Meitantei no Okite | 名探偵の掟

N’ayant pas visionné quoi que ce soit avec Matsuda Shôta depuis un moment, j’ai récemment eu envie de voir quelque chose avec lui. Le souci est que je commence sérieusement à avoir fait le tour de sa carrière… Tsuki no Koibito ne me tentant pas particulièrement en raison des mauvaises critiques lues un peu partout, je me suis rabattue sur un autre drama traînant dans mes cartons depuis un moment : Meitantei no Okite. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il m’inspirait grande confiance. Il fut diffusé sur TV Asahi entre avril et juin 2009 et comporte dix épisodes. Par cette série, Shôta fut pour la première fois propulsé au rang du rôle principal à lui tout seul. Le titre signifie grosso modo la loi du détective. Il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Higashino Keigo que beaucoup connaissent certainement car il est également à l’origine de Byakuyakô, Galileo, Shinzanmono ou encore Ryûsei no Kizuna. Aucun spoiler.

Tenkaichi Daigorô est un jeune inspecteur bien sous tous rapports arrivant toujours comme un cheveu sur la soupe sur des scènes de crime. À chaque fois, il ne manque pas de proposer ses théories et ses hypothèses farfelues tout en se prenant pour un véritable génie. Comme dans tout bon policier qui se respecte, il est secondé dans sa quête par son fidèle compagnon prêt à tous les sacrifices et par une jeune inspectrice qui va probablement finir par en pincer pour lui.

Le dernier j-drama policier que j’ai regardé est Tôkyô DOGS et j’en garde un souvenir plutôt mitigé. N’étant en plus pas amatrice du genre, je n’étais donc pas spécialement motivée en débutant Meitantei no Okite. Enfin, disons surtout que j’étais assez dubitative. Il se trouve qu’en dix minutes, toutes mes inquiétudes se sont envolées et durant la totalité de cette série, ce ne fut que fraîcheur et rigolade. Contre toute attente, malgré son budget certainement peu élevé, ses moyens assez limités et le fait qu’elle soit totalement passée inaperçue au Japon comme sur le net, Meitantei no Okite s’est révélée une petite perle comme on aimerait en voir davantage. Il est toutefois très important de préciser que la série est délurée, complètement décomplexée et évidemment, surjouée. Certains trouveront ça idiot tandis que ceux appréciant l’absurde, ce qui est décalé et l’esprit japonais devraient passer un excellent moment.

 

Meitantei no Okite est une parodie des romans policiers, toutes nationalités confondues. La série utilise tous les codes propres au genre et en joue. Elle les détourne ainsi pour les rendre amusants ou s’en moquer et agit donc telle une véritable satire. Par exemple, le soi-disant héros, Tenkaichi Daigorô, interprété par Matsuda Shôta, est supposé être jeune, beau, charmant et un fin détective. Au final il est effectivement joli à regarder mais il est peureux, old school, lâche, boude facilement et a besoin d’être aidé dans sa tâche. Quasi perpétuellement à côté de ses pompes, il adore se donner en spectacle et être le centre de l’attention. Il est toujours vêtu de costumes trois pièces avec un pantalon trop court et de grosses baskets. Et puis surtout, il ne se sépare jamais de son chapeau. Attention, il n’est pas un simple détective (tantei), il est un grand détective (meitantei). Nuance qui a son importance à ses yeux ! Que dire si ce n’est que Matsuda Shôta est extra ? (Je vous jure que je suis objective !) Il surjoue son rôle et lui donne ainsi toute son épaisseur et toutes ses nuances. Il est irrésistible avec ses petites mimiques, ses caprices de gamin boudeur, ses sourires en coin et ses espèces de tics qu’il a parfois comme bomber le torse et pousser celle qu’il considère comme une amatrice, Fujii Mana.

Tenkaichi peut compter sur deux inspecteurs de police qui sont Ôkawara Banzô et Fujii Mana. Le premier, joué par Kimura Yûichi (Hachimitsu to Clover), est toujours présent pour satisfaire l’égo surdimensionné de Tenkaichi. Il lui apporte systématiquement les éléments importants sur un plateau d’argent, en plus de brasser de l’air histoire de laisser la gloire au véritable héros. C’est le fameux sidekick obligatoire, celui qui fait généralement tout le travail mais qui n’arrivera jamais à sortir de ce second rôle. Il n’hésite pas à accuser des personnes qu’il sait être non coupables afin de laisser Tenkaichi être le véritable détective ! En plus de cela, il joue toujours le grand étonné et l’admiratif lorsque ce dernier effectue sa fameuse révélation finale. À vrai dire, en partie « à cause » de lui, l’intrigue peut parfois mettre du temps à trouver sa conclusion. Cela dit, il faut bien remplir les quarante-cinq minutes et ne pas donner la solution immédiatement… tout le monde sait que c’est ainsi que fonctionne la magie des histoires policières.
Quant à Fujii, portant les traits de la plus que sympathique Kashii Yû (My Boss, My Hero, Innocent Love), elle est supposée être amoureuse de Tenkaichi car c’est bien connu, la jolie jeune fille doit se pâmer devant l’intelligence et le talent du détective. Sauf que pas du tout, elle est tout le temps en train de se chamailler avec lui. Ils sont comme chien et chat. Toutefois, les trois larrons s’entendent quand même bien et sont vraiment, vraiment adorables.
Deux autres personnages sont récurrents et apportent un peu de piquant. Il y a la policière raide dingue de Tenkaichi et un aspirant détective qui l’admire et qui est quant à lui incarné par Irie Jingi (Zettai Kareshi).

