coucher, Hikari ne pense qu’à son époux. Elle le materne totalement, ne l’appelle qu’avec un suffixe de politesse et il en est vraiment satisfait. Cependant, aussi attentive, patiente et souriante qu’elle puisse être, elle paraît un peu trop perspicace, compassée et diligente pour être honnête. Elle devance toujours les besoins de son mari, mesure ses gestes et lorsqu’un obstacle se trouve sur la route de son bien-être, elle est capable d’employer des moyens peu orthodoxes pour les régler. Quand le bonheur de Masazumi entre en ligne de mire, rien ne compte d’autre pour elle. Hikari aurait été intéressante et attachante si sa caractérisation n’était pas si caricaturale. La série exagère ses traits en la transformant en robot insondable, en une sorte de ninja se déplaçant sans bruit et plus vite que son ombre. Shibasaki Kô (Orange Days) l’interprétant fait de son mieux avec ce qu’elle a. Le plus dérangeant dans tout ça, c’est que la relation entre le couple n’est pas une seule seconde crédible. Pourquoi s’aiment-ils ? Le récit nous dit qu’ils s’aiment sauf que cela ne se voit jamais à l’écran. L’absence de signes physiques n’est pas gênante, mais leurs scènes ne dégagent ni alchimie, ni tendresse, ni une quelconque once d’affection. La faute aussi probablement à Masazumi, un individu proprement imbuvable. Il présente une émission de télévision diffusée la nuit, ce qui explique son rythme de vie assez décalé. Incompétent, idiot, râleur, grossier, narcissique, immature et condescendant, il horripile, surtout que son acteur, Higashiyama Noriyuki (Keiji 7-nin), est en totale roue libre. Hikari compense toutes ses lacunes et lui prodigue ses conseils en lui donnant l’impression qu’ils viennent de lui. Et il en a bien besoin, car il passe l’intégralité de la série à multiplier les erreurs autant personnelles que professionnelles. Son équipe souffre d’ailleurs de son attitude et le pauvre Itagaki (Shirota Yû – GTO (2012)), éternel maladroit stéréotypé, en fait directement les frais, tout comme la nouvelle arrivée, Kazetani Megumi (Renbutsu Misako – 37.5°C no Namida), qui ne le laisse pas indifférent. Contre toute attente, il y est respecté et plaît au public ! Ces séquences au journal servent surtout à délayer l’intrigue principale et à apporter des discours moralisateurs sur différents sujets de société, tels que la maltraitance infantile, le tout sans finesse.

Pourquoi Hikari se comporte-t-elle de la sorte ? Pourquoi réagit-elle de temps en temps de manière explosive ? Pourquoi Masazumi et elle se disent-ils mariés depuis six ans alors qu’ils ne portent pas d’alliance ? Pourquoi n’ont-ils pas encore d’enfants ? Voilà ce qui anime Marumaru Tsuma. Les réponses arrivent assez vite, évitent les écueils du sensationnalisme et tiennent plutôt leurs promesses en dépit d’un sentimentalisme appuyé, tristement conforme à l’identité générale de la production. L’ambiance essaye de s’armer d’une aura inquiétante, mais l’audience comprend d’emblée que ce que cette femme cache n’est pas totalement de son ressort ou révélateur d’un caractère pervers. À vrai dire, le mystère en question ne provoque pas beaucoup d’intérêt, probablement parce que les personnages en eux-mêmes n’inspirent pas de sympathie. Le scénario développe en parallèle sa dimension familiale où les secrets inavoués, les rancœurs et la jalousie entachent les différentes dynamiques. Hikari n’a plus que sa mère, l’excentrique Inô Chiharu (Kuroki Hitomi – Golden Bowl), véritable rayon de soleil de la série malgré son comportement ouvertement blessant et les moult clichés. Leur relation se dessine joliment et, si l’on oublie toute sa prévisibilité, délivre des scènes émouvantes contrastant parfaitement avec celles des proches de Masazumi. Entre un patriarche violent et alcoolique (Hiraizumi Sei) et une mère (Iwamoto Masuyo) effacée devenant du jour au lendemain aigrie et insupportable, le protagoniste et ses deux sœurs égocentriques n’ont pas évolué dans un environnement très étayant. Ils se fréquentent encore tous, mais ne s’apprécient qu’à dose homéopathique. Les épisodes soulignent ainsi tout ce qui ronge de l’intérieur les Kubota, le tout avec de funestes coups du sort, des révélations foudroyantes, des discours assez idiots et exagérés, et bien sûr, l’importance du pardon en toile de fond.

Pour résumer, Marumaru Tsuma souhaite ménager habilement le suspense avec le récit d’une femme impénétrable trop dévouée à son mari pour ne pas dissimuler de terribles squelettes dans son placard. C’est en plus l’occasion d’y associer des scènes de confrontations intimes et familiales, dans l’espoir d’acquérir une dimension plus humaine et affective. Or, l’équilibre n’est jamais atteint, bien au contraire, et elle échoue sur tous les plans avec son écriture poussive et didactique. Le couple improbable dépourvu d’amour manifeste, les personnages sans relief, voire désagréables pour la majorité, le manque de matière, les propos parfois révoltants, les régulières longueurs, et plus particulièrement les développements trop souvent incohérents et disproportionnés rendent le visionnage de cette histoire dénuée d’empathie peu satisfaisant. Seuls quelques moments réussis sur le registre émotionnel compensent légèrement ces faiblesses et empêchent de se montrer trop véhément.