En réalité, ce qui fait vraiment le sel de la série est qu’elle pousse le bouchon encore plus loin car au-delà de la parodie, elle propose des personnages qui sont conscients de ne pas réellement exister et d’être là uniquement pour satisfaire les téléspectateurs, autrement dit, nous. Ainsi, le trio de tête, connaissant sa véritable nature, se retrouve souvent dans une petite pièce hors de tout contexte spatio-temporel, aux contrastes accentués, où il laisse libre cours à sa véritable nature et à sa non-existence réelle. Il arrive que d’autres personnages, conscients de ne pas être « vrais » puissent avoir accès à cette fameuse pièce. Les protagonistes sont au courant que dans une série, tout est fait pour faire plaisir au public de toute manière. Qui veut d’un héros moche ? Sachant que ce sont principalement des femmes qui regardent, il est préférable qu’il ne soit pas trop vilain. De plus, il est important que certaines intrigues ne soient pas trop recherchées ou tarabiscotées car le spectateur se perd. Les gens sont fatigués, visionnent le j-drama en rentrant du travail et n’ont pas souvent envie de réfléchir. On se doute bien aussi que le coupable ne sera jamais Tenkaichi, ce n’est pas logique. De même, on ne peut pas le tuer avant le dernier épisode, ça coule de source. Comment survivrait la série ? Par contre, lors du dernier épisode il faut faire attention aux scénaristes tordus… Bref, toutes ces déclarations proviennent directement des personnages ! Meitantei no Okite vous paraît moqueur ? Bien sûr, c’est le cas. Mais le tout est toujours fait gentiment et de manière non agressive. Le ton est de toute manière toujours à l’humour et à la plaisanterie. Il y a certes des morts mais la tragédie n’est jamais de mise. Enfin, normalement… chut, je n’en dis pas plus.

Chaque épisode est l’occasion de détourner un mystère bien connu des amateurs de roman policier en utilisant la totalité du cahier des charges. On retrouve dès lors le meurtre dans la pièce close, le message énigmatique à la Omar m’a tuer, le crime parfait qui l’est tellement que le coupable nous donne la main durant la totalité pour nous frustrer encore plus, etc. Par ailleurs, pour que l’histoire fonctionne, il faut toujours que les trois acolytes soient présents. Par conséquent, si Tenkaichi n’est pas encore arrivé, car c’est toujours lui qui se fait désirer, il est nécessaire de l’attendre. En outre, si les personnages partent seuls en vacances, il est évident qu’un malheur va se passer. Voyons, c’est logique, surtout s’il s’agit d’endroits atypiques comme un onsen.
Tous les épisodes reposent sur le même système et il y a de nombreux gimmicks. Cela aurait pu vite lasser mais en fait, ce n’est pas trop le cas car ce sont ces petits dératés dans l’enquête qui rendent l’ensemble croustillant. Le schéma est toujours identique, certaines blagues reviennent également inlassablement. On a régulièrement affaire à un agréable comique de répétition. Toutes les histoires ne se valent tout de même pas mais dans l’ensemble, la qualité est là. La musique contribue beaucoup à l’ambiance car elle joue avec les clichés inhérents au genre. Un personnage est seul, dans un couloir abandonné ? Il faut une bande-son angoissante ! Elle donne également une atmosphère décalée et joviale. La chanson que l’on entend une fois par épisode, Fighting Pose no Uta de Toshihide Baba, est très jolie sinon.

Les références foisonnent dans la série ; et pourtant, je suis assurément passée à côté de plusieurs d’entre elles. Tout un épisode est d’ailleurs dédié à une série policière connue au Japon dont j’ai zappé le nom. Sinon, notons les clins d’œil hilarants à Prison Break et son tatouage ou encore à CSI. Côté j-dramas, l’ultime épisode met les petits plats dans les grands avec l’arrivée de nombreux détectives amateurs issus de romans policiers. Je pense y avoir reconnu TRICK (c’est dans cette série qu’Abe Hiroshi se promène partout avec un bob, non ?) et Galileo (?). Si quelqu’un peut me dire d’où viennent l’écolière et la courtisane, ce serait sympathique, merci~

Au final, Meitantei no Okite est une comédie satirique utilisant à bon escient les ressorts scénaristiques habituels des romans policiers et le contre-pied. Elle joue avec les clichés, se les approprie et les tourne en dérision pour notre plus grand plaisir. Les personnages sont truculents à souhait, attachants et interprétés avec talent. Il est certain que certains épisodes auraient gagné à être condensés ou plus dynamiques et que plusieurs blagues tombent à plat mais dans l’ensemble, l’humour est présent et les répliques sont assez ciselées. Outre son petit côté caustique concernant le monde de la résolution de mystère, ce qui fait l’originalité de la série est son concept de protagonistes conscients de de leur nature de personnages et qui s’en amusent. L’ensemble se révèle alors un vrai délire drôle, baignant dans l’absurde, plus fin qu’il ne le laisse supposer, totalement déjanté, franchement vivifiant et presque attendrissant. C’est typiquement le genre de série que beaucoup trouveront malheureusement exagérée mais qui dans mon cas, me fait penser que c’est pour ça que j’aime autant les j-dramas